Rapport_mond-nt_humain_1990MMBOOKMOBI$$ p$4DTdt     $4DTdt !$"4#D$T%d&t'()*+,-./01$243D4T5d6t789:;<=>?@A$B4CDDTEdFtGHIJKLMNOPQ$R4SDTTUdVtWXYZ[\]^_`a$b4cDdTedftghijklmnopq$r4sDtTudvtwxyz{|}~$4DTdt   $ 4 D T d t           $ 4 D T d t           $ 4 D T d t      Ǽ  p : z l \x,0x &m84ۤHPT)`lL<@`lu&pH b\ L!Z!"@#"#`$$w$%_%¬&M(&'%'(P(P)*"*D+(,:P,P-d-m\.M(.//ˠ0@1023x456P7q\8V,9C:$;<< < = >$ ?D @AiB]C3D.D^Dy8DDEȐFXGHR$HڨIJKCLXLF L]!L^ "L^T# MOBI͂/x0 P "!EXTH d2Programme des Nations Unies pour le dédveloppement (PNUD)eEProgramme des Nations Unies pour le développement (PNUD)mJ© 1990 Programme des Nations Unies pour le développement,B @@@@@@    ) ] cRapport mondial sur le developpement humain 1990

image    RAPPORT MONDIAL SUR
LE DEVELOPPEMENT
HUMAIN 1990

     image     Publi pour le
Programme des Nations Unies
pour le dveloppement (PNUD)
par

image

ECONOMICA
49, rue Hricart, 75015 Paris

Le graphique de couverture illustre une classification des pays selon deux critres diffrents. La courbe suprieure reprsente leur classement selon l'indicateur composite du dveloppement humain, et la courbe infrieure leur classement selon le PNB par habitant. Les deux courbes rvlent que la disparit entre les pays est beaucoup plus grande sur le plan du revenu par habitant que sur celui du dveloppement humain. Il n'y a pas de corrlation automatique entre le revenu par habitant d'un pays et son niveau de dveloppement humain.

Titre original : Human Development Report 1990

Copyright 1990
by the United Nations Development Programme
1 UN Plaza, New York, New York, 10017, USA

Ed. ECONOMICA, 1990

Tous droits de reproduction, de traduction, d'adaptation et d'excution rservs pour tous les pays.

Maquette de couverture : Gerald Quinn, Quinn Information Design, Cabin John, Maryland

image  Prface

Nous vivons une poque trouble. Une vague irrsistible de libert balaie de nombreux pays. Ce ne sont pas seulement les systmes politiques, mais aussi les structures conomiques qui commencent changer dans des pays o les forces dmocratiques ont t longtemps rprimes. Dans ces pays, les peuples commencent prendre en main leur propre destine. Les interventions inutiles de l'Etat diminuent. Tous ces lments tmoignent du triomphe de l'esprit humain.

Face ces vnements, nous redcouvrons une vrit essentielle : les femmes et les hommes doivent tre au centre de tout dveloppement. Le but du dveloppement est dlargir la gamme des opportunits qui s'offrent aux individus. Par exemple pouvoir disposer d'un meilleur revenu - non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen d'acqurir le bien-tre. Mais aussi, pouvoir jouir d'une longue vie, de la libert politique, accder au savoir, tre assur de la scurit physique, participer effectivement la vie de la communaut, exercer ses droits humains. Les individus ne sauraient tre rduits leur seule dimension dhomo economicus. Ce qui rend passionnants les tres humains et donc ltude du dveloppement, c'est la manire dont les potentialits humaines sont largies et utilises.

C'est pourquoi le PNUD a dcid de produire un Rapport annuel sur la dimension humaine du dveloppement. Le premier d'entre eux est ce Rapport Mondial sur le dveloppement humain - 1990.

Son message central est le suivant : si la croissance du Produit National Brut (PNB) est indispensable pour atteindre tous les objectifs humains essentiels, l'important c'est d'analyser comment cette croissance se traduit ou ne se traduit pas en dveloppement humain dans diffrentes socits. Certaines socits ont atteint des niveaux de dveloppement humain levs malgr un faible revenu par habitant. D'autres socits, bien que jouissant de niveaux de revenus suprieurs et d'une croissance conomique rapide, ne sont pas parvenues obtenir des niveaux de dveloppement humain plus levs. Quelles politiques expliquent respectivement de tels rsultats ? Cette recherche est riche de la promesse d'un Rapport beaucoup plus troit entre croissance conomique et dveloppement humain, Rapport qui n'est nullement automatique.

Ce Rapport a une orientation pratique et pragmatique. Il vise tirer des enseignements pratiques de l'analyse des expriences nationales. Son propos n'est pas d'exhorter, ni mme de recommander un modle de dveloppement particulier, mais bien de mettre la porte de tous les dirigeants des donnes d'exprience qui leur soient utiles.

Ce Rapport cherche poser les fondements d'une approche nouvelle. Il apporte une contribution la dfinition, la mesure et l'analyse politique du dveloppement humain. Il ouvre le dbat. Les Rapports qui le suivront examineront plus en dtail la planification, la gestion et le financement du dveloppement humain.

Cette publication fournit des indicateurs du dveloppement humain, qui permettent de comparer toutes les donnes humaines et sociales disponibles pour chaque pays. En collaboration avec d'autres institutions, le PNUD entreprendra un programme permettant de complter les donnes par pays et d'amliorer les statistiques existantes, de telle sorte que ces indicateurs du dveloppement viennent progressivement faire autorit tant pour les analyses au niveau national qu'au niveau mondial.

Cet ouvrage est le fruit d'une collaboration de l'ensemble du systme des Nations Unies. Je suis personnellement reconnaissant toutes les institutions spcialises et autres organisations de la famille des Nations Unies, y compris la Banque mondiale et le FMI, du soutien sans faille qu'elles ont apport la prparation de ce rapport. L'un de ses effets fortuits a t lmergence d'un rseau dtroite collaboration intellectuelle au sein du systme des Nations Unies, qui sera utile aussi pour les Rapports ultrieurs.

Le Rapport Mondial sur le dveloppement humain - 1990 a t prpar par une quipe du PNUD et par dminents consultants de l'extrieur, sous la direction de Mahbub ul Haq, ancien Ministre des Finances et du Plan du Pakistan, en sa qualit de Conseiller spcial de l'Administrateur du PNUD. Les vues exprimes dans ce rapport sont celles de lquipe de rdaction et ne sont pas ncessairement partages par le PNUD, son Conseil d'administration, ou les gouvernements membres du PNUD. L'indpendance et l'intgrit intellectuelle doivent tre l'essence de toute tude de ce genre.

J'espre que ce rapport comme ceux qui chaque anne le suivront apportera une contribution importante au dialogue sur le dveloppement dans les annes 90 et conduira une analyse approfondie de la programmation du dveloppement humain lchelle nationale. Le PNUD est prt participer ce processus, tant sur le plan intellectuel qu'oprationnel.

image

New York William H. Draper III
1er Mai 1990 Administrateur du PNUD

Membres de lquipe de prparation du
Rapport mondial sur le dveloppement humain - 1990

Directeur du projet
Mahbub ul Haq

Equipe du PNUD

Groupe de Consultants

Inge Kaul, Leo Goldstone, Bernard

Gustav Ranis, Amartya K. Sen,

Hausner, Saraswathi Menon et Jin

Frances Stewart, Keith Griffin,

Wei, assists de Shabbir Cheema,

Meghnad Desai, Aziz Khan, Paul

Beth Ebel, Akhtar Mahmood,

Streeten, Shlomo Angel, Pietro

Ragnar Gudmundsson, Martin

Garau et Mahesh Patel

Krause et Roman Schremser


Remerciements

La prparation du prsent rapport aurait t impossible sans les prcieuses contributions que les auteurs ont reues d'un grand nombre d'organisations et de personnes.

Nous sommes particulirement obligs lgard des institutions et bureaux du systme des Nations Unies qui ont fourni une assistance gnreuse, partag leurs longues expriences, leurs donnes statistiques et les rsultats de leurs tudes avec lquipe de rdaction. Grce leur assistance, ce rapport constitue une initiative mettre rellement au compte du systme des Nations Unies tout entier. Une mention spciale doit tre faite de la collaboration de Habitat (le Centre des Nations Unies pour les tablissements humains) dans la prparation du chapitre 5. Les autres organisations et organes membres du systme des Nations Unies qui ont apport leur contribution sont la Banque mondiale, le BIT, le BNUS, la FAO, le FIDA, le FNUAP, le HCR, l'OMS, le Bureau de statistique et la Division de la population de l'ONU, l'ONUDI, le PAM, l'UNESCO, l'UNICEF, l'UNRISD et le service des VNU. D'autres donnes furent reues de divers services du PNUD, en particulier des bureaux extrieurs situs dans la plupart des pays, des Bureaux rgionaux, de la Division pour l'intgration des femmes dans le dveloppement, de la Division des organisations non gouvernementales et du Bureau des services d'appui aux projets. La rdaction du premier projet de ce rapport a bnfici du concours de Ian Steele.

Le prsent rapport a tir parti des bases de donnes statistiques tablies par le Bureau de statistique et la Division de la population de l'ONU, la Banque mondiale, le FMI et l'OCDE. Celles-ci ont t compltes et en partie mises jour grce certaines donnes statistiques, recueillies auprs de sources gouvernementales par les bureaux extrieurs du PNUD.

De nombreux collgues du PNUD ont contribu lvolution du prsent rapport par des commentaires et des observations sur ses premiers projets. Notre gratitude va particulirement G. Arthur Brown, Denis Benn, Pierre-Claver Damiba, Gary Davis, Luis Gomez-Echeverri, Trevor Gordon-Somers, Michael Gucovsky, Arthur Holcombe, Andrew J. Joseph, Uner Kirdar, Sarah Papineau, Jehan Raheem, Augusto Ramirez-Ocampo, Elizabeth Reid, Sarah Timpson et Gustavo Toro.

Le soutien en matire de secrtariat et d'administration a t assur par Linda Grahek, Gwen Halsey, Ida Simmons, Odette Tin-Aung, Carol Joseph et Karin Svadlenak Castro.

Abrviations


BIRD
Banque internationale pour la reconstruction et le dveloppement (Banque mondiale)
BIT
Bureau international du Travail
BNUS
Bureau des Nations Unies pour la rgion soudano-sahlienne
CEE
Commission conomique pour l'Europe
CEPALC
Commission conomique pour l'Amrique latine et les Carabes
CESAP
Commission conomique et sociale pour l'Asie et le Pacifique
EUROSTAT
Office statistique des Communauts europennes
FAO
Organisation des Narions Unies pour l'alimentation et l'agriculture
FIDA
Fonds international pour le dveloppement agricole
FMI
Fonds montaire international
FNUAP
Fonds des Nations Unies pour la population
GATT
Accord gnral sur les tarifs douaniers et le commerce
HCR
Haut Commissariat des Nations Unies pour les rfugis
OCDE
Organisation de Coopration et de Dveloppement Economiques
OMS
Organisation mondiale de la sant
ONUV
Bureau des Nations Unies Vienne
PAM
Programme alimentaire mondial
PNUD
Programme des Nations Unies pour le dveloppement
UNESCO
Organisation des Nations Unies pour lducation, la science et la culture
UNICEF
Fonds des Nations Unies pour l'enfance
UNRISD
Institut de Recherche des Nations Unies pour le dveloppement social
USAID
Agence amricaine pour le dveloppement international
WFC
Conseil mondial de l'alimentation

Table des matires


VUE D'ENSEMBLE


CHAPITRE PREMIER

Dfinir et mesurer le dveloppement humain

Dfinir le dveloppement humain

Mesurer le dveloppement humain


CHAPITRE DEUX

Le dveloppement humain depuis 1960

Accrotre les capacits humaines

Utiliser les capacits humaines

Disparits et dnuement l'intrieur des nations

Rversibilit du dveloppement humain

Rgression du dveloppement humain


CHAPITRE TROIS

Croissance conomique et dveloppement humain

Typologie des expriences selon les pays

Dveloppement humain russi et durable

Dveloppement humain contrari

Occasions de dveloppement humain manques


CHAPITRE QUATRE

Stratgies de dveloppement humain pour les annes quatre-vingt dix

Mesures en faveur d'objectifs prioritaires

Stratgies appropries et calendrier

Mesures politiques pour l'ajustement

Se donner des objectifs mondiaux pour le dveloppement humain

Plans nationaux pour le dveloppement humain

Le financement du dveloppement humain

L'environnement extrieur du dveloppement humain

Mettre en oeuvre des stratgies de dveloppement humain


CHAPITRE CINQ : UN COUP DE PROJECTEUR

Urbanisation et dveloppement humain

L'urbanisation dans les pays en dveloppement

Villes et dveloppement humain

Tentatives manques pour inverser la tendance

La gestion des villes quatre grandes questions pour les annes quatre-vingt dix

Notes techniques

Notes bibliographiques

Rfrences


INDICATEURS DE DEVELOPPEMENT HUMAIN


ENCADRES

 1.1  Qu'est-ce que le dveloppement humain?

 1.2  Qu'est-ce qui fait la valeur de la vie?

 1.3  Ce que masquent les moyennes nationales

 1.4  Concevoir un indicateur du dveloppement humain

 1.5  Libert et dveloppement humain

 2.1  Qui sont les pauvres?

 2.2  Bilan du dveloppement humain

 2.3  Les femmes comptent, mais ne sont pas comptes

 2.4  Ajustement visage humain au Zimbabwe

 2.5  Lpidmie de SIDA

 3.1  Lutte contre la scheresse au Botswana

 3.2  Les bons alimentaires manquent leur but au Sri Lanka

 3.3  Le systme de sant chinois

 4.1  Pour la dfense des subventions alimentaires

 4.2  Les banques rurales au Ghana

 4.3  Les boutiques de prt aux Philippines

 4.4  Stratgies diffrentes pour des contextes diffrents

 4.5  Un calendrier de recherches prioritaires pour le dveloppement humain

 4.6  Plan Mediservice Singapour

 4.7  La prise en charge des frais mdicaux dans la Rpublique de Core

 4.8  Financement communautaire au Sngal

 4.9  La crise de l'endettement sternise

4.10  Proposition pour un dispositif international de refinancement de la dette

4.11  La nouvelle conomie mondiale des services

4.12  Une stratgie efficace et peu coteuse pour les mdicaments essentiels

 5.1  L'explosion urbaine

 5.2  Dficience des adductions d'eau et des gouts dans les grandes villes

 5.3  L'impt foncier urbain au Brsil

 5.4  Bangkok: on partage la terre, on n'expulse pas

 5.5  L'amlioration des Kampungs de Djakarta

 5.6  Les transports publics informels en Afrique

 5.7  Une communaut se dote dgouts Karachi

 5.8  Le recyclage des dchets Shangai


TABLEAUX
Lgendes

 1.1  PNB par habitant et indicateurs sociaux choisis

 2.1  Esprance de vie, 1960-1987

 2.2  Taux de mortalit infantile, 1960-1988

 2.3  Taux d'alphabtisation des adultes, 1970-1985

 2.4  Accs l'eau potable, 1975-1986

 2.5  Saisies de drogues dans le monde

 2.6  Modifications dans la taille des mnages dans quelques pays industrialiss

 3.1  Mortalit infantile et autres indicateurs de base en dveloppement humain

 4.1  Croissance des dpenses militaires dans le Tiers Monde

 4.2  Dpenses militaires en pourcentage des dpenses d'enseignement et de sant

 4.3  Soldats ou enseignants

 5.1  Augmentations prvues de la population urbaine dans les grandes rgions du monde, 1985-2000

 Tableaux annexes

     1  Survie de l'enfant et objectifs de vaccination pour l'an 2000

     2  Objectifs pour la nutrition des enfants pour l'an 2000

     3  Objectifs de scolarisation primaire pour l'an 2000

     4  Objectifs d'alphabtisation pour l'an 2000

     5  Objectifs en matire d'eau potable pour l'an 2000


DIAGRAMMES

 1.1  PNB par habitant et IDH

 1.2  Classement des pays en fonction du PNB par habitant et de l'IDH

 2.1  Ecarts entre pays en dveloppement et pays industrialiss

 2.2  Esprance de vie: tendances

 2.3  Mortalit infantile: tendances

 2.4  Alphabtisation des adultes: tendances

 2.5  PNB par habitant: tendances

 2.6  Pauvret absolue par rgion

 2.7  Nutrition: tendances

 2.8  Accs aux services de sant, 1986

 2.9  Accs une eau potable: tendances

 2.10  Rpartition Nord-Sud des effectifs scolaires

 2.11  Evolution de la population mondiale et rpartition Nord-Sud

 2.12  Emploi salari et main d'oeuvre non agricole

 2.13  Disparits entre zones rurales et urbaines

 2.14  Alphabtisation des femmes et croissance dmographique

 2.15  Alphabtisation: disparits hommes-femmes

 2.16  Dettes des pays en dveloppement

 2.17  Rfugis par rgion

 3.1  Dveloppement humain russi et durable : volution par pays

 3.2  Dveloppement humain contrari: volution par pays

 3.3  Occasions manques de dveloppement humain: volution par pays

 4.1  Baisse des taux d'investissement

 4.2  Baisse des dpenses de sant et dducation

 4.3  Dsquilibres critiques dans les secteurs sociaux

 4.4  Dpenses militaires

 4.5  Priorit l'arme dans les dpenses nationales

 4.6  Priorit aux dpenses sociales dans le budget de l'Etat

 4.7  Inversion du flux des ressources

 5.1  Les dix villes les plus grandes en 1960 et 2000

 5.2  Population urbaine dans les zones d'habitat spontan


Donnes en ligne

Profils statistiques de pays

Carte interactive

Outil de visualisation de l'IDH

Construisez votre propre indice

Base de donnes

image  Vue d'ensemble

Le prsent rapport s'intresse aux gens et la manire dont le dveloppement largit la gamme des choix qui s'offrent eux. Il ne traite donc pas seulement du revenu et de la richesse, de la production de biens et de l'accumulation de capital ou de la croissance du PNB. L'accs de l'individu un revenu convenable est sans doute l'une des chances importantes offertes par le dveloppement, mais ne peut pas tre considr comme la finalit unique de l'effort humain.

Ce que nous appelons dveloppement humain est le processus qui largit lventail des possibilits offertes aux individus : vivre longtemps et en bonne sant, tre instruit et disposer de ressources permettant un niveau de vie convenable, sont des exigences fondamentales; s'y ajoutent la libert politique, la jouissance des droits de l'homme et le respect de soi.

Un vritable dveloppement permet aux individus de faire ces choix. Certes, nul ne peut garantir le bonheur humain et il appartient chacun de dcider de sa vie. Mais le processus de dveloppement devrait au moins crer un environnement favorable qui donne aux individus et aux collectivits une chance de raliser leurs potentialits et de mener une vie crative et productive conformment leurs besoins et leurs intrts.

Le dveloppement humain passe tout d'abord par la formation de capacits personnelles meilleure sant, connaissances plus tendues, mais il concerne galement l'emploi de ces capacits dans le travail, les loisirs, ou les activits culturelles et politiques.

La libert est essentielle au dveloppement humain. Les individus doivent tre libres d'oprer des choix sur des marchs fonctionnant convenablement, et doivent disposer du pouvoir de participer pleinement ldification de leurs structures politiques.

Partant de cette perspective, le prsent rapport mesure le dveloppement humain non pas l'aune du seul revenu mais au moyen d'un indicateur plus complet l'indicateur composite de dveloppement humain (IDH) qui tient compte de l'esprance de vie, du niveau d'alphabtisation et de ressources permettant de jouir de conditions de vie dcentes. A ce stade, l'indicateur est une approximation qui permet de saisir les multiples dimensions des choix humains mais il comporte certaines des insuffisances des mesures du revenu. Ses moyennes nationales masquent les ingalits des rpartitions locales et rgionales. Et une mesure quantitative de la libert humaine reste encore dfinir.

Toutefois, l'indicateur a le mrite d'englober des possibilits humaines autres que le revenu, et constitue donc un pas dans la bonne direction. En outre, il peut tre affin au fur et mesure que seront quantifis un plus grand nombre d'aspects du dveloppement humain et donc des choix qui s'offrent chacun. De ce rapport devraient dcouler de nouvelles priorits pour la collecte des donnes qui feront de plus en plus de l'indicateur de dveloppement humain l'instrument oprationnel de mesure du progrs socio-conomique.

Le rapport analyse l'histoire du dveloppement humain dans le monde au cours des trois dernires dcennies et plus particulirement la manire dont 14 pays ont gr leur croissance conomique et les aspects humains de leur dveloppement. Sur la base des rsultats de ces expriences, a t dgag un ensemble de propositions politiques prcises pour les stratgies de dveloppement mettre en oeuvre dans les annes 90. Ce rapport s'achve par un coup de projecteur sur les problmes du dveloppement humain dans un environnement de plus en plus urbanis. Il se veut pratique car il examine non seulement ce qui doit tre fait, mais galement les moyens de le faire.

Les principaux messages politiques et conclusions du rapport sont clairs, et certains de leurs lments saillants sont rsums ci-aprs.

1.Les pays en dveloppement ont accompli, au cours des trois dernires dcennies, des progrs significatifs en matire de dveloppement humain.

L'esprance de vie dans le Sud est passe de 46 ans en 1960 62 ans en 1987. Le taux d'alphabtisation des adultes est pass de 43 60%. Le taux de mortalit des enfants de moins de cinq ans a t rduit de moiti. 61 % de la population ont accs aux soins de sant primaires, et 55 % l'eau potable. Bien que les pays en dveloppement comptent deux milliards d'habitants de plus, l'augmentation de la production alimentaire a t d'environ 20% suprieure celle de la population.

Jamais auparavant les conditions de vie de populations aussi nombreuses ne staient ainsi amliores. Toutefois, ces progrs ne doivent pas conduire l'autosatisfaction. Supprimer lnorme accumulation de misre humaine reste le dfi des annes 90. Aujourd'hui encore, plus d'un milliard dtres humains vivent dans la pauvret absolue, prs de 900 millions d'adultes ne savent ni lire ni crire, 1,75 milliard de personnes n'ont pas accs l'eau potable, prs de 100 millions sont sans abri, 800 millions ont faim, 150 millions d'enfants de moins de cinq ans (un sur trois) sont sous-aliments, et chaque anne, 14 millions d'enfants meurent avant leur cinquime anniversaire. Dans bon nombre de pays d'Afrique et d'Amrique latine, les annes 80 ont t marques par une stagnation, voire un recul, des acquis en matire de dveloppement humain.

2.Les carts Nord-Sud en matire de dveloppement humain fondamental ont considrablement diminu au cours des trois dernires dcennies, mme si, dans le mme temps, les carts de revenu ont augment.

En 1987, le revenu moyen par habitant dans le Sud n'atteignait que 6 % de celui du Nord. En revanche, l'esprance de vie moyenne et le taux moyen d'alphabtisation reprsentaient, respectivement, 80 et 66 % de ceux du Nord.

Il a fallu une quarantaine d'annes (1950-1988) aux pays en dveloppement pour rduire leur mortalit infantile moyenne de prs de 200 dcs pour 1 000 enfants ns vivants 80 pour 1 000, un exploit que les pays industrialiss ont mis prs d'un sicle accomplir. Manifestement, c'est un message d'espoir. La tche essentielle qui consiste conduire le monde en dveloppement un seuil acceptable de dveloppement humain, peut tre ralise en un temps et un cot relativement raisonnables si les efforts nationaux de dveloppement et la coopration internationale sont correctement orients.

Mais lvolution prometteuse des quarante dernires annes ne doit cependant pas tre surestime. Si les carts Nord-Sud ont diminu en matire de survie fondamentale de l'homme, en revanche ils ne cessent de crotre dans les domaines de la connaissance et des technologies de pointe.

3.Les progrs moyens en matire de dveloppement humain masquent de grandes ingalits au sein mme des pays en dveloppement entre les zones urbaines et rurales, entre les hommes et les femmes, entre les nantis et les dshrits.

Les zones rurales des pays en dveloppement ont, en moyenne, deux fois moins accs aux services de sant et d'approvisionnement en eau potable que les zones urbaines. Elles ont quatre fois moins accs aux infrastructures d'assainissement.

Les taux d'alphabtisation des femmes ne reprsentent que les deux-tiers de ceux des hommes. Le taux de mortalit maternelle dans le Sud est 12 fois celui du Nord - cet indicateur social, triste symbole de la condition des femmes dans le Tiers Monde, est celui qui affiche lcart le plus important.

Les groupes haut revenu s'adjugent souvent bon nombre des avantages offerts par les services sociaux. Dans beaucoup de pays en dveloppement, les niveaux de sant, dducation et de nutrition des groupes plus haut revenu sont trs largement suprieurs ceux des groupes dfavoriss. Des efforts considrables doivent donc tre faits pour assurer une rpartition plus quitable des dpenses sociales, en particulier, au profit des plus dmunis. L'intervention gouvernementale perd sa raison dtre si les dpenses sociales augmentent les ingalits au lieu d'amliorer la rpartition des revenus.

4.Des niveaux acceptables de dveloppement humain sont possibles, mme avec des revenus assez faibles.

La vie ne commence pas 11 000 dollars, qui est le niveau de revenu moyen par habitant dans le monde industrialis. Avec un revenu moyen par habitant de seulement 400 dollars, le Sri Lanka a atteint une esprance de vie de 71 ans et un taux d'alphabtisation des adultes de 87%.

En revanche, le Brsil, malgr un revenu par habitant de 2 020 dollars, n'enregistre qu'une esprance de vie de 65 ans, et un taux d'alphabtisation des adultes de 78 %. En Arabie Saoudite, o le revenu par habitant atteint 6 200 dollars, l'esprance de vie ne dpasse pas 64 ans et le taux d'alphabtisation des adultes est estim 55%.

L'important c'est la manire dont la croissance conomique est gre et rpartie au bnfice de la population. Le contraste est particulirement frappant lorsque l'on classe les pays en dveloppement en fonction de leur indice de dveloppement humain et de leur PNB par habitant. Le Sri Lanka, le Chili, le Costa Rica, la Jamaque, la Tanzanie et la Thalande, par exemple, affichent de bien meilleurs rsultats en matire de dveloppement humain que de revenu, montrant qu'ils ont consacr une plus grande part de leurs ressources conomiques au progrs humain. Oman, le Gabon, l'Arabie Saoudite, l'Algrie, la Mauritanie, le Sngal, le Cameroun et les Emirats arabes unis, notamment, enregistrent des rsultats nettement infrieurs, indiquant que leur revenu n'a pas encore t traduit en progrs humain.

La valeur attribue des niveaux de dveloppement humain analogues varie considrablement suivant que ceux-ci ont t atteints dans un cadre dmocratique ou autoritaire. Une mesure quantitative simple prenant en compte les nombreux aspects des liberts fondamentales telles que lections libres, multipartisme politique, libert de la presse, respect de ltat de droit, libert d'expression, scurit physique, etc. sera conue par la suite et intgre l'indicateur de dveloppement humain. En attendant, le rapport donne la liste des 15 premiers pays qui ont atteint des niveaux relativement levs de dveloppement humain dans un cadre politique et social raisonnablement dmocratique : Costa Rica, Uruguay, Trinit-et-Tobago, Mexique, Venezuela, Jamaque, Colombie, Malaisie, Sri Lanka, Thalande, Turquie, Tunisie, Maurice, Botswana et Zimbabwe.

5.Croissance conomique et progrs humain ne sont pas automatiquement lis.

La croissance du PNB, associe une rpartition assez quitable du revenu, est gnralement le moyen le plus efficace de parvenir un dveloppement humain durable. La Rpublique de Core tmoigne de ce qui est possible. Mais si la rpartition du revenu est ingale et si les dpenses sociales sont faibles (Pakistan et Nigria) ou ingalement rparties (Brsil), il se peut qu'en dpit d'une croissance rapide du PNB, il n'y ait pas de vritable progrs pour le dveloppement humain.

A l'inverse, mme en l'absence d'une croissance conomique satisfaisante ou d'une rpartition relativement gale du revenu, une bonne allocation des dpenses publiques peut permettre d'amliorer de faon significative les rsultats en matire de dveloppement humain. Par exemple, au cours des 30 dernires annes, le Sri Lanka a connu une croissance relativement faible, assez galement rpartie; le Botswana et la Malaisie ont enregistr une croissance satisfaisante quoiqu'ingalement rpartie. Pourtant, tous ces pays ont ralis d'immenses progrs en matire de dveloppement humain, leurs politiques et dpenses sociales tant bien structures.

Le Costa Rica et le Chili ont eux aussi prouv que dnormes progrs peuvent tre accomplis en peu de temps et sans l'aide d'une croissance rapide du PNB.

Toutefois, des politiques de redistribution ne peuvent compenser que dans le court et le moyen terme les effets d'une faible croissance du PNB ou d'une rpartition ingale du revenu. Les interventions politiques ne peuvent stimuler indfiniment le dveloppement humain sans les apports d'une croissance bien rpartie. A long terme, c'est la croissance conomique qui dtermine si un pays peut poursuivre les progrs accomplis en matire de dveloppement humain ou si la tendance initiale au progrs est contrecarre, voire inverse (comme au Chili, en Colombie, la Jamaque, au Kenya et au Zimbabwe).

6.Des aides sociales sont absolument ncessaires aux groupes faibles revenus.

La rpartition du revenu est assez ingale dans la plupart des pays du Tiers Monde. En effet, il est rare que les masses profitent de la croissance conomique. Il se peut que les mcanismes du march libre soient essentiels sur le plan de l'efficacit, mais ils ne garantissent pas une rpartition quitable. C'est la raison pour laquelle des mesures politiques supplmentaires sont souvent ncessaires pour transfrer aux plus dmunis des revenus et d'autres possibilits conomiques.

Les aides l'alimentation et la sant servent cet objectif quand elles profitent vraiment aux conomiquement faibles et si elles sont efficacement gres. Elles crent un filet de scurit essentiel dans les socits dfavorises qui, gnralement, n'ont pas les programmes de scurit sociale dont se sont dotes les nations industrialises. Ces subventions qui, le plus souvent, reprsentent moins de 3 % du PNB, n'ont pas t trop coteuses. Et quand elles sont supprimes sans tre remplaces par un autre filet de scurit, le cot des troubles politiques et sociaux qui s'ensuivent est nettement plus lev.

Les dpenses sociales serviront beaucoup mieux les intrts des pays en dveloppement si des efforts accrus sont dploys pour en faire des outils efficaces de la redistribution du revenu, sans porter atteinte l'efficacit de l'attribution des ressources. De tels efforts sont de loin prfrables l'habituel dbat acrimonieux entre les partisans et les opposants de toute forme d'aide sociale.

7.Les pays en dveloppement ne sont pas trop pauvres pour financer le dveloppement humain et veiller la croissance conomique.

L'opinion selon laquelle le dveloppement humain ne peut tre favoris qu'au dtriment de la croissance conomique prsente un faux compromis. Elle dforme les objectifs du dveloppement et sous-estime les rendements des investissements dans les secteurs de la sant et de lducation. Or, ils peuvent tre levs. Les investissements dans lducation primaire se dgagent des revenus privs qui atteignent 43 % en Afrique, 31 % en Asie et 32 % en Amrique latine. L'efficacit sociale de l'alphabtisation des femmes est encore plus leve : diminution de la fcondit et de la mortalit infantile, rduction des taux d'abandon scolaire, amlioration de la nutrition familiale, et ralentissement de la croissance dmographique.

De plus, il est possible de rorganiser les priorits de la plupart des budgets nationaux pour y accrotre la part destine aux dpenses axes sur le dveloppement humain. Dans bien des cas, plus de la moiti du budget de l'Etat est absorbe par l'arme, le remboursement de la dette, des services para-tatiques inefficaces, des contrles gouvernementaux inutiles et des aides sociales mal cibles. Si les autres possibilits de financement sont limites, il convient de mettre l'ordre du jour la restructuration des priorits budgtaires de faon quilibrer dpenses conomiques et dpenses sociales au bnfice du dveloppement dans les annes 90.

Il conviendrait galement d'accorder une attention spciale la rduction des dpenses militaires du Tiers Monde - elles ont augment trois fois plus vite que celles des pays industrialiss au cours des 30 dernires annes, et avoisinent aujourd'hui les 200 milliards de dollars par an. Globalement, les pays en dveloppement consacrent davantage de ressources aux dpenses militaires (5,5 % de la somme de leurs PNB) qu lducation et la sant (5,3 %). Dans bon nombre de pays en dveloppement, les dpenses militaires actuelles sont deux ou trois fois suprieures aux dpenses dducation et de sant. Le Tiers Monde compte huit fois plus de soldats que de mdecins.

Les gouvernements peuvent aussi amliorer l'efficacit des dpenses sociales en laborant un cadre politique et budgtaire qui permette de mieux panacher les diverses dpenses sociales, notamment en raffectant des ressources :

des services de mdecine curative des programmes de soins de sant primaires,

de la formation de mdecins hautement qualifis celle de personnel paramdical,

des services urbains aux services ruraux,

de l'instruction gnrale la formation professionnelle,

de l'aide l'enseignement suprieur celle lducation primaire et secondaire,

de la construction de logements coteux au profit des groupes privilgis des projets de services pour les groupes dmunis,

des dpenses favorisant des groupes puissants et sachant se faire entendre des dpenses en faveur de groupes plus faibles et incapables de s'exprimer,

du secteur formel au secteur informel et aux programmes en faveur des chmeurs et des personnes en situation de sous-emploi.

Une telle restructuration des priorits budgtaires exigera un formidable courage politique. Mais il n'est gure d'alternatives et les avantages peuvent en tre immenses.

8.Les cots humains de l'ajustement sont souvent un choix et non une contrainte.

Etant donn que les possibilits de raffectation des dpenses dans les budgets existants sont considrables, les cots humains des mesures d'ajustement structurel de leurs conomies entreprises par de nombreux tats sont souvent un choix et non une contrainte. En cas de compression soudaine des ressources, c'est aux dirigeants qu'il appartient de dcider si les coupes budgtaires affecteront les dpenses militaires, les subventions aux services paratatiques et les aides sociales aux groupes privilgis, ou les crdits essentiels la sant, lducation et l'alimentation. Pendant le processus d'ajustement des annes 80, certains pays (tels que l'Indonsie et le Zimbabwe) ont prserv leurs programmes de dveloppement humain en rorientant leurs budgets. D'autres ont restreint leurs dpenses de sant et dducation mais ont augment leurs dpenses militaires. Manifestement, la pauvret de leur conomie n'a pas t une barrire la prosprit de leurs armes.

Des donateurs de l'extrieur peuvent contribuer prserver le dveloppement humain en fournissant les ressources supplmentaires qui allgeront le fardeau de l'ajustement et en convenant avec les pays en dveloppement de conditions nouvelles et favorables en matire d'assistance l'ajustement conditions qui tabliraient clairement que l'assistance extrieure sera rduite si un pays persiste consacrer plus de ressources son arme qu sa population. Ils pourraient insister sur le fait que le pays bnficiaire a le droit voire le devoir de ne pas restreindre les dpenses sociales et les aides dont jouissent les groupes bas revenu et autres fractions vulnrables de la population. En outre, ils pourraient prciser que, en priode d'ajustement structurel, les programmes axs sur le dveloppement humain devront tre les derniers et non les premiers tre rduits aprs que toutes les autres options auront t examines et puises.

9.Un environnement extrieur favorable est indispensable pour soutenir les stratgies de dveloppement humain dans les annes 90.

Les perspectives ne sont pas bonnes. Les transferts nets de ressources aux pays en dveloppement ont t inverss passant d'un flux positif de 42,6 milliards de dollars en 1981, un flux ngatif de 32,5 milliards en 1988. Les prix des produits de base ont atteint leur niveau le plus bas depuis la Grande Crise des annes 30. Actuellement, prs de 200 milliards de dollars sont consacrs chaque anne au seul service de la dette extrieure des pays en dveloppement, qui dpasse 1300 milliards de dollars des Etats Unis.

Dans les annes 90, les nations riches devront nouveau transfrer des ressources aux nations dfavorises. Pour cela, il est impratif de trouver une solution satisfaisante la crise persistante de la dette, en rduisant radicalement son montant et en crant un systme de refinancement, fond sur les structures existantes du FMI et de la Banque mondiale.

10.Certains pays en dveloppement, en Afrique notamment, ont bien plus besoin que d'autres de l'aide extrieure.

C'est dans les pays les moins avancs, en particulier ceux d'Afrique subsaharienne, que le dnuement humain est le plus grand. De toutes les rgions en dveloppement, c'est en effet l'Afrique qui affiche l'esprance de vie la plus basse, les taux de mortalit infantile les plus levs, et les taux d'alphabtisation les plus faibles. Son revenu moyen par habitant a chut d'un quart pendant les annes 80.

On assiste donc de plus en plus une concentration de la pauvret en Afrique. De 1979 1985, le nombre d'Africains vivant au-dessous du seuil de pauvret a augment de prs de deux-tiers alors que l'accroissement moyen n'a pas dpass un cinquime dans l'ensemble du monde en dveloppement. Ce nombre devrait augmenter rapidement au cours des prochaines annes passant de 250 millions en 1985 plus de 400 millions la fin du sicle.

