Perspectives du Maroc pour 2025 : Un potentiel énorme
Albayane
Par Jason Ben Meir *
Le Rapport national marocain publié le mois dernier «50 ans de
développement humain au Maroc et perspectives pour 2025» est un
document très important et instructif pour le pays. Commanditée en 2003
par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l¹étude, qui a été dirigée par un
groupe d¹une centaine d¹experts relevant de l¹université, de
l¹administration et de la société civile, évalue le développement
humain depuis l¹indépendance et les perspectives pour le futur.
Le Rapport final indique que le Maroc traverse «une période de
questionnements en profondeur», est à la «croisée des chemins» et doit
faire face aux choix entre «un Etat décentralisé où toutes les
collectivités contribuent au processus de développement humain» et une
«spirale de la régression» qui conduirait le pays à une situation
intenable. Le chemin emprunté par le Maroc se trouve au carrefour de
l¹Afrique, du Moyen-Orient et de l¹Europe, régions sur lesquelles il
exerce, de par sa position, d¹importantes influences, de même qu¹il est
un allié des Etats-Unis dans le cadre du libre échange. La description
de la pauvreté au Maroc contenue dans le rapport, particulièrement dans
les zones rurales, rappelle fortement (surtout à ceux parmi nous qui
ont vécu et travaillé dans la campagne marocaine) que cette pauvreté
n¹a pas de raison d¹être étant donné l¹existence d¹un réel potentiel de
développement. A mon avis, le rapport met justement l¹accent sur des
points (femmes et jeunes, développement décentralisé, diaspora
marocaine) qui peuvent aider de manière significative le Maroc à
réaliser son potentiel humain. Voici quelques propositions pour avancer
dans ces domaines.
Des projets de développement conçus et gérés par
des femmes et des jeunes
Ces projets auront été formés aux aptitudes dont les communautés
ont besoin pour créer l¹auto-développement, sont une nécessité vitale.
Les activités de planification participative aident les communautés à
déterminer leurs priorités de développement et à élaborer des plans
d¹action pour atteindre leurs objectifs. Ces outils aideront les femmes et les jeunes à réaliser un
développement socioéconomique durable et le processus renforcera leur
autonomie et améliorera leurs capacités de prise de décision à travers
l¹échange d¹information. Certes, les choses bougent déjà beaucoup au
Maroc dans le domaine du développement des femmes et des jeunes, mais
le potentiel est énorme vu la volonté de ces groupes de s¹unir pour
changer leur vie ainsi que celle de leurs familles et de leurs
communautés.
Le Maroc a montré
son engagement pour
un Etat décentralisé
Le pays a , en effet, montré son engagement pour un Etat
décentralisé où les gens gèrent démocratiquement leurs propres affaires
et a, aussi, marqué d¹importants points dans ce sens.
Toutefois, des politiques supplémentaires de décentralisation sont
nécessaires pour rapprocher de manière plus proactive les membres des
communautés en vue de créer des projets locaux répondant à leurs
besoins. L¹Initiative Nationale pour le Développement Humain est basée
sur les prémisses du développement décentralisé et s¹emploiera à
promouvoir des projets gérés localement. Ici et encore, la formation est cruciale car la véritable
décentralisation n¹a lieu que lorsque les compétences et capacités
locales peuvent catalyser et gérer le développement. La formation dans
le domaine de l¹animation des activités de planification communautaire
permet aux gens d¹appliquer le développement décentralisé et la
démocratie dans leur vie et au sein de leurs communautés. Une large
série de formation a été récemment annoncée dans le cadre de l¹INDH qui
se consacre aussi à l¹appui de centres destinés à renforcer les
capacités des pauvres.
Les centres de planification participative, qui dispensent la
formation en animation et autres compétences, et où les communautés
peuvent collectivement planifier leur développement, contribueront à la
décentralisation. La construction de ces centres, qui sert l¹ensemble
des objectifs de l¹INDH de manière efficace et directe, devrait être
appuyée.
La diaspora marocaine
peut contribuer davantage
au développement
de son pays d¹origine
La plupart des Marocains v
ivant à l¹étranger, et beaucoup d¹autres personnes à travers le
monde s¹intéressant au Maroc sont, bien entendu, impatients de jouer un
rôle utile. Pour leur donner l¹opportunité de contribuer à l¹avenir du
pays, des réseaux, des associations et des événements doivent être
créés. Cela est de plus en plus fréquent et un certain nombre
d¹associations à but non lucratif au profit du Maroc ont récemment vu
le jour. Là aussi, le potentiel est énorme. Le Maroc possède un large
éventail de variété de groupes constitutifs, y compris les juifs
marocains résidant au Maroc et à l¹extérieur du Maroc qui seraient
prêts à appuyer des projets de développement décentralisé. Une campagne
stratégique générale de collecte de fonds rapporterait des dizaines de
millions de dollars provenant d¹individus et de sociétés privées et
contribuerait à créer des partenaires internationaux productifs au
profit du Maroc. Le Maroc a le potentiel d¹atteindre une prospérité
engendrée par le développement humain. Ceci verra le jour lorsqu¹à
travers le pays, les communautés et les quartiers s¹uniront et mettront
en ¦uvre des projets qui les affranchiront de la pauvreté et les
aideront à réaliser leurs rêves. En fin de compte, le potentiel humain
se dégage à travers des projets communautaires basés sur les idées de
développement générées par les populations locales elles-mêmes. Le
rapport du cinquantenaire contient un avertissement alarmant et propose
en même temps l¹alternative viable du développement démocratique
décentralisé. Il sera fait référence à cette étude pendant des
décennies, au fur et à mesure que le développement du Maroc progressera
et que ses implications dans la région et dans le monde seront
reconnues.
* Jason Ben-Meir est président de la Fondation du Haut-Atlas
(www.highatlasfoundation.org), une association à but non lucratif au
service du développement communautaire au Maroc. Ancien Volontaire du
Corps de la Paix, il a travaillé au Maroc et prépare actuellement sa
thèse de doctorat en sociologie à l¹université de New Mexico,
Albuquerque.