Tout effort international concert visant amliorer le dveloppement humain dans le Tiers Monde doit accorder la priorit l'Afrique. Le concept de l'ajustement court terme ne peut s'appliquer ce continent. Les efforts doivent, au contraire, porter sur une restructuration du dveloppement long terme. De plus, 25 ans au moins seront ncessaires l'Afrique pour renforcer son potentiel humain, ses institutions nationales et le rythme de sa croissance. La communaut internationale devrait affecter l'Afrique une part majeure de son assistance et faire preuve de la comprhension et de la patience ncessaires pour reconstruire les conomies et les socits africaines de manire opportune et progressive.

11.Pour contribuer au dveloppement des capacits humaines et institutionnelles des pays en dveloppement, il est impratif de restructurer la coopration technique

Les faits ne sont pas rassurants. Dans beaucoup de pays en dveloppement, la part de l'assistance technique qui est consacre aux salaires et aux frais de voyage des experts trangers est largement suprieure au budget de la fonction publique nationale. Un personnel qualifi et au chmage, et une fonction publique nationale dmoralise par la modicit des salaires, ctoient souvent des experts et des consultants trangers nombreux et hautement rmunrs. La pnurie de personnel national qualifi reste aigu dans certains pays en dveloppement. L'assistance technique l'Afrique slve 4 milliards de dollars par an, soit 7 dollars par habitant. Cependant, la cration et le renforcement de la capacit des institutions et des hommes ont t nettement insuffisants dans la majeure partie de la rgion.

Pour amliorer l'efficacit de la coopration technique dans les annes 90, il est impratif d'orienter davantage les programmes vers le dveloppement humain. Cela largira les bases ncessaires au renforcement de l'efficacit des capacits nationales de dveloppement au travers des changes d'expriences, du transfert de savoir-faire, et d'une mobilisation et d'un emploi accrus des capacits nationales de dveloppement. Il est essentiel de disposer d'indicateurs sociaux pertinents et d'aider les pays en dveloppement formuler leurs propres plans de dveloppement humain. Le succs et l'impact des programmes d'assistance technique seront mesurs en fonction de la rapidit avec laquelle ils seront supprims.

12.Une approche participative, y compris travers la participation des ONG, est indispensable toute stratgie du dveloppement humain russi.

Bon nombre dconomies sur-planifies et sur-rglementes optent aujourd'hui pour une concurrence accrue sur les marchs. De plus en plus, le rle de l'Etat est redfini : celui-ci doit mettre au point une politique favorisant une production efficace et une rpartition quitable, mais ne doit pas intervenir inutilement dans le fonctionnement des mcanismes du march.

Le mouvement des organisations non gouvernementales (ONG) et autres organisations d'auto-assistance a pris un essor considrable et a prouv sa capacit donner aux populations les moyens de s'aider elles-mmes. Les ONG sont gnralement des organismes flexibles, de dimension restreinte et rentables. La plupart se sont donn pour mission d'instaurer un dveloppement autosuffisant. Elles reconnaissent que lorsqu'une population tablit ses propres objectifs, dfinit ses propres approches et prend ses propres dcisions, la crativit humaine et les capacits locales rsoudre les problmes sont libres, favorisant un dveloppement autonome. Toute stratgie viable du dveloppement humain doit compter avec la participation des ONG.

13.Une amlioration notable des niveaux de dveloppement humain passe ncessairement par une rduction significative des taux de croissance dmographique.

La population des pays en dveloppement qui est passe de 2 milliards en 1960 4 milliards environ en 1990 sera probablement de 5 milliards en l'an 2000. La baisse du taux de croissance dmographique de 2,3 % par an pendant la priode 1966-88 2 % environ pendant la priode 1988-2000 n'est pas suffisante pour modifier sensiblement la situation. Des efforts plus vigoureux doivent tre faits pour rduire la croissance dmographique dans le monde en dveloppement, en particulier en Afrique et en Asie du Sud. Il est urgent de renforcer les programmes de planification familiale, d'alphabtisation des femmes, de rduction de la fcondit, et de soins de sant maternelle et infantile.

La situation dmographique mondiale volue rapidement. La part des pays en dveloppement dans la population mondiale devrait passer de 69 % en 1960 84 % d'ici 2025, et celle des pays industrialiss de 31 % 16 %. Plus significatif encore, 87 % des naissances ont lieu dans le Tiers Monde, et 13 % seulement dans les pays industrialiss.

Si les gnrations nouvelles du monde en dveloppement ne parviennent pas amliorer leurs conditions de vie au travers de l'assistance internationale, du libre accs aux marchs financiers et des possibilits dchanges commerciaux, le besoin dmigrer en qute de meilleures possibilits conomiques se fera irrpressible une ralit qui donne rflchir et qui prouve combien il est urgent de promouvoir une meilleure rpartition mondiale des possibilits de dveloppement.

14.La croissance dmographique trs rapide que connat le monde en dveloppement est concentre dans les villes.

Entre 1950 et 1987, le nombre des citadins a plus que quadrupl dans les pays en dveloppement, passant de 285 millions 1,25 milliard. Leur nombre devrait atteindre prs de 2 milliards d'ici l'an 2000, alors que huit des dix plus grandes mgapoles (comptant chacune 13 millions d'habitants ou plus) seront dans le Tiers Monde. Ce processus d'urbanisation semble invitable, les diverses tentatives qui ont t faites pour dcourager la migration urbaine ayant pour la plupart chou.

Au cours des annes 90, le dfi urbain imposera aux planificateurs et dirigeants des pays en dveloppement de concevoir et mettre en œuvre des programmes novateurs, aptes rsoudre quatre problmes majeurs.

Dcentralisation du pouvoir et des ressources du gouvernement central aux municipalits ;

mobilisation des revenus municipaux d'origine locale, avec la participation active des organisations prives et communautaires ;

mise en uvre de stratgies habilitantes en matire de logement et d'infrastructure, y compris l'assistance aux groupes plus dfavoriss ;

amlioration de l'environnement urbain, en particulier pour la grande majorit des populations dfavorises vivant dans des bidonvilles et des zones d'habitat spontan.

Le dveloppement en milieu urbain sera largement fonction de l'efficacit des rponses que les gouvernements apporteront ces problmes.

15.Les stratgies de dveloppement durable doivent satisfaire les besoins de la gnration actuelle sans compromettre l'aptitude des gnrations futures satisfaire les leurs.

Le consensus en la matire est de plus en plus large. Mais le concept de dveloppement durable dpasse la protection des ressources naturelles et l'environnement physique. Aprs tout, ce sont les choix futurs des populations qui doivent tre protgs. Un dveloppement durable doit donc inclure aussi la protection de la croissance conomique et du dveloppement humain futurs. Toute forme d'endettement dette financire, ngligence du potentiel humain ou dtrioration de l'environnement est comme un emprunt aux gnrations de demain. Un dveloppement durable doit viser limiter toutes ces hypothques.

La pauvret est l'une des plus grandes menaces pour l'environnement. Dans les pays dfavoriss, la pauvret est souvent l'origine du dboisement, de la dsertification, de l'accroissement de la salinit des terres, des mauvaises conditions d'assainissement et de la pollution de l'eau. Et cette dtrioration de l'environnement accrot la pauvret. Dans les pays en dveloppement, bon nombre des choix qui portent atteinte l'environnement sont faits pour rpondre l'impratif de la survie immdiate et non par dsintrt envers l'avenir. Tout plan d'action visant une amlioration de l'environnement doit donc comprendre des programmes qui rduisent la pauvret dans le monde en dveloppement.

En plaant les problmes de l'environnement dans la perspective ci-dessus, on contribuera faire de la scurit cologique mondiale un lien unificateur, plutt qu'une source de division entre le Nord et le Sud. De plus, la plupart des cots supplmentaires de la protection de l'environnement devront tre pris en charge par les nations riches, qui sont largement responsables de la dtrioration de l'environnement. Alors qu'elles ne comptent que 20 % de la population mondiale, elles mettent plus de la moiti des gaz qui rchauffent notre plante par effet de serre. C'est l'empressement des nations riches modifier leurs politiques de l'environnement, laborer des technologies respectant l'environnement, et fournir des ressources supplmentaires qui assurera en grande partie la protection de notre patrimoine commun.

***

Tels sont donc les principaux messages et conclusions politiques de ce premier rapport sur le dveloppement humain. Loin de rpondre toutes les questions qui se posent, ces rsultats et conclusions mettent souvent en lumire des problmes qui appellent une analyse plus approfondie et des recherches plus mticuleuses. Quels sont les lments essentiels de la planification, de la gestion et du financement du dveloppement humain ? Quelles sont les conditions remplir pour tablir le cadre pratique ncessaire un dveloppement-participatif? Qu'est-ce qu'un environnement extrieur qui favorise le dveloppement humain ? Ces questions, avec d'autres, constitueront la matire des rapports venir sur le dveloppement humain.

CHAPITRE 1

image  Dfinir et mesurer le dveloppement humain

Les individus sont la vritable richesse d'une nation. Le dveloppement a pour objectif fondamental de crer un environnement qui offre aux populations la possibilit de vivre longtemps, en bonne sant. Cela peut sembler une vidence. Mais celle-ci est souvent oublie dans la course l'accumulation des biens et des avoirs financiers.

Des considrations techniques relatives aux moyens de raliser le dveloppement humain ainsi que l'emploi d'agrgats statistiques pour mesurer le revenu national et sa croissance ont parfois dissimul le fait que le dveloppement doit avant tout profiter aux individus. Il y a deux raisons cela. D'une part, les chiffres du revenu national, si utiles qu'ils soient bien des gards, n'en rvlent pas la composition et n'indiquent pas quels sont les vritables bnficiaires. D'autre part, on accorde de la valeur des ralisations qui n'apparaissent pas, ou du moins pas immdiatement, dans les chiffres du revenu ou de la croissance : amlioration de la nutrition et des services de sant, accs accru au savoir, moyens d'existence plus srs, meilleures conditions de travail, protection contre les dlits et la violence physique, loisirs enrichissants, sentiment de participer aux activits conomiques, culturelles et politiques de leurs communauts. Naturellement, tous souhaitent une augmentation de leur revenu. Mais ce n'est pas l'unique aspiration.

Cette faon de voir le dveloppement humain n'est pas vritablement nouvelle. L'ide selon laquelle les structures sociales doivent tre juges l'aune de lpanouissement des hommes remonte au moins Aristote. Celui-ci considrait aussi que le revenu et la richesse sont recherchs non pas pour eux-mmes mais comme des moyens d'atteindre d'autres objectifs : A lvidence, la richesse n'est pas le bien que nous recherchons car elle est simplement utile autre chose.

Aristote estimait que les succs et les checs rencontrs pour donner aux individus la possibilit de mener une vie prospre font la diffrence entre un bon et un mauvais systme politique. Ltre humain en tant que fin ultime de toute activit est un thme qui revient souvent dans les crits de la plupart des philosophes. Emmanuel Kant crivait : Agis de telle sorte que tu traites l'humanit, aussi bien dans la personne que dans la personne de tout autre, toujours en mme temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen.

La mme proccupation apparat dans les crits des premiers chefs de file de la quantification en conomie William Petty, Gregory King, Franois Quesnay, Antoine Lavoisier et Joseph Lagrange, les grands-parents du PNB et du PIB. Elle est manifeste aussi dans les ouvrages des grands conomistes politiques -Adam Smith, David Ricardo, Robert Malthus, Karl Marx et John Stuart Mill.


TABlEAU 1.1

PNB par habitant et indicateurs sociaux choisis

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Mais l'intrt excessif dont bnficie la croissance du PNB et du revenu national a masqu cette grande perspective, ltre humain ntant plus considr comme une finalit mais comme un moyen.

L'exprience rcente en matire de dveloppement a, une fois de plus, montr qu'il faut accorder une attention particulire aux liens qui existent entre la croissance conomique et le dveloppement humain cela pour diffrentes raisons :



Le dveloppement humain est un processus qui conduit llargissement des possibilits offertes a chacun



bon nombre de pays en dveloppement forte croissance constatent qu'en dpit d'un taux de croissance lev du PNB, ils n'ont pu rduire le dnuement socio-conomique de larges groupes de leur population ;

les nations industrialises elles-mmes comprennent peu peu qu'un revenu lev ne constitue pas une protection contre la monte rapide de problmes tels que la toxicomanie, l'alcoolisme, le sida, les sans-abri, la violence et l'effondrement des relations familiales ;

dans le mme temps, quelques pays faible revenu ont prouv qu'il tait possible d'atteindre des niveaux levs de dveloppement humain en utilisant habilement les moyens disponibles pour accrotre les capacits humaines fondamentales ;



ENCADRE 1.1

Qu'est-ce que le dveloppement humain ?

Le dveloppement humain est un processus qui conduit llargissement de la gamme des possibilits qui s'offrent chacun. En principe, elles sont illimites et peuvent voluer avec le temps. Mais quel que soit le stade de dveloppement, elles impliquent que soient ralises trois conditions essentielles : vivre longtemps et en bonne sant, acqurir un savoir et avoir accs aux ressources ncessaires pour jouir d'un niveau de vie convenable. Si ces conditions ne sont pas satisfaites, de nombreuses possibilits restent inaccessibles.

Mais le concept de dveloppement humain ne se limite pas cela. Il englobe galement des notions aussi capitales que la libert politique, conomique ou sociale, et aussi importantes que la crativit, la productivit, le respect de soi et la garantie des droits humains fondamentaux.

Le dveloppement humain prsente deux aspects : d'une part, la cration de capacits personnelles (par les progrs obtenus en matire de sant, de savoir et d'aptitudes), et d'autre part, l'emploi que les individus font de ces capacits dans leurs loisirs, des fins productives ou culturelles, sociales et politiques. Si le dveloppement humain nquilibre pas ces deux aspects, il peut en rsulter une immense frustration.

Selon cette notion du dveloppement humain, l'amlioration du revenu, pour importante qu'elle soit, n'est jamais qu'une aspiration parmi d'autres. Mais toute leur vie ne peut se rsumer cela. Le dveloppement doit donc tre bien plus qu'une accumulation de revenus et de richesses. Il doit tre centr sur les personnes.



dans beaucoup de pays en dveloppement, les efforts de dveloppement humain ont t gravement compromis par la crise conomique des annes 80 et les programmes d'ajustement qui ont suivi.

L'exprience rcente en matire de dveloppement rappelle donc avec force que l'accroissement de la production et de la richesse n'est qu'un moyen. Le bien-tre de ltre humain doit tre la fin ultime du dveloppement. Le lien tablir entre le moyen et la fin ultime devrait nouveau constituer le cur de l'analyse et de la planification du dveloppement.

Comment grer la croissance conomique au mieux des intrts des individus ? Quelles politiques et stratgies mettre en uvre si les personnes, et non les produits, sont au centre de l'attention nationale ? Le prsent rapport traite de ces questions.

Dfinir le dveloppement humain

Le dveloppement humain est un processus qui conduit llargissement des possibilits offertes chacun. Vivre longtemps et en bonne sant, tre instruit et avoir accs aux ressources ncessaires pour jouir d'un niveau de vie convenable sont les plus importantes. S'y ajoutent la libert politique, la jouissance des droits de l'homme et le respect de soi - ce qu'Adam Smith appelle la capacit de se mler aux autres, sans craindre de paratre en public (Encadr 1.1).

D'aucuns estiment que le revenu est un bon critre de mesure de l'ensemble des choix qui s'offrent aux individus puisque c'est ce qui leur permet de les raliser. Cela n'est vrai qu'en partie :

le revenu est un moyen, non une fin. Il peut tre utilis pour se procurer des mdicaments essentiels ou des stupfiants. Le bien-tre d'une socit dpend de l'emploi qui est fait du revenu et non de son niveau;

selon les pays, l'exprience montre qu'un niveau de revenus modeste peut s'accompagner d'une bonne qualit de vie et qu l'inverse elle peut tre dplorable de hauts niveaux de revenus ;

le revenu actuel d'un pays ne donne que peu d'indications sur ses perspectives de croissance. Si le pays a dj investi dans sa population, son revenu potentiel pourrait tre beaucoup plus lev que ce que laisse supposer son revenu actuel, et vice versa;

la prolifration de problmes graves dans bon nombre de pays riches et industrialiss rvle qu'un revenu lev n'est pas, en soi, une garantie de progrs humain.

La vrit est que la croissance du revenu et le progrs ne sont pas automatiquement lis. Il conviendrait d'orienter l'essentiel des efforts de recherche en matire de dveloppement sur les moyens de crer et de renforcer un tel lien.

Ici, l'expression dveloppement a trait au processus dlargissement des choix des individus et au niveau atteint de bien-tre. Elle permet galement de faire clairement la distinction entre les deux aspects du dveloppement humain : la formation des capacits humaines, la sant ou le savoir d'une part, et la manire dont les individus les mettent profit dans leur travail et leurs loisirs d'autre part.

Cette philosophie du dveloppement diffre des approches traditionnelles lgard de la croissance conomique, de la formation de capital humain, du dveloppement des ressources humaines, du bien-tre et des besoins essentiels de ltre humain. Il faut exposer clairement ces diffrences pour viter toute confusion : la croissance du PNB est ici considre comme ncessaire mais non suffisante pour assurer le dveloppement humain. Malgr une croissance rapide du PNB ou un revenu par habitant lev, le progrs peut faire dfaut dans certaines socits si des mesures supplmentaires ne sont pas prises ;

les thories de la formation de capital humain et du dveloppement des ressources humaines voient dans l'homme un moyen plutt qu'une fin. Elles ne se proccupent que des aspects lis l'offre, les tres humains tant des instruments utiliss pour accrotre la production de marchandises. Certes, un lien existe puisque les tres humains sont bien les agents actifs de toute production. Mais ils sont plus que des machines fabriquer des biens de consommation. Ils sont aussi la fin ultime et les bnficiaires de ce processus. En consquence, le concept de la formation de capital humain (ou du dveloppement des ressources humaines) ne rend compte que d'un aspect, et non de l'ensemble, du dveloppement humain ;

ceux qui ont en vue le bien-tre considrent les tres humains comme les bnficiaires, plutt que les agents, du dveloppement. Ils accordent plus d'importance aux politiques de redistribution qu'aux structures de production ;

l'approche des besoins essentiels se concentre gnralement sur l'ensemble des biens et des services ncessaires aux groupes de population dmunis : vivres, abris, vtements, soins de sant et approvisionnement en eau. Elle est centre sur la fourniture de ces biens et services plutt que sur le problme des conditions de vie et de la libert des hommes.

Le dveloppement humain, au contraire, rassemble la production et la distribution de marchandises, et llargissement et l'emploi des capacits humaines. Il est centr sur les possibilits ce que les individus devraient avoir, tre et faire pour pouvoir assurer leur propre existence. En outre, le dveloppement humain se proccupe non seulement de la satisfaction des besoins essentiels mais aussi d'instaurer un processus dynamique de participation. Il s'applique aussi bien aux pays moins avancs qu'aux pays les plus industrialiss.



ENCADRE 1.2

Qu'est-ce qui fait la valeur de la vie ?

L'utilisation de l'esprance de vie comme l'un des principaux indicateurs du dveloppement humain repose sur trois considrations : la valeur intrinsque de la longvit, le fait qu'elle aide les individus poursuivre des objectifs varis, et son association avec d'autres caractristiques, telles qu'une bonne sant et une nutrition adquate (ce qui est particulirement vrai de la population de 0 5 ans).

L'importance de l'esprance de vie est fondamentalement lie la valeur que les individus accordent la possibilit de vivre longtemps et bien. Certes, quand l'esprance de vie est trs leve, assurer une existence heureuse et utile aux personnes ges et aux infirmes peut tre considr par certains comme une tche astreignante. Pour les populations moins favorises du monde, cependant, la vie est place sous les signes de la dtresse, des priva tions et de la crainte d'un dcs prmatur. Celles-ci accordent sans doute une plus grande valeur lvolution de l'esprance de vie.

La longvit permet aussi de poursuivre certains des autres objectifs les plus prcieux de l'existence. Il se peut que vivre de longues annes ne soit pas le seul objectif des individus. Mais pour raliser leurs autres projets et ambitions, il leur faut pouvoir esprer vivre suffisamment longtemps pour dvelopper leurs capacits, utiliser leurs talents et mener bien leurs projets.

Une longue vie est en corrlation troite avec une nutrition adquate, une sant et une ducation appropries, et d'autres lments ayant de la valeur. L'esprance de vie est donc une mesure suppltive de plusieurs autres variables du dveloppement humain.



Au sens o l'entend ce rapport, le dveloppement humain reprend donc son compte bon nombre des lments constructifs des approches antrieures. Cette large dfinition permet de mieux saisir la complexit de la vie de l'homme les nombreuses proccupations des individus et les multiples diffrences culturelles, conomiques, sociales et politiques qui existent entre les individus travers le monde.

Cette dfinition large ne va pas sans soulever aussi quelques questions : le dveloppement humain peut-il tre mesur et quantifi ? Est-il oprationnel ? Peut-il tre planifi et contrl ?

Mesurer le dveloppement humain

Un systme idal de mesure et de contrle du dveloppement humain devrait inclure de nombreuses variables, de manire en fournir une image aussi complte que possible. Toutefois, cela est actuellement impossible en raison de l'absence de statistiques pertinentes comparables. De plus, ce type d'image n'est pas entirement souhaitable. Des indicateurs trop nombreux pourraient produire une image confuse et dtourner l'attention des dirigeants des principales tendances gnrales. Or, l n'est pas le but recherch.



ENCADRE 1.3

Ce que masquent les moyennes nationales

Les moyennes du revenu par habitant masquent souvent d'immenses privations humaines. Considrons le tableau ci-dessous, qui classe le Panama, le Brsil, la Malaisie et le Costa Rica en fonction de leur PNB par habitant.

Si les chiffres du PNB sont corrigs en fonction des variations du pouvoir d'achat, on obtient un classement lgrement diffrent, soit, Brsil, Panama, Malaisie et Costa Rica.

Mais si des ajustements de rpartition sont oprs en utilisant le coefficient de Gini de chaque pays, le classement initial est invers et devient : Costa Rica, Malaisie, Brsil, Panama.

La valeur moyenne des taux d'alphabtisation, de l'esprance de vie et d'autres indicateurs peut tre ajuste de la mme manire. Les ouvrages techniques sur la question abondent, mais l'approche de base est simple. Si l'ingalit rduit la valeur de la ralisation moyenne telle qu'exprime par une moyenne non pondre, cette valeur moyenne peut tre ajuste en utilisant les mesures d'ingalit. Les ajustements de rpartition peuvent considrablement modifier les valuations des rsultats par pays.

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Les indicateurs cls

Ce rapport propose de mesurer le dveloppement humain sur la base des trois lments essentiels de la vie de l'homme la longvit, le savoir et le niveau de vie.

En ce qui concerne la premire composante la longvit c'est l'esprance de vie la naissance qui a t retenue comme indicateur. L'intrt de ce critre tient la valeur communment accorde la dure de la vie, et aussi au fait qu'elle est le reflet d'autres aspects tels qu'une alimentation correcte et une bonne sant. Ceci fait de l'esprance de vie un indicateur important du dveloppement humain, notamment parce que nous manquons actuellement de donnes compltes sur ltat nutritionnel et de sant des individus (encadr 1.2).

Pour ce qui est de la deuxime composante cl la connaissance les chiffres relatifs l'alphabtisation ne sont qu'un reflet grossier de l'accs l'enseignement, en particulier un enseignement de qualit, indispensable une vie productive dans la socit moderne. Mais l'alphabtisation tant le premier pas d'une personne vers l'apprentissage et l'acquisition de connaissances, ces chiffres sont essentiels pour mesurer le dveloppement humain. Si l'on disposait d'indicateurs plus nombreux, il faudrait aussi accorder de l'importance au nombre de personnes ayant bnfici d'un niveau d'instruction plus lev. Mais, dans le cas du dveloppement humain de base, c'est sur l'alphabtisation que l'accent doit tre mis.

La troisime composante cl l'accs aux ressources ncessaires pour jouir d'un niveau de vie convenable - est sans doute la plus difficile mesurer simplement. Des donnes sur l'accs la terre, au crdit, au revenu et d'autres ressources sont indispensables. Mais, compte tenu de l'absence de donnes sur bon nombre de ces variables, nous devons, pour le moment, utiliser au mieux un indicateur de revenus. L'indicateur de revenus le plus utilis le revenu par habitant est gnralement disponible pour la plupart des pays. Mais la prsence de biens et de services non marchands et les distorsions dues aux anomalies des taux de change, aux tarifs douaniers et aux charges fiscales, font que les donnes sur le revenu par habitant en valeur nominale ne permettent pas dtablir des comparaisons internationales fiables. Toutefois, ces donnes peuvent tre amliores au moyen du PIB par habitant en termes rels ajust par la prise en compte du pouvoir d'achat, qui donne une indication plus prcise de la capacit relative acheter des marchandises et accder aux ressources ncessaires pour jouir d'un niveau de vie convenable.

Un indicateur idal devrait aussi rendre compte de la difficult croissante qu'il y a traduire un supplment de revenu en supplment de qualification. Autrement dit, les individus n'ont pas besoin d'un volume excessif de ressources financires pour jouir d'un niveau de vie dcent. Cet aspect a t pris en considration en utilisant le logarithme du PIB rel par habitant.

Les trois mesures du dveloppement humain ont un dfaut commun : ce sont des moyennes qui masquent les grandes disparits existant au sein d'une population. L'esprance de vie varie selon les groupes sociaux. Les taux d'alphabtisation des hommes et des femmes rvlent souvent des carts importants. De plus, le revenu est ingalement rparti.

Il est donc impratif de corriger, d'une manire ou d'une autre (encadr 1.3), les diffrences de revenu au sein d'un mme pays car elles peuvent atteindre une ampleur vertigineuse. Les risques d'ingalit en matire d'esprance de vie et d'alphabtisation sont beaucoup plus rduits : une personne sait ou ne sait pas lire et crire, et la vie est limite. Il est cependant difficile d'obtenir des estimations fiables et comparables sur les ingalits de revenu. Le coefficient de Gini, communment utilis pour mesurer les ingalits de revenu, est actuellement disponible pour moins du quart des 130 pays pris en considration dans les indi cateurs du dveloppement humain la fin du prsent rapport et beaucoup de ces estimations sont loin dtre fiables. Les donnes relatives l'esprance de vie et au taux d'alphabtisation par groupe de revenus ne sont pas collectes, et les donnes disponibles sur les carts entre les zones urbaines et les zones rurales, et entre les hommes et les femmes, ne sont toujours pas suffisantes pour tablir des comparaisons internationales.



ENCADRE 1.4

Concevoir un indicateur du dveloppement humain

Le dveloppement et le dnuement humains comportent de multiples facettes. Pour reflter cette complexit, tout indicateur du progrs humain doit donc agrger diffrents indicateurs. Or, si ceux-ci sont trop nombreux, l'indicateur offre une image moins nette et donc plus difficile utiliser et interprter. D'o la ncessit d'un compromis, qui allie les avantages d'une approche multidimensionnelle avec la ncessit de rendre compte des privations les plus significatives.

Aussi ce rapport se concentre-t-il sur trois manques essentiels : en matire d'esprance de vie, d'alphabtisation, et de revenu ncessaire pour jouir de conditions de vie convenables. Chaque mesure aurait pu tre affine davantage (notamment, en procdant des ajustements de rpartition) si des donnes pertinentes et comparables avaient t disponibles. En leur absence, l'approche qui est ici adopte constitue un pas dans la bonne direction, puisqu'elle n'est pas centre sur une seule dimension, conomique ou sociale, de la vie de l'homme, ce qui serait source d'erreurs.

Les deux premiers indicateurs esprance de vie et alphabtisation des adultes sont des concepts communment employs. Le troisime le pouvoir d'acqurir les produits ncessaires la satisfaction des besoins fondamentaux est plus difficile saisir. Les chiffres du PNB qui sont gnralement utiliss pour tablir des comparaisons internationales ne tiennent pas vraiment compte des diffrences nationales en matire de pouvoir d'achat, ou de l'effet de distorsion des taux de change officiels. Pour pallier ces insuffisances, nous utilisons ici les estimations du PIB ajust en fonction du pouvoir d'achat, tabli dans le cadre du Projet international de comparaison des prix, entrepris en collaboration par le Bureau de statistique et la Division de la population de l'ONU, la Banque mondiale, EUROSTAT, l'OCDE, la CEE, et la CESAP, et que l'USAID est en train dtendre. Et puisqu chaque accroissement du revenu correspond un accroissement de plus en plus petit de la satisfaction des besoins humains, les chiffres du PIB ajust par habitant ont t transforms en leurs logarithmes.

Pour construire un indicateur compos, il a fallu spcifier une valeur minimale (l'insuffisance maximum tant gale un), et une valeur dsirable ou adquate (l'absence de privation tant gale zro) pour chacun des trois indicateurs.

Les valeurs minimales ont t choisies en prenant la valeur nationale la plus basse de chaque indicateur en 1987. Pour l'esprance de vie, la valeur minimale tait 42 ans en Afghanistan, en Ethiopie et au Sierra Leone.

Pour l'alphabtisation des adultes, elle tait de 12 %, en Somalie. Pour le PIB par habitant, ajust en fonction du pouvoir d'achat par habitant, elle tait de 220 dollars (valeur logarithmique 2,34), au Zare.

Les valeurs dsirables ou adquates sont l'esprance de vie la naissance au Japon en 1987 (78 ans), un taux d'alphabtisation des adultes de 100 %, et le revenu officiel du seuil de pauvret dans neuf pays industrialiss, ajust pat parits du pouvoir d'achat (4861 dollars). Les neuf pays sont la Rpublique fdrale d'Allemagne, l'Australie, le Canada, les Etats-Unis, la Norvge, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Sude et la Suisse.

Les valeurs minimales et dsirables ou adquates sont les deux extrmes d'une chelle de un zro tablie pour chaque mesure de la privation. En plaant un pays sur le point correspondant de chaque chelle, et en faisant la moyenne des trois chelles, on obtient son indice de privation qui, soustrait de 1, donne l'indicateur composite de dveloppement humain (IDH). Une formule mathmatique de l'IDH est donne dans la note technique 3.



Quantifier et mesurer des concepts tels que la libert politique, la scurit personnelle, les relations avec les autres et l'environnement soulve des problmes conceptuels et mthodologiques encore plus complexes. Or, mme si ces concepts ne peuvent tre mesurs actuellement, les analyses du dveloppement humain ne doivent pas les ignorer. Pour interprter correctement les donnes sur des variables quantifiables, il est impratif de tenir compte aussi des aspects plus qualitatifs de la vie humaine. Des efforts particuliers doivent tre faits pour mettre au point un systme de mesure quantitative simple qui englobe les multiples aspects de la libert humaine.


DIAGRMME 1.1

PNB par habitant et IDH

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Acquis et carts combler

Les progrs accomplis en matire de dveloppement humain se placent dans deux perspectives : les acquis, c'est--dire ce qui a t atteint, les meilleurs rsultats traduisant les progrs les plus grands, et lcart persistant par rapport une valeur ou un objectif souhait.

Les deux perspectives sont maints gards quivalentes plus les acquis sont importants et plus les carts par rapport aux objectifs sont limits. Mais elles prsentent aussi quelques diffrences fondamentales. La dception que produisent de mauvais rsultats vient de la perception qu'ils pourraient tre meilleurs, apprciation qui confre une importance capitale au concept de lcart par rapport un niveau acceptable. Le dnuement et la pauvret voquent invitablement un manque par rapport une valeur de rfrence reprsentant ce qui serait convenable, acceptable ou ralisable.

La diffrence qui existe entre les deux perspectives apparat plus clairement dans un exemple numrique : si l'esprance de vie passe de 60 70 ans, la progression est de 17 %, mais si elle passe de 40 50 ans, la progression est de 25 %. Plus faible est le niveau dj atteint, et plus forte sera la valeur relative d'une mme augmentation absolue de l'esprance de vie.

A premire vue, c'est un succs plus remarquable de faire passer l'esprance de vie de 40 ans un chiffre dramatiquement faible 50 ans, que de 60 70 ans. Mais en fait, cela peut tre ralis moyennant des mesures relativement simples telles que la lutte contre les pidmies. En revanche, il est beaucoup plus difficile et mritoire de faire passer l'esprance de vie de 60 70 ans. Ainsi, la mesure du chemin qui reste parcourir est-elle plus parlante que celle du chemin parcouru.

Reprenons notre exemple de l'esprance de vie : si l'objectif de rfrence est de 80 ans, on rduira de moiti lcart combler en faisant passer l'esprance de vie de 60 70 ans 10 annes encore gagner au lieu de 20. En termes dcart, c'est un succs plus considrable que si l'on avait fait progresser l'esprance de vie de 40 50 ans, puisque l'on n'aurarduit que d'un quart le chemin restant parcourir (30 annes encore gagner au lieu de 40).



DIGRAMME 1.2

Classement des pays en fonction du PNB par habitant et de I'IDH

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130 pays classs en fonction de l'indicateur de dveloppement humain [trait vert) et du PNB par habitant (trait noir)

Sur ce graphique, les pays sont classs selon deux critres diffrents. La courbe suprieure reprsente leur classement selon l'indicateur du dveloppement humain, et la courbe infrieure leur classement selon le PNB par habitant. Les deux courbes rvlent que la disparit entre les pays est beaucoup plus grande sur le plan du revenu par habitant que sur celui du dveloppement humain. Il n'y a pas de corrlation automatique entre le revenu par habitant d'un pays et son niveau de dveloppement humain.



Pour apprcier le progrs, l'approche par les carts prsente ainsi deux avantages sur l'approche par les acquis. Elle rend compte plus clairement de la difficult de ce qui a t ralis, et met en vidence l'ampleur des tches qui restent accomplir.



ENCADRE 1.5

Libert et dveloppement humain

Sans libert, le dveloppement humain est incomplet. Tout au long de l'histoire, des individus ont sacrifi leur vie pour accder la libert nationale et personnelle. Tout rcemment, nous avons t les tmoins de l'immense vague de libert qui a dferl sur l'Europe de l'Est, l'Afrique du Sud et de nombreuses autres parties du monde. Un indicateur de dveloppement humain doit donc accorder un poids suffisant la libert dont jouit une socit dans la poursuite de ses objectifs matriels et sociaux. La valeur que nous accordons des ralisations similaires dans diffrents pays varie suivant que celles-ci ont t accomplies dans un cadre dmocratique ou autoritaire.

Alors qu'il est ncessaire dtablir un jugement qualitatif, aucune mesure quantifiable simple ne couvre actuellement les nombreux aspects de la libert humaine lections libres, multipartisme politique, presse non censure, adhsion la rgle de droit, libert d'expression, etc. Dans une certaine mesure, cependant, l'indicateur composite de dveloppement humain (IDH) saisit quelques aspects de la libert humaine.

Par exemple, si la rpression anantit la crativit et la productivit des individus, cela apparatra dans les estimations du revenu ou les niveaux d'alphabtisation. En outre, le concept de dveloppement humain, adopt dans ce Rapport, est centr sur les capacits des individus, c'est--dire, l'aptitude qu'ils ont grer leurs affaires - ce qui, aprs tout, est l'essence de la libert.

Le tableau ci-dessous prsente une slection de pays (dans chaque rgion du monde) qui ont atteint un niveau lev de dveloppement humain (par rapport aux autres pays de la rgion) dans un cadre politique et social raisonnablement dmocratique. Un examen superficiel du classement des pays donn au tableau 1 des Indicateurs de dveloppement humain, la fin de ce rapport, rvle que les pays dont l'IDH est lev sont aussi dots d'un cadre dmocratique - quelques exceptions prs.

Un travail empirique considrable doit tre ralis pour quantifier les divers indicateurs de libert humaine et analyser plus en profondeur le lien qui existe entre celle-ci et le dveloppement humain.

Les 15 pays les mieux classs en matire de dveloppement humain dmocratique

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L'indicateur composite de dveloppement humain (IDH)

Les individus ne considrent pas sparment les diffrents aspects de leur vie. Ils ont un sentiment global de bien-tre. D'o la ncessit de tenter de construire un indice composite du dveloppement humain.

Les efforts qui ont t faits par le pass pour laborer un tel indicateur n'ont pas abouti des rsultats pleinement satisfaisants (voir note technique 1). L'accent a t mis soit sur les indicateurs de revenu, soit sur les indicateurs sociaux, mais les uns et les autres n'ont pas t agrgs dans un indicateur composite. Les tres humains tant tout la fois les moyens et la fin ultime du dveloppement, un indicateur composite doit couvrir ces deux aspects. Dans cette optique, le prsent rapport propose un indicateur qui regroupe les trois composantes essentielles de la vie humaine - longvit, culture et revenu ncessaire pour jouir d'un niveau de vie convenable. La longvit et la culture symbolisent les capacits humaines qu'il est possible de crer ; le revenu, quant lui, est une faon de mesurer l'usage qui peut tre fait de ces capacits.

L'indicateur composite de dveloppement humain (IDH) est tabli sur la base d'une mesure du dnuement (encadr 1.4). En ce qui concerne l'esprance de vie, l'objectif est de 78 ans, qui est l'esprance moyenne de vie la plus leve. L'objectif en matire d'alphabtisation est de 100 %. En ce qui concerne le revenu, l'objectif est le logarithme du revenu moyen correspondant au seuil de pauvret dans les pays les plus riches, exprim en dollars internationaux ajusts au pouvoir d'achat. Les indicateurs de dveloppement humain de 130 pays comptant plus d'un million d'habitants sont prsents au tableau 1.1. Ceux de 32 pays comptant moins d'un million d'habitants sont prsents au tableau 25.

Classer les pays en fonction de l'IDH et du PNB

Le classement des pays est trs diffrent selon qu'il est fait en fonction de l'IDH ou du PNB par habitant, parce que le PNB par habitant n'est que l'une des multiples dimensions de la vie, alors que l'indicateur du dveloppement humain en recouvre plusieurs.

Le Sri Lanka, le Chili, le Costa Rica, la Jamaque, la Tanzanie et la Thalande, par exemple, affichent de bien meilleurs rsultats en matire de dveloppement humain qu'en matire de revenu ; ils ont donc affect leurs ressources conomiques certains aspects du progrs humain. En revanche, Oman, le Gabon, l'Arabie Saoudite, l'Algrie, la Mauritanie, le Sngal et le Gabon, notamment, enregistrent de meilleurs rsultats en matire de revenu que de dveloppement humain, ce qui signifie qu'ils n'ont pas consacr une part suffisante de leur revenu au progrs humain.

Rappelons encore que l'indicateur de dveloppement humain couvre quelques-uns des choix des individus, mais qu'il nglige beaucoup de ceux auxquels ces mmes individus accordent une grande valeur libert conomique, sociale et politique (encadr 1.5), et protection contre la violence, l'inscurit et la discrimination pour n'en citer que quelques-uns. L'IDH a donc aussi des limites. Mais essayer de prendre en compte tous les aspects du dveloppement humain aboutirait une image d'une extrme complexit plus difficile encore analyser. Cela soulve un problme dlicat que les prochaines ditions du rapport mondial sur le dveloppement humain continueront d'examiner.

CHAPITRE 2

image  Le dveloppement humain depuis 1960

Les pays en dveloppement ont accompli, au cours des trois dernires dcennies, des progrs significatifs en matire de dveloppement humain. Dans ces pays, l'esprance de vie la naissance est passe de 46 ans en 1960 62 ans en 1987. Le taux de mortalit des enfants de moins de 5 ans a t rduit de moiti et deux tiers des nourrissons de moins d'un an sont vaccins contre les principales maladies de l'enfance. En outre, 61 % de leur population ont dsormais accs aux services de sant, et 55 % une source d'eau potable (80 % dans les zones urbaines). La ration de calories par habitant a augment de 20 % environ entre 1965 et 1985.


DIAGRAMME 2.1

Ecarts entre les pays en dveloppement et les pays industrialiss

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Les progrs raliss dans le domaine de lducation sont tout aussi remarquables. Le taux d'alphabtisation des adultes est pass de 43 % en 1970 60 % en 1985 le taux d'alphabtisation des hommes ayant volu de 53 % 71 %, et celui des femmes de 33 % 50 %. En 1985, le nombre des enfants arrivant en fin du cycle primaire tait prs de six fois suprieur celui de 1950, celui des enfants arrivant en fin du secondaire plus de dix-huit fois suprieur celui de 1950. En 1985, il y avait, dans le Sud, 1,4 milliard de personnes sachant lire et crire, et prs de 1 milliard dans le Nord.

Les carts Nord-Sud en matire de dveloppement humain se sont considrablement rduits pendant cette priode mme si, dans le mme temps, les carts de revenu ont augment. En 1987, le revenu moyen par habitant dans le Sud n'atteignait que 6 % de celui du Nord, mais l'esprance de vie et le taux moyen d'alphabtisation reprsentaient, respectivement, 80 % et 66 % de ceux du Nord. Lcart Nord-Sud en matire d'esprance de vie est pass de vingt-trois ans en 1960 douze ans en 1987, et lcart en matire d'alphabtisation a volu de 54 points en 1970 moins de 40 points en 1985. En outre, les pays en dveloppement ont rduit leur mortalit infantile moyenne de 200 dcs pour 1 000 naissances vivantes en 1950 79 pour 1 000 en 1985, un exploit que les pays industrialiss ont accompli en prs d'un sicle.

Toutefois, ces progrs doivent tre nuancs.

Premirement, le dnuement reste immense. Aujourd'hui encore, prs de 900 millions d'adultes ne savent ni lire ni crire, 1,5 milliard d'individus n'ont pas accs aux soins de sant primaires, 1,75 milliard n'ont pas accs une source d'eau potable, 100 millions sont sans abri, 800 millions souffrent en permanence de la faim, et plus de 1 milliard survivent dans la pauvret absolue.

Les femmes et les enfants sont particulirement vulnrables. Quelque 40 millions de nouveau-ns n'ont pas reu toutes les vaccinations. Quatorze millions d'enfants de moins de 5 ans meurent chaque anne, et 150 millions sont sous-aliments. Le taux de mortalit des femmes pendant l'accouchement dans le Sud est douze fois suprieur celui du Nord, et le taux d'analphabtisme des femmes y est au moins quinze fois plus lev. Dfaire lnorme accumulation des misres humaines sera manifestement le grand dfi des annes 90.

Deuximement, le resserrement des carts entre le Nord et le Sud suscite l'espoir mais soulve une interrogation. Il suscite l'espoir parce que le Tiers Monde peut tre amen un niveau de dveloppement humain de base en un temps relativement court si les efforts nationaux de dveloppement et l'assistance internationale sont correctement orients. Mais il soulve une interrogation car si les quatre cinquimes de la population du Tiers Monde vivent plus longtemps et mieux, ils n'ont pas la possibilit d'exploiter leur potentiel. A moins que des possibilits conomiques nouvelles ne soient cres dans le Sud, des talents seront perdus et les mouvements migratoires augmenteront considrablement. De plus, si les carts en matire de survie de base ont diminu, les carts croissants dans les domaines de la science et de la technologie menacent le dveloppement venir du Sud.

Troisimement, les chiffres moyens du dveloppement humain masquent de grandes ingalits entre les pays du Sud. L'esprance de vie est de plus de 70 ans dans 13 pays en dveloppement mais elle reste infrieure 50 ans dans 20 autres pays. De mme, 7 pays ont un taux d'alphabtisation de plus de 90 %, alors que 7 autres enregistrent des taux infrieurs 25 %. En gnral, le dnuement est particulirement grand dans les pays les moins avancs, dont beaucoup sont en Afrique. De toutes les rgions en dveloppement, c'est l'Afrique qui affiche l'esprance de vie la plus basse, les taux de mortalit infantile les plus levs et les taux d'alphabtisation les plus faibles.

On assiste donc de plus en plus une concentration de la pauvret en Afrique, o plus de la moiti de la population vit dans la pauvret absolue. Le nombre des Africains vivant au-dessous du seuil de la pauvret a augment de prs de deux tiers pendant la premire moiti des annes 80 alors que la hausse moyenne a t d'un cinquime dans l'ensemble du monde en dveloppement et devrait crotre rapidement au cours des dix prochaines annes. Tout effort international visant amliorer le dveloppement humain dans le Tiers Monde devra donc porter en priorit sur l'Afrique et les autres pays les moins avancs.



Des progrs significatifs en matire de dveloppement humain coexistent avec un immense dnuement



Quatrimement, les carts de dveloppement sont galement significatifs l'intrieur mme des pays entre les zones rurales et les zones urbaines, entre les hommes et les femmes, entre les nantis et les dshrits. Dans les pays en dveloppement en gnral, les citadins ont deux fois plus accs aux services de sant et d'approvisionnement en eau potable que les ruraux. Ils ont quatre fois plus accs aux services d'assainissement. Le taux d'alphabtisation des femmes ne reprsente que les deux tiers de celui des hommes. Et les riches s'adjugent souvent une part majeure des dpenses sociales. Ces grandes disparits prouvent que des efforts considrables doivent tre faits pour amliorer la rpartition des dpenses sociales.

Cinquimement, les progrs humains des trente dernires annes n'ont t ni uniformes ni harmonieux. Les annes 80 ont t marques par une dgradation de la situation dans de nombreux pays d'Afrique sub-saharienne et d'Amrique latine en particulier, o les taux de malnutrition juvnile et de mortalit infantile ont augment. Des coupes budgtaires ont comprim les dpenses sociales. Grce une meilleure gestion conomique, certains pays ont vit de devoir rduire leurs programmes sociaux, mais la plupart des pays d'Afrique et d'Amrique latine ont pay un lourd tribut social pendant la priode d'ajustement des annes 80.


DIAGRAMME 2.2

Esprance de vie : tendances

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Pendant les annes 90, il faudra combler les retards accumuls dans de nombreux pays en dveloppement puis prendre llan ncessaire pour atteindre les objectifs humains essentiels d'ici l'an 2000. Pour cela, il faudra mobiliser davantage de ressources aussi bien nationales qu'internationales et, dans bien des cas, procder une restructuration majeure des priorits budgtaires. En particulier, les dpenses militaires, les dpenses consacres des entreprises publiques inefficaces, et les dpenses sociales alloues aux groupes privilgis devront tre rduites. Pour crer le cadre ncessaire un dveloppement plus large, il est impratif de mieux formuler et grer les politiques macro-conomiques, de favoriser la participation populaire et d'encourager les initiatives prives. La suite de ce chapitre dcrit l'histoire du dveloppement humain dans le monde en dveloppement depuis 1960. La dernire section examine certains des problmes humains auxquels sont aujourd'hui confronts les pays dvelopps et en dveloppement. Tout ce qui est dit renforce la thse du rapport : le revenu seul n'est pas la cl du dveloppement humain.

Accrotre les capacits humaines

Les composantes cls de l'indicateur de dveloppement humain esprance de vie, alphabtisation et revenu de base sont le point de dpart de cette tude sur la cration de capacits humaines. Le revenu de base est utilis ici comme une mesure suppltive de l'accs aux ressources ncessaires pour jouir d'un niveau de vie convenable. Ce chapitre analyse aussi certains facteurs essentiels, notamment, l'accs la nourriture et des services sociaux tels que l'approvisionnement en eau, lducation et les soins de sant primaires.


DIAGRAMME 2.3

Mortalits infantiles: tendances

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TABLEAU 2.1

Exprance de vie, 1960-87

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TABlEAU 2.2

Taux de mortalit infantile, 1960-88

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Esprance de vie

L'esprance de vie dans les pays en dveloppement a progress, en moyenne, de prs d'un tiers depuis 1960, passant de 46 62 ans. Mais cette moyenne cache d'importantes diffrences entre les rgions et entre les nations. L'esprance de vie moyenne en Afrique n'est que de 51 ans, et varie entre 42 ans en Ethiopie et au Sierra Leone, et 69 ans Maurice. En Asie, elle est de 64 ans, l'esprance de vie en Chine tant passe de 47 70 ans en trois dcennies. L'esprance de vie moyenne en Amrique latine 67 ans est trs proche de la moyenne des pays industrialiss en 1960 (69 ans). Neuf pays d'Amrique latine et des Carabes font partie du groupe des pays en dveloppement o l'esprance de vie est de 70 ans.

L'esprance de vie est gnralement en corrlation troite avec le revenu d'un pays, mais d'importantes exceptions montrent qu'elle peut progresser de manire significative mme si le revenu est modique. Le Sri Lanka (400 dollars par habitant) jouit d'une esprance de vie de 70 ans, soit autant que la Rpublique de Core (2 690 dollars), le Venezuela (3 230 dollars) et les Emirats arabes unis (15 830 dollars). Cette avance exceptionnelle est due aux progrs accomplis dans les domaines de la sant et de la nutrition.

Jusqu'au milieu des annes 70, l'esprance de vie moyenne dans les pays faible revenu augmentait trois fois plus vite que dans les pays moyen et haut revenus. Depuis, le rythme a considrablement ralenti. De ce fait, lcart entre les pays les moins avancs et les pays en dveloppement en gnral s'est creus, passant de sept douze ans.

La rduction du taux de mortalit des enfants de moins de 5 ans, en particulier les nourrissons, a largement contribu l'augmentation de l'esprance de vie. Les pays en dveloppement ont rduit leur taux de mortalit infantile (enfants de moins d'un an) de prs de 200 dcs pour 1 000 naissances en 1960, 79 pour 1 000 en 1988, et leur taux de mortalit juvnile de 243 dcs pour mille 121.


TABlEAU 2.3

Taux d'alphabtisation des adultes, 1970-85

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DIAGRAMME 2.4

Alphabtisation des adultes: tendances

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Certains pays ont atteint d'excellents rsultats malgr un revenu modique. En 1988, le taux de mortalit juvnile tait de 22 pour 1 000 en Jamaque, et de 85 pour 1 000 au Brsil, un pays dont le revenu par habitant est plus de deux fois celui de la Jamaque. De mme, Maurice affiche les taux de mortalit infantile et juvnile les plus bas d'Afrique : les dcs d'enfants de moins de cinq ans ont t rduits de 104 29 pour 1 000 depuis 1960, un rsultat bien meilleur que ceux de pays tels que le Gabon et l'Afrique du Sud, qui ont un revenu par habitant nettement plus lev. Certains des pays qui, en 1988, affichaient les taux de mortalit infantile les plus bas Hong Kong, Singapour, Costa Rica, Koweit et Chili sont aussi parmi ceux o le taux de mortalit infantile a diminu le plus rapidement entre 1960 et 1988.

Alphabtisation

Les progrs rapides accomplis en matire dducation ont nettement accru le nombre des personnes sachant lire et crire dans les pays en dveloppement. Le taux d'alphabtisation des hommes est pass de 53 % en 1970, 71 % pendant la premire moiti des annes 80. Alors mme que le taux d'alphabtisation des femmes ntait encore que de 50 % en 1985, le taux de scolarisation des filles a progress beaucoup plus rapidement que celui des garons, ce qui est un signe encourageant.

Plusieurs pays en dveloppement affichent d'ores et dj des taux d'alphabtisation des adultes suprieurs 90 % et donc comparables ceux de nombreux pays industrialiss. Malgr de tels succs, certains des pays les plus densment peupls, tels que l'Inde, le Bangladesh et le Pakistan, ont t extrmement lents rduire leur taux trs lev d'analphabtisme.

L'Afrique subsaharienne a accompli des progrs particulirement rapides en matire d'alphabtisation des adultes. Mais, en raison de l'ampleur du retard combler, son taux d'alphabtisation moyen (48 % en 1985), reste trs infrieur la moyenne du monde en dveloppement (60 %). Le Kenya, un pays faible revenu o le taux d'alphabtisation est pass de 32 % en 1970, 60 % en 1985, a ralis des progrs spectaculaires en matire dducation primaire pour tous.

Les taux d'alphabtisation en Amrique latine restent largement suprieurs ceux des autres pays en dveloppement, et sont passs de 72 % en 1970 83 % en 1985. Les taux d'alphabtisation en Asie sont proches de la moyenne des pays en dveloppement. Ils ont volu de 41 % 59 %. Quatre pays du Sud de l'Asie ralentissent lvolution des taux de la rgion : le Bangladesh (33 %), le Pakistan (30 %), le Npal (26 %) et l'Afghanistan (24 %). Le taux d'alphabtisation de l'Asie du Sud ntait que de 41 % en 1985 le plus bas de tous les taux rgionaux.

Le taux d'alphabtisation des pays les moins avancs n'atteint que 37 %. Tout comme pour d'autres indicateurs du dveloppement humain, lcart avec les pays en dveloppement en gnral ne cesse de crotre. En ce qui concerne l'alphabtisation, il est pass de 18 points de pourcentage en 1970 23 points en 1983.

Le nombre des illettrs dans le Tiers Monde un peu moins de 900 millions en 1985 pourrait atteindre le milliard d'ici la fin du sicle. Les trois quarts des analphabtes vivent dans les cinq pays les plus densment peupls d'Asie : Inde, Chine, Pakistan, Bangladesh et Indonsie. La lutte contre l'analphabtisme dans le monde devra donc tre centre sur ces pays.

Revenu

De 1960 1980, la croissance du revenu par habitant, l'un des lments essentiels une amlioration du dveloppement humain, a t de 2,9 % par an en moyenne pour l'ensemble des rgions en dveloppement. Le mouvement s'est invers dans les annes 80. Le revenu par habitant de l'Afrique subsaharienne n'avait augment que de 1,6 % par an de 1965 1980, mais il a chut depuis de 2,4 % par an. Du fait de la persistance de la dette, l'Amrique latine a volu d'une croissance annuelle de 3,8 % du revenu par habitant de 1965 1980, une baisse annuelle de 0,7 % dans les annes 80.


DIAGRAMME 2.5

PNB par habitants : tendances

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La rpartition et la croissance du PNB revtent une mme importance dans le cas du dveloppement humain. La rpartition du revenu peut tre mesure au moyen du coefficient de Gini, qui rvle les disparits dans les pourcentages du revenu de chaque 1 % (percentile) de la population. Si chaque percentile reoit 1 % du revenu, il n'y a pas de disparit et le coefficient de Gini est gal zro. Si un percentile reoit tout le revenu, il y a disparit maximum, et le coefficient de Gini est gal 1. Dans 9 des 28 pays en dveloppement pour lesquels il a t calcul, le coefficient de Gini est gal 0,50 ou plus, ce qui indique qu'une trs grande partie du revenu choit une petite partie de la population.

La comparaison entre le revenu par habitant des 20 % les plus riches de la population et des 20 % les plus pauvres est un autre indicateur d'ingalit. Dans 12 des 23 pays en dveloppement o cette comparaison a t tablie, le revenu du groupe le plus riche tait quinze fois suprieur celui du plus pauvre.

Un autre facteur de distribution, utilis dans les zones prdominance agricole, est la concentration des terres, qui est fortement dsquilibre en Amrique latine. 10 des 17 pays inclus dans l'enqute affichent des indices de concentration des terres (coefficient de Gini) suprieurs 0,8, et 5 des indices de 0,7 0,8. La FAO estime que 30 millions de mnages agricoles environ n'ont pas du tout de terre, et que 138 millions, dont deux tiers en Asie, n'ont pratiquement pas de terre.

La plupart des estimations de la pauvret dans les pays en dveloppement sont tablies sur la base du revenu ncessaire pour satisfaire les besoins alimentaires fondamentaux et mesurent donc la pauvret absolue (voir note technique 2). Toutefois, les donnes par pays sont insuffisantes et ne sont pas toujours comparables. Les donnes disponibles indiquent que le pourcentage des individus vivant dans la pauvret absolue a globalement diminu de 1970 1985. Du fait de la croissance dmographique, cependant, le nombre absolu des dshrits s'est accru d'environ 20 %. En 1985, plus d'un milliard d'individus vivaient dans la pauvret absolue dans le monde en dveloppement (encadr 2.1).


DIAGRAMME 2.6

Pauvret absolue par rgion

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En Amrique latine, plus de 110 millions de personnes, soit 40 % de la population, vivaient dans la pauvret en 1970. Un quart d'entre elles vivaient dans la pauvret absolue. Quinze ans plus tard, la rgion comptait encore prs de 150 millions de pauvres, soit plus d'un tiers de la population. Cet appauvrissement est d principalement la stagnation conomique des annes 80. Si, malgr un revenu moyen lev, la pauvret est ce point rpandue en Amrique latine, c'est en raison de la mauvaise rpartition du revenu dans de nombreux pays. Au Brsil, le PNB par habitant tait de 2020 dollars en 1987, mais les 40 % de Brsiliens les plus pauvres ne disposaient que de 7 % du revenu des mnages. Deux pour cent de propritaires fonciers contrlent 60 % des terres arables, alors que 70 % des mnages ruraux n'ont pas ou peu de terres.



ENCADRE 2.1

Qui sont les pauvres ?

Le regain d'intrt dont le dveloppement humain bnficie depuis quelques annes a conduit une intensification de la recherche sur la pauvret. Nous prsentons ici un rsum de certains des faits saillants.

Premirement, les populations pauvres ne forment pas un groupe homogne. Les dshrits chroniques sont en marge de la socit et vivent en permanence dans le plus grand dnuement. Les cas limites sont les pauvres occasionnels, tels que les chmeurs saisonniers. Les nouveaux pauvres sont les victimes directes de l'ajustement structurel des annes 80, par exemple, les fonctionnaires et les travailleurs de l'industrie licencis.

Deuximement, plus d'un milliard d'individus vivent dans la pauvret absolue dans le Tiers Monde. L'Asie compte 64 % des dshrits du monde en dveloppement, l'Afrique 24 % et l'Amrique latine et les Carabes, 12 %. C'est en Afrique que la pauvret progresse le plus rapidement, le nombre absolu des dshrits ayant augment de deux tiers entre 1970 et 1985.

Troisimement, les trois quarts des pauvres du monde en dveloppement vivent dans les zones rurales. Toutefois, la pauvret tend actuellement s'urbaniser (au rythme de 7 % l'an), en raison de sa progression rapide dans les bidonvilles et les zones d'habitat spontan des villes.

Quatrimement, un lien troit existe entre la pauvret et l'environnement. Les trois quarts environ des pauvres du monde en dveloppement sont masss dans des zones cologiquement fragiles, faible potentiel agricole. En raison du manque d'emplois et de possibilits productrices de revenus en dehors de l'agriculture, la dtrioration de l'environnement et la pauvret se renforcent mutuellement en permanence.

Cinquimement, les hommes et les femmes ne sont pas gaux devant la pauvret. Une forte proportion des mnages pauvres sont dirigs par des femmes, en particulier dans l'Afrique rurale et dans les bidonvilles d'Amrique latine. Les membres fminins d'un mnage pauvre sont souvent dfavoriss par rapport aux membres masculins, en raison des diffrences fondes sur le sexe, dans la rpartition des aliments et autres biens. En Afrique, les femmes produisent 75 % de la nourriture, et pourtant elles vivent dans un dnuement plus grand que les hommes.



Selon les estimations de l'OIT, le nombre des dshrits en Afrique est pass plus de 270 millions entre 1980 et 1985, et reprsente la moiti environ de la population totale. Si rien n'est fait pour renverser cette tendance alarmante, prs de 400 millions d'Africains vivront dans la pauvret absolue d'ici 1995.

C'est l'Asie, o le pourcentage des dshrits est en rgression, qui compte le plus grand nombre de pauvres (750 millions). La pauvret est trs rpandue au Bangladesh (plus de 80 % de dshrits), au Npal, en Inde et en Rpublique dmocratique populaire du Laos. Les annes 80 ont t particulirement difficiles pour certains pays : la part du revenu des groupes les plus dmunis a chut au Sri Lanka et au Bangladesh. Certaines conomies de l'Est et du Sud-Est asiatiques ont toutefois accompli dnormes progrs dans la lutte contre la pauvret.

La pauvret n'est en aucune faon le problme des seuls pays en dveloppement, et des taux rguliers de croissance conomique ne garantissent en rien sa rsorption. Aux Etats-Unis, aprs 200 ans de progrs conomique, quelque 32 millions de personnes, soit 13 % de la population environ, vivent encore au-dessous du seuil officiel de la pauvret.

Accs aux biens et services de base

Les individus ne peuvent amliorer leurs capacits que dans la mesure o ils ont accs aux biens et aux services de base.

Alimentation. La production alimentaire et les rations caloriques ont globalement progress. Dans le monde en dveloppement, la ration quotidienne de calories, qui reprsentait 90 % des besoins totaux en 1965, atteignait 107 % en 1985. Confirmant ces chiffres, les donnes relatives la production alimentaire font ressortir une progression de 20 % environ de la ration moyenne de calories par personne, entre 1965 et 1985.

C'est dans les pays o les besoins alimentaires sont les plus pressants que les progrs sont les plus lents. Dans les pays les plus pauvres, la ration quotidienne de calories par habitant est passe seulement de 87 % 89 % des besoins entre 1965 et 1985.

Les disparits rgionales sont normes. La ration de calories par habitant a diminu dans 16 des 34 pays d'Afrique pour lesquels des donnes sont disponibles, alors qu'elle a progress de 15 % ou plus au Gabon, au Niger et Maurice. Les disparits sont similaires en Amrique latine. Les progrs les plus grands ont t raliss au Moyen-Orient et en Asie, o la ration de calories par habitant a augment respectivement de 30 % et 23 %.

Les estimations sur la faim dans le monde varient. Selon le Conseil mondial de l'alimentation, plus d'un demi-milliard de personnes souffraient de la faim au milieu des annes 80. Dans une tude sur 87 pays en dveloppement, comptant une population totale de 2,1 milliards d'habitants, la Banque mondiale estimait que le nombre des personnes sous-alimentes dont le rgime en calories est insuffisant pour mener une vie active tait de 730 millions en 1980. Ce chiffre est en progression constante : chaque anne jusqu 8 millions de personnes ont rejoint les rangs des affams pendant la premire moiti des annes 80. Il se peut que la faim mine aujourd'hui la vie de jusqu 800 millions de personnes dans le Tiers Monde.


DIAGRAMME 2.7

Nutrition : tendances

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Les deux tiers de ceux qui ont faim dans le monde en dveloppement vivent en Asie, et un quart en Afrique. Le nombre des enfants ayant un poids insuffisant la naissance reflte cette rpartition, puisque les pays d'Asie font apparatre certains des chiffres les plus levs.


TABlEAU 2.4

Accs l'eau potable, 1975-86

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DIAGRAMME 2.8

Accs aux services de sant, 1986

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L'un des dfis majeurs des annes 90 sera donc de veiller ce que la production alimentaire augmente rapidement, notamment en Afrique, et ce que les approvisionnements soient convenablement rpartis et complts, au besoin, par des programmes nutritionnels en faveur des groupes les plus pauvres et les plus vulnrables.

Services de sant. Un accs facile et peu coteux aux services de sant est essentiel au dveloppement humain. La plupart des pays collectent des donnes sur le pourcentage des individus qui ont facilement accs aux services de sant, ainsi que sur le nombre des mdecins et des infirmiers. Mais ces donnes ne signifient pas que l'ensemble de la population bnficie des services de sant. Il se peut que les mdecins se concentrent dans les zones urbaines, et se spcialisent dans une mdecine tertiaire onreuse. Il se peut aussi que des individus vivent proximit des services de sant, mais n'aient pas les moyens d'y recourir. Malgr les limitations actuelles des donnes disponibles, il est possible de tirer quelques conclusions gnrales.


DIAGRAMME 2.9

Accs une eau potable : tendances

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Plusieurs pays en dveloppement ont presque atteint, au cours des annes 80, l'objectif des soins de sant primaires pour tous. Beaucoup, par exemple, la rpublique de Core, le Costa Rica, la Jamaque, la Tunisie et la Jordanie, affichent une esprance de vie remarquable. En moyenne, cependant, 61 % seulement de la population du monde en dveloppement ont aujourd'hui accs aux services de soins de sant primaires. En ce qui concerne les pays les moins avancs et l'Afrique subsaharienne, les proportions sont respectivement de 45 % et 46 %.

Toutes les mesures existantes indiquent que c'est en Afrique que la situation est la plus critique. En Amrique latine, o le nombre des mdecins et des infirmiers par habitant est le plus lev du monde en dveloppement, seuls 61 % des individus ont accs aux services de sant, un chiffre trs infrieur aux moyennes enregistres en Asie, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Tmoin des progrs considrables qui ont t accomplis en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, le Kowet compte aujourd'hui plus de mdecins par habitant que la Suisse. Mais son taux de mortalit infantile reste quatre fois suprieur celui de la Suisse, ce qui renforce l'opinion qui veut que le nombre de mdecins n'est pas une garantie de bonne sant.

Eau et assainissement. Les progrs raliss en matire d'approvisionnement en eau et d'assainissement ont t, dans l'ensemble, beaucoup plus lents que dans le domaine de la sant. Et ils ont t plus rapides en ce qui concerne l'approvisionnement en eau qu lgard de l'assainissement. Plus de la moiti de la population des pays en dveloppement avait accs une source d'approvisionnement en eau potable en 1986, contre 35 % en 1975. Dans les pays qui affichent les meilleurs rsultats, pratiquement chaque individu a accs une source d'eau potable. Dans les pays les moins avancs, en revanche, la progression n'a t que de quatre points : un tiers seulement de leur population a facilement accs une source d'eau potable.

Les progrs sont estimables en Amrique latine, o prs des trois quarts de la population avaient accs une source d'eau potable entre 1980 et 1987. Le Chili et Trinit ont atteint le niveau des pays dvelopps.

Des progrs impressionnants ont aussi t accomplis au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Plusieurs pays rapportent que plus de 90 % de leur population ont accs une eau potable. La proportion n'est infrieure 50 % qu'au Soudan et en Rpublique arabe du Ymen.

En Asie, la proportion de la population ayant accs une source d'eau potable est passe de moins d'un tiers plus de la moiti entre 1975 et 1985. Cependant, le Bangladesh a enregistr un recul de 10 points depuis 1975.

Les progrs ont t trs mdiocres en Afrique, L'accs aux approvisionnements en eau potable est en rgression dans un tiers des pays disposant de donnes rcentes. Dans huit pays d'Afrique, moins d'un cinquime de la population a accs une source d'approvisionnement en eau potable.

Environ un tiers de la population du Sud avait accs des services d'assainissement adquats pendant la seconde moiti des annes 80.

Education. Malgr une croissance dmographique rapide, les taux de scolarisation ont considrablement progress dans la plupart des pays en dveloppement. Bien plus de 80 % des enfants dge scolaire frquentaient lcole primaire en 1987, et plusieurs pays en dveloppement sont sur le point d'atteindre l'objectif de la scolarisation primaire gnrale.

Les progrs ont t remarquables dans toutes les rgions. Malgr la stagnation des conomies et la croissance dmographique leve, la moiti des enfants dge scolaire sont aujourd'hui effectivement scolariss en Afrique. Les tendances sont aussi la hausse en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, o le taux net d'inscription dans les coles primaires est trs suprieur 80 % pour les garons. La progression a t ralentie par le faible taux de scolarisation des filles, un dsquilibre que les prochains programmes dducation doivent corriger. En Amrique latine et aux Carabes, le taux net d'inscription dans les coles primaires tait de 75 % en 1985, avec une proportion gale de garons et de filles.

L'exprience des pays en dveloppement varie en matire d'enseignement secondaire et suprieur. En Asie de l'Est et du Sud-Est, le taux d'inscription dans les coles secondaires atteint 90 % dans les pays nouvellement industrialiss, aussi bien pour les garons que pour les filles. Le taux d'inscription dans les universits a lui aussi considrablement augment. Certains pays d'Amrique latine affichent des taux d'inscription dans les universits plus levs que ceux des pays d'Asie nouvellement industrialiss et mme de certains pays dvelopps. Dans les pays les moins avancs, en revanche, le taux d'inscription dans les universits est de 1 % pour les filles et 4 % pour les garons, ce qui tmoigne du retard qu'ils devront combler au cours des prochaines dcennies.

La rpartition globale de lducation de base s'est radicalement modifie depuis 1960. Le Sud compte aujourd'hui plus de quatre fois plus dcoliers au niveau du primaire que le Nord (480 millions contre 105 millions), et environ deux fois plus dcoliers au niveau du secondaire (190 millions contre 87 millions). Mais le Sud doit encore combler son retard en matire d'enseignement suprieur, de science et de technologie. Il doit aussi amliorer la qualit et la pertinence des connaissances de ses tudiants, un effort dont les bases ont t jetes au cours des trois dernires dcennies.


DIAGRAMME 2.10

Rpartitions Nord/Sud des effectifs scolaires

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Davantage dtres humains se partagent des ressources insuffisantes

La vie est devenue plus supportable pour la majeure partie de la population mondiale, des millions dtres humains ayant aujourd'hui accs des biens et des services amliors. Malheureusement, un nombre tout aussi grand de personnes souffrent de graves privations. Cela ne signifie pas que le dveloppement a chou mais qu'il a t en partie devanc par la croissance dmographique.

La population mondiale a augment de 2 milliards d'individus depuis 1960, et se chiffre aujourd'hui plus de 5 milliards. La croissance dmographique s'est produite principalement dans les pays en dveloppement dont la population a doubl. Cette tendance se poursuivra probablement pendant des dcennies.

La croissance dmographique dans les pays en dveloppement devrait, dans l'ensemble, passer de 2,3 % par an entre 1960 et 1988 2 % par an entre 1988 et l'an 2000. Mais ce lger flchissement nesera pas enregistr dans certaines parties du monde jusqu l'an 2000, la croissance dmographique devrait se maintenir 3,1 % par an en Afrique et 2,8 % par an dans les pays les moins avancs. La part dans la population mondiale des pays en dveloppement, qui est actuellement de 77 %, devrait atteindre 80 % d'ici l'an 2000, et 84 % d'ici 2025.


DIAGRAMME 2.11

Evolution de la population mondiale et rpartition Nord/Sud

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Le dveloppement humain est donc un triple dfi pour la plupart des pays en dveloppement. Ils doivent largir les possibilits de dveloppement offertes un nombre croissant d'individus. Ils doivent amliorer les conditions de vie. Et, souvent, ils doivent faire plus avec moins relever les deux premiers dfis avec des ressources en stagnation, ou mme en diminution.

De 1980 1987, la part des pays en dveloppement, dans le PIB mondial, a chut de prs de deux points (passant de 18,6 % 16,8 %), alors que leur part de la population mondiale a progress d'un point (passant de 74,5 % 75,6 %), S'ajuster l'impact combin de ces changements s'est rvl difficile.

La baisse du revenu des pays en dveloppement doit tre interrompue si l'on veut liminer les risques croissants d'un renversement majeur du dveloppement humain. Les pays en dveloppement doi vent dployer des efforts accrus pour amliorer leurs rsultats conomiques, malgr des ressources limites. Mais il est tout aussi ncessaire de rsoudre rapidement le problme de la dette et de crer de nouvelles possibilits et conditions dchanges commerciaux.


DIAGRAMME 2.12

Emploi salari et main-duvre non agricole

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Utiliser les capacits humaines

Les individus qualifis, en bonne sant et instruits, sont mieux mme de prendre en main leur propre existence. Gnralement, leurs chances de trouver un emploi bien rmunr sont plus grandes. Ils ont un meilleur accs l'information, par exemple celle qui est acquise au cours d'une formation agricole ou commerciale, et ont donc plus de chances de russir en tant qu'agriculteurs ou entrepreneurs. Ils sont aussi en mesure de contribuer davantage l'avancement de la culture, de la politique, des sciences et de la technologie. Plus aptes s'aider eux-mmes, ils sont prcieux pour la socit.

L'utilisation des capacits humaines, telle qu'elle est envisage ici, couvre l'emploi que les individus dcident de faire de leurs capacits, ainsi que l'utilit de celles-ci pour la socit.

Emploi

Plus de 900 millions d'individus se sont ajouts la population active des pays en dveloppement au cours des trente dernires annes. Cette volution n'est pas imputable la seule croissance dmographique. Les femmes en qute d'un emploi et les familles dmunies dsireuses d'accrotre le nombre de leurs soutiens conomiques sont venues grossir les rangs des actifs, dont le nombre devrait progresser de 400 millions pendant les annes 1990.

La croissance conomique n'a pas cr suffisamment de possibilits pour les personnes en qute d'emploi ces trois dernires dcennies. Il n'existe pas de donnes fiables sur le chmage dclar, mais il est notoire que le chmage et le sous-emploi sont fort rpandus dans beaucoup de pays en dveloppement.

Les annes 80 ont t marques par une progression rapide de l'emploi dans le secteur informel. En Afrique, le secteur informel employait, entre 1980 et 1985, 75 % environ des nouveaux venus sur le march du travail, alors que le secteur formel n'en employait que 6 %. En Amrique latine, le secteur informel a absorb 56 % des nouveaux travailleurs entre 1980 et 1987.

Bilan du dveloppement humain



PROGRES

     Esprance de vie

    L'esprance de vie dans le Sud a augment d'un tiers pendant la priode 1960-87 et atteint aujourd'hui 80 % de la moyenne du Nord.

     Education

    Le Sud compte aujourd'hui environ cinq fois plus dcoliers au niveau du primaire que le Nord (480 millions contre 105 millions).

    Le Sud compte 1,4 milliard de personnes sachant lire et crire, contre prs d'un milliard dans le Nord.

    Les taux d'alphabtisation dans le Sud sont passs de 43 % en 1970 60 % en 1985.

     Revenu

    Le revenu moyen par habitant dans les pays en dveloppement a progress de prs de 3 % par an entre 1965 et 1980

     Sant

    Plus de 60 % de la population des pays en dveloppement a aujourd'hui accs aux services de sant.

    Plus de 2 milliards de personnes ont aujourd'hui accs une source d'eau potable.

     Sant des enfants

    Les taux de mortalit infantile (enfants de moins de cinq ans) ont t rduits de moiti entre 1960 et 1988.

    La couverture vaccinale a augment considrablement pendant les annes 80, passant de 30 % 80 %. 1,5 million de vies environ sont sauves chaque anne.

     Alimentation et nutrition

    La ration moyenne de calories par habitant a augment de 20 % entre 1965 et 1985.

    L'apport moyen de calories est pass de 90 % du total des besoins en 1965, 107 % en 1985.

     Assainissement

    1,3 milliard de personnes ont accs des rseaux d'assainissement adquats.

     Femmes

    Les taux de scolarisation des filles ont augment plus de deux fois plus rapidement que ceux des garons.





MANQUES

  • L'esprance de vie dons le Sud est encore de 12 ans infrieure celle du Nord
  • Environ 100 millions d'enfants dge scolaire ne sont toujours pas scolariss dans le Sud.
  • Prs de 900 millions d'adultes sont illettrs dans le Sud.
  • Les toux d'alphabtisation ne sont toujours que de 41 % en Asie du Sud et 48 % en Afrique subsaharienne.
  • Plus d'un milliard de personnes vivent encore dons la pauvret absolue,
  • Pendant les annes 80, le revenu moyen par habitant a diminu de 2,4 % par an en Afrique subsaharienne, et de 0,7 % en Amrique latine.
  • 1,5 milliard de personnes n'ont toujours pas accs aux sains de sant primaires.
  • 1,75 milliard de personnes n'ont toujours pas accs une source d'eau potable.
  • 14 millions d'enfants meurent chaque anne avant leur cinquime anniversaire.
  • Prs de 3 millions d'enfants meurent chaque anne de maladies contre lesquelles il existe un vaccin.
  • Un sixime des habitants du Sud souffre de la faim.
  • 150 millions d'enfants de moins de cinq ans (un sur trois) souffrent de molnutrition grave.
  • Prs de 3 milliards d'individus n'ont toujours pas accs un rseau d'assainissement adquat.
  • le toux d'alphabtisation des femmes dans les pays en dveloppement ne reprsente toujours que les deux tiers de celui des hommes.
  • La mortalit maternelle dans le Sud est 12 fois plus leve que celte du Nord.




Un nombre sans prcdent d'individus traversent les frontires et les continents



Les gouvernements ont longtemps ignor le secteur informel, mais les choses commencent changer. Beaucoup ralisent que ce secteur a besoin d'un soutien politique et conomique actif. Aprs tout, il absorbe le gros des nouveaux travailleurs, en particulier les femmes, les jeunes, et les pauvres.

Une utilisation accrue des capacits humaines passe par une croissance conomique soutenue et un investissement considrable dans les tres humains. Les rendements d'un tel investissement sont immenses. Une tude de la Banque mondiale rvle que les investissements dans lducation primaire dgagent des revenus privs qui atteignent 43 % en Afrique, 31 % en Asie et 32 % en Amrique latine. Pour l'ensemble des pays en dveloppement, la productivit sociale moyenne des investissements pour chaque niveau d'enseignement dpasse 10 voire 15 %. Dans les annes 60, les diffrences de niveau en matire de connaissances techniques et gnrales taient a l'origine du tiers environ des carts de productivit agricole aux Etats-Unis et dans un chantillon de pays en dveloppement. Les rendements de la scolarisation des femmes sont encore plus grands puisqu'ils se traduisent par une rduction de la fcondit, une baisse de la croissance dmographique et du taux de mortalit juvnile, une diminution des taux d'abandon scolaire et une amlioration de la nutrition familiale.

Associe l'enseignement gnral, la formation professionnelle favorise une utilisation plus productive des capacits humaines. En rpublique de Core, en Malaisie et en Thalande, la production des agriculteurs utilisant des techniques modernes augmente de 3 % par anne de scolarit supplmentaire. Le niveau dducation plus avanc des agriculteurs du Pendjab indien explique en partie pourquoi leur productivit est plus leve que celle des agriculteurs du Pendjab pakistanais. L'investissement dans le capital humain accrot donc la productivit des individus et leurs chances de trouver un emploi, et augmente le potentiel de croissance conomique future. Naturellement, si l'enseignement ne cre pas les comptences indispensables la socit, il peut conduire au chmage des diplms et au gaspillage du potentiel humain.

Migration

Un nombre sans prcdent d'individus traversent les frontires et les continents, la recherche de possibilits conomiques et politiques nouvelles. Le dveloppement des moyens de transports et des rseaux de communication pousse de plus en plus d'individus quitter leur pays et s'installer ailleurs. Plus qu'auparavant, ceux-ci ont conscience de leur dnuement ils savent quel point leur vie diffre de celle des habitants d'autres contres. Et cela les amne rechercher une existence apparemment meilleure et des possibilits accrues par-del les frontires. Ils seraient peut-tre rests dans leur pays si les possibilits y avaient t plus grandes. La plupart des migrants conomiques dcident librement de partir. Les rfugis politiques et environnementaux n'ont souvent pas d'autre choix.

Certains migrants sont des spcialistes hautement qualifis. Le plus souvent, ils sont en qute de plus hauts salaires et d'une satisfaction accrue au travail. Certains gouvernements trouvent mme des avantages leur dpart car leurs envois de fonds peuvent constituer une source importante de devises et contribuer ainsi l'amlioration de la balance des paiements.

La fuite des cerveaux a particulirement frapp l'Afrique dans les annes 80. Alors que le personnel qualifi tait dj peu nombreux, la perte de quelques spcialistes cls a eu des consquences dramatiques. La fuite des cerveaux des pays les plus densment peupls d'Asie et de la plupart des pays d'Amrique latine est gnralement moins spectaculaire.

Au dbut des annes 80, on comptait quelque 20 millions de migrants conomiques, et au moins autant de migrants clandestins, souvent moins qualifis que les premiers. Ainsi, 40 50 millions de personnes se sont dplaces dans l'espoir de bnficier d'une part accrue des fruits du dveloppement mondial.

Les pays traditionnels d'accueil le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zlande, les Etats-Unis et les pays d'Europe ont adopt des mesures pour limiter l'afflux des migrants des pays en dveloppement. Pendant la premire moiti des annes 80, les Etats-Unis ont confr un statut permanent d'immigr quelque 3 millions d'individus. Cette mesure avait touch 2,5 millions de personnes les cinq annes prcdentes. Depuis deux dcennies, la population trangre en Europe se maintient 10 millions environ. Et mme dans la rgion du Moyen-Orient, l'immigration se stabilise.

La migration Sud-Sud est en progression en raison des restrictions accrues qui sont imposes la migration vers le Nord et de l'appauvrissement des pays en dveloppement. La Cte-d'Ivoire, le Sngal, le Ghana et le Cameroun sont les principaux pays d'accueil en Afrique. Les principaux pays d'origine sont le Burkina Faso, le Mali, la Guine et le Togo, qui figurent parmi les pays les moins avances. Le Lesotho et le Mozambique restent les principaux fournisseurs de main-duvre de l'Afrique du Sud.

En Amrique Latine, l'Argentine, le Venezuela et le Brsil sont pratiquement les seuls pays accueillir des migrants conomiques, alors qu'au niveau mondial, les Etats-Unis demeurent leur principale destination. Les grands exportateurs de main-duvre de la rgion sont le Mexique et la Colombie.

En Asie, les migrants viennent principalement du Bangladesh, de l'Inde, du Pakistan, des Philippines, de la Thalande et de La Rpublique de Core. Ils vont essentiellement vers les Etats arabes et les Etats-Unis.

Participation populaire et mouvement des organisations non gouvernementales

La migration conomique est un moyen de chercher profiter davantage du dveloppement. La participation populaire dans la vie conomique, sociale et politique de la communaut en est un autre, et a pris de l'importance ces der nires annes. Beaucoup d'organisations communautaires et autres organismes d'autoassistance aident aujourd'hui les populations unir et exploiter leurs forces pour relever certains dfis cration d'une route, d'un centre de sant, d'un systme d'irrigation, ou d'une cole, ou accs aux avoirs et au crdit.

L'action de ces organismes communautaires est complte par celle d'un nombre toujours croissant d'organisations non gouvernementales (ONG) qui, gnralement, remplissent les fonctions d'intetmdiaires entre les individus et les gouvernements.



Les donnes moyennes sur les progrs masquent des ingalits considrables entre zones urbaines et rurales, entre hommes et femmes , et entre riches et pauvres



L'essor du mouvement des ONG se fonde sur des initiatives prives et le parrainage des gouvernements. Dans bien des pays, les ONG sont parvenues faire des populations le centre du dveloppement, et ce faisant ont tabli des liens de collaboration troite avec l'Etat. Les gouvernements commencent comprendre que les ONG des organismes flexibles, de dimension restreinte, ayant des racines et des contacts locaux nombreux sont souvent mieux mme de promouvoir le dveloppement que l'appareil bureaucratique.

L'un des grands succs des ONG a t d'assurer aux pauvres l'accs au crdit. Traditionnellement, les pauvres restent pauvres parce qu'ils n'ont pas d'avoirs et sont jugs indignes d'obtenir un crdit, si modique soit-il. Les ONG ont modifi cette situation en montrant que la responsabilit conjointe (des contacts troits sont tablis entre le dbiteur et le crancier) peut accrotre les taux de remboursement et offrir aux pauvres de plus grandes possibilits l'intrieur du systme officiel de crdit. Les ONG ont contrl et conseill les emprunteurs, et rempli des fonctions qui prennent du temps et que les banques ont tendance viter.

Au Prou, l'Institut pour le dveloppement du secteur informel a labor des programmes visant aider les petits entrepreneurs et les groupes communautaires obtenir l'accs au crdit. Il fournit aux participants des garanties bancaires, ainsi que des conseils techniques et de gestion, et leur assure la formation dont ils ont besoin pour crer des entreprises viables.

Au Bangladesh, une autre ONG, la Grameen Bank, tablit des liens novateurs entre le gouvernement, les banques commerciales et les donateurs de l'extrieur, d'une part, et les entrepreneurs qui souhaitent emprunter mais n'ont pas de garantie, d'autre part. La Grameen Bank aide ceux qui n'ont pas de terres s'organiser en groupes pour obtenir des prts. La plupart de ses clients sont des femmes.

Les Banques populaires du Rwanda, la Savings Development Foundation du Zimbabwe, les banques rurales du Ghana et les boutiques de prts des Philippines (voir encadrs 4.2 et 4.3 au chapitre 4) sont d'autres ONG qui mobilisent lpargne rurale et offrent des possibilits de crdit aux pauvres des zones rurales.

Llan de participation populaire de la seconde moiti des annes 1980 n'a pas simplement prouv que les populations peuvent s'aider elles-mmes. Il a favoris lmergence d'une nouvelle philosophie des relations entre l'Etat et le secteur priv. Les dirigeants ont compris que le dveloppement peut tirer parti des initiatives individuelles, et que celles-ci doivent tre encourages et non freines.


DIAGRAMME 2.13

Disparits entre zones rurales et urbaines

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De plus en plus, on considre que l'Etat doit s'attacher crer un cadre qui donne aux individus la possibilit de contribuer vritablement au dveloppement, dlargir leurs capacits et de les utiliser, mais qu'il ne devrait pas assumer des fonctions de dveloppement que les ONG, les entrepreneurs et la population dans son ensemble sont mieux mme d'accomplir.

Disparits et dnuement l'intrieur des nations

Tout au long des trente dernires annes, chaque pays a contribu, des degrs divers, au progrs humain. Mais les amliorations moyennes dissimulent des ingalits considrables l'intrieur des pays et masquent les privations dont souffrent de nombreux individus. Ces disparits prouvent qu'il est encore possible d'amliorer le dveloppement humain par une rpartition plus approprie du revenu et une restructuration rigoureuse des priorits budgtaires.

Cette section traite des disparits entre les zones rurales et les zones urbaines, entre les hommes et les femmes, et entre les riches et les pauvres. Ici encore, l'absence de donnes adquates empche toute analyse systmatique. Des tudes de cas sont donc utilises pour complter les donnes nationales disponibles.

Disparits entre les zones urbaines et les zones rurales

Les deux tiers de la population du monde en dveloppement vivent dans les zones rurales, mais, dans bien des pays, bnficient de moins d'un quart des services sociaux dducation, de sant, d'approvisionnement en eau et d'assainissement. La population urbaine des pays en dveloppement a deux fois plus accs aux services de sant et d'approvisionnement en eau potable et quatre fois plus aux services d'assainissement.

Dans bon nombre de pays, les disparits villes-campagnes refltent la rpartition du revenu et la concentration du pouvoir. Ces disparits, souvent importantes aux chelons les plus bas de dveloppement humain et de revenu par habitant, tendent s'attnuer avec le temps. Mais il y a des exceptions la rgle. L'Argentine affiche de trs grandes disparits villes-campagnes malgr un revenu par habitant et un dveloppement humain relativement importants. Au contraire, en Tanzanie, o le revenu est moindre, le rseau des services sociaux est assez quitablement rparti.

Les exemples suivants dmontrent que les zones rurales sont systmatiquement en retard sur les zones urbaines en matire de dveloppement humain.

Mortalit infantile. Le taux de mortalit infantile dans les zones rurales de plusieurs pays d'Amrique centrale est 30 % 50 % suprieur celui des zones urbaines. Le Costa Rica, le Guatemala et le Nicaragua ont resserr lcart pendant les annes 70, mais d'autres pays ne sont pas parvenus quilibrer le dveloppement des zones urbaines et des zones rurales.

Esprance de vie. Au Mexique, les habitants des zones rurales ont une esprance de vie plus courte (59 ans) que leurs concitoyens des villes (73 ans).

Nutrition. Les donnes sur l'alimentation des enfants dans 31 pays rvlent, sans exception, que les taux de malnutrition sont plus levs dans les zones rurales (50 % de plus en moyenne).

Alphabtisation. Dans lchantillon de pays d'Afrique et d'Asie, les taux d'analphabtisme sont gnralement deux fois plus levs dans les zones rurales que dans les zones urbaines ; en Amrique latine, les taux ruraux sont trois fois plus levs que les taux urbains dans le cas des femmes, et quatre fois plus, dans celui des hommes.

Services de sant. Dans tous les pays en dveloppement, l'accs aux soins de sant est meilleur dans les zones urbaines que dans les zones rurales. Dans une vingtaine de pays, le pourcentage de la population bnficiant des services de sant est deux fois plus lev dans les premires que dans les secondes. Ces chiffres ne refltent pas vritablement les disparits car les quipements de sant rurale sont gnralement de simples dispensaires alors que les villes disposent d'hpitaux dots dquipements perfectionns.

Approvisionnement en eau et assainissement. Les disparits villes-campagnes sont encore plus grandes en ce qui concerne l'approvisionnement en eau et l'assainissement. La couverture de la population rurale est en moyenne infrieure de moiti celle de la population urbaine. Dans 7 pays, la proportion de la population rurale ayant accs une source d'approvisionnement en eau est plus de cinq fois infrieure celle des villes. Au Npal, l'accs aux services d'assainissement est dix-sept fois plus lev dans les villes que dans les zones rurales ; au Brsil, il est quatre-vingt-six fois plus lev.

Revenu. Dans la plupart des pays, les revenus urbains par habitant sont 50 % 100 % plus levs que les revenus ruraux. Les carts sont particulirement importants en Afrique. Au Nigria, le revenu moyen des familles urbaines reprsentait, en 1978, 4,6 fois celui des familles rurales. Au Sierra Leone, le revenu urbain moyen tait 4,1 fois suprieur au revenu rural, et au Mexique, le revenu urbain par habitant tait 2,6 fois suprieur au revenu rural. Les carts de revenu entre les zones rurales et urbaines restent considrables mme si l'on tient compte des diffrences du cot de la vie.

En rsum, les donnes nationales masquent d'importantes disparits. Les indicateurs de base du dveloppement humain des zones rurales sont systmatiquement infrieurs ceux des zones urbaines. Cela est d en partie au fait que l'accs aux services sociaux y est moindre et en partie au fait que les revenus y sont plus bas. De plus, les chiffres ruraux et urbains cachent les immenses disparits qui peuvent exister l'intrieur de chaque zone. Celles-ci sont une raison majeure pour restructurer les dpenses sociales des gouvernements.


DIAGRAMME 2.14

Alphabtisation des femmes et croissance dmographique

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DIAGRAMME 2.15

Alphabtisation ; disparits hommes/femmes

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Disparits hommes-femmes

Pour la plupart des socits, les femmes ont moins de valeur que les hommes. Petites filles, elles ont moins accs lducation et parfois la nourriture et aux services de sant. Adultes, elles reoivent une ducation et une formation moindres, travaillent un plus grand nombre d'heures pour un revenu infrieur, et ont peu ou n'ont pas de droits la proprit.



ENCADRE 2.3

Les femmes comptent mais ne sont pas comptes

Une grande part du travail que les femmes accomplissent n'apparat pas dans la comptabilit ni dans les statistiques nationales, bien qu'il ait une valeur productive et sociale vidente. Elle est invisible parce que les femmes dploient essentiellement leurs activits dans la petite agriculture, le secteur informel, et au sein du mnage domaines pour lesquels les donnes sont notoirement insuffisantes.

Mais ce n'est pas la seule raison. Le travail des femmes en particulier les activits mnagres, telles que prparer les repas, porter l'eau, ramasser du combustible, cultiver des denres de subsistance, et s'occuper des enfants n'est gnralement pas rmunr et n'est donc pas pris en compte. Par exemple, la contribution des villageoises npalaises au revenu financier des mnages est de 22 %. Or, si l'on tient compte de la production de subsistance non commercialise, elle atteint 53 %. Selon les estimations, le travail mnager des femmes, s'il tait correctement valu, augmenterait d'un tiers la production globale.

Mme quand le travail des femmes est rmunr, leur contribution est souvent sous-value. Dans le secteur de l'emploi formel, les femmes touchent des salaires nettement infrieure ceux des hommes dans tous les pays pour lesquels des donnes sont disponibles.

Dans le secteur informel, qui emploie la majorit des femmes, la rmunration des femmes n'atteint parfois que le tiers (Malaisie) ou la moiti (Amrique latine) de celle des hommes.

Si les femmes sont invisibles dans les statistiques, est-ce parce que l'on accorde peu de valeur leur travail ? Apparemment oui.

Dans les pays en dveloppement, les femmes ont assum une large part du fardeau de l'ajustement des annes 80. Pour compenser la perte de revenu familial, elles ont accru la production destine l'autoconsommation, travaill de plus longues heures, dormi moins et souvent mang moins ; ces cots substantiels de l'ajustement structurel ne sont gnralement pas pris en considration.

Il est fondamental d'accorder une valeur accrue au travail des femmes : si celui-ci tait vraiment pris en considration, il ferait apparatre que les femmes comptent dans le dveloppement. Des donnes plus spcifiques par sexe sont indispensables. Il faut repenser les statistiques nationales, et en particulier les enqutes sur le secteur agricole.



De 1960 1980, les femmes et les hommes ont bnfici de l'amlioration de la condition humaine. Les femmes ont mme obtenu de meilleurs rsultats dans certains domaines. Toutefois, les ingalits restent importantes. Pendant la crise conomique des annes 80, les femmes ont pay un tribut nettement plus lourd l'ajustement structurel, et les ingalits dues au sexe se sont nouveau accrues. Les donnes nationales cachent gnralement la vritable tendue des ingalits entre les femmes et les hommes (encadr 2.3).

La discrimination lgard des femmes commence ds leur plus jeune ge. Dans beaucoup de pays en dveloppement, le taux de mortalit des fillettes de 1 4 ans est plus lev que celui des garons, une situation en contraste frappant avec celle des pays industrialiss, o le taux de mortalit des garons est de plus de 20 % suprieur celui des filles. Dans 30 pays en dveloppement, le taux de mortalit des filles est suprieur ou gal celui des garons, ce qui rvle qu'une discrimination socioculturelle est exerce l'encontre des femmes.

La discrimination revt plusieurs formes. Parfois, les fillettes ne bnficient pas des mmes soins de sant et ne reoivent pas la mme alimentation que les jeunes garons. Au Bangladesh, 14 % des fillettes souffrent de malnutrition, contre 5 % des garons. Les familles du Pendjab rural indien dpensent deux fois plus d'argent pour soigner leurs nourrissons mles.

Le manque de soins dont sont victimes les femmes se traduit aussi par des taux de mortalit au cours de l'accouchement excessivement levs, imputables au fait que les personnels de sant n'assistent qu moins de la moiti des naissances. Pendant la priode de 1980 1984, les taux de mortalit maternelle taient de 1 000 ou plus (pour 100 000 naissances) dans quelques pays, et de 400 1 000 dans 14 autres pays. Dans les pays dvelopps, les taux de mortalit maternelle sont rarement suprieurs 20 et sont gnralement infrieurs 10. Le taux de mortalit maternelle, symbole du manque de soins dont sont victimes les femmes du Tiers Monde, est l'indicateur qui fait apparatre lcart Nord-Sud le plus grand en matire de dveloppement humain.

Lducation renforce les ingalits. Dans 16 pays en dveloppement, le taux d'inscription des filles lcole primaire reprsente moins des deux tiers de celui des garons. Dans 17 pays, le taux d'inscription des filles lcole secondaire est plus de moiti infrieur celui des garons. Dans l'ensemble du monde en dveloppement, le taux d'alphabtisation des femmes est de 25 % infrieur celui des hommes. Lcart s'est lgrement resserr au cours des trois dernires dcennies, mais beaucoup reste faire.

Le dividende social de l'alphabtisation des femmes est gnralement trs lev. Une alphabtisation accrue des femmes s'accompagne d'une baisse du taux de mortalit infantile, d'une nutrition familiale amliore, d'une rduction de la fertilit et d'une diminution de la croissance dmographique. Au Bangladesh, la mortalit infantile tait cinq fois plus leve parmi les enfants de mres illettres que parmi ceux dont la mre avait t scolarise pendant sept ans ou plus.

Les femmes plus instruites ont aussi des familles moins nombreuses. Les Colombiennes ayant le niveau dducation le plus lev avaient, en moyenne, quatre enfants de moins que les femmes qui n'avaient pas poursuivi leurs tudes au-del du primaire. Dans le domaine de lducation, la persistance des ingalits entre les hommes et les femmes est socialement et conomiquement trs coteuse pour le monde en dveloppement.

La dure du travail des femmes est gnralement de 25 % suprieure celle des hommes : jusqu 15 heures de plus par semaine dans l'Inde rurale, et 12 heures dans le Npal rural. Mais leur rmunration totale est moindre parce que leurs salaires sont plus bas et qu'elles travaillent essentiellement dans l'agriculture et le secteur informel urbain, o les traitements sont gnralement infrieurs ceux des autres secteurs de lconomie. En Tanzanie urbaine, 50 % des femmes qui travaillent sont employes dans le secteur informel ; elles sont 33 % en Indonsie urbaine et 33 % au Prou.

La persistance des carts hommes-femmes en matire de dveloppement humain pose un dfi aux pays en dveloppement : celui d'acclrer leur dveloppement conomique et social dans les annes 90 en investissant davantage dans les femmes.

Pour contrler les progrs accomplis dans llimination des disparits nationales en matire de dveloppement humain, il semble opportun dtablir des IDH spcifiques par groupe et par rgion. La note technique 4, qui explique comment construire un IDH spcifique par sexe, montre quel point de tels indices pourraient tre rvlateurs. Ceux-ci pourraient tre tablis pour contrler d'autres disparits prsentant un intrt particulier l'intrieur d'un pays donn, par exemple les disparits entre groupes ethniques, entre rgions gographiques urbaines et rurales, ou entre riches et pauvres.

Disparits entre riches et pauvres

Les carts de revenu et de dveloppement humain sont troitement lis dans la plupart des pays en dveloppement, ce qui est naturel puisque le revenu est un dterminant essentiel de l'accs des individus aux services sociaux. Dans certains cas, cependant, les gouvernements ont modifi ce scnario en restructurant fondamentalement leurs budgets sociaux. Pour ce faire, ils ont orient les dpenses et aides sociales vers les segments les plus pauvres de la socit et rduit les montants verss aux groupes plus haut revenu et aux structures de pouvoir.

Deux questions revtent ici un intrt particulier. D'une part, quelles sont, sur le plan du dveloppement humain, les diffrences entre les divers groupes de revenu 1 D'autre part, qui bnficie des dpenses sociales des gouvernements dont il est dit dans de nombreux pays qu'elles visent corriger les iniquits rsultant des ingalits dans la rpartition primaire du revenu ?

Plusieurs tudes rvlent que l'accs des dshrits aux services sociaux et au dveloppement humain de base est trs ingal. Par exemple :

Au Brsil, l'esprance de vie en 1970 tait de 50 ans peine pour le groupe plus faible revenu et de 62 ans pour les individus ayant un revenu suprieur 400 dollars. Autrement dit, l'esprance de vie des dshrits brsiliens ntait pas plus leve que la moyenne en Inde, alors que le revenu moyen par habitant y tait huit fois plus lev.



Pour plus de 500 millions de femmes pauvres dans les zones rurales, peu de progrs ont t accomplis au cours des trente dernires annes



Au Mexique, l'esprance de vie d'un individu appartenant au dcile de revenu le plus bas tait de 53 ans au dbut des annes 80, soit 20 ans de moins que l'esprance de vie moyenne dans le dcile de revenu le plus haut.

En Colombie, les risques de dcs sont deux fois plus grands pour les nourrissons des familles dmunies que pour les nourrissons du dcile de revenu le plus lev.

Dans le Pendjab rural, la mortalit juvnile parmi la population ne possdant pas de terre est de 36 % suprieure celle des classes possdantes.

Dans un village du sud de l'Inde, le taux d'alphabtisation tait, en 1989, de 90 % pour les Brahmanes et de 10 % au bas de lchelle hirarchique des castes.

Au Zimbabwe, les enfants taient atteints de malnutrition grave quand le revenu familial moyen tait de 51 dollars, de malnutrition lgre quand il tait de 168 dollars. A 230 dollars et plus, il n'y avait plus de malnutrition.

Tous ces lments montrent combien il est ncessaire de vrifier qui sont les bnficiaires des dpenses d'un gouvernement afin de s'assurer que celui-ci rduit bien les ingalits.

Si l'Etat fournit gratuitement ou faible cot les biens et services essentiels au dveloppement humain comme au Sri Lanka dans les annes 60 et 70 il peut rduire les handicaps qui frappent les pauvres. Mais il arrive que beaucoup de pauvres n'aient pas accs aux services gratuits ou subventionns. Cela se produit comme en Egypte lorsque les denres alimentaires subventionnes et les services de sant ne sont disponibles que dans les zones urbaines. Il se peut aussi que l'information sur les services urbains soit plus accessible aux nantis et aux plus instruits, qui s'arrangent alors pour profiter au mieux de ces services.

En outre, les services gratuits ne le sont pas totalement. Pour atteindre les services de sant ou frquenter lcole, les gens doivent payer le prix du transport, et le temps pass utiliser les services a un cot de substitution. C'est pourquoi les familles trs pauvres s'abstiennent souvent d'envoyer leurs enfants lcole, en particulier au moment des rcoltes, quand la main-duvre agricole est le plus ncessaire.

Les recherches qui ont t faites sur la rpartition des avantages sociaux par groupe de revenu dans les pays en dveloppement sont insuffisantes. Il en ressort toutefois qu'une part importante des dpenses sociales est engage au titre de projets et de programmes qui profitent davantage aux riches qu'aux pauvres.

En Amrique latine, les dpenses hospitalires profitant essentiellement la population urbaine aise schelonnent entre 64 % du total des dpenses de sant du gouvernement central en Guyane et 100 % au Salvador.

Au dbut des annes 80, aux Philippines, les subventions annuelles verses aux hpitaux privs accueillant les familles revenu lev surpassaient les ressources attribues aux programmes de masse (y compris les programmes dradication du paludisme et de la schistosomiase) et aux soins de sant primaires.

Dans l'ensemble du monde en dveloppement, l'enseignement suprieur ne couvrait que 8 % environ de la classe dge potentiellement concerne mais absorbait 73 % du budget de lducation en 1973. Le cot par tudiant y tait vingt-quatre fois suprieur au cot par lve dans l'enseignement primaire.

Une conclusion majeure ressort de ce qui prcde : toutes les dpenses gouvernementales ne servent pas les intrts des dshrits. Il faut donc particulirement veiller structurer les dpenses sociales de manire qu'elles profitent aussi aux groupes dfavoriss. La raison dtre d'une intervention gouvernementale s'effondre si les dpenses sociales, loin de corriger la rpartition ingalitaire du revenu, l'aggrave une question que les chapitres 3 et 4 examinent en profondeur.

Si l'on considre les trois types de privation, il apparat que ce sont les femmes pauvres des zones rurales, dans les pays en dveloppement, qui vivent dans le plus grand dnuement. Beaucoup sont encore illettres. Leur revenu rel n'a pas augmente et a mme chut dans certaines parties du monde. Elles accouchent sans assistance mdicale, et les risques de dcs pendant l'accouchement sont levs. Elles et leurs enfants n'ont pratiquemment pas accs aux soins de sant.

Il y a entre 500 millions et 1 milliard de femmes pauvres dans les zones rurales. Pour elles, peu de progrs ont t accomplis au cours des trente dernires annes.

Rversibilit du dveloppement humain

Les progrs humains raliss pendant les annes 60 et 70 sont trs diffrents de ceux des annes 80.

A la fin des annes 70 et au dbut des annes 80, les postes courants de la balance des paiements de bon nombre de pays en dveloppement affichaient d'importants dficits. Le dficit combin des pays en dveloppement non producteurs de ptrole slevait 74 milliards de dollars en 1980. Contrairement ce qui stait produit pendant la majeure partie des annes 70, les banques refusrent d'accorder des prts pour financer les dficits. Le volume des prts a chut en raison de l'ampleur de la crise, qui a touch plus des deux tiers des pays d'Amrique latine et de l'Afrique subsaharienne, ainsi que plusieurs pays d'Asie.

Les conomies de la plupart des pays en dveloppement ont enregistr un net ralentissement pendant les annes 80, except en Asie. Gravement touchs par la crise, ils ont connu un dclin conomique quasi continu. Malgr des efforts d'ajustement draconiens, ils manifestaient encore d'importants dsquilibres la fin des annes 80.

Pendant les annes 80, le revenu par habitant a diminu dans 17 pays d'Amrique latine et des Carabes. Le revenu moyen par personne dans la rgion a chut de 7 % entre 1980 et 1988, et de 16 % si l'on tient compte de la dtrioration des termes de lchange et de la fuite des ressources. Les investissements nets par habitant ont diminu de 50 % entre 1980 et 1985.

En Afrique, le revenu par personne a chut de plus de 25 % pour l'ensemble de la rgion, et de 30 % si l'on tient compte de la dtrioration des termes de lchange. Le PIB a progress plus rapidement de 1985 1987 que de 1980 1984, mais cette progression a t plus faible que la croissance dmographique. Le revenu par personne a chut approximativement au mme rythme dans les pays qui avaient mis en uvre des programmes de rformes rigoureux que dans les pays sans programme ou dots de programmes moins approfondis. Les investissements ont t rduits de plus de 9 % par an, et la consommation par habitant a diminu de 1 % 2 % par an.



Dsquilibrer l'existence des populations pour quilibrer les budgets est une politique courte vue



En revanche, la majeure partie de l'Asie a t moins durement touche. De 1980 1986, le PIB par habitant a augment de 20 % en Asie du Sud et de 50 % en Asie du Sud-Est et de l'Est. Toutefois, la crise a gravement frapp certains pays, dont les Philippines.

Les lments prouvant les effets de ces changements conomiques sur la situation sociale sont fragmentaires car, en gnral, les donnes sociales ne sont pas recueillies rgulirement et intervalles courts, ou ne sont pas rapportes systmatiquement. De plus, certaines donnes sociales, telle l'esprance de vie, sont calcules en extrapolant des tendances passes, jusqu ce que de nouvelles donnes, fournies par un recensement de la population par exemple, tablissent une autre tendance. Rares sont donc les statistiques officielles qui tiennent compte des consquences de la crise conomique des annes 80 sur le dveloppement humain.


DIAGRAMME 2.16

Dette des pays en dveloppement

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Les donnes fragmentaires dont nous disposons rvlent que le dveloppement humain a t interrompu, sinon invers, dans bon nombre de pays en dveloppement. Les pays d'Afrique et d'Amrique latine ont t les plus touchs.

Pendant les annes 80, la malnutrition infantile a progress dans 7 pays d'Amrique latine et dans 6 pays d'Afrique. Dans deux tiers des pays d'Amrique latine pour lesquels des donnes sont disponibles, la rduction du taux de mortalit infantile a t freine ou annule comme elle l'a t aussi dans 12 pays d'Afrique sur 17. Bon nombre de mnages ont perdu de leur pouvoir d'achat et disposent d'un revenu nettement in suffisant pour couvrir leurs besoins alimentaires minimaux.



ENCADRE 2.4

Ajustement visage humain au Zimbabwe

Aprs son accession l'indpendance, en 1980, le Zimbabwe a lanc une srie de programmes dans les secteurs de la sant, de lducation et de la production, destins corriger certaines des ingalits raciales hrites du pass, et amliorer la situation des pauvres. Mais des dsquilibres sont apparus en partie sous l'effet de la crise extrieure qui ont contraint le gouvernement adopter des mesures d'ajustement.

Certaines mesures taient conformes l'orthodoxie : limitation de la croissance du crdit, maintien des hausses salariales en-dessous du taux de l'inflation, rduction des subventions, dvaluation de la monnaie et hausse des taux d'intrt. D'autres ltaient moins : limitation des dividendes redistribus, contrle des importations, et adoption d'une politique plus expansionniste que celtes gnralement approuves par le FMI.

Pendant la plus grande partie des annes 80, le Zimbabwe n'est pas parvenu conclure un accord avec le FMI et a poursuivi seul sa politique d'ajustement. La priode de l'ajustement a en outre concid avec une grave scheresse.

Le gouvernement a mis en place des mesures visant protger les groupes les plus vulnrables.

Les rformes du crdit et de la commercialisation des produits ont orient des ressources vers les agriculteurs faible revenu, pour lesquels la part des crdits accords par la Agriculture Finance Corporation est passe de 17 % en 1983, 35 % en 1986, et celle du mas et du coton commercialiss de 10 % 38 %.

Les dpenses engages au titre de la sant de base et de lducation primaire ont rapidement augment. Alors que la part des dpenses gouvernementales consacres la dfense et l'administration diminuait 44 % en 1980, 28 % en 1984 celle de lducation et de la sant passait de 22 % 27 %. Dans le budget de lducation, la part consacre lducation primaire passait de 38 % 58 % pendant la mme priode, ce qui constitue un doublement des dpenses relles par habitant au titre de lducation primaire. Une proportion croissante du budget en hausse de la sant a t consacre aux soins de sant prventifs.

Des programmes d'alimentation spciaux ont t mis en uvre et associs un programme de lutte contre les effets de la scheresse et un programme d'alimentation d'appoint au profit des enfants sous-aliments. Au plus fort de la scheresse, des rations supplmentaires ont t distribues plus de 250 000 enfants.

Grce ces efforts, les cots conomiques de l'ajustement ne sont pas devenus des cots humains. Le taux de mortalit infantile a continu de baisser, le taux d'inscription lcole primaire a augment un rythme acclr, et l'incidence de la malnutrition n'a pas progress malgr la scheresse.



En 1984, au Ghana, les hauts fonctionnaires eux-mmes ne pouvaient se permettre que les deux tiers de la ration nutritionnelle minimale la moins coteuse. Un mnage comptant deux salaris recevant le salaire minimum pouvait se permettre moins de 10 % de cette ration.

En 1984, en Ouganda, une famille urbaine de taille moyenne devait disposer de 4,5 fois le salaire minimum pour satisfaire ses besoins alimentaires minimaux.

Au milieu des annes 80, Dar es Salaam, 58 % des femmes dans les foyers faible revenu ont indiqu qu'elles avaient d passer de trois deux repas par jour ; 61 % avaient rduit leur consommation d'aliments riches en protines.

En 1986, la Jamaque, une famille de quatre personnes devait disposer de deux ou trois fois le salaire minimum pour avoir accs une nutrition minimale acceptable.

Dans bien des cas, une inflation galopante, l'augmentation des prix alimentaires, la stagnation du secteur formel de l'emploi et la rduction des subventions gouvernementales se sont combines pour pousser la baisse les revenus des mnages. Si les tendances de la dcennie prcdente avaient t maintenues, 4 millions d'emplois nouveaux auraient t crs en Amrique latine de 1980 1985. De plus, le taux de chmage a progress de plus de 6 % par an. Pendant cette mme priode, le taux de chmage a augment de 10 % par an en Afrique.

Selon les estimations de l'OIT, la crise a tout particulirement frapp les salaris, dont les salaires rels ont considrablement diminu. En Afrique et en Amrique latine, les salaires ont parfois diminu de 30 50 %. Pendant la premire moiti des annes 80, les salaires rels ont t rduits de 50 % au Prou et en Bolivie, de 30 % au Mexique et au Guatemala, et de 25 % au Venezuela. La part du revenu du travail dans le PNB de la rgion a chut de 25 % entre 1980 et 1987. En Afrique aussi, les salaires rels ont diminu plus rapidement que le revenu par personne pendant la premire moiti des annes 80.

L'augmentation acclre des prix alimentaires a aggrav les effets de la chute des revenus rels. Dans beaucoup de pays, les prix alimentaires ont augment plus rapidement que les autres prix en raison de la rduction des subventions alimentaires, de la hausse des prix la production, de la suppression du contrle des prix et de la dvaluation des monnaies. De 1980 1985, les subventions alimentaires ont t rduites dans chacun des 10 pays examins en dtail. Le renchrissement des prix alimentaires a surpass celui du cot de la vie dans cinq pays sur six faisant l'objet d'une tude de cas de l'UNICEF. Dans plus de la moiti des pays auxquels la Banque mondiale a accord des prts au titre de l'ajustement structurel, la disponibilit alimentaire par habitant en pourcentage des besoins a diminu entre 1980 et 1987.

Dans l'ensemble, la baisse des dpenses sociales des gouvernements a mis un frein au dveloppement humain. La rduction des dpenses sociales n'a pas t proportionnellement plus importante que celle des dpenses globales, mais les dpenses gouvernementales relles par personne ont diminu, parfois significativement, dans deux tiers des pays d'Afrique et d'Amrique latine. Les dpenses sociales relles par habitant ont chut de 44 % Madagascar (1980-1984), de 48 % au Sngal (1980-1985) et de 62 % en Somalie (1980-1986). En Zambie, la valeur relle du budget pharmaceutique ne reprsentait plus en 1986 que le quart de celle de 1983, et 10 % seulement de ce budget ont t dpenss en raison de la pnurie de devises. En Bolivie, tes dpenses de sant par personne du gouvernement central reprsentaient, en 1984, moins de 30 % de celles de 1980.

La dtrioration de la situation sociale est loin dtre homogne. Certains pays ont protg les groupes les plus vulnrables. Le Zimbabwe, le Botswana, le Costa Rica, le Chili et la Rpublique de Core ont poursuivi des politiques d'ajustement tout en prservant la condition humaine. Mais ce sont l des pays qui ont toujours obtenu de bons rsultats en matire de dveloppement humain (encadr 2.4). De plus, beaucoup sont dots de structures adquates de planification et de gestion du dveloppement national.

Les pays ont adopt des mthodes diverses pour protger les groupes vulnrables pendant les ajustements des annes 80.

Certains ont vit les politiques macro-conomiques excessivement dflationnistes et ont donc russi maintenir l'emploi et les revenus. La rpublique de Core et le Zimbabwe ont adopt des politiques d'ajustement moins dflationnistes que celles des autres pays.

Certains ont lanc des programmes de dveloppement de l'emploi pour maintenir les revenus des foyers conomiquement faibles. Le Chili a entrepris de vastes programmes de travaux publics qui, pendant un temps, ont employ 13 % de la main-duvre. Le Zimbabwe a allou un volume substantiel de crdits aux petits exploitants.

Certains ont apport un soutien nutritionnel spcial aux plus dmunis. Au Botswana et au Chili, ltat de sant des nourrissons et des enfants a t soigneusement contrl, et une aide alimentaire ou autre a t fournie en cas de besoin.

Certains ont maintenu le volume des dpenses relles engages dans les services sociaux prioritaires. Le Zimbabwe a considrablement accru ses dpenses au titre de lducation primaire et des soins de sant primaires, en rduisant le volume des dpenses lies la dfense nationale. Bon nombre de pays ont apport un soutien des mesures faible cot et hautement prioritaires malgr une baisse gnrale des dpenses et ont accru la couverture de la vaccination.

La caractristique commune ces pays est qu'ils ont minutieusement et systmatiquement contrl les variables humaines et conomiques. Des statistiques fiables et jour sur la ralit des faits se sont rvles essentielles pour la mise en uvre d'actions appropries et opportunes.

Bien que bon nombre de pays aient maintenu leur niveau de dveloppement humain en rorientant des ressources vers des secteurs prioritaires leurs taux de mortalit infantile et juvnile ont continu de diminuer il est vident qu'une persistance du dclin conomique entraverait leurs efforts. Malgr ses problmes conomiques, la Jamaque a continu de favoriser le dveloppement humain tout au long de annes 70, mais les programmes de stabilisation des annes 80 ont considrablement rduit les dpenses sociales et il apparat que lvolution de certains indicateurs humains a t interrompue, voire inverse.



Si la crise de la dette et des changes ne prend pas fin, les immenses progrs humains accomplis ce jour seront perdus.



Une reprise de la croissance conomique est donc essentielle une progression des revenus, de l'emploi et des dpenses gouvernementales indispensables pour favoriser le dveloppement humain dans le long terme. Si la crise de la dette et des changes ne prend pas fin dans la majeure partie de l'Afrique et de l'Amrique latine, ce qui a t accompli ce jour sera perdu.

Rgression du dveloppement humain

Le dveloppement humain est fragile. Les ralentissements conomiques et leurs consquences baisse du revenu, flchissement de l'emploi, chute des salaires et coupes claires dans les dpenses sociales peuvent rapidement anantir les progrs accomplis.

Cette fragilit n'est pas limite aux pays en dveloppement ou aux rcessions conomiques. Aux Etats-Unis, le nombre des sans-abri a vertigineusement augment ces dernires annes. Au Royaume-Uni, les ingalits de revenu initial, disponible ou final se sont accrues pendant les annes 80, provoquant une aggravation de la pauvret.

Il se peut que les reculs enregistrs en matire de dveloppement humain soient imputables la politique de dveloppement engage, car le dveloppement n'est pas unidirectionnel. Les progrs technologiques ont donn un fantastique lan la production et ont facilit la vie de l'homme bien des gards. Mais ils ont aussi apport la pollution industrielle. La densit croissante du rseau des transports a augment la mobilit gographique des individus et amlior l'accs aux possibilits de dveloppement. Elle a aussi provoqu la dtrioration de l'environnement.

Le fait est que le dveloppement a certains effets bnfiques et d'autres indsirables. Les individus doivent pouvoir oprer des choix en connaissance de cause. Le plaisir de fumer compense-t-il les risques de cancer du poumon ? La vitesse sur les autoroutes vaut-elle les dcs et les invalidits qu'elle provoque chaque anne ? La hausse de la production agricole due l'emploi des engrais chimiques doit-elle se faire au prix de la pollution des ressources en eau ? Il est difficile de rpondre ces questions.

Dans de nombreux pays, de plus en plus de vies sont dtruites par la monte de la criminalit, de la toxicomanie, la pollution de l'environnement, la dislocation des familles et l'agitation politique. Et aujourd'hui, la vie est soumise une nouvelle menace majeure le syndrome d'immuno-dficience acquise (SIDA).

Dveloppement et criminalit

Un lien complexe existe entre la criminalit et le dveloppement. Lvolution socio-conomique rapide qui, souvent, a des consquences dramatiques sur le mode de vie des individus, entrane l'effondrement des valeurs et des normes traditionnelles et accrot les ingalits conomiques et sociales ; elle peut provoquer une hausse de la criminalit. La criminalit, elle, peut aggraver les dsquilibres sociaux en dtruisant des vies humaines et en favorisant la toxicomanie. Pis encore, elle rend les gens vulnrables et anxieux, et ce faisant, leur enlve leur dignit et leur optimisme.

Le dveloppement se traduit par une multiplication des atteintes la proprit. Il est plus difficile dtablir un lien entre le dveloppement et les autres types de dlits, mais il est notoire que la proportion des homicides et des agressions est plus leve dans les pays en dveloppement que dans les pays dvelopps qui, eux, affichent un taux plus lev de vols et d'escroqueries.

Entre 1960 et 1980, la frquence des dlits de rue a plus que doubl dans 9 pays d'Europe occidentale. De 1975 1980, la criminalit lie la drogue a plus que dcupl dans le monde, avec des taux variant de 5 % 400 % par an suivant les pays.

Apparemment, le crime paie. Les malfaiteurs, techniquement plus expriments, sont mieux organiss et disposent souvent de rseaux internationaux. Le banditisme rapporte des milliards de dollars, des sommes qui dpassent le PNB de nombreux pays. Mais la criminalit a aussi un cot, la raction la monte de la dlinquance se traduisant souvent par un renforcement des forces de police, aussi bien dans les pays dvelopps que dans les pays en dveloppement, et dtournant ainsi des ressources qui auraient pu tre consacres au dveloppement.

Le trafic de drogue

La consommation de drogues illicites menace la sant et le bien-tre de millions d'individus dans les pays dvelopps et en dveloppement. La production et la commercialisation de la drogue ont peut-tre mme des consquences encore plus graves. Les normes bnfices illgaux qui sont raliss dans les pays producteurs et consommateurs criminalisent la socit, corrompent les autorits de police, engendrent la violence politique et provoquent des conflits arms entre les pays.

Plus de 2 millions de personnes sont directement employes dans la production et le commerce de la drogue, qui apportent une immense contribution aux conomies des pays producteurs. En Amrique latine, les rendements par hectare de culture de plantes narcotiques sont 10 20 fois suprieurs ceux des cultures licites. Et pourtant, les producteurs ne touchent qu'une fraction du prix de revente, qui est souvent jusqu 120 fois suprieur celui de la production.

Il est impossible de quantifier la toxicomanie et le trafic de la drogue, mais on sait qu'ils sont en progression rapide. Entre 1980 et 1985, le volume de la cocane saisie a quadrupl ; celui de l'hrone a septupl. Selon les estimations de l'OMS, il y avait 48 millions d'usagers rguliers de drogues illicites dans le monde en 1987 dont 30 millions de consommateurs de cannabis, 1,6 million de consommateurs de feuilles de coca, 1,7 million d'opiomanes, et 0,7 million d'hronomanes. La valeur du trafic de la drogue dpasse celle du commerce mondial du ptrole, et n'est surpasse que par celle du trafic d'armes.

La productivit des toxicomanes est d'un tiers infrieure celle des non drogus ; ils sont trois fois plus exposs aux risques d'accidents sur le lieu de travail et leur taux d'absentisme est deux fois plus lev. La consommation de drogues pendant la grossesse entrane une augmentation des risques d'avortement spontan, de forte mortalit infantile, ainsi que d'insuffisance pondrale la naissance et des retard mentaux chez les enfants qui survivent. De plus, les bbs de toxicomanes sont souvent eux-mmes dpendants. Enfin, la drogue prise par injection intraveineuse favorise la propagation du SIDA.



Le revenu du commerce de la drogue est suprieur celui du ptrole et n'est infrieur qu celui des armes



L'abus des drogues est de plus en plus coteux pour les toxicomanes et leurs familles, les gouvernements, qui engagent des dpenses considrables au titre des programmes de prvention, de radaptation, de soins mdicaux et de lutte contre la drogue, et enfin pour la socit, qui subit une perte de productivit et une aggravation de la violence. En 1988, les Etats-Unis ont consacr 2,5 milliards de dollars la lutte contre la production et le trafic de drogue. Toutefois, la baisse du prix des stupfiants donne penser que ces efforts sont loin dtre efficaces.

Les intrts des producteurs et des trafiquants et la forte demande des consommateurs ont fait chouer toutes les tentatives de lutte contre la toxicomanie. Le combat, dont le cot est immense, doit donc tre poursuivi.

Dtrioration de l'environnement

Les individus devraient pouvoir vivre dans un environnement sr offrant une eau et un air purs, et une alimentation saine et dpourvu des graves menaces pour la sant que sont les dchets industriels et autres atteintes au milieu. Les dangers environnementaux, dj considrables, ont augment au cours des dernires dcennies. On se rfre ici en particulier ticulier aux risques pour la sant lis au rchauffement de la terre, aux atteintes la couche d'ozone mince de trois millimtres, aux pollutions industrielles et aux catastrophes cologiques.


TABLEAU 2.5

Saisies de drogues dans le monde, 1980 et 1985

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La pollution industrielle anantit de nombreuses possibilits pour les tres humains



Certains des accidents technologiques majeurs des annes 80 sont voqus cidessous :

La fuite de gaz dans une fabrique de pesticides de Bhopal, qui a fait 2 500 morts et plus de 200 000 blesss et aveugles.

L'explosion de rservoirs de gaz liquide Mexico, qui a fait 1 000 morts et des milliers de sans-abri.

La rupture du racteur nuclaire de Tchernobyl, qui a rpandu un nuage radioactif sur l'Europe et a considrablement accru les risques futurs de cancer.

L'incendie d'entrepts en Suisse qui a dcharg des produits chimiques, des solvants et du mercure dans le Rhin, tuant des millions de poissons et menaant les rserves d'eau potable en Allemagne et aux Pays-Bas.

Les 75 000 dcharges industrielles actives aux Etats-Unis, pour la plupart non doubles, qui contaminent les eaux souterraines.

Cette pollution industrielle acclre l'extinction des espces et anantit peut-tre de nombreuses possibilits, en particulier dans le domaine mdical.

Au moins 93 % des forts de Madagascar ont t dtruites, et prs de la moiti des essences originelles (environ 200 000) ont t limines.

La quasi-totalit des forts de l'ouest de l'Equateur a t dtruite depuis 1960, pour faire place des bananeraies. Jusqu 25 000 espces ont t limines au cours de 25 dernires annes.

Tout aussi graves, bien que moins visibles, sont les cancers, les maladies respiratoires et les maladies diarrhiques dus la pollution.

Sur les plus de 3 000 grandes villes de l'Inde, 209 seulement sont en partie dotes de rseaux d'assainissement et huit sont quipes d'un systme complet dvacuation des eaux uses. Plus de 100 villes dversent des dchets non traits et des produits chimiques dans le Gange. A Calcutta, trois personnes sur cinq souffrent de maladies respiratoires dues la pollution de l'air.

Dans les villes chinoises, la proportion des dcs par cancer du poumon est quatre sept fois suprieure la moyenne nationale. On peut attribuer de nombreux dcs la pollution de l'air provoque par les fours charbon.

Le taux de pollution la priphrie de Kuala Lumpur, en Malaisie, est deux ou trois fois suprieur celui des grandes villes aux Etats-Unis.

Au Japon, la pollution de l'air rduit parfois de 30 % la production de certaines cultures de bl et de riz.

Environ 10 000 personnes meurent chaque anne dans les pays en dveloppement d'empoisonnement par les pesticides ; 400 000 sont gravement atteintes.

Les maladies diarrhiques provoques par de mauvaises conditions d'assainissement et la consommation d'eau non potable tuent chaque anne 4 millions d'enfants environ dans le monde en dveloppement.

Nanmoins, quelques progrs ont t accomplis. Les pays dvelopps ont sensiblement renforc leur rglementation en matire de pollution. La pollution de l'air est en diminution dans la plupart des villes du monde industrialis. Des mesures ont t prises sur le plan international en ce qui concerne les chlorofluorocarbones. De plus en plus, on prend conscience de l'importance de l'environnement et des limitations du march pour en assurer la protection.

Dans le Tiers Monde, en revanche, ces progrs ont souvent t annuls sous la pression des populations, de la pauvret et de l'urbanisation. C'est dans les pays en dveloppement que la progression de l'emploi de matires polluantes est la plus forte, parce que rares sont ceux qui ont la capacit d'installer, d'utiliser et de maintenir des techniques qui ne portent pas atteinte l'environnement.

En termes absolus, la pollution industrielle est considrablement plus grande dans le Nord que dans le Sud. Par exemple, 29 % des chlorofluorocarbones mis dans l'atmosphre proviennent des Etats-Unis, 41 % de l'Australie, du Canada, de Nouvelle-Zlande, du Japon et d'Europe occidentale, 14 % d'Europe de l'Est, et seulement 16 % des pays en dveloppement. Les pluies acides touchent tout particulirement l'Europe centrale et prs de la moiti des forts d'Allemagne de l'Ouest sont dj atteintes.

Selon l'OMS, le cot des mesures ncessaires pour remdier la dtrioration de l'environnement et liminer les risques graves pour la sant publique est plus lev que celui de la prvention.

Rfugis et personnes dplaces

Une part importante du potentiel humain se perd inutilement du fait de la migration force des individus sont contraints abandonner leurs foyers et leurs biens en raison de troubles politiques, de conflits militaires ou de luttes ethniques. Ainsi, la fin des annes 80, il y avait 12 14 millions de rfugis dans le monde.

Le monde a toujours connu des mouvements de population en masse. Prs de 15 millions de personnes, dont des Allemands, des Hongrois, des Polonais, des Tchques et des Russes, se sont dplacs pendant et juste aprs de la Deuxime Guerre mondiale. La partition du sous-continent indien, en 1947, a dracin plus de 14 millions d'individus. Plus d'un million de Palestiniens sont dplacs. Les guerres et les crises qui agitent priodiquement l'Afrique ont dplac des millions de personnes le Nigeria, par exemple, a expuls un million de personnes en 1983.

Le problme des rfugis s'est considrablement aggrav pendant les annes 80. En 1988, on comptait quelque 14 millions de personnes dplaces, contre huit millions au dbut de la dcennie. Le conflit en Afghanistan a dplac cinq millions de personnes, soit le tiers de la population du pays. Quelque 300 000 Somaliens ont fui pour l'Ethiopie. Les Turcs de Bulgarie et les boat people vietnamiens sont d'autres groupes de rfugis de plus en plus nombreux. En Amrique centrale, 160 000 Salvadoriens sont disperss travers l'Amrique latine (120 000 au Mexique), de nombreux Guatmaltques se sont rfugis au Mexique, et beaucoup de Nicaraguayens ont fui pour le Honduras, le Mexique et les Etats-Unis.

Aux rfugis internationaux, s'ajoutent les millions de personnes qui sont dplaces l'intrieur de leur propre pays : 10 millions en Afrique en 1988, dont 2,7 millions en Ouganda, 2 millions au Soudan et 1,1 million au Mozambique.

Enfin, les rfugis de l'environnement sont aujourd'hui aussi nombreux que les rfugis politiques : 12 14 millions de personnes ont abandonn leurs foyers en raison de la dtrioration des ressources naturelles et de ses consquences : scheresse, inondations, rosion des sols, perte de productivit, absence de rcoltes, et menaces de famine et de mort.


DIAGRAMME 2.17

Rfugis par rgion

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Modification de la structure des mnages

Dans bien des parties du monde la famille largie traditionnelle a cd la place la famille nuclaire deux parents et leurs enfants. Le recul de la famille largie a t associ une rupture du filet de scurit sociale, qui protgeait ses membres. Beaucoup de pays, en dveloppement notamment, ne se sont pas encore dots de systmes de substitution (garderies, assurance maladie et chmage, et autres services sociaux). La transition s'est rvle difficile, surtout pour les enfants, les personnes ges et les handicaps.

Aujourd'hui, la famille nuclaire se brise dans de nombreux pays, o elle est remplace par les mnages d'une seule personne et les mnages monoparentaux. Au Royaume-Uni, les familles nuclaires composes de deux parents et de leurs enfants ne reprsentaient que le quart des mnages en 1988. Aux Etats-Unis, la proportion des couples avec enfants est passe de 44 % en 1960, 29 % en 1980. Dans le mme temps, la proportion des mnages d'une seule personne a augment de 13 % 23 %, et celles des mnages monoparentaux de 4 % 8 %. Si la tendance se poursuit, en l'an 2000, seulement trois jeunes familles amricaines sur cinq seront diriges par un couple mari. Les tendances sont similaires dans les autres pays dvelopps. En outre, l'incidence du divorce est importante dans le Nord, et semble progresser dans le Sud.


TABlEAU 2.6

Modification dans la taille des mnages dans quelques pays industrialiss

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Ce sont les femmes dmunies, dans le Nord et le Sud, qui sont les premires victimes de cette situation. Les femmes, souvent moins qualifies que les hommes, occupent gnralement des emplois moins rmunrs et ont une mobilit sociale ascendante moindre, ce qui les rend moins mme d'assurer un niveau de vie convenable leur famille. Le nombre croissant des mnages dont le chef est une femme a conduit une fminisation de la pauvret.



ENCADRE 2.5

Lpidmie de Sida

Lpidmie de SIDA est une grave menace pour tous les pays, mais touche plus particulirement les pays en dveloppement, qui manquent de services de sant prventive et de services de soutien social, et o lpidmie est importante. Elle alourdit le poids de la dette, de la pauvret, de l'analphabtisme, de l'ajustement structurel et des autres maladies.

Les pays en dveloppement les plus touchs se concentrent en Afrique centrale, orientale et australe, et dans les Carabes, y compris la Guyane franaise, les Bermudes, les Bahamas, Hati, et Trinit-et-Tobago. Les taux d'infection sont levs aussi dans certains sous-groupes au Brsil, au Mexique et en Thalande.

A ses dbuts, lpidmie avait dj induit une forte hausse des taux de morbidit et de mortalit maternelle, infantile et des adultes dans les pays affects. Elle est associe une recrudescence des maladies endmiques dans les pays en dveloppement, en particulier, la tuberculose. Dans bon nombre de ces pays, les budgets nationaux de la sant sont insuffisants, et les systmes de soins sont prdominance urbaine et orients sur la mdecine curative.

Un trait caractristique de lpidmie est que, contrairement la famine, la scheresse et la pauvret qui, le plus souvent, font des victimes parmi les trs jeunes et les trs gs, le SIDA frappe tout particulirement les membres productifs de la socit et menace la sant de lconomie.

Les coefficients de dpendance sont en augmentation, et avec un revenu par habitant en baisse, il y aura plus d'assists nourrir avec moins de ressources. Selon les estimations d'une tude, plus de 10 % des enfants de 10 pays africains o le SIDA est trs rpandu avaient perdu au moins leur mre la fin de cette dcennie.

A mesure que lpidmie se propagera, les services sociaux et d'assurance mdicale limits des gouvernements ou du secteur priv seront restreints en raison de leur cot. Les secteurs cls de lconomie, y compris les industries minires, les transports, la dfense et les finances, pourraient perdre un grand nombre de leurs agents qualifis. Les envois de fonds de ltranger, le tourisme et les investissements trangers pourraient tre touchs. Les taux de propagation de la maladie dans les zones rurales sont en hausse et devraient rduire la production alimentaire et agricole.



Maladies tropicales et SIDA

Dans le monde en dveloppement, un trs grand nombre d'individus souffrent, ou sont menacs, de maladies tropicales dbilitantes ou mortelles.

Le paludisme est endmique dans 102 pays et menace plus de la moiti de la population mondiale. Cent millions d'infections paludennes et un million de morts sont enregistrs chaque anne.

L'onchocercose frappe prs de 18 millions de personnes et menace environ 80 millions d'individus. Dans beaucoup de villages affects, 30 % 50 % des adultes sont atteints de ccit. Les victimes de la maladie sont particulirement nombreuses en Afrique de l'Ouest et dans certaines parties d'Amrique latine et du Moyen-Orient.

La schistosomiase est endmique dans 76 pays ; 600 millions de personnes sont menaces et 200 millions en sont infectes.

Plus de 90 millions de personnes sont atteintes de filariose, et 900 millions sont menaces.

Ces dernires annes, l'utilisation de l'ivermectine a constitu une perce majeure dans la lutte contre l'onchocercose. Le nombre des cas de paludisme, en revanche, n'a pratiquement pas diminu au cours des quinze dernires annes. Il se peut mme que la situation se soit aggrave, car les cas de maladies tropicales ne sont souvent pas signals.

Les maladies tropicales ont de graves consquences sociales. Dans un village infest par le ver de Guine, par exemple, la productivit agricole a chut de 30 %. Les enfants sont souvent particulirement vulnrables. En Afrique subsaharienne le paludisme a tu plus de 100 000 enfants de moins d'un an et prs de 600 000 enfants de un quatre ans. Et mme quand les enfants survivent, leur croissance et leurs capacits d'apprentissage sont souvent rduites.

Les travailleurs migrants sont eux aussi particuliremenr menacs. Les agents de sant ont constat une forte incidence du paludisme dans les nouvelles zones d'installation de la population mobile et diverse de l'Amazonie.

Un effort dcisif doit donc tre engag pour faire avancer la recherche sur la prvention et la lutte contre les maladies tropicales et pour mettre des mdicaments la disposition de toutes les personnes menaces.

Ce n'est qu la fin des annes 70 que le SIDA est apparu comme une menace effrayante pour l'humanit. Cinq 10 millions de personnes seraient infectes travers le monde, bien que 133 000 cas seulement aient t signals l'OMS la fin de 1988. Sur les cas signals, environ 68 % ont t recenss en Amrique, du Nord principalement, 14 % en Europe, 17 % en Afrique et 1 % en Asie et Ocanie. Mais ces chiffres sont fortement sous-valus. Les chiffres rels sont sans doute trs suprieurs, notamment dans les pays en dveloppement.

Le SIDA frappe surtout les 20 40 ans, qui sont les membres les plus productifs de la population active. Dans certaines villes d'Afrique, le taux d'infection de ce groupe dge atteindrait 25 %.

Il est probable que le SIDA annulera une part importante des progrs raliss en matire de rduction des taux de mortalit infantile et juvnile et d'accroissement de l'esprance de vie. Les estimations rvlent que si 5 % des femmes enceintes d'un pays type d'Afrique sont infectes, le taux de mortalit infantile augmentera de 13 pour 1 000, soit une progression plus forte que le taux de mortalit qui prvaut actuellement dans la plupart des pays dvelopps.

Le cot de la prise en charge des malades du SIDA est un immense fardeau pour les budgets de sant. Aux Etats-Unis, les dpenses publiques consacres la recherche et lducation sur le SIDA ont atteint 900 millions de dollars en 1988 ; le cot des soins a vari de 50 000 150 000 dollars par malade. De telles dpenses absorberaient rapidement la totalit des budgets de sant des pays en dveloppement. Bien que les cots de la prise en charge soient moindres dans les pays en dveloppement, la maladie exerce dj dnormes pressions sur les budgets et dtourne les ressources d'autres priorits. Cette tendance ne peut qu'empirer avec la propagation de la maladie.

En rsum : le progrs humain n'est pas systmatique et un revenu plus lev n'est pas une garantie de vie meilleure. Les problmes du renversement ou de la rgression du dveloppement humain se posent aussi bien aux pays en dveloppement que dvelopps. Ils mettent aussi en relief la ncessit de faire du progrs humain une proccupation et une priorit politiques permanentes. Mme dans les pays dvelopps, le dveloppement ne peut perdre de vue son objectif premier : l'amlioration de la vie de l'homme.

CHAPITRE 3

image  Croissance conomique et dveloppement humain

La croissance conomique est essentielle au dveloppement humain, mais pour exploiter pleinement les possibilits d'amlioration des conditions de vie qu'elle offre il faut convenablement les grer. Certains pays en voie de dveloppement ont trs bien su le faire, d'autres moins. Il n'existe aucun lien automatique entre croissance conomique et progrs humain. L'un des problmes-cls d'une bonne politique, en ce domaine, est la dtermination des processus exacts qui font que la croissance se traduit (ou non) par un dveloppement humain, dans diffrentes conditions de dveloppement conomique.

Typologie des expriences selon les pays

Les expriences de dveloppement humain conduites dans divers pays au cours des trois dernires dcennies dbouchent sur trois grandes catgories de rsultats. Dans la premire figurent les pays ayant russi ce dveloppement, soit trs rapidement, soit plus graduellement. Dans la deuxime, les pays dont les premires russites se sont nettement essouffles voire, dans certains cas, transformes en checs. Dans la troisime, les pays ayant connu une bonne croissance conomique qui ne s'est pas traduite en termes de dveloppement humain. De ces expriences se dgage la typologie suivante :

Dveloppement humain russi et durable, comme au Botswana, au Costa Rica, en Rpublique de Core, en Malaisie et au Sri Lanka.

Dveloppement humain contrari, comme au Chili, en Chine, en Colombie, la Jamaque, au Kenya et au Zimbabwe.

Occasions de dveloppement humain manques, comme au Brsil, au Nigria et au Pakistan.

L'analyse cas par cas de ces pays dbouche sur plusieurs conclusions importantes. Premirement, une croissance accompagne d'une rpartition quitable des revenus apparat comme le moyen le plus efficace de russir durablement le dveloppement humain. La Rpublique de Core constitue un exemple frappant de dveloppement dans lquit. Deuximement, les pays peuvent amliorer notablement tout ce qui contribue au dveloppement humain sur de longues priodes mme en l'absence d'une bonne croissance ou d'une bonne rpartition par le biais d'un programme de dpenses sociales bien structur, mis en uvre par les gouvernements (Botswana, Malaisie et Sri Lanka). Troisimement, un programme gouvernemental de dpenses sociales bien structur peut aussi se traduire par des amliorations assez spectaculaires sur des priodes relativement courtes. Cela est vrai non seulement pour les pays qui partent d'un faible niveau de dveloppement humain, mais aussi pour ceux qui ont dj atteint un certain degr de ce dveloppement (Chili, Costa Rica). Quatrimement, pour maintenir le dveloppement humain pendant les priodes de rcession ou lors des catastrophes naturelles, on peut avoir recours des interventions cibles (Botswana, Chili, Zimbabwe et Rpublique de Core en 1979-1980). Cinquimement, la croissance est long terme llment cl pour un progrs constant du dveloppement humain qui, sinon, peut tourner lchec (Chili, Colombie, Jamaque, Kenya et Zimbabwe). Siximement, en dpit de priodes de croissance rapide du PNB, le dveloppement humain peut ne connatre aucune amlioration sensible si la rpartition des revenus est mauvaise et si le niveau des dpenses sociales est faible (Nigria, Pakistan) ou si ces dpenses sont confisques par les mieux lotis (Brsil).

Enfin, si certains pays enregistrent des progrs considrables dans diffrents aspects du dveloppement humain (notamment dans lducation, la sant et la nutrition), cela ne doit pas pour autant tre interprt comme un vaste progrs humain dans tous les domaines, en particulier si l'on considre la question des liberts dmocratiques.

La principale conclusion pratique est que la croissance conomique exige une politique de gestion efficace si on veut qu'elle enrichisse le dveloppement humain. De mme, pour qu'un dveloppement humain soit durable, il doit tre continuellement nourri par la croissance conomique. Trop mettre l'accent soit sur la croissance conomique, soit sur le dveloppement humain conduit des dsquilibres de dveloppement qui, en fin de compte, empcheront tout nouveau progrs.

Politiques de dveloppement humain

De nombreux facteurs influent sur les niveaux et les changements dans le dveloppement humain ; il s'agit aussi bien de certains aspects de la macro-conomie (lesquels sont leur tour affects par les volutions de lconomie internationale) que de micro-facteurs jouant au niveau des foyers individuels. Il faut galement prendre en compte au moins un ensemble de variables au niveau intermdiaire (mso) : le niveau et la structure des dpenses et des programmes gouvernementaux dans les secteurs sociaux. Les mso-politiques couvrent toute la gamme des politiques fiscales, y compris celles qui affectent directement la rpartition des revenus ; l'analyse, ici, s'en tient cependant aux seules dpenses sociales. Elle pourrait tre largie considrablement grce de nouvelles recherches, en particulier sur les liens entre le niveau et la structure des dpenses gouvernementales et la rpartition du revenu. Les principaux facteurs macro conomiques du dveloppement humain, dterminant ensemble les niveaux et les changements des revenus par foyer, sont les niveaux initiaux et le taux de croissance des revenus per capita et les niveaux initiaux et les tendances dans la rpartition du revenu.

Les principaux outils du gouvernement pour agir directement sur le dveloppement humain sont :

Les mesures mso-politiques gnrales : dispositions portant sur la distribution des biens et des services publics sans discrimination entre les diffrents groupes sociaux et les rgions, comme les systmes universels de subsides alimentaires, les programmes universels dducation primaire ou les programmes d'immunisation lchelle d'un pays.

Les mesures mso-politiques cibles : dispositions portant sur la distribution des biens et services publics destins tous les membres de groupes-cibles donns, comme les programmes de bons alimentaires pour les groupes bas revenus du Sri Lanka, ou un programme d'alimentation complmentaire pour tous les enfants qui souffrent de malnutrition dans un pays.



Il n'existe aucun lien automatique entre croissance conomique et progrs humain



Les mesures mso-politiques s'attachent traiter les questions de sant, dducation, d'eau potable et d'autres services sociaux fournis d'ordinaire par l'Etat et peuvent se mesurer par les parts de dpenses budgtaires de l'Etat en fonction du PNB ou du PIB. Le niveau des mesures mso-politiques sera rput faible si les dpenses de l'Etat dans le secteur social sont infrieures 6 % du PIB, modr si elles se situent entre 6 % et 10 % et lev si elles dpassent 10 %. On peut logiquement supposer que les dpenses publiques per capita dans le secteur social sont fonction du PIB moyen per capita. Les pays riches peuvent donc avoir des dpenses per capita plus leves dans l'absolu, mme si le niveau de leurs mso-interventions, tel que dfini ici, est plus bas. Des revenus plus levs peuvent donc avoir un impact positif sur le dveloppement humain non seulement par effet direct, mais aussi en procurant des ressources plus vastes, dans l'absolu, pour l'Etat.

Au sein des budgets sociaux, il est galement souhaitable de distinguer diffrents types de dpenses, selon chaque secteur, comme celles consacres l'enseignement primaire ou suprieur, la mdecine prventive ou curative. De telles distinctions dcrivent la structure des dpenses dans un secteur social donn, et donnent plus de dtails que les allocations budgtaires par secteur social. On peut aussi distinguer entre les dpenses de fonctionnement et d'investissement.



Les dpenses sociales, destines aux pauvres, doivent compenser les ingalits de revenus



La documentation disponible nous apporte des preuves tout fait concluantes du rapport troit entre les niveaux de succs en dveloppement humain et l'importance relative donne aux diffrents types de dpense dans les secteurs sociaux. Par exemple, des dpenses en matire d'enseignement primaire et de. mdecine prventive ont tendance se traduire par de plus subs- tantielles amliorations en dveloppement humain que des dpenses en enseignement suprieur ou en soins mdicaux curatifs, du moins si l'on part de faibles niveaux de dveloppement humain.

Les mesures mso-politiques peuvent tre plus ou moins bien conues et leur impact dpend de leur contexte. Les politiques gouvernementales en matire d'enseignement primaire et secondaire universels ont un caractre gnral, mais l'enseignement primaire sera plus important dans le cadre d'un projet de mesures mso-politiques bien structur, l o le taux de scolarisation primaire est encore faible.

Il existe de mme des diffrences entre les interventions cibles. Si les bnfices en reviennent des groupes ne les justifiant pas ou n'atteignent pas ceux qui en auraient le plus besoin, ces interventions ont t mal conues. Lquilibre entre interventions cibles et interventions gnrales compte aussi. Les interventions cibles peuvent ne convenir que dans des circonstances particulires telles que rcessions temporaires ou crises extrmes, ou seulement dans des pays disposant de la capacit administrative de grer efficacement le ciblage. Ce sont donc les circonstances qui doivent dfinir l'importance et la dure des interventions cibles, afin de protger ou d'amliorer le dveloppement humain.

Les mesures mso-politiques deviennent primordiales lorsque les revenus primaires des individus, en particulier ceux des plus pauvres, ne suffisent pas leur donner accs aux biens et aux services indispensables pour leur assurer un niveau de dveloppement humain dcent. Ces ressources primaires sont les revenus dont les foyers disposent par les mcanismes normaux de lconomie. Ils sont souvent insuffisants dans les pays o les revenus sont bas, d'une manire gnrale : mme si la rpartition des revenus est bonne, peu de gens disposent des revenus primaires suffisants pour leur assurer un dveloppement humain acceptable. Les revenus primaires peuvent aussi tre insuffisants l o les revenus suprieurs sont mal rparties : les revenus de certaines personnes peuvent leur assurer un niveau de vie de pays dvelopp, alors que pour beaucoup d'autres, ils ne leur permettent mme pas de couvrir leurs besoins essentiels.

Il est ncessaire d'adopter des mesures mso-politiques bien structures pour compenser les faibles ressources primaires d'importants secteurs de la population. L o les revenus sont faibles, d'une manire gnrale, mais o leur rpartition est bonne, des mesures mso-politiques gnrales bien structures devraient suffire. Dans les pays niveau de ressources suprieur et forte croissance, mais o la rpartition est fausse, des interventions cibles en faveur des secteurs les plus pauvres de la population pourront tre mises en place pour complter les mesures mso-politiques gnrales. A long terme, toutefois des politiques gnrales bien structures accompagnes de changements dans le processus de croissance ont toutes les chances d'avoir les meilleurs rsultats.

Les modles de dveloppement humain dcrits ici sont lis aux diffrences entre les rles relatifs des macro- etmso-dterminants et aux diffrences entre les rles relatifs des mesures msopolitiques spcifiques. Ces diffrences deviendront plus claires dans la discussion qui suit, sur les expriences par pays depuis 1960.

Instruments de mesure de rsultats

Toute valuation du dveloppement humain devrait tre idalement compose d'un ensemble de mesures, comme l'indicateur de dveloppement humain (IDH) prsent au chapitre 1. Mais si l'IDH nous donne un tableau prcis un moment prcis dans le temps, il ne permet pas encore une analyse des tendances plus long terme. Nous pourrions aussi partir d'indicateurs pris sparment comme l'esprance de vie la naissance, le taux de mortalit des enfants en-dessous de cinq ans, l'alphabtisation des hommes et des femmes et l'alimentation, en particulier des enfants. Mais de bonnes sries chelonnes dans le temps sont rares pour beaucoup de ces indicateurs.

Une troisime possibilit celle choisie ici consiste slectionner un indicateur disposant de donnes chelonnes suffisamment compltes et qui soit en corrlation troite avec d'autres indicateurs de dveloppement humain. La mortalit infantile en-dessous de cinq ans rpond ces deux exigences. La preuve empirique a t largement faite que la rduction du taux de mortalit des moins de cinq ans reflte en gnral une amlioration de l'alimentation en particulier celle des femmes enceintes, des bbs et des enfants ainsi que de lducation, notamment en ce qui concerne l'alphabtisation des femmes. Les estimations de l'esprance de vie, leur tour, sont fortement influences par les taux de mortalit infantile des moins de cinq ans, en particulier dans les pays en dveloppement.

Les tendances long terme dans le taux de mortalit des moins de cinq ans constituent donc un bon indicateur du dveloppement humain. Mais ces taux ne nous parlent que d'un seul aspect du dveloppement humain : la formation des capacits humaines. Ils ne disent rien de l'usage qui est fait de ces capacits.

Dveloppement humain russi et durable

Les pays qui connaissent des progrs durables en matire de dveloppement humain avaient des conditions initiales trs diffrentes, en 1960, et ont parfois emprunt des chemins trs diffrents galement pour prenniser leur russite.

La Rpublique de Core

C'est dans le cadre d'une croissance rapide et quitable que la Core du Sud a connu un dveloppement humain russi. Pour la plupart des Corens, les revenus primaires ont augment suffisamment pour permettre une amlioration des conditions de vie sans interventions significatives de l'Etat. Les dpenses du secteur social, en termes de pourcentage du PIB, sont restes relativement faibles.


TABlEAU 3.1

Mortalit infantile et autres indicateurs de base en dveloppement humain

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DIAGRAMME 3.1

Dveloppement humain russi et durable : volution par pays

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Taux de mortalit infantile

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Dpenses publiques dans les secteurs sociaux, en % du PIB

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Si la gestion conomique de la Core et la croissance et la rpartition qui en ont rsult sont, sans aucun doute, suprieures celles de la plupart des pays en dveloppement, les rsultats de ce pays n'ont pas t continuellement bons. Par exemple, la rpartition des revenus s'est dgrade au cours des annes 70, en partie parce que les ouvriers qualifis des industries lourdes et chimiques (domaines dont la croissance avait t favorise pendant cette priode) gagnaient beaucoup plus que les ouvriers non qualifis. En outre, la disparit de revenus entre zones urbaines et zones rurales, dj significative au dpart, n'a fait que s'aggraver dans ces annes-l.

La principale raison tient l'accent mis sur le facteur urbain dans la stratgie de dveloppement du pays, avec en particulier une concentration des ressources dans la capitale, Soul. Ce parti pris signifiait qu'en dpit d'une croissance remarquable, la rpartition des revenus, si elle tait meilleure que dans la plupart des pays de dveloppement, laissait encore beaucoup dsirer. Trop de Corens restaient vulnrables la moindre interruption mme temporaire, du flux des ressources primaires.

Ces interruptions se produisirent la fin de 1979 et en 1980, lorsque le pays, pour la premire fois depuis vingt ans, connut une croissance ngative. Dclenche par une onde de choc extrieure, la rcession fut aggrave par la mauvaise rcolte de 1980 et l'instabilit politique qui suivit l'assassinat du prsident Park, en octobre 1979. Par ailleurs, depuis le milieu des annes 70, le gouvernement, pouss par la facilit avec laquelle il obtenait des crdits trangers, avait adopt une gestion conomique moins rigoureuse et stait embarqu dans un ambitieux programme d'investissements dans les industries lourdes et chimiques. Ce programme assura le maintien des taux de croissance remarquablement levs des annes 60 et du dbut des annes 70, mais il gonfla galement le dficit budg taire, creusa les carts commerciaux et augmenta la dette extrieure. Les chocs venus de l'extrieur la fin des annes 70 furent donc plus douloureux que s'ils staient produits dans le cadre de la stratgie de croissance plus prudente et plus matrise des annes prcdentes.

La raction du gouvernement, au niveau de sa gestion de lconomie et dans la faon dont il a protg les groupes les plus vulnrables pendant et aprs la rcession constitue une utile leon politique pour le dveloppement humain. Il s'est tout d'abord lanc dans un programme global de stabilisation, de libralisation et d'ajustements structurels. Il a ensuite mis en oeuvre de nouveaux programmes sociaux et intensifi ceux qui existaient dj.

Le dficit de l'Etat fut svrement rduit, lmission de monnaie restreinte, et l'inflation jugule. On procda de nombreuses rformes macro-conomiques sur les marchs internes et externes, dans une conomie revenue progressivement des contrles plus complets, dans les annes 70, aprs les importantes rformes des annes 60.

Dans le domaine des dpenses sociales, la couverture de la population par l'assurance-sant fut porte de 10 % en 1978, un an aprs sa cration, jusqu presque un tiers en 1981 et presque 50 % en 1985. En outre, on instaura en 1979 un programme d'assistance mdicale pour les groupes aux revenus les plus faibles. Les membres des familles pauvres (en fonction de leurs revenus et de leur capacit travailler) eurent droit aux soins mdicaux gratuits ou subventionns, en particulier dans les domaines de la mdecine prinatale et infantile.

En outre, on renfora temporairement les programmes de travaux publics pendant la rcession pour procurer du travail aux pauvres durant les priodes de crise. Rien qu'en 1980, on estime que ces programmes ont procur 9,4 millions de jours d'emploi. Des transferts directs de revenus furent prvus pour les personnes incapables de travailler et de profiter de ces offres d'emploi, du fait de leur ge ou de leurs infirmits. Qui plus est, le Programme de protection du niveau de vie, cr en 1961, fut tendu et environ 2 millions de personnes, en 1981, bnficirent de dons de crales ou d'argent pour couvrir les frais de carburant ou tes dpenses scolaires. Consquence de ces efficaces mso-interventions, les niveaux de dveloppement humain continurent de progresser, mme durant les difficiles annes 1980 et 1981, bien qu un taux temporairement plus lent. En attendant, les changements majeurs introduits dans les programmes macro-conomiques rtablirent rapidement la stabilit des prix. Alors que les annes 80 n'ont pas t faciles, lconomie corenne s'est montre extrmement performante tout en amliorant le dveloppement humain de ses citoyens.

La grande leon de cette exprience est que les pays dont la croissance est impressionnante mais dont la rpartition des ressources l'est moins peuvent avoir recours des mso-interventions bien structures, cibles, en particulier pendant de courtes priodes o la croissance se ralentit. Une deuxime leon, est que si l'on veut viter une dgradation durable des conditions de vie, il faut procder des ajustements macro-conomiques pour compenser la perte de croissance.



Si l'on veut viter une dgradation durable des conditions de vie, il faut procder des ajustements macro-conomiques pour compenser la perte de la croissance



La Malaisie

L'exprience malaise montre que la croissance seule ne garantit pas le dveloppement humain, mais galement que le dveloppement humain reste possible mme dans des conditions de rpartition nettement ingalitaire des revenus, pourvu que soient prises d'efficaces mesures mso-politiques.

En 1960, la Malaisie tait un pays revenu moyen, au dveloppement humain modr, avec une rpartition raisonnable des revenus qui s'est par la suite dtriore. Les conditions d'existence, malgr tout, s'y amlioraient rgulirement ; le taux de mortalit infantile est tomb de 106 en 1960 32 en 1988. D'autres indicateurs confirment aussi l'amlioration rgulire et constante des conditions de vie.

La Malaisie a connu une bonne croissance aprs 1960, moins spectaculaire cependant que celle de la Core du Sud. Le PIB per capita a progress d'environ 3 % par an durant les annes 60, et jusqu 5 % par an au cours des annes 70. Mme au cours des difficiles annes 80, la Malaisie a conserv une croissance per capita de 2 % par an, mais les fruits de cette croissance taient mal redistribus. Le coefficient de Gini a augment rgulirement entre la fin des annes 50 et le milieu des annes 70, passant de 0,42 en 1958 0,50 en 1970 et 0,53 en 1976. Une amlioration s'est produite depuis, mais la rpartition des revenus reste trs ingalitaire : en 1984, le coefficient de Gini tait encore de 0,48.

L'amlioration rgulire du dveloppement humain en Malaisie doit beaucoup un ensemble de mesures msopolitiques bien structures. Dans le secteur social, les dpenses publiques tournaient autour de 8 % du PIB entre 1973 et 1981. Leur niveau n'est pas aussi lev qu'au Sri Lanka, qui a des revenus plus bas et une croissance infrieure, sans tre aussi bas que celui de la Core du Sud, qui a des revenus suprieurs et une croissance plus forte. Les mesures msopolitiques malaises ont t conues pour bnficier tous les secteurs de la socit, l'accent tant mis particulirement sur les zones rurales, o vivent les personnes les plus pauvres. Une tude dtaille des dpenses publiques de la Malaisie a montr que cet objectif tait en passe dtre atteint. Les dpenses de l'Etat central per capita pour lducation, la sant, l'agriculture et les retraites taient plus leves dans les zones rurales au dbut des annes 70.



ENCADRE 3.1

Lutte contre la scheresse au Botswana

Un rseau de surveillance souple, dcentralis, touchant plusieurs secteurs, aide le Botswana a ragir rapidement lorsque la scheresse affecte les villages ou les pasteurs nomades.

Ce systme, mis au point la suite de la scheresse de 1982, est coiff par un comit interministriel disposant du pouvoir d'acheminer rapidement des ressources vers les zones frappes. Les informations que reoit ce comit sont constamment tenues jour par un comic technique d'alerte prcoce qui surveille les chutes de pluie, le niveau des rserves alimentaires, les conditions agricoles et le niveau nutricionnel des enfants, avant de faire des recommandations district par district.

Ce comit technique est aid sur le terrain par le Systme national de surveillance alimentaire, qui recueille tous les mois les informations sur ltat nutritionnel des enfants de moins de cinq ans contrls par les dispensaires. Il reoit galement les rapports hebdomadaires de pluviosit de 250 points d'observation, et les rapports mensuels des conditions agricoles de ses 120 antennes de district. Le comit technique procde des tournes rgulires dvaluation de la scheresse pour vrifier et complter les renseignements de ce rseau.

En temps voulu, les informations d'origine locale se traduisent en mesures politiques prises au niveau le plus haut pour permettre une raction rapide. Lorsque les centres de sant signalrent en 1984 une chute de poids chez les enfants, le comit interministriel fit rapidement distribuer une aide alimentaire pour tous les moins de cinq ans du pays. D'autres rapports de malnutrition, au cours de l'anne suivante, conduisirent rtablir la distribution de rations grande scheresse.



La rpartition des revenus primaires s'est amliore de manire significative, si l'on tient compte de effets des impts et des dpenses. La proportion des revenus secondaires (revenus primaires plus l'incidence des activits budgtaires) par rapport aux revenus primaires diminue rgulirement mesure que les revenus slvent. Pour les 10 % de revenus les plus bas, le rapport revenus primaires/revenus secondaires tait de 1,5 : autrement dit, ce groupe recevait 50 % de revenus supplmentaires grce aux initiatives de l'Etat. Chacun des quatre dciles infrieurs, les 40 % du bas de lchelle, tait dans un rapport d'au moins 1,20, tandis que pour les revenus des plus hauts dciles, il tombait 0,93.

L'exprience malaise nous montre donc que des amliorations rgulires du dveloppement humain sont possibles mme dans un contexte de bonne croissance double d'une mauvaise rpartition du revenu, si les bnfices des mesures mso-politiques sont quitablement distribus.

Le Botswana

Ce pays a galement transfr les bnfices de la croissance vers le dveloppement humain grce des mesures mso-politiques bien structures. Le Botswana est parti d'une situation de faibles revenus, de dveloppement humain mdiocre et de rpartition ingalitaire des revenus. Or son dveloppement humain est l'un des meilleurs d'Afrique, et en particulier de l'Afrique subsaharienne. Son taux de mortalit infantile est tomb de 174 en 1960 92 en 1988, ce qui est encore lev, certes, mais constitue une trs importante diminution ; ce taux soutient la comparaison avec d'autres pays ayant bien russi dans ce domaine au cours des trois dcennies passes. Ce succs apparat galement dans les remarquables progrs de l'alphabtisation. De plus, le Botswana a russi, contrairement la plupart des pays africains, protger les groupes vulnrables durant les circonstances extrieures difficiles des annes 80.

Un facteur important de l'amlioration rgulire et soutenue des conditions de vie est le taux de croissance exceptionnellement lev enregistr depuis l'indpendance. Le PIB per capita s'est accru spectaculairement d'environ 10 % par an entre 1965 et 1980, et d'environ 8 % par an entre 1980 et 1987, priode pendant laquelle la plupart des pays africains ont souffert d'un taux de croissance ngatif. Cette croissance leve fonde pour l'essentiel sur l'exploitation minire, en particulier sur la rapide croissance de la production et de l'exportation de diamants s'est poursuivie au cours des annes 80 en dpit de la scheresse (l'agriculture compte pour moins de 10 % dans le PIB). Mais tant donn que 80 % de la population est rurale et relativement pauvre, cette scheresse a pes sur les revenus agricoles et a rduit les disponibilits en denres alimentaires.

On ne dispose pas de chiffres sur la rpartition des revenus au Botswana, mais moins qu'elle ait t initialement extrmement injuste, le fort taux de croissance a vraisemblablement t accompagn d'une certaine croissance des revenus, mme dans les fractions les plus pauvres de la population, au moins avant la scheresse. Les macro-facteurs ont donc trs probablement contribu l'amlioration rgulire du dveloppement humain depuis l'indpendance.

Les informations sur les mesures mso-politiques, dont on ne dispose qu partir de 1973, indiquent un niveau augmentant modrment entre 1973 et 1977, et un niveau stable mais assez lev entre 1978 et 1986. Les dpenses publiques affectes aux secteurs sociaux sont passes de 4 % du PIB en 1973 environ 9 % en 1977 et sont pour la plupart restes entre 9 et 10 % ensuite.

Ainsi, autant on peut attribuer avant tout la croissance (accompagne d'une dose modre de mesures mso-politiques) l'amlioration du dveloppement humain jusqu la fin de annes 70, autant le succs du Botswana dans la consolidation de ses premiers acquis et dans la protection de groupes vulnrables au cours de la scheresse est essentiellement d un vaste ensemble de mesures mso-politiques, de mesures notamment cibles.

Le gouvernement a mis en uvre des mesures globales et substantielles de lutte contre les effets de la scheresse aprs 1982, dont deux furent particulirement importantes :

un programme de travaux publics sur des projets d'infrastructures, ayant touch un nombre de travailleurs estim 74 000 dans les annes 1985-1986, et remplac 37 % des revenus perdus cause des mauvaises rcoltes ;

des programmes de complments alimentaires lancs pour les enfants des coles primaires et pour les enfants de moins de cinq ans (pour tous dans les zones rurales, et pour la plupart de ceux qui souffraient de malnutrition dans les zones urbaines), mais aussi pour les femmes enceintes ou allaitantes et pour les tuberculeux. On estime 680 000 personnes le nombre de ses bnficiaires en 1985-1986, soit prs de 60 % de la population du Botswana.

Des fonds furent galement consacrs la rparation des systmes d'irrigation et aux transports d'urgence d'eau vers les rgions frappes par la scheresse. Des programmes d'assistance agricole et de redmarrage des cultures aidrent les petits agriculteurs dfricher des terres et acqurir des intrants, notamment des semences gratuites. Des programmes de remise en tat de llevage ont dispens des vaccins et des aides en aliments pour le btail, et fourni en outre une garantie sa commercialisation. La ponction budgtaire du programme antischeresse, qui toucha plus de 70 % de la population, fut d'environ 21 millions de dollars en 1985-1986, soit 2 % du PIB. Les dons venus de ltranger y contriburent pour un montant quivalent. Le cot total resta donc modr, montrant que d'autres pays pauvres pouvaient s'inspirer de ce programme. Le Botswana a galement conu un systme de surveillance de la nutrition et de dtection prcoce des carences pour permettre l'identification temps des problmes et des interventions appropries, systme qui pourrait aussi vraisemblablement tre repris dans d'autres pays.

La prosprit de l'industrie diamantaire et l'impulsion qu'elle a donne la croissance ont manifestement contribu aux ralisations du Botswana en matire de dveloppement humain. Mais il est clair que les mesures mso-politiques gnrales destines assurer les besoins de base dans les domaines de la sant et de lducation, compltes de mesures cibles pour rpondre des besoins spcifiques pendant la scheresse, ont galement jou un rle important, notamment dans la protection des groupes vulnrables.

Le Sri Lanka

On peut diviser l'exprience du Sri Lanka en deux priodes : 1960-1978, et aprs 1978. Une croissance modeste caractrise la premire, avec un PIB slevant d'environ 2,2 % par an entre 1960 et 1978 et d'environ 2,5 % entre 1970 et 1980. Mais la rpartition des revenus tait relativement bonne et le coefficient de Gini des revenus par famille est tomb d'environ 0,45 en 1965 0,35 en 1973. Aprs 1978, le PIB per capita a augment de plus de 3 %, mais la rpartition des revenus s'est dtriore. Les estimations du coefficient de Gini pour 1978 et 1982 sont comparables celles des annes 50 et du dbut de annes 60 au-dessus de 0,45.



ENCADRE 3.2

Les bons alimentaires manquent leur but au Sri Lanka

Au Sri Lanka, certaines personnes ne peuvent se procurer leur aliment de base, le ri:, en dpit du programme de bons alimentaires destin leur venir en aide. Cela tient principalement au manque de souplesse dans la conception de ce programme. Tout d'abord, le passage d'un programme gnral une stratgie cible, en 1979, avait pour but de faire bnficier de ces bons les groupes les plus ncessiteux en priorit. Mais, l'inflation fit doubler le prix des denres alimentaires entre 1979 et 1982, et divisa par deux le pouvoir d'achat des bons alimentaires. La quantit absolue de revenu rel transfr aux pauvres fut en fin de compte considrablement plus faible qu'auparavant.

Aprs mars 1980, la liste des bnficiaires des bons fut close. Cela revenait en priver tous les nouveau-ns et des familles qui subirent ainsi de srieuses pertes de revenus. Ce qui n'empchait pas de nombreux foyers revenus plus levs de continuer bnficier du plan sur la base de fausses dclarations fiscales.

Les effets ne tardrent pas se faire sentir. La consommation quotidienne nationale moyenne per capita resta apparemment la mme en 1981-1982 qu'en 1979 : un peu en-dessous de 2 300 calories. Mais la consommation per capita du dernier dcile tomba de 1 335 calories 1 181, et celle de l'avant-dernier dcile de 1 663 1 558.

En revanche, la consommation de calories des riches augmenta, essentiellement parce qu'ils s'appropriaient une plus grande part de la croissance acclre pour compenser les rductions en bons alimentaires.

La leon de cette exprience est que l'efficacit d'une mesure, en particulier dans un programme cibl, doit faire l'objet d'une surveillance continuelle. Cela est particulirement vrai pour les mesures mises en uvre dans un contexte de changements socio-conomiques rapides, de changements des prix la production ou la consommation, dvolution positive ou ngative de l'emploi et des salaires.



On peut donc dire que le Sri Lanka est pass d'un rgime de croissance modeste accompagne d'une bonne rpartition des revenus (avant 1978) un rgime de croissance plus forte, mais accompagne d'une moins bonne rpartition (aprs 1978). Dans l'ensemble, cependant, le niveau des revenus est rest relativement bas. Ce qui a signifi qu'en dpit d'une croissance modre et d'une bonne rpartition des revenus, l'amlioration du dveloppement humain ne pouvait tre ralise uniquement par des mesures macro-politiques, et que les interventions mso-politiques devaient tre significatives.

D'ailleurs, le Sri Lanka a une longue histoire d'interventions dans le secteur social, antrieure l'obtention de son indpendance. Ds 1945, le gouvernement tendait les soins mdicaux gratuits presque tout le pays et introduisait la gratuit pour tous jusqu'au niveau de l'universit.

Sa mso-intervention la plus connue reste cependant l'aide alimentaire presque gnrale, introduite en 1942. Ce systme s'est maintenu jusqu'en 1979, avec seulement quelques changements dans les critres d'attribution et les quantits alloues. Par exemple, la proportion du riz distribu par rapport au riz total consomm a excd 70 % une poque, pour revenir environ 50 % aprs 1966. En termes d'apport de calories, le riz distribu reprsentait environ 20 % en 1970. Le cot budgtaire de cette mesure reprsentait de 15 20 % des dpenses publiques totales dans les annes 70. Outre le systme d'aide alimentaire, des mesures interventionnistes dans les domaines de la sant et de lducation mises en place avant l'indpendance furent maintenues aprs. Tout cela se reflte dans les chiffres des dpenses publiques du secteur social, qui atteignaient environ 10 % du PIB entre 1973 et 1978.

En 1979, dans le cadre des changements macro-politiques, le programme d'aide alimentaire laissa la place un systme de bons alimentaires : seules les familles dont les revenus dclars taient infrieurs un certain niveau recevaient ces bons, utilisables pour l'achat de denres de base dans des magasins spcifiques. Ce changement avait pour principal objectif d'allger le fardeau financier de l'Etat. La part de l'aide alimentaire, dans les dpenses de l'Etat, tomba de 15 %, au milieu des annes 70 environ 3 % en 1984, et la part dans le PIB d'environ 5 % 1,3 %. Dans l'ensemble, les dpenses dans le secteur social passrent d'environ 10 % du PIB entre les annes 1973 et 1978 environ 7 % entre 1980 et 1985.

Cette relative rduction des dpenses dans le secteur social fut cependant tempre par une meilleure distribution des aides. En 1973, les groupes revenus moyens en bnficiaient le plus, mais en 1980, les aides per capita furent modules en fonction des revenus, et les 40 % les plus pauvres de la population tiraient plus de bnfice des dpenses gouvernementales que les autres groupes de revenus.

Le plus grand changement est intervenu dans la distribution des aides l'enseignement. La scolarisation des enfants de familles bas revenu dans les coles primaires s'amliora notablemment au cours de cette priode : une plus grande part des dpenses affectes aux coles primaires alla donc ces groupes. Qui plus est, l'effort pour rserver les bons alimentaires aux groupes faibles revenus russit augmenter la proportion des avantages pour les pauvres. Mais la faiblesse du nouveau programme semble cependant avoir conduit un dclin de certains aspects des conditions de vie, telle la consommation de calories des groupes les plus pauvres de la population (encadr 3.2).

L'exprience du Sri Lanka suggre que dans un pays faibles revenus mais bonne redistribution de ce revenu, des mso-interventions bien structures caractre gnral peuvent amliorer de manire significative le dveloppement humain. Ces stratgies se sont cependant rvles vulnrables aux changements politiques et conomiques. En principe, une volution vers des interventions cibles aurait d contribuer soutenir les amliorations en dveloppement humain, en dpit d'une dgradation de la rpartition du revenu. Mais dans la pratique, le remplacement des mesures mso-politique gnrales par des mesures cibles peut aggraver terme la situation de certains groupes plus vulnrables.

Une leon importante tirer de l'exprience du Sri Lanka est que promouvoir une croissance conomique plus forte aux dpens de la justice, sans filets sociaux de scurit efficaces pour protger le dveloppement humain, en particulier aprs une priode de progrs rguliers sur ce plan, peut porter atteinte aux liens invisibles entre un peuple et son gouvernement et conduire de considrables dsordres politiques et sociaux. La question, pour les gouvernements placs dans une situation similaire, est de savoir si, et dans quelle mesure, des transferts budgtaires sont ncessaires quand les marchs libres n'arrivent pas protger convenablement les pauvres.



Promouvoir une croissance conomique plus forte aux dpens de la justice, peut porter atteinte aux liens invisibles entre un peuple et son gouvernement



Le Costa Rica

Le dernier exemple de dveloppement humain russi et durable est d'autant plus intressant que les amliorations sur ce plan se sont produites en un laps de temps relativement court. Le Costa Rica est parti d'une situation de pays revenu moyen, rpartition assez modre, du moins pour l'Amrique latine, et niveau modr de dveloppement humain. Entre 1960 et 1987, la tendance en matire de mortalit infantile reflte des progrs comparables ceux de pays dvelopps, avec de notables amliorations au cours des annes 70. Le taux de mortalit infantile est tomb de 121 en 1960 22 en 1988, mais l'essentiel de cette rduction s'est produit entre 1970 et 1980, le taux passant de 76 en 1970 31 en 1980, soit une rduction de plus de 50 % sur dix ans.

La croissance, au cours des annes 60 et 70 a t assez bonne avec des revenus per capita augmentant de plus de 3 % par an, mais elle est devenue lgrement ngative dans les annes 80. Le coefficient de Gini a dclin entre 1961 et 1971, passant de 0,52 0,44, pour remonter 0,50 en 1977. Depuis, il a connu de nouveau un certain dclin, mais, mme son plus bas, en 1982, il tait toujours d'environ 0,43.

Dans le domaine des mesures msopolitiques, les dpenses du secteur social ont augment au Costa Rica. Le PIB progressait de manire impressionnante, de mme que la part des dpenses gouvernementales dans le PIB, qui passait de 18 % en 1973 environ 25 % en 1979. Si bien que mme si la part des secteurs sociaux dans les dpenses totales est reste stable, au niveau lev de plus de 50 %, la part dans le PIB est passe de 10 % en 1973 14 % en 1979.



Les dpenses sociales doivent tre restructures de faon en faire profiter le plus grand nombre possible



Les dpenses sociales taient galement bien structures. Au cours des annes 70, le Costa Rica a effectu des transformations majeures dans sa politique de sant, afin d'assurer une couverture complte des besoins de base dans ce domaine pour toute la population. Dans le cadre du premier plan national de sant, lanc en 1971, les ressources publiques de sant ont t augmentes et accompagnes d'efforts pour en amliorer l'efficacit. Ces programmes se partagaient en deux catgories.

Tout d'abord, la stratgie, en matire de soins de sant de base, visait tendre la couverture des services de prvention gnrale une population qui jusqu'ici n'en bnficiait pas, par le biais du programme de sant rurale (commenc en 1973) et du programme de sant communautaire (1976). En 1980, les services de distribution d'eau et les services sanitaires touchaient 60 % de la populaton, zones urbaines et rurales confondues. On lana des campagnes de vaccination contre la rougeole, la diphtrie, la coqueluche et le ttanos, accompagnes d'actions sanitaires (pour l'eau potable et le traitement des eaux uses) intensifies en zones rurales.

Par ailleurs, on procda une amlioration et un largissement des soins mdicaux, essentiellement par un transfert des hpitaux (souvent dmunis de ressources et n'offrant en gnral que des services mdiocres) du Ministre de la sant au systme de scurit sociale (CCSS). Le CCSS doubla le nombre des centres offrant des services d'hpital de jour et tripla le nombre d'heures/mdecin entre 1970 et 1980. Il y eut donc une importante restructuration des dpenses de sant : le nombre des hpitaux tomba de 51 37, mais le nombre des centres de consultation ambulatoires passa de 348 1 150. En outre, en 1980, 78 % de la population bnficiait d'une assurance mdicale. Tous ces programmes s'attachaient particulirement aux rgions ayant les plus bas niveaux de dveloppement humain. Il ne faut pas considrer isolment les ralisations des programmes de sant publique du Costa Rica. Le gouvernement, extrmement sensible aux besoins sociaux, les a soutenus sans rserve. Ils bnficirent galement du soutien de la croissance conomique et de la prosprit aprs 1964. Les efforts dducation se traduisirent aussi par d'importants rsultats. En 1980, 65 % des femmes pouvaient justifier d'avoir t au terme du cycle d'enseignement primaire contre 17 % en 1960, ce qui a contribu acclrer le dclin de la mortalit nonatale et infantile.

Le Costa Rica nous montre qu'en accordant une priorit absolue aux dpenses du secteur social, couple des mesures politiques gnrales, on peut amliorer spectaculairement les conditions de vie en dpit d'une croissance modre et d'une mauvaise rpartition des revenus.

Dveloppement humain contrari

Les pays qui figurent dans cette catgorie ont eu de bons rsultats en dveloppement humain, souvent mme des rsultats spectaculaires, mais ils n'ont pas pu les prenniser. Partant comme les prcdents, de conditions initiales diffrentes, ils n'ont pas progress au mme rythme, mais tous sont tombs dans la stagnation ou ont rgress.

La Chine

Pays faible revenu mais bonne rpartition, la Chine a considrablement amlior les conditions d'existence de ses citoyens par le biais de mso-interventions gnrales (et de quelques-unes cibles) de grande ampleur et bien structures, pendant une priode de croissance que l'on peut considrer comme modre, entre 1960 et 1978. Mais mme avec la bonne croissance qui suivit, les rductions dans l'application de mesures msopolitiques conduisirent une stagnation, voire, selon certains, une inversion de ces tendances. Qui plus est, la Chine souffre de ne pas proposer d'autres choix humains vitaux, y compris sur le plan des liberts politiques et conomiques.

Les ralisations de la Chine sont manifestes dans la baisse du taux de mortalit infantile, pass de 202 en 1960 98 en 1970, puis divis par plus que deux en 1988, o il est tomb 43. D'autres indicateurs donnent des rsultats convergents.

L'affirmation que ces progrs se sont maintenus au cours des annes 80, priode d'une croissance nettement acclre des revenus, fait l'objet d'une controverse. La spectaculaire diminution de la mortalit infantile jusqu'en 1980 semble stre ralentie au cours de la dcennie suivante, bien que son taux ait continu de dpasser celui des pays industrialiss.

Une tude rcente de la Banque mondiale laisse penser que les progrs dans l'amlioration de la sant en Chine stagnent depuis quelques annes. Des rapports font par exemple tat d'une recrudescence marque de la bilharziose dans certaines rgions de Chine. Bien que les lments d'infotmation dont on dispose ne soient pas dcisifs, il semble qu'il y ait eu un ralentissement considrable des ralisations de la Chine au cours de la fin des annes soixante-dix, voire une inversion dans certains secteurs, ces dernires annes.

Les vastes programmes alimentaires et d'alphabtisation pour contribuer assurer une alimentation convenable ont t importants en Chine, mais c'est l'instauration d'un systme de sant efficace qui a eu le plus d'impact sur l'amlioration des conditions de vie. Le systme de soins mdicaux chinois comporte des caractristiques intressantes, dont certaines sont de vritables innovations (encadr 3.3).

Il met fortement l'accent sur les services de prvention plutt que sur les soins.

Il mobilise les gens pour qu'ils participent des campagnes de traitements prventifs.

Il ne nglige aucune zone rurale, mme parmi les plus recules.

Il ponctionne dans une proportion relativement leve les ressources nationales.


DIAGRAMME 3.2

Dveloppement humain contrari

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Taux de mortalit infantile

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Dpenses publiques dans les secteurs sociaux, en % du PIB

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Les progrs de la Chine en matire de dveloppement humain peuvent aussi tre attribus aux gains socio-conomiques que constitue la satisfaction des besoins de base. La faon dont la Chine assure l'approvisionnement alimentaire de ses citoyens est diffrente de celle du Sri Lanka. Pendant des annes, la scurit alimentaire s'est fonde sur le systme communal ; les brigades de production donnaient des rations d'aliments de base leurs membres en change de travail. Les communes vendaient le grain ou payaient des taxes sur la production l'Etat. L'Etat pouvait donc garantir l'approvisionnement alimentaire aux communes qui, pour une raison ou une autre, se trouvaient court de denres et avaient besoin d'une aide en crales.



ENCADRE 3.3

Le systme de sant chinois

Peu aprs la rvolution, la Chine lana des campagnes pour amliorer ltat sanitaire en liminant les quatre flaux (rats, mouches, moustiques et punaises de lit), pour vacciner contre les maladies infectieuses et les soigner, et pour contrler les vecteurs de maladies endmiques comme la malaria et la schistosomiase.

Trois lments expliquent le succs de ces campagnes : la mobilisation des masses, l'action mene jusque dans les zones les plus recules, et la bonne prise en charge financire des soins mdicaux.

Mobilisation des masses. Les Chinois rsolurent le problme des rfractaires (qui peuvent rendre inefficaces des mesures de sant prventives) en rendant le gens responsables d'eux-mmes. D'aprs certaines estimations, le budget des mesures prventives aurait t de moins de 5 % des ressources consacres la sant. La mobilisation de masse de la main-duvre disponible, en particulier pendant les saisons de faibles travaux agricoles, a permis de ne pas trop peser sur le budget de sant d'une socit pauvre, tout en obtenant de rsultats spectaculaires.

Action jusque dans les zones rurales les plus recules. La dprofessionalisation des soins de sant, en instituant le systme des mdecins aux pieds nus, a permis l'extension des soins de base dans les rgions les plus recules. Des estimations rcentes montrent que si le taux des mdecins forms l'occidentale pour cent mille habitants en Chine est de deux fois et demie celui de l'Inde, le nombre des agents de sant exerant au niveau du village est de quatre fois et demie celui de l'Inde.

Bonne prise en charge financire des soins. Au dbut des annes 80, le financement provenait part peu prs gales de trois sources principales : dpenses prives (32 %), assurances des travailleurs (31 %) et budget de l'Etat (30 %), le reste tant financ par les brigades de production. Cette rpartition est remarquable par la part leve des dpenses prises en charge par les systmes d'assurance grce une importante couverture sociale. Celle-ci changea du tout au tout aprs les rformes du dbut des annes 80. En 1981, environ 70 % de la population bnficiait d'une assurance complte. Mais il y avait des diffrences considrables dans les dpenses de sant entre la ville et la campagne. Estimes environ 16 dollars par personne en ville, elles taient trois fois plus fortes en zone rurale. Les subventions de l'Etat pour la sant taient presque dix fois suprieures en zone urbaine : environ 13 dollars per capita contre 1,50 dollar per capita en zone rurale.



Des changements rcents, savoir l'adoption du systme de la responsabilit par foyer en 1979 et le dmantlement des communes en 1982, ont radicalement altr cette situation ; la production est maintenant libralise et davantage laisse l'initiative de communes, voire des individus.

Les rcentes rformes conomiques en Chine ont galement abouti un effondrement du systme coopratif rural d'assurance, par une suppression de la protection contre les risques financiers lis la maladie pour la majorit de la population rurale. Ces risques ne sont pas ngligeables, car le systme de sant chinois rcupre ainsi sur les assurances une portion leve de ses dpenses : les hpitaux, en rgle gnrale, recouvrent environ les trois quarts de leurs cots d'opration grce ce que paient les utilisateurs et la vente de mdicaments. Pour mieux comprendre le phnomne, on notera qu'une hospitalisation revient en moyenne 36 dollars en zone rurale, alors que le revenu rural annuel par habitant est infrieur 100 dollars par an dans beaucoup de rgions. Il en cote environ le double (75 dollars) pour les citadins, mais la plupart d'entre eux sont couverts par des assurances de sant obligatoires, subventionnes par l'Etat.

Le rseau des mdecins aux pieds nus a apparemment t lui aussi victime de ces rformes, ce qui se traduit par un dclin de La couverture sanitaire rurale, de graves problmes financiers pour les hpitaux de rgions et les cliniques rurales, et un retour de la mdecine prive.

Le nouveau systme familial de responsabilit de la Chine rintroduit le concept de stimulants conomiques pour la productivit des individus. Mais le rle accru des entreprises prives et coopratives, l'accroissement du travail la tche et ltablissement de zones d'entreprises libres, dans le cadre des rformes d'aprs 1978, n'ont abouti qu une dgradation de la rpartition des revenus parmi les familles et dans les rgions.

Bien que les vnements de 1989 puissent tre l'amorce d'un nouveau changement de cap, il y a peu, paysans et ouvriers taient encourags produire titre priv pour des bnfices privs. Les rformes d'aprs 1978 ont sans aucun doute encourag la production, comme le montre l'acclration de la croissance, mais elles semblent aussi avoir fait du tort, probablement de manire involontaire, aux variables qui contribuent directement ou indirectement au dveloppement humain en ralentissant les taux de progrs prcdents. Il n'y a aucune raison de ngliger le dveloppement social dans une priode d'acclration de la croissance conomique.

Le Chili

Le Chili a lui aussi vu s'essouffler ses spectaculaires progrs en dveloppement humain. Dans les annes 60, le Chili tait un pays revenu moyen, avec une rpartition modre des revenus et un niveau modr de dveloppement humain, et les progrs qui ont suivi l'ont conduit trs prs des niveaux des pays dvelopps.

Comme le Costa Rica, le Chili a considrablement rduit la mortalit infantile, qui est passe de 142 en 1960 26 en 1988, l'essentiel de cette rduction se produisant au cours des annes 1970. Mais contrairement au Costa Rica, qui appliqua une politique de soutien du dveloppement humain sur tous les fronts, le Chili s'est montr moins cohrent.

La consommation de calories per capita a lgrement dclin entre le milieu des annes 60 et le milieu des annes 1980, et une controverse existe sur les tendances des conditions gnrales de vie depuis le milieu des annes 1970. On a par exemple avanc que le taux de mortalit infantile avait dclin en dpit d'une dtrioration gnrale du niveau de vie que refltent la chute brutale des revenus, leur rpartition de plus en plus ingalitaire, l'augmentation de certaines maladies, la dtrioration des conditions de logement et le dclin des inscriptions scolaires en primaire. On a aussi avanc qu'il y avait moins de pauvret extrme, mme si la situation globale des pauvres ne stait pas amliore.

La croissance du Chili, modre dans les annes 1960, est devenue nulle dans les annes 1970 et ngative dans les annes 1980. Les dpenses totales du gouvernement sont passes de 35 % du PIB en 1973 30 % en 1980. Mais la part des secteurs sociaux dans ces dpenses totales, dj trs leve en 1973 (40 %), a augment rgulirement pour atteindre 50 % en 1979 et une moyenne de 60 % dans les annes 80. Ainsi, bien que les annes 70 aient t une priode de croissance mdiocre et de dpenses gouvernementales en dclin, les dpenses des secteurs sociaux ont connu une lgre augmentation jusqu'en 1978, aprs avoir reprsent 14 % du PIB en 1973.



Les dpenses sociales cibles ne suffisent pas toujours maintenir un progrs d'ensemble si la croissance ne reprend pas.



Le Chili a mis en uvre des politiques gnrales mais a cibl ses programmes de sant sur les soins donner aux mres et aux enfants. En outre, un programme de dpistage a t mis sur pied en collaboration avec les dispensaires pdiatriques charges des bilans de sant infantile (lesquels touchaient dj presque tous les bbs), de faon reprer et traiter les enfants souffrant de malnutrition. Ce programme s'est rvl d'une grande efficacit pour la protection des groupes les plus vulnrables pendant une priode d'instabilit conomique.

L'exprience du Chili nous montre que certains indicateurs de dveloppement humain peuvent connatre une amlioration spectaculaire, mme au cours de priodes de faible croissance, si l'on combine des politiques gnrales bien structures un programme d'interventions cibles. Elle montre aussi que les interventions cibles ne suffisent pas toujours maintenir un progrs d'ensemble si la croissance ne reprend pas.

La Jamaque

Comme le Chili, la Jamaque, dans les annes 60, tait un pays revenu moyen avec une certaine rpartition des richesses produites et un niveau de dveloppement humain modr. Mais elle n'a pas connu d'amliorations spectaculaires dans les conditions d'existence, et les progrs s'y sont faits de manire plus uniforme ; elle a encore moins russi que le Chili les maintenir pendant les annes 80. Ainsi, le nombre d'enfants admis pour malnutrition dans les grands hpitaux pour enfants malades a plus que doubl entre 1978 et 1985.

Les taux de croissance de la Jamaque taient respectables dans les annes 50, et le PIB per capita augmentait en moyenne de prs de 7 % par an ; il tait encore honorable dans les annes 60, avec une augmentation du PIB per capita d'environ 3,5 % par an. Les chiffres sur la rpartition des revenus laissent cependant penser que celle-ci, dj injuste, ne fit que s'aggraver. La proportion de l'ensemble des revenus allant aux 40 % les plus pauvres de la population, qui ntait que de 8,2 % en 1958 tomba 7 % en 1972, tandis que la part des 10 % de personnes les plus riches passait de 43,5 50 %.

On ne dispose d'aucune information sur les dpenses publiques dans les secteurs sociaux avant 1976, mais partir de cette date et jusqu'en 1980, les chiffres montrent un haut niveau de mso-interventions dans ces secteurs. Elles reprsentaient de 12 14 % du PIB entre 1976 et 1980 et tombrent aux alentours de 10 % en 1985 et en 1986. Si les dpenses du secteur social des annes 1960 et du dbut des annes 1970 taient d'une chelle comparable celles dont on connat les chiffres, les mso-interventions, avant 1976, taient tout fait importantes. Il est donc vraisemblable que l'amlioration rgulire en dveloppement humain des annes 70 ait t facilite par une croissance respectable, complte de mesures mso-politiques compensant plus ou moins la dgradation de la rpartition des revenus.

La croissance se ralentit cependant pendant les annes 70, jusqu atteindre environ 3 % par an en ce qui concerne le PIB per capita. Il y eut quelques amliorations pendant les annes 1980, mais les taux de croissance restrent ngatifs. C'est sur les pauvres, ayant subir une diminution de leurs revenus rels et le chmage, que l'effet fut le plus dur. Le gouvernement tenta de maintenir les revenus rels et de protger les groupes les plus vulnrables, avec un succs mitig, par le biais de subsides alimentaires, du contrle des prix et de programmes d'emploi. Mais avec le gonflement de dficits interne et externe (le dficit courant slevait alors plus de 200 millions de dollars, et le dficit du budget de l'Etat tait de 15 % du PIB en 1981), il tait difficile de maintenir indfiniment ces mesures mso-politiques.

Le nouveau gouvernement, en 1980, procda une reduction de ses dpenses, y compris celles touchant aux secteurs sociaux, dans le cadre d'un programme d'ajustement. Avec un PIB per capita rel en diminution, pendant les annes 80, les dpenses per capita relles dans les secteurs sociaux diminurent aussi. Les dpenses pour lducation des moins de quinze ans, estime-t-on, ont diminu de 40 % et les dpenses de sant per capita de 33 % entre 1982 et 1986.

Les interventions cibles du gouvernement n'obtinrent que des succs limits. Le programme d'aide alimentaire en 1984, fut destin secourir les plus vulnrables parmi les bbs, les enfants dge scolaire, les femmes enceintes ou allaitantes, les vieillards et les plus dmunis, autrement dit environ la moiti de la population. Ce programme ne put toutefois rpondre aux exigences en termes de progrs par habitant. Les phnomnes adverses des macro et mso dterminants du dveloppement humain le ralentirent, et dans certains cas inversrent la tendance.

La Colombie

Le PIB per capita, en Colombie, eut une croissance modre de 2,1 % par an dans les annes 1960 et de 3,7 % par an dans les annes 1970. Le pays put viter la rcession pendant les difficiles annes 1980, mais la croissance de son PIB per capita tomba nanmoins 1 % par an.

Bien que modeste, la croissance conomique de la Colombie au cours des annes 1980 a permis au gouvernement de maintenir une augmenration per capita des dpenses sociales. La part des dpenses publiques dans le secteur de lducation, par rapport au PNB, est passe de 1,7 % en 1960 2,8 % en 1980, et celle du secteur de la sant de 0,4 0,8 %. Mais le programme d'ajustement adopt en 1984 a rduit les dpenses publiques, y compris celles des secteurs sociaux. Nanmoins, les dpenses sociales constituent toujours environ un tiers de toutes les dpenses publiques.

Les indicateurs de dveloppement humain de Colombie refltent la situation conomique gnrale du pays. La rpartition des revenus s'y est amliore dans les annes 1970 et 1980, avec un coefficient de Gini passant de 0,57 en 1971 0,45 en 1988. Le taux de mortalit infantile est tomb de 148 en 1960 78 en 1980 ; depuis, sa baisse a t plus modeste : 68 en 1988. Il y a eut galement un ralentissement dans la croissance du salaire rel depuis 1987, mais cette tendance parat stre interrompue.

La croissance ralentie des annes 1980 et exig une augmentation compensatoire de mso-interventions ; or on mit un terme, essentiellement pour des raisons fiscales, certains aspects de la politique sociale prcdente du gouvernement comme son efficace systme de bons alimentaires. La politique d'ajustement conomique semble cependant n'avoir fait que ralentir la progression du niveau de vie, sans l'inverser. Le dfi consiste maintenant convertir les gains en croissance conomique, que l'on attend de cette politique, en de nouvelles amliorations dans le domaine du dveloppement humain.

Le Kenya

Pendant de nombreuses annes, le dveloppement humain du Kenya a constitu un succs, en dpit de conditions intiales difficiles : revenus faibles, indicateurs de dveloppement humain bas et rpartition assez ingale des revenus. Mais ces progrs se sont ralentis ces dernires annes.

Pays de faible revenu, le Kenya a connu une assez bonne croissance au cours des annes 60 et 70 alors que son PIB per capita augmentait d'environ 3 % par an. Mais, comme la plupart des pays africains, le Kenya eut souffrir d'une croissance ngative dans les annes 80, avec un PIB per capita chutant environ 0,9 % par an. On ne dispose pas d'informations dtailles sur les revenus, mais les estimations suggrent une rpartition inquitable. En 1976, les 40 % de foyers les plus pauvres ne recevaient que 9 % du revenu total, tandis que les 10 % les plus riches en recevaient 46 %, soit vingtcinq fois les revenus des 10 % de familles les plus pauvres.

Les mesures prises par le gouvernement n'annulaient que partiellement les effets de cette mauvaise rpartition. Les mso-interventions du Kenya ont en gnral t modres, la part du secteur social de dpenses publique demeurant remarquablement stable : de 7 8 % du PIB entre 1973 et 1986. Les deux tiers de ces dpenses allaient lducation, et le reste, pour l'essentiel, la sant. Le systme dducation du Kenya bnficiait aussi de l'effort personnel volontaire (harambee). En 1970, par exemple, deux lves du secondaire sur cinq taient dans des tablissements secondaires non subventionns (surtout des harambee).

Au Kenya, donc, les efforts modrs du gouvernement ont t relays par une participation prive significative sous la forme de services sociaux, en particulier dans lducation. Ce phnomne, alli une croissance assez bonne, a contribu l'amlioration du dveloppement humain au Kenya vers la fin des annes 70. Dans les annes 80, cependant, l'incapacit d'augmenter la champ d'action des mesures mso-politiques pour lutter contre le dclin des revenus primaires et la rpartition ingalitaire des revenus parat avoir pes sur une dtrioration du dveloppement humain.

Le Zimbabwe

Par rapport au reste de l'Afrique subsaharienne, le dveloppement humain au Zimbabwe a t trs bon. Mais ce pays qui partait d'un trs faible niveau de dveloppement a lui aussi, aprs de premiers rsultats positifs, souffert de stagnation.

Les amliorations au Zimbabwe se sont produites en dpit d'une croissance de plus en plus mauvaise depuis les annes 60, avec un PIB per capita baissant de 1 % par an dans les anne 70 et d'environ 1,5 % dans les annes 80. Les chiffres de la rpartition des revenus commencent tout juste tre recueillis, mais on admet gnralement que les ingalits, importantes avant l'indpendance, ont t depuis rduites par les mesures d'une politique redistributrice du gouvernement (en partie seulement, car il en subsiste beaucoup).

On peut donc attribuer les amliorations du Zimbabwe dans le domaine du dveloppement humain ses dpenses dans le secteur social, qui variaient de modres leves avant l'indpendance, en 1980. L'exprience du pays, depuis cette date, montre la difficult qu'il y a maintenir le dveloppement humain, mme soutenu par des mesures mso-politiques bien structures, si la croissance reste ngative pendant de longues priodes.



Des inversions dans le processus du dveloppement humain pendant les priodes d'ajustement peuvent tre vites grce une politique prudente de gestion



Aprs l'indpendance, le gouvernement a donn une plus grande priorit aux mesures mso-politiques du secteur social et restructur ses dpenses sociales vers des activits ayant un plus grand impact sur le dveloppement humain, cibles sur ceux qui en avaient le plus besoin. Ces dpenses atteignirent plus de 10% du PIB aprs 1980.

A lpoque de l'indpendance, le pays avait hrit d'un systme de sant particulirement injuste : par exemple, 44 % des fonds publics affects ce secteur allaient des hpitaux centraux ultramodernes desservant 15 % de la population, alors que 24 % de ces mmes fonds allaient aux services de sant ruraux desservant la majorit de la population. Plusieurs mesures furent prises aprs l'indpendance pour redresser ces dsquilibres.

L'accs aux soins devint gratuit pour tous ceux qui gagnaient moins de 150 dollars du Zimbabwe par mois, c'est--dire pour la grande majorit de la population.

On intensifia Le programme de vaccination contre six maladies infantiles majeures et celui de vaccination des femmes enceintes contre le ttanos. La proportion d'enfants entre 12 et 23 mois ayant reu tous les vaccins passa de 25 % en 1982 42 % en 1984 en zone rurale et de 48 % en 1982 80 % en 1986 dans la ville de Harar.

On lana un programme de construction d'hpitaux et de centres de sant ruraux. En janvier 1985, on comptait 163 nouveaux centres ruraux de sant, tandis que de nombreux dispensaires ruraux et des hpitaux provinciaux avaient t rnovs.

Un programme de contrle de la diarrhe fut lanc en 1982, en mme temps qutait cr un Dpartement national de l'alimentation pour lducation en matire de nutrition et de sant, pour le contrle de la croissance et de l'alimentation, et pour monter des programmes de complments alimentaires destins aux enfants.

Outre ces mesures, dont la plupart rpondaient des critres de mso-politiques bien structures en matire de sant, il y eut une restructuration similaire de l'enseignement pour augmenter la part rserve l'enseignement primaire dans le budget public. Si ces mesures n'ont pas suffi empcher un ralentissement dans les progrs du dveloppement humain, elles ont peut-tre contrecarr son recul pendant une priode de rcession prolonge. L'exprience du Zimbabwe nous montre que bien que l'on ne puisse s'en tenir seulement des mesures mso-politiques pour maintenir une progression, dans le cadre d'une croissance insuffisante, une amlioration de leurs structures peut viter une inversion de tendance, au moins court terme.

Occasions de dveloppement humain manques

Le Brsil

En dpit de hauts revenus, d'une croissance rapide et de dpenses substantielles du gouvernement dans le secteur public, le Brsil n'a pas russi obtenir un dveloppement humain satisfaisant.

Pays revenu superieur, le Brsil avait un PNB per capita de 2020 dollars en 1987. En dehors de la priode 1980-1987, durant laquelle le PIB per capita a cr d peine un peu plus de 1 % par an, la croissance du Brsil a t dans l'ensemble trs bonne : avec une augmentation annuelle du PIB per capita tournant autour de 3 % dans les annes 1950 et 1960 et atteignant le chiffre respectable de 6,4 % dans les annes 1970. Les dpenses du gouvernement central (fdral) dans les secteurs sociaux ont vari de 8 10 % du PIB entre 1973 et 1986. En pourcentage des dpenses centrales totales, elles sont restes autour de 50 % de 1973 1979 mais sont tombes 35 % en 1986. Curieusement, le niveau des interventions mso-politiques tait lev, mme si on le comparat celui de pays niveau de revenus voisin. Qui plus est, tes dpenses sociales des divers Etats et des autorits locales s'alignaient sur celles du gouvernement central. On estime que les dpenses totales, tous les niveaux de gouvernement et secteur priv confondus, constituaient un quart du PIB en 1986.

En dpit d'une croissance rapide et de substantielles mso-interventions, les rsultats du dveloppement humain, au Brsil, laissent fort dsirer. Le taux de mortalit infantile tait toujours de 85 pour mille en 1988, presque deux fois celui du Sri Lanka et peine moins que celui de la Birmanie, deux pays dont les revenus per capita sont respectivement un cinquime et un dixime de ceux du Brsil. L'esprance de vie tait de 65 ans en 1987 et le taux d'alphabtisation de 79 % pour les hommes et 76 % pour cent pour les femmes en 1985.

Ces moyennes nationales dissimulent d'importantes disparits rgionales. Dans le Nordeste plus pauvre, par exemple, les taux de mortalit infantile taient plus du double de ceux du reste du Brsil en 1986 (116 contre 52), l'esprance de vie la naissance ntait en 1978 que de 49 ans (64 ans dans le reste du Brsil) et la malnutrition infantile y tait le double de la moyenne nationale.

Il y a deux raisons principales cet tat des choses. L'une est l'extrme ingalit dans la rpartition des revenus. L'autre est le ciblage inefficace des ressources publiques. La rpartition des revenus, au Brsil, est l'une des pires au monde, avec un coefficient de Gini valu 0,60 en 1976, 0,56 en 1978 et 1980 et 0,57 en 1983.

Comme nous l'avons vu pour le Zimbabwe, des mesures mso-politiques bien structures peuvent compenser une mauvaise rpartition du revenu et amliorer le niveau de vie. Cela ne s'est pas produit au Brsil car les ressources publiques n'atteignaient pas les pauvres ou n'amlioraient pas les aspects de base du dveloppement humain. On allouait de substantielles subventions des biens privs, habituellement consomms par les couches les plus aises de la population, tandis que l'on ngligeait les biens publics et les services qui auraient eu le plus d'effet sur le bien-tre des plus pauvres.

Le Brsil dpens dnormes sommes pour la scurit sociale (7,4 % de son PIB en 1986) et pour le logement (2,9 % du PIB), mais les travailleurs citadins en ont bnfici de manire disproportionne. Les dpenses de scurit sociale ont pu ne pas augmenter les ingalits, dans la mesure o elles sont surtout finances par les bnficiaires, mais une part considrable de l'aide au logement est constitue de subventions. Les dpenses de sant et d'alimentation n'avaient au contraire aucun statut prioritaire : environ 2,2 % du PIB allait la sant, en 1986, compte tenu de tous les niveaux d'administration.


DIAGRAMME 3.3

Occasions manques de dveloppement humain : volution par pays

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Taux de mortalit infantile

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Dpenses publiques dans le secteur social, en % du PIB

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Dans le domaine de la sant, on considre que les programmes prventifs (vaccination, soins prnataux et contrle des maladies transmises par parasites) sont cinq fois plus efficaces pour rduire la mortalit, cot gal, que les programmes curatifs. Mais, estime-t-on, 78 % de toutes les dpenses publiques de sant vont pour l'essentiel des hpitaux de soins coteux, surtout dans les zones urbaines et en particulier dans le sud. Voil qui contraste fortement avec les 87 % de dpenses en sant publique qui allaient la mdecine prventive en 1949 : cette proportion a rgulirement dcru, pour tre ramene 41 % en 1961, atteindre un tiage de 15 % en 1982 avant de remonter 22 % en 1986.



Des interventions mso-politiques substantielles, si elles sont mal structures et cibles, ne peuvent compenser une rpartition ingale des revenus



De mme, plus d'un quart de toutes les dpenses publiques pour lducation a t consacr l'enseignement suprieur en 1983, et seulement la moiti l'enseignement primaire. Les dpenses publiques totales par tudiant du suprieur, dont les bnficiaires sont dans une immense majorit les groupes hauts revenus, taient d'environ dix-huit fois celles pour un lve du secondaire ou du primaire. Une tude de la Banque mondiale montre que 13 % des enfants brsiliens viennent de foyers qui reoivent moins d'un salaire minimum et que seulement 1 % d'entre eux s'inscrit dans l'enseignement suprieur. Les enfants de foyers gagnant plus de dix fois le salaire minimum comptent pour 48 % dans ces inscriptions, alors qu'ils ne constituent que 11 % des enfants du pays. Ce n'est pas la seule injustice du systme. La dpense par lve est plus faible dans les coles municipales que dans les cole d'Etat, plus faible dans les coles rurales que dans les coles urbaines, et plus faible dans les coles du Nordeste que partout ailleurs.

Le Brsil fait donc la dmonstration que des interventions mso-politiques substantielles, si elles sont mal structures et cibles, ne peuvent compenser une rpartition ingale des revenus, mme si la croissance globale des revenus est plus que satisfaisante.

Le Nigeria

Le taux de croissance modr du Nigeria ne s'est pas traduit par de substantiels progrs en dveloppement humain. Son PIB per capita n'a augment que de 6 % par an au cours des annes 1960, en partie cause de la guerre civile. La dcouverte de ptrole a permis au PIB per capita d'augmenter de 4 % dans les annes 1970 et dtre en 1980, avec 1 000 dollars, l'un des plus levs d'Afrique ce qui faisait du Nigeria un pays revenu moyen. Ce courant s'est invers au cours de la svre rcession des annes 80, avec un PIB per capita rgressant de 5 % par an entre 1980 et 1987.

On peut attribuer plusieurs facteurs la faiblesse des progrs en dveloppement humain, en dpit de la rapide croissance des annes 70.

Les fruits de cette croissance ne semblent pas avoir t distribus quitablement. Les informations sur la rpartition des revenus sont peu probantes et disperses, mais on considre en gnral qu'elle est devenue plus injuste entre 1960 et 1980 ; le coefficient de Gini, pour la fin des annes 70, aurait tourn autour de 0,70.

De plus, l'approvisionnement en biens et en services contribuant au dveloppement humain s'est rvl inadquat. On estime par exemple que la quantit de denres alimentaires disponibles serait tombe d'un quart entre 1965 et 1975. Les fortes hausses de prix font supposer que l'approvisionnement ne s'est pas dvelopp au rythme de la demande.

On ne dispose pas de chiffres dtaills et chelonns dans le temps sur le niveau et la structure des dpenses dans les secteurs sociaux, et ceux que donnent le FMI ne concernent que quelques annes prises au hasard. Mais par d'autres sources, on a pu constater que les dpenses publiques per capita dans le secteur de la sant en 1964, 1970 et 1976 taient trs faibles, en termes absolus et par comparaison avec des pays de niveau de revenu similaire. En 1976, par exemple, les dpenses totales (fonctionnement et capital) ntaient que de 1,75 dollars per capita, alors que dans 29 pays avec un PIB per capita de 300 599 dollars, ces mme dpenses de sant dpassaient 2 dollars dans 18 pays et 6 dollars dans 11 autres.

De plus, les dpenses publiques allaient beaucoup plus aux soins curatifs que prventifs. Ainsi, dans le deuxime plan quinquennal (1970-1974), 80 % des dpenses d'investissement du budget de sant fdral taient destins aux hpitaux universitaires et aux secteurs urbains. 90 % du personnel mdical diplm se trouvait en 1970 Lagos, o vivaient alors 4 % de la population du pays ; en 1973, la capitale comptait 67 % de tous les hpitaux d'Etat et 72 % de toutes les cliniques prives. Ce fort dsquilibre en faveur des soins curatifs signifiait que seule une faible partie de la population avait accs aux services mdicaux. D'aprs une estimation, seulement 25 % des Nigrians, essentiellement dans les zones urbaines, jouissaient d'une protection mdicale en 1975.

Lducation bnficiait d'une plus grande priorit que la sant dans les plans nationaux. En 1977, par exemple, elle absorbait plus de 40 % du budget fdral et 55 % des budgets d'Etat permanents ; mais ces chiffres cachent le peu de cas qui tait fait de l'enseignement primaire. Lcole primaire pour tous avait beau tre un objectif majeur dans le milieu des annes 70, la structure des dpenses du gouvernement dans ce domaine ne refltait pas cette priorit. L'enseignement primaire recevait moins de 20 % des dpenses publiques en ducation en 1981, un des pourcentages les plus bas d'Afrique.

Une analyse systmatique de la rpartition des aides publiques en 1977-1978 a conclu que les dpenses du gouvernement fdral en investissements favorisaient sans conteste les riches aussi bien en zone urbaine qu'en zone rurale, bien que l'incidence des dpenses fdrales courantes en faveur des foyers ou citadins ruraux ait eu un caractre plutt proportionnel qui tendait maintenir le statu quo. Au bout du compte cependant, les avantages avaient tendance slever avec les revenus. Autrement dit, la structure des dpenses publiques du Nigeria ne faisait rien pour compenser la mauvaise distribution des revenus.

Le Nigeria constitue donc un exemple limpide de redistribution vers le bas (trickle-down) rate et d'occasion manque en termes de dveloppement humain. La croissance rapide ne s'est pas traduite en amliorations significatives du niveau de vie, du fait de vices de base dans le processus de croissance et de lchec laborer des mesures mso-politiques compensatoires adaptes.



Il y a plusieurs exemples de redistribution vers le bas (trickle-down) rate et d'occasions manques en termes de dveloppement humain



Le Pakistan

Au cours des annes 60, la croissance du PIB per capita du Pakistan a t de presque 4 % par an. Elle est ensuite tombe 1,6 % par an pendant les annes 70 pour retrouver le niveau honorable d'environ 3,5 % entre 1980 et 1987. La rpartition des revenus est reste modre.

Le dveloppement humain du pays a t nanmoins dcevant, en particulier si on le compare celui du Sri Lanka, dont la croissance avant les annes 80 fut assez modeste et dont le revenu per capita tait en gros semblable. En 1987, l'esprance de vie ntait au Pakistan que de 58 ans, alors qu'elle tait de 71 ans au Sri Lanka et de 61 ans, en moyenne, pour les pays bas revenu parmi lesquels le Pakistan est l'un des plus riches. De mme, son taux de mortalit infantile 277 en 1960, alors qu'il tait de 202 en Chine tait toujours de 166 en 1988, alors qu'il tait tomb 43 en Chine.

Les rsultats du Pakistan concernant d'autres indicateurs de base importants du dveloppement humain laissent beaucoup dsirer. Son taux d'alphabtisation des adultes tait en 1985 d'un niveau tonnamment bas 30 % avec un grande disparit selon les sexes : 19 % chez les femmes, 40 % chez les hommes. Et le niveau gnral de scolarisation primaire ntait que de 40 % en 1987. Le Pakistan est encore trs loin d'offrir un enseignement primaire tous les enfants, objectif que Le Sri Lanka a dj atteint et dont la Chine se rapproche. L aussi, la disparit entre les sexes est grande ; en 1987, un tiers seulement des filles taient inscrites en classes primaires, contre la moiti des garons.

Ces rsultats affligeants, en dpit d'un taux de croissance respectable et d'une rpartition modre des revenus, peut s'expliquer par lchec des mesures msopolitiques. En dpit de sa bonne croissance, le Pakistan est toujours un pays faibles revenus. Ce qui signifie que les revenus primaires (mme s'ils taient quitablement distribus, ce qui n'est pas le cas) sont insuffisants, eux seuls, pour permettre la grande majorit d'avoir accs aux biens et aux services essentiels pour mener une vie dcente. Le Pakistan a donc besoin de mesures mso-politiques bien structures afin de promouvoir le dveloppement humain, mesures qui ont gravement fait dfaut jusqu'ici.

Plusieurs facteurs expliquent cet chec de la croissance conomique rapide se traduire en un dveloppement humain satisfaisant. L'enseignement et la sant relvent de la responsabilit provinciale, mais les provinces manquent de ressources financires suffisantes, et le grand accord sur le transfert des pouvoirs financiers du fdral au provincial, prvu dans la Constitution de 1973, est en panne depuis 1974 devant la Commission nationale des finances. Il existe aussi un srieux dsquilibre entre les dpenses militaires et sociales, dsquilibre qui n'a fait que s'aggraver au cours des annes 80 lorsque les dpenses militaires ont t multiplies par cinq tandis que celles du secteur public lies au dveloppement ne faisaient que doubler.

Le Pakistan ne consacre qu'une trs faible part de son budget au secteur social, alors qu'il en consacre une part de plus en plus importante la dfense, puisant dans des ressources qui pourraient, autrement, aller la sant et l'instruction publique. 2,2 % du PNB du Pakistan ont t consacrs lducation et la sant en 1986, alors que 6,7 % allaient aux dpenses militaires. Celles-ci sont le triple de ce qui est dpens pour l'enseignement et la sant. Mme si l'on y ajoute les dpenses des gouvernements provinciaux dans ces deux domaines, la conclusion gnrale demeure la mme : le Pakistan consacre une part trop faible de son PNB au dveloppement social.

De plus, une grande partie de ces maigres dpenses sociales est consacre des activits qui ne sont pas vraiment prioritaires. Sur le budget de fonctionnement de lducation, 24 % allait l'enseignement suprieur en 1985 (7 % au Sri Lanka en 1986), et seulement 40 % l'enseignement primaire. Il semble qu'existent des distorsions similaires dans les dpenses de sant, mais des mesures prises rcemment constituent un changement de cap dans la bonne direction. On a par exemple financ un programme national de vaccination en retardant la construction d'un coteux hpital en zone urbaine. Les dpenses dducation ont tripl au cours des quatre dernires annes. En outre, une taxe spciale, destine renforcer le budget de l'enseignement, frappe toutes les importations.

Dans son ensemble, l'exprience du Pakistan montre que des dpenses sociales inadquates et des mesures msopolitiques mal structures peuvent empcher un pays faible revenu d'amliorer les conditions de vie de ses habitants, mme dans le cadre d'une croissance conomique rapide et d'une rpartition relativement modre des revenus.

CHAPITRE 4

image  Stratgies de dveloppement humain pour les annes quatre-vingt-dix

Les annes 90 se prsentent comme la dcennie du dveloppement humain, car il a rarement exist un tel consensus sur les vritables objectifs d'une stratgie de dveloppement. Le Comit de la planification du dveloppement de l'ONU a parfaitement exprim ce nouvel tat d'esprit : Il faut dans les annes 90, placer rsolument l'individu au centre du dveloppement. La raison qui milite imprieusement en faveur d'une telle approche est que l'on comprend de mieux en mieux que le processus du dveloppement conomique repose sur le dveloppement des aptitudes.

Toute stratgie de dveloppement, pour la dcennie venir, devra combiner un certain nombre d'objectifs, parmi lesquels l'acclration de la croissance conomique, la rduction de la pauvret absolue et la prvention de toute nouvelle dgradation de l'environnement physique. La diffrence, par rapport aux anciennes stratgies de dveloppement, tient ce que tous ces objectifs devront se regrouper autour d'un but central : llargissement du champ des possibilits humaines. Il faut inverser la tendance au drapage conomique que le Tiers Monde, en particulier l'Afrique et l'Amrique latine, a connue pendant les annes 80, et se servir de l'acclration de la croissance conomique pour faire progresser la cause du dveloppement humain. La croissance du revenu moyen per capita dans les deux rgions les plus affectes s'est ralentie, en valeur relle, au cours des annes 80. Il faut une politique d'investissements plus levs et de gestion conomique lucide pour augmenter les taux de croissance annuels de 2 3 % dans les annes venir.

Les stratgies de dveloppement ne doivent pas seulement contribuer largir les possibilits humaines et crer un environnement favorable leur usage optimal, mais galement rpondre aux besoins des personnes qui vivent dans la pauvret absolue et qui ne peuvent atteindre un seuil acceptable de dveloppement humain sans une aide particulire de l'Etat. D'aprs les projections actuelles, le nombre de personnes vivant au stade de la pauvret absolue passera vraisemblablement de un peu plus d'un milliard aujourd'hui un milliard et demi la fin du sicle. C'est en Afrique que l'on prvoit la plus forte augmentation : d'environ 270 millions, il passerair quelque 400 millions. Dsormais, toute stratgie de dveloppement doit se fixer pour objectif de rduire d'ici l'an 2000, dans tous les pays, le nombre de ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvret.

De plus en plus de gens sont d'accord pour penser qu'il faudra absolument intgrer la protection de l'environnement aux stratgies de dveloppement, tout en sachant que les problmes d'environnement se posent en termes diffrents dans les pays industrialiss et en dveloppement. Dans ces derniers, la pauvret provoque souvent une dgradation de l'environnement : dforestation, rosion des sols, dsertification, pollution de l'eau, ces dgradations ne faisant que renforcer la pauvret. C'est pourquoi les priorits cologiques des pays en dveloppement portent souvent sur les ressources naturelles, l'eau et la terre en particulier.

Dans les pays industrialiss, en revanche, la richesse peut engendrer des problmes cologiques diffrents : gaspillage, mission de dioxyde de carbone, pluies acides. D'o une inquitude face la pollution de l'air, qui atteint des proportions alarmantes au niveau de la plante.

Toute stratgie de dveloppement bien conue devra respecter ces diffrences de perception sur les questions cologiques et tenir compte des niveaux divers de dveloppement. En outre, les processus de dveloppement devront rpondre aux objectifs de la gnration actuelle sans compromettre les choix des gnrations futures. Le concept d'un dveloppement durable dborde largement les problmes de protection des ressources naturelles et de l'environnement physique. Il inclut la protection des vies humaines venir. Aprs tout, ce sont les choix futurs des hommes qu'il faut prserver et non pas ceux des arbres.



Une croissance dans lquit est le meilleur moyen d'acclrer le processus du dveloppement humain



Ce chapitre traite des mesures qui pourraient acclrer le dveloppement humain dans les annes 90.

Mesures en faveur d'objectifs prioritaires

Une croissance dans lquit

De la masse des analyses qui se sont attaches identifier les ingrdients de la croissance, on peut tirer trois conclusions.

Le taux d'investissement est un lment dterminant de la croissance, mais l'incertitude est trs grande sur le rendement, en termes de croissance supplmentaire, d'une augmentation des investissements. Pour avoir une croissance soutenue, les pays devraient chercher maintenir leur taux d'investissement un niveau situ entre 15 et 20 % du PIB. (Les pays qui dsinvestissent en valeur relle, comme ce fut souvent le cas ces dernires annes en Afrique et en Amrique latine, vont donc prouver les plus grandes difficults soutenir leur croissance).

Plus important encore est le rythme des changements technologiques dus aux progrs scientifiques et techniques et au dveloppement des qualifications. Autrement dit, le dveloppement humain n'est pas seulement un but en soi, mais un apport essentiel en vue de la croissance.

Le cadre politique dtermine l'efficacit avec laquelle les ressources s'investissent, et la souplesse requise dans un monde en volution constante pour assurer une croissance soutenue.

La littrature sur les lments dterminants de la rpartition des revenus esc galement vaste et complexe, mais il s'en dgage deux conclusions gnrales sur une meilleure rpartition des revenus primaires qui influe de faon dterminante sur la dimension humaine du dveloppement.

Une rpartition favorable des biens de production, ce qui signifie en gnral, dans les pays en dveloppement, une bonne rpartition des terres. Une tude sur les stratgies alternatives de dvelopppement au cours des trente dernires annes a montr que ctait l la clef d'une bonne rpartition des revenus primaires. Les pays qui ont procd une rforme agraire tels la Chine et les deux Core ont considrablement rduit la pauvret et les ingalits. Dans la plupart des pays qui n'y ont pas procd effectivement, comme le Brsil et les Philippines, une grande partie de la population vit toujours dans la pauvret, mme lorsque le niveau de croissance conomique est lev.

Une rapide expansion des emplois productifs est essentielle la diffusion des revenus dans la population. Dans les conomies mixtes, une telle expansion rsulte d'une croissance rapide et fonde sur un recours intensif la main-duvre, comme en Core du Sud. Dans les pays socialistes, le fait que l'Etat soit propritaire de presque tous les biens et moyens de production, et qu'il pratique une politique de l'emploi qui assure normalement un travail tous les membres de la population active, tend engendrer une bonne rpartition des revenus primaires. Mais ces pays ont souvent sacrifi l'efficacit lquit.

La croissance dans lquit reste la formule optimale pour crer de bonnes macro-conditions indispensables la russite des objectifs de dveloppement humain. En dpit de srieuses controverses sur l'ensemble des politiques mettre en place, tout le monde est d'accord pour dire que parmi les lments essentiels d'une croissance quitable figurent : (1) un usage souple et judicieux des prix pour tenir compte des cots d'opportunit, (2) l'ouverture de systmes de march, (3) des mesures de soutien l'investissement, la technologie et aux ressources humaines, et (4) des mesures de rpartition des biens et d'extension des possibilits d'emplois productifs, le tout selon un dosage appropri la situation particulire de chaque pays.

Rpondre aux besoins de tous

Un ensemble bien structur de mesures mso-politiques, indispensable lorsque la rpartition des revenus est mdiocre, doit comporter deux lments si l'on veut qu'elles profitent ceux qui en ont besoin : des dispositions gnrales assurant des services de base, notamment dans les domaines de lducation et de la sant ; des plans cibls destins aux groupes les plus dmunis, comme un soutien financier, une aide alimentaire.

Des mesures mso-politiques bien structures exigent un dosage des deux. Des dispositions gnrales dans le domaine des services peuvent suffire dans des pays o les macro-politiques et la rpartition des revenus primaires sont bonnes. Les actions cibles peuvent tre efficaces l o les macro-politiques se traduisent par une rpartition primaire fausse que des mesures mso-politiques pourront compenser, bien qu'ici aussi il faille assurer un minimum de services gnraux.

Puisque les politiques de dpense en secteurs sociaux sont examines plus loin, nous mettrons ici l'accent sur les dispositions concernant les biens fournis par le secteur priv, comme les denres alimentaires. Une politique visant ce que chacun puisse se procurer suffisamment de nourriture pourrait se prsenter ainsi :

Plan de soutien du revenu. La cration d'emplois dans les travaux publics s'est rvle efficace au Chili et en Inde (dans le plan de lutte contre la scheresse au Maharashtra). Autre mesure : une aide financire directe pour soutenir les foyers dans un tat d'extrme pauvret. Cette politique est courante dans les pays dvelopps, mais convient moins aux pays en dveloppement, o le nombre de foyers concerns est beaucoup plus grand et o les mcanismes administratifs sont moins rigoureux. Certains pays, comme le Chili, ont nanmoins adopt avec succs des mesures d'aide financire pour les foyers ncessiteux.

Aide alimentaire subventionne. En complment ou la place des plans de soutien du revenu, il est possible de maintenir le prix de denres de base un niveau bas l'aide de diverses formules de subventions alimentaires.

Programmes alimentaires spciaux. De tels programmes peuvent tre rservs des groupes spcifiques de la population (par exemple des djeuners gratuits dans les coles primaires, ce qui prsente en outre l'avantage d'encourager l'assiduit scolaire et d'amliorer le taux de frquentation), et ceux identifis comme sousaliments. Le Chili et le Botswana ont employ de tels programmes pour combattre la malnutrition extrme.



ENCADRE 4.1

Pour la dfense des subventions alimentaires

Les subventions aux denres alimentaires peuvent jouer un rle important dans la stabilisation des prix, dans le transfert des revenus vers les pauvres et dans le maintien de la stabilit politique et sociale.

Au Sri Lanka, au moment o elles atteignaient leur plus haut niveau, elles reprsentaient 16 % du pouvoir d'achat des familles bas revenus.

En 1973-1974, elles ont permis aux 15 % de consommateurs les plus pauvres de la population urbaine du Bangladesh, d'augmenter leurs achats dans une proportion de 15 25 %.

Dans les annes 70, elles reprsentaient environ la moiti du pouvoir d'achat des familles les plus pauvres de l'Etat indien du Kerala.

En Egypte, au dbut des annes 80, elles reprsentaient environ 16 % des revenus du quintile le plus pauvre, et 3 % seulement des revenus du quintile le plus riche.

Souvent efficaces pour assurer un transfert de revenus vers les plus pauvres dans les socits o la rpartition du revenu est trs ingale, les subventions aux denres alimentaires ont constitu un filet de scurit essentiel pour la socit dans bien des pays pauvres, et un cot en gnral trs raisonnable (entre 1 et 2 % du PNB). Elles ont souvent compens l'absence de systmes de scurit sociale comme il en existe dans les pays industrialiss.

En outre, ce systme de subventions a cr un lien invisible entre les masses les plus pauvres et tes gouvernements. Mais lorsque ce lien est rompu sans que soit cr un autre systme de scurit, la violence sociale et politique peut coter beaucoup plus cher que ces subventions.

Llaboration de tels systmes doit se faire avec le plus grand soin. La charge budgtaire doit demeurer contrlable. Il faut continuer d'encourager la production de denres alimentaires. Le ciblage devrait permettre que tes avantages aillent bien aux plus pauvres afin que le programme soit financirement rentable. Pour en rduire les cots, ce ciblage devra viser les familles faibles revenus, en subventionnant les aliments consomms principalement par ces familles ou vendus dans les quartiers o elles constituent la majorit de la population.

Plutt que de dcrier l'ensemble des subventions alimentaires, les dirigeants politiques devraient consacrer leur nergie concevoir des systmes de subvention redistribuant efficacement les revenus sans entamer l'efficacit de l'allocation des ressources.



La lutte contre les disparits

Les disparits l'intrieur d'un mme pays sont l'un des plus grands obstacles l'amlioration du niveau de vie. Pour rduire les disparits ville-campagne, la proportion des ressources alloues aux zones rurales doit augmenter et, plus important encore, les dcisions sur les priorits et l'allocation des ressources devront tre prises localement. Une telle dcentralisation de la prise de dcision en matire d'allocation des aides publiques peut constituer l'un des moyens les plus efficaces de combler le foss ville-campagne.

Les disparits fondes sur le sexe doivent tre traites plusieurs niveaux. Il faut changer les lois afin d'obtenir lgalit d'accs aux biens et aux emplois. Les institutions qui dtiennent le crdit et rpandent la technologie devront tre restructures pour toucher davantage de femmes. Des rformes seront aussi ncessaires pour obtenir une pleine participation fminine la politique, l'administration et aux prises de dcision conomique tous les niveaux. Doivent aussi disparatre, dans les foyers, les discriminations traditionnelles envers les jeunes, en particulier les filles. En ce sens, lgalit d'accs des femmes lducation est fondamentale. En outre, des programmes cibls devraient, l o c'est ncessaire, s'occuper de l'alimentation et de la sant des jeunes femmes. Chaque pays devrait par exemple assurer le suivi mdical des femmes pendant leur grossesse et la naissance.



ENCADRE 4.2

Les banques rurales du Ghana

Les banques rurales du Ghana, supervises par la banque centrale, desservent des zones qu'ignorent les autres institutions financires. Il en existe 106, indpendantes et gres par la communaut. Elles constituent un dispositif qui permet, principalement aux petits agriculteurs et aux petits entrepreneurs, de placer leur pargne ou de faire des emprunts.

Leur croissance a t extrmement rapide, passant de 148 000 cedis en 1977 862 milions de cedis en juin 1985 et de 802 titulaires de comptes dpargne en L977 221 000 la fin de 1984.

Cette croissance montre que la population rurale sait pargner si elle a confiance en la banque, si celle-ci est proche, et si les gens peuvent avoir un accs immdiat leur pargne.

Depuis leur lancement, les banques rurales ont prt 554 millions de cedis, presque uniquement partir de lpargne locale ; les prts taient en moyenne de 12 000 18 000 cedis (200 300 dollars au taux de change de 1985). Les emprunteurs taient au nombre de 32 000 la fin de 1984.

Comment s'explique ce succs ?

La mobilisation de l'initiative locale est vitale. Les directeurs des banques sont des leaders locaux, ayant cur le dveloppement de leur communaut. Dans chacune d'elles, une bonne partie de ses membres sont des actionnaires.

Les fonds mobiliss sur place sont utiliss sur place, au contraire de bien de banques qui redirigent lpargne rurale vers les villes.

L'approbation des prts se fonde sur la rputation de l'emprunteur dans la communaut, non sur des critres abstraits ni des exigences excessives qui limineraient la plupart des emprunteurs potentiels. Les propritaires des plus petites fermes et des plus petites entreprises sont les meilleurs candidats aux prts.

Les cots administratifs restent faibles grce l'emploi de procdures simples standardises et au recrutement du personnel dans la communaut.

Le potentiel dpargne du Ghana rural est considrable. Lpargne rurale reprsente plus de 90 % des fonds prts depuis la premire anne d'opration.



Le remodelage de l'infrastructure sociale est important pour rduire les disparits entre riches et pauvres. Il faut favoriser l'utilisation des systmes de sant et dducation par les groupes revenus faibles, par exemple par des programmes de soutien nutritionnel dans les centres de sant ou de complment alimentaire dans les coles. L o l'accs l'enseignement est limit, il faut instituer l'admission au mrite et non par les relations, comme c'est trop souvent le cas.

Encourager la participation au dveloppement

Ce rapport place la personne au centre du dveloppement humain, en tant qu'agent et bnficiaire des processus mis en uvre. Les besoins et les intrts des individus doivent imprimer sa direction au dveloppement, et ces mmes individus devraient se trouver pleinement impliqus dans l'impulsion donner la croissance conomique et au progrs social.

La participation au dveloppement commence par la confiance en soi, qui permet aux gens dtre autonomes. Insister sur l'indpendance des gens en matire conomique, politique et sociale n'est pas s'opposer l'intervention de l'Etat dans le dveloppement humain. Au contraire, une plus grande participation de tous dans les processus de dveloppement dpend du soin avec lequel le gouvernement concevra sa politique et ses programmes. Mais les interventions tatiques dans le soutien du dveloppement humain devraient galement encourager l'initiative prive au sens le plus large c'est--dire aussi bien au niveau des entrepreneurs privs, et des organisations non gouvernementales (ONG) que d'autres associations travers lesquelles les gens s'organisent spontanment, au niveau des foyers, voire des individus.

Les mesures visant l'amlioration des conditions de vie constituent un aspect important de la politique mener en faveur des pauvres, mais la solution long terme de la pauvret exige davantage de mesures de dveloppement. Les pauvres doivent pouvoir accder tout ce qui pourra les intgrer dans la dynamique du dveloppement. Aujourd'hui, de plus en plus de mesures et de programmes en faveur des pauvres adoptent une telle stratgie de valorisation. La formation professionnelle et toutes les autres formes de perfectionnement sont des lments importants de ces stratgies, comme la mise disposition de crdits pour les pauvres. Les ONG ont fait beaucoup pour l'efficacit des programmes de crdit.

L'efficacit de certaines ONG dans des programmes exigeant une implication directe avec les gens concerns a constitu un facteur dcisif pour accrotre la collaboration entre ONG et gouvernements dans beaucoup de pays en dveloppement.

La promotion de l'initiative prive

Partout dans le monde, les gouvernements en viennent de plus en plus admettre que le secteur priv peut et doit jouer un rle important dans le processus de dveloppement.

On considre en gnral que l'extension du secteur priv, dans les pays en dveloppement, dpend de quatre critres politiques principaux :

la cration d'un environnement favorable au dveloppement du secteur priv, y compris une nouvelle lgislation et de nouvelles rgles pour en soutenir la croissance ;

la privatisation, en particulier, des fonctions productives dans lesquelles le secteur priv se montre plus efficace ;

le dveloppement d'entreprises, des plus petites aux moyennes, grce des mcanismes comme des crdits de financement petite chelle, des programmes pour volontaires l'encadrement, et des capitaux risque ;

l'amlioration de la gestion du secteur public et la formation la gestion prive.

De quoi a-t-on besoin ? D'un secteur public plus rduit mais plus efficace, capable de crer et de rendre oprationnel un cadre de dveloppement, de guider les investissements privs vers les secteurs prioritaires pour le dveloppement humain. Le rle du secteur public devrait se limiter avant tout btir l'infrastructure conomique et assurer les services sociaux. Pour parvenir un dveloppement humain russi, il faut mettre en uvre une politique combinant les stratgies du secteur priv et du secteur public.

Stratgies appropries et calendrier

La combinaison de mesures politiques appropries pour un pays donn dpend en grande partie du niveau des revenus par habitant, des actions de dveloppement humain et de la rpartition des biens et des revenus. On peut distinguer cinq catgories de pays sur la base de ces critres, et suggrer des combinaisons de mesures leur convenant.

Bien que des mesures mso-politiques bien conues puissent compenser une mauvaise rpartition des revenus, elles ne peuvent se substituer la croissance conomique, ncessaire leur financement long terme. Une politique visant soutenir ou rtablir la croissance conomique reste donc un lment essentiel pour toutes les catgories de pays.

Au fur et mesure que les pays progresseront, le changement des conditions ncessitera de nouvelles combinaisons de stratgies politiques. Les gouvernements ont galement faire face au problme du calendrier des actions mener dans les secteurs sociaux, en particulier quand tous prsentent des insuffisances majeures. Les expriences limites que l'on a en ce domaine suggrent que lorsqu'il faut faire un choix, la priorit doit tre donne l'enseignement primaire, suivi tout de suite d'un programme d'interventions mdicales faible cot. Pour mieux dfinir les priorits, il faut essayer dvaluer la fonction de production de chaque aspect du dveloppement humain, et de cerner ensuite les retombes sociales successives de chaque type de dpense.

Mesures politiques pour l'ajustement

Les mesures appropries pour les pays pratiquant une politique d'ajustement ne diffrent pas fondamentalement de celles applicables plus gnralement. La diffrence majeure tient ce que beaucoup de ces pays souffrent d'une diminution des dpenses du gouvernement et des revenus par habitant. De plus, dans les pays grevs de dettes, les ressources disponibles pour les secteurs sociaux se trouvent rduites par la ncessit de consacrer des parts importantes du budget au paiement des intrts. Ces pays prouvent des difficults particulires assurer un macro-environnement favorable au dveloppement humain et doivent donc veiller tout particulirement prendre des mesures mso-politiques bien conues. Leur situation budgtaire trs serre, les oblige des programmes de faible cot, et donc prfrer des interventions cibles des mesures de porte gnrale.

Les pays endetts et en processus d'ajustement ont les plus grandes difficults assurer des ressources l'amlioration du dveloppement humain alors qu'ils en ont le plus grand besoin, dans la mesure o tout relchement cet gard ne fera que saper les perspectives de croissance long terme. De plus, les conditions de vie dans nombre de ces conomies en cours d'ajustement, deviennent intolrables.



ENCADRE 4.3

Les boutiques de prt aux philippines

Les boutiques de prt de la Banque Philippine du Commerce et de l'Industrie consentent de petits prts, entre 125 et 1 250 dollars, aux commerants des marchs des conditions raisonnables, La cl du succs de ces boutiques rside dans leur proximit avec les emprunteurs et dans leurs interactions troites avec eux.

Le deux premires ont ouvert leur porte en 1973. En 1979, elles taient 70, rparties un peu partout dans les Philippines. Installes sur les marchs privs ou publics ou leur priphrie, elles rpondent aux besoins de crdit court terme (30 60 jours) de leurs clients commerants. Elles acceptent galement des dpts.

Ces boutiques fonctionnent en gnral sur des marchs urbains relativement importants : il faut que ceuxci comportent au moins 400 commerces pour justifier une ouverture. Les installations sont d'une extraordinaire simplicit, se rsumant souvent une choppe de bois assez grande pour abriter quatre employs.

Pour avoir droit au prt minimum de 125 dollars, les commerants doivent avoir un volume de vente quotidien de 7,50 8,75 dollars et des profits de 10 50 %. L'intrt est de 14 % par an, plus 2 % de frais mensuels, avec remboursements quotidiens. Le taux de recouvrement est de 98 %.

L'exprience des Philippines dmontre qu'il est possible pour les banques commerciales de toucher des groupes aux revenus assez modestes des taux d'intrt de march, si les prts sont convenablement cibls.



Outre l'accent que ces pays doivent mettre sur les mesures mso-politiques, il est essentiel qu'ils rtablissent une croissance quitable. Pour cela, ils ont besoin d'un plus grand soutien financier international, afin de disposer de davantage de temps pour s'ajuster, de concilier ajustement et croissance et de protger et mme promouvoir le dveloppement humain.

Nous partons ici du principe que l'objectif principal des gouvernements est l'amlioration du niveau de vie pour tous leurs citoyens. Comme on le sait, cependant, la ralit est parfois diffrente. Les gouvernements subissent les pressions de nombreux groupes d'intrts ; en outre, leurs objectifs sont souvent complexes, dimensions multiples : il s'agit pour eux de rester au pouvoir, de servir tels groupes d'intrts particuliers, parfois de s'enrichir eux-mmes. C'est pourquoi la volont politique et la capacit des institutions adopter la stratgie la plus approprie font souvent dfaut.

Les propositions qui tendent rduire les tranferts favorisant des groupes puissants et privilgis pourront rencontrer une grande rsistance. Rsistance encore accrue lorsqu'il s'agira de faire des coupes dans le budget militaire ou d'entreprendre une rforme agraire. A l'oppos, les bnficiaires potentiels de ces changements n'ont en gnral gure voix au chapitre et manquent le plus souvent d'appuis politiques.

Comme le montre ce rapport, nanmoins, les succs en termes de dveloppement humain sont largement rpandus mme parmi les pays pauvres. De plus, une analyse plus pousse des conditions de vie dans chaque socit se traduira elle-mme par des pressions considrables en faveur du changement. Et souvent, il faut crer un climat favorable pour procder une transformation importante, quelle qu'elle soit.



ENCADRE 4.4

Stratgies diverses pour contextes divers

Divers pays ont suivi des stratgies diffrentes pour traduire la croissance conomique en dveloppement humain. On peut les classer selon leurs conditions socio-conomiques initiales et les trains de mesures adopts les ayant conduits un dveloppement humain russi. Une telle classification peut contribuer identifier les combinaisons de mesures politiques appropries aux diffrents contextes de dveloppement.

Les pays de la catgorie I ont eu affronter les plus grandes difficults : faibles revenus, faible dveloppement humain et distribution ingalitaire des revenus. De nombreux pays de ce groupe ont souffert de handicaps supplmentaires. Certains, grevs de dettes, et ayant pris des mesures d'ajustement structurel, ont eu de grandes difficults tablir de bonnes conditions macro-conomiques et augmenter les ressources exiges par le dveloppement humain. Certains dpendent massivement de l'exportation d'une marchandise dont le prix, sur le march international, peut varier beaucoup et vire. Malgr tout, ceux qui ont russi parmi ces pays, le Zimbabwe et le Kenya par exemple, ont amlior le dveloppement humain en adoptant de solides mesures mso-politiques bien structures.

Les pays de la catgorie II sont ceux qui sont partis de revenus faibles, d'une rpartition modre des revenus et de niveaux modestes de dveloppement humain. Beaucoup d'entre eux connaissent (comme certains pays de la catgorie I) des guerres civiles ou nationales qui dtournent les ressources dj rares du dveloppement humain. Le soutien international devrait se concentrer sur les pays des deux premires catgories.

En dpit de revenus initiaux faibles, les pays de la catgorie III bnficient de perspectives nettement meilleures. Ayant dj ralis un certain degr de dveloppement humain, en partie parce que leur rpartition des revenus ntait pas trop ingalitaire, ils ont besoin d'une croissance continue et de l'extension de mesures mso-politiques gnrales appropries pour acclrer leurs progrs. Le Sri Lanka et la Core du Sud ont suivi cette stratgie avec succs.

Dans la catgorie IV, on trouve des pays faible niveau de dveloppement bien que leurs revenus quoique modrs auraient pu leur permettre de raliser de meilleures performances. A en juger par les expriences passes, ces pays ont besoin d'amliorer la rpartition des revenus primaires et de compenser sa faiblesse par des mesures mso-politiques plus nergiques et mieux structures. La Malaisie est un exemple de pays revenu modr ayant amlior le dveloppement humain de cette manire.

A condition de poursuivre de bonnes mesures mso-politiques, de maintenir leur croissance gnralement bonne, et leurs politiques de rpartition, les pays de la catgorie V devraient atteindre de hauts niveaux de dveloppement humain d'ici quelques annes. Le Costa Rica et la Colombie illustrent les rsultats que peuvent esprer de tels pays.

Stratgies nationales de dveloppement humain

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Se donner des objectifs mondiaux pour le dveloppement humain

Les objectifs mondiaux chiffrs que fixe la communaut internationale lors des confrences mondiales et des dbats de l'Assemble gnrale de l'ONU doivent tre considrs davantage comme des vises globales, des indications de la direction que devrait prendre le dveloppement, plutt que comme des projections soigneusement calcules de ce qui est faisable et raliste. On a propos plusieurs objectifs mondiaux au cours des trente dernires annes, dont beaucoup touchent directement au dveloppement humain. Certains taient ambitieux, comme la sant pour tous en l'an 2000. D'autres, prcis comme la rduction de moiti, ou encore au taux maximum de 70 pour 1 000 de la mortalit de 0 5 ans dans tous les pays.



ENCADRE 4.5

Un calendrier des recherches prioritaires pour le dveloppement humain

En prparant ce premier Rapport Mondial sur le dveloppement humain, il est devenu vident que des recherches considrables s'imposaient dans de nombreux domaines, avant qu'il ft possible de recommander des mesures en pleine connaissance de cause. Les aspects suivants sont ceux dont l'importance s'impose tout particulirement :

Recueil des informations et donnes. On investit infiniment moins de ressources dans la collecte des informations sur le dveloppement humain que dans la production des statistiques conomiques conventionnelles. Il en rsulte que :

les chiffres nationaux sur l'esprance de vie, l'alphabtisation et la malnutrition infantile, au lieu dtre disponibles annuellement, ne nous parviennent que par des enqutes priodiques sur les mnages ou par des recensements dcennaux. Il est du coup difficile de mesurer les effets des changements de conditions, et en particulier de prendre rapidement connaissance de toute dtrioration du dveloppement humain. Un programme permanent d'enqutes nationales reprsentatives devrait pouvoir fournir un bilan de la situation sociale intervalles rguliers.

pour la plupart des indicateurs, on ne dispose que de donnes globales pour un pays. On manque d'informations plus dtailles pour chaque indicateur, comme par exemple les variations sur les revenus ou les groupes de population, selon que l'on se situe en zone urbaine ou en zone rurale, ou encore entre grandes rgions gographiques. Les donnes sur la pauvret, absolue ou relative, manquent galement souvent. Toutes ces informations sont essentielles pour concevoir des mesures politiques appropries et pour en valuer ensuite l'efficacit.

Une fonction de production pour le dveloppement humain. On ne sait que peu de choses sur la relation entre apports et rsultats en matire de dveloppement humain ; par exemple, quelle est la combinaison de services de sant, dducation et de soutien nutritionnel qui sera la plus efficace pour lutter contre la mortalit infantile ? En l'absence de telles informations, les gouvernements prouvent des difficults valuer ce que seront les trains de mesures les plus efficaces et les moins coteux. Une analyse exhaustive des micro-tudes dans les domaines sociologique, conomique, mdical, biologique et de la sant publique serait une premire tape bien utile pour mettre au point une quation qui rendrait compte de la production du dveloppement humain. Des donnes concernant l'Europe occidentale, le Japon et les pays en dveloppement ayant le mieux russi aideraient aussi comprendre comment ordonner au mieux les diverses mesures prendre dans le domaine social.

Financement et restructuration des secteurs sociaux. Il faut faire davantage de recherches sur les stratgies alternatives et les modles de financement des dpenses sociales, y compris sur les rformes fiscales gnrales, les impts et la tarification. Ces recherches devraient porter en outre sur le potentiel de restructuration des secteurs sociaux.

Dcentralisation et autorits locales. Des recherches sont galement ncessaires sur les formes de prises de dcision dcentralises et sur leur impact, ainsi que sur les mcanismes induisant une participation effective, en particulier parmi les groupes habituellement inorganiss et sans beaucoup d'influence, comme les femmes pauvres et les paysans sans terre. Le rle du secteur priv et des ONG dans la promotion du dveloppement humain exige galement des tudes plus pousses.



Se donner des objectifs mondiaux dans le domaine des progrs socio-conomiques pour chaque dcennie est une ide qui a ses dfenseurs, mais aussi ses dtracteurs. Les dfenseurs font remarquer que l'adoption de tels objectifs cre un environnement favorable et une pression politique afin qu'ils soient poursuivis, sur le plan national et international. Les adversaires affirment de leur ct que leurs cots ne sont pas chiffrs, qu'ils sont indiffrencis et ne tiennent pas compte de la situation spcifique de chaque pays, qu'ils ne s'accompagnent pas de plans (nationaux ou internationaux) concrets pour leur mise en uvre, et que le lien, s'il existe, entre les ventuels progrs d'une nation et ces objectifs, est purement fortuit. Plutt que d'adopter une position extrme, il nous parat bien plus efficace de veiller se fixer, pour les anne 90, des objectifs plus ralistes et plus opratoires.

Des objectifs mondiaux chiffrs existent pour certains des indicateurs-cls de dveloppement humain examins dans ce rapport.

Vaccination complte de tous les enfants.

Rduction du taux de mortalit des enfants de moins de 5 ans de moiti ou au moins 70/1 000.

Eradication de la malnutrition grave, et rduction de 50 % de la sous-alimentation.

Inscription dans l'enseignement primaire de tous les enfants dge scolaire.

Rduction de moiti de l'analphabtisme adulte, en faisant en sorte qu'il ne soit pas plus grand chez les femmes que chez les hommes.

Accs universel l'eau potable.

Pour un pays donn, l'examen des progrs raliss dans chacun de ces domaines est une faon d'apprcier le ralisme de ces objectifs (voir les tableaux en annexe).

Immunisation. Si les pays en dveloppement continuent de progresser au mme rythme, la plupart d'entre eux auront ralis un plan de vaccination de tous les enfants d'ici l'an 2000. Les principales exceptions, qui exigeront un effort particulier, sont le Niger, la Mauritanie, le Mozambique, la Rpublique arabe du Ymen, le Libria, le Ghana, la Cte d'Ivoire, la Nouvelle Guine, la Libye et la Mongolie. Mais mme dans ces pays, te but est accessible tant donn que le taux des ralisations passes ne constitue qu'une rfrence approximative.

Il y a eu rcemment des amliorations majeures dans la qualit des vaccins et leur technologie ; en outre, davantage de gens reconnaissent l'importance de la vaccination, et il existe plus de personnel mdical pour excuter les programmes de vaccination. Du fait de ces progrs, la vaccination des enfants a connu une forte augmentation, passant de 30 % en 1981 prs de 70 % en 1988, et on estime dsormais un million et demi le nombre de vies sauves chaque anne.

Cependant, le problme de plus en plus proccupant du sida doit nous mettre en garde contre tout triomphalisme prmatur, car son extension peut faire que les parents hsitent faire vacciner leurs enfants. La solution, parfaitement ralisable, consiste prendre les mesures d'hygine ncessaires, en utilisant les nouvelles seringues usage unique et en lanant des programmes d'information du public.

Mortalit infantile. Rduire le taux de la mortalit infantile de moiti dans tous les pays est un objectif ambitieux, la lumire des ralisations des trente dernires annes. Le taux de rduction annuel ncessaire pour atteindre cet objectif est plus lev que celui ralis dans la plupart des pays, en particulier ceux d'Afrique. Si le taux pass se maintient, 23 pays connaissant presque tous un faible dveloppement humain n'auront pas atteint cet objectif avant 2050.

On ne peut videmment pas agir de la mme faon sur le taux de mortalit infantile et sur le taux de vaccination. L'immunisation requiert des vaccins, du personnel de sant et d'autres lments que l'on peut dfinir assez prcisment. Mais la mortalit infantile est le rsultat de nombreux facteurs, qui ne sont pas tous contrlables au mme degr. Elvent ce taux : la malnutrition due aux pnuries alimentaires pendant les scheresses, la pauvret plus grande due la stagnation conomique globale, la propagation du sida. Abaissent ce taux : une plus grande alphabtisation des femmes, une eau plus propre, une meilleure hygine, une vaccination plus systmatique, et ainsi de suite. Le taux de mortalit infantile dfie donc toute prdiction prcise, et sa rduction exige par consquent une planification et une surveillance toutes spciales.



Il est ncessaire de veiller se fixer, pour les annes 90, des objectifs plus ralistes et oprationnels



Malnutrition. Un objectif essentiel pour assurer la survie et lpanouissement des enfants au cours de la prochaine dcennie est llimination des formes graves de malnutrition qui les touchent et la rduction de moiti de la sous-alimentation. La plupart des pays, pour y parvenir, devront faire baisser la malnutrition de 5 7 % par an, ce qui reste la porte d'une politique et de programmes alimentaires correctement cibls. Le cot de tels programmes est en gnral rduit, pour un rendement apprciable. En outre, le fait d'atteindre certains des objectifs dans les domaines de lducation et de la sant, pour la mme priode, contribuera grandement rduire la malnutrition infantile.

Scolarisation au niveau du primaire. L'objectif de dveloppement humain le plus important d'ici l'an 2000 est peut-tre la scolarisation de tous les enfants, garons et filles. Bien que l'on n'ait pu chiffrer les rsultats passs que sur quelques pays en dveloppement, une scolarisation complte peut effectivement devenir une ralit la fin du sicle. Certains pays devront beaucoup augmenter leur niveau de scolarisation : le Mozambique, le Malawi, le Rwanda, Hati, l'Arabie Saoudite et le Nicaragua, D'autres devront inverser une tendance actuelle au dclin : le Mali, la Somalie, la Tanzanie et le Maroc. Mais si la scolarisation devenait complte et universelle en l'an 2000, te taux d'alphabtisation slverait de manire spectaculaire dans les pays en dveloppement au cours du prochain sicle. Cet investissement des plus prcieux en matire de dveloppement humain contribuera librer les nergies cratrices des quatre cinquimes de la population de ces pays. La dclaration et le cadre d'action adopts par la Confrence mondiale sur lducation pour tous qui s'est tenue Jomtien, en Thalande, du 5 au 9 mars 1990, offrent la promesse de progrs plus rapides dans ce domaine, dans la mesure o cet objectif de scolarisation est devenu la priorit des priorits pour les annes 1990.



La scolarisation complte en l'an 2000 dans l'enseignement primaire va ncessiter des dpenses supplmentaires de 5 milliards de dollars par an



Alphabtisation des adultes. L'objectif mondial pour l'an 2000 est une rduction de moiti des taux actuels d'analphabtisme chez les adultes, en mettant fortement l'accent sur l'alphabtisation des femmes afin que disparaissent les ingalits entre les sexes dans ce domaine. Plusieurs pays peuvent atteindre cet objectif pour les hommes, au rythme de leurs progrs actuels ou au prix d'un effort modr. Le vritable problme concerne des pays forte dmographie comme l'Inde, le Pakistan, l'Egypte et le Soudan qui, en dpit d'un taux trs bas d'alphabtisation, ne consacrent que des budgets trs modestes lducation, si bien que l'analphabtisme n'a recul qu un rythme extrmement lent au cours des trente dernires annes. Quant l'effort requis pour l'alphabtisation des femmes, il devra tre encore plus grand.

L'objectif global d'alphabtisation estil raliste ? La rponse est difficile donner, car trop d'incertitudes rgnent encore. Les disparits hommes/femmes et la diffrenciation des rles sont profondment enracines dans les traditions socio-conomiques de nombreux pays, et rompre avec elles prendra du temps. Un point encourageant, cependant, est le rle plus important pris par les ONG dans le domaine du dveloppement, au cours de ces dernires annes, et l'explosion de la rvolution informatique. Avec l'utilisation de ces moyens. les progrs de l'alphabtisation pourront tre plus rapides que par le pass, en particulier si les efforts des ONG viennent s'ajouter aux programmes gouvernementaux au lieu de les remplacer.

Eau potable. L'eau potable est maintenant disponible pour 700 millions de personnes de plus qu'en 1980 et les infrastructures sanitaires pour 480 millions de plus ; nanmoins, la majorit des gens, dans les pays en dveloppement, manquent encore de ces services essentiels. Mme ainsi, l'objectif eau potable pour tous d'ici l'an 2000 reste la porte de la plupart des pays en dveloppement, s'ils maintiennent leur rythme actuel de progrs. Mais les investissements en capitaux doivent tre associs au dveloppement des ressources humaines pour assurer l'entretien et les rparations convenables de l'infrastructure, celle de l'eau en particulier. Par ailleurs, les dpenses de dveloppement doivent s'accompagner de dispositions afin d'assurer un budget de fonctionnement pour payer le personnel technique ncessaire, y compris les brigades d'entretien des villages. Ce problme de budget soulve les questions des charges payer par les utilisateurs, du financement communautaire et d'autres aspects de la mobilisation des ressources.

Ralisme des objectifs. Evaluer le ralisme de ces objectifs de dveloppement est une tche dlicate, dans la mesure ou les conditions de dveloppement et les dfis poss varient normment d'un pays l'autre. Les ralisations passes ne sont qu'une indication trs approximative des progrs de l'avenir. Des perces technologiques peuvent acclrer les ralisations futures, mais les systmes de valeurs des socits devront peut-tre changer pour que des objectifs comme l'alphabtisation des femmes deviennent pleinement accessibles. En outre, il reste beaucoup faire en termes de formation des hommes et des institutions, avant que des objectifs comme l'eau potable et les infrastructures sanitaires pour tous puissent tre atteints. Enfin, des calamits naturelles comme la scheresse ou des inondations peuvent rduire nant les efforts d'un pays pour venir bout de la faim et de la malnutrition. Les tapes initiales sont souvent les plus faciles franchir, le chemin devenant progressivement de plus en plus difficile. Rester sur ce chemin n'est mme pas garanti : on a assist au cours des annes 80 des rgressions dans le domaine social, et le seul maintien des ralisations passes peut s'avrer difficile, si les rsultats conomiques ne connaissent pas une amlioration significative.

Une autre question importante est de savoir si les ressources financires suffiront la ralisation des programmes pour atteindre ces objectifs. Les cots financiers des diffrents objectifs gnraux n'ont pas fait l'objet d'estimations, ni globalement, ni au niveau des pays. Or sans une telle valuation, il est difficile de proposer une analyse et des plans ralistes.

L'UNESCO et le PNUD ont rcemment produit une estimation approximative de ce que coterait la scolarisation de tous tes enfants du monde d'ici l'an 2000 : 48 milliards de dollars des E.U. au cours des dix annes venir, ou entre 4 et 5 milliards si l'on emploie des mthodes plus conomiques. Ces chiffres impliquent que les pays concerns devront augmenter leur budget consacr lducation d'environ 50 % entre 1985 et 2000, soit une augmentation annuelle moyenne de 3 % (elle fut de 1,7 % de 1975 1985). Ces chiffres ne paraissent pas excessivement ambitieux. Aprs tout, ils correspondent deux jours de dpenses militaires des pays industrialiss, ou une semaine de dpenses militaires des pays du Tiers Monde, ou encore 2 % du service de la dette annuelle des pays en voie de dveloppement. Il faut cependant en examiner avec soin les implications pour certains pays, notamment en Afrique et parmi les pays les moins avancs (PMA). Leur budget consacr lducation devrait tre multipli par plus de deux pour parvenir cet objectif, alors mme qu'on prvoit que leur PIB per capita ne progressera pas, voire rgressera.

La faisabilit oprationnelle et la crdibilit de ces objectifs mondiaux de dveloppement humain augmenteront considrablement, s'ils satisfont quatre critres :

le nombre de ces objectifs gnraux devra rester rduit afin de susciter le soutien politique et les mesures ncessaires leur mise en uvre. Le calendrier international est dj surcharg, et la multiplication des objectifs risque d'en faire perdre de vue la finalit ;

avant de se donner le moindre objectif mondial, pour tre sr qu'il est raliste, il faut analyser en dtail les implications en termes de ressources humaines et financires, pays par pays ;

il faudra fixer des objectifs diffrents selon les diffrents groupes de pays, en fonction de leur situation actuelle en termes de dveloppement humain et du rythme du progrs observ dans le pass ;

les stratgies nationales de dveloppement humain devront crer une synergie entre la planification nationale et ltablissement de ces objectifs gnraux, car sans plan de dveloppement national, les objectifs mondiaux n'ont aucune signification.



Un bilan humain complet doit faire partie de tout plan de dveloppement national



Plans nationaux pour le dveloppement humain

Pour prparer un plan de dveloppement humain, la premire tape consiste procder un inventaire exhaustif des ressources humaines et des savoir-faire, de la sant des populations, de leur niveau dducation et de nutrition, de leur pauvret relative et absolue, du niveau de l'emploi et du sous-emploi, de leur progrs dans la transition dmographique. Cet inventaire devrait galement dcrire les disparits prdominantes entre hommes et femmes et la rpartition des services sociaux entre zones urbaines et zones rurales conmme entre les diffrents groupes de revenus. Il devrait enfin rendre compte du gnie culturel spcifique, des aspirations idologiques et des motivations relles des populations.

En d'autres termes, il faut tenter de prparer srieusement un bilan humain complet, comme premier chapitre de tout plan de dveloppement national, en relguant les habituels indicateurs chiffrs PIB, exportations et importations, pargne et investissement et ainsi de suite dans les annexes techniques. Dvidence, on ne peut faire des plans pour les gens que si l'on en sait davantage sur eux et s'ils ne sont pas rduits de simples abstractions.

La seconde tape consiste identifier les priorits. Les conditions existantes doivent tre compares avec les objectifs atteindre dans le plan. On peut valuer la faisabilit des objectifs partir de l'analyse des rsultats dj obtenus dans d'autres pays dans des circonstances comparables, ou en utilisant les donnes nationales pour calculer les progrs les plus grands possibles en fonction des ressources escomptes. La diffrence entre les objectifs accessibles et les conditions initiales donne une premire indication des ventuelles priorits : plus grande est la diffrence, plus vaste est le champ des progrs possibles et peut-tre plus ncessaire encore ltablissement des priorits.

La troisime tape consiste classer les priorits en fonction des prfrences de la population. On ne peut prjuger de ce que deux pays au dveloppement humain et aux ressources galement faibles considreront comme plus ou moins important en la matire. Ajuster les priorits du plan aux prfrences d'un pays implique bien entendu que celui-ci dispose de mcanismes efficaces pour se proccuper des prfrences relles des populations. L'efficacit de ces mcanismes dpend souvent des niveaux de dmocratie et de dcentralisation des systmes conomiques et politiques, et de la manire dont on encourage la participation au dveloppement.



Idalement, le planificateur doit connatre la gamme complte des solutions alternatives et le cot de chacune d'entre elles



La quatrime tape consiste traduire ces priorits en buts spcifiques pour les indicateurs fondamentaux comme l'esprance de vie, l'alphabtisation et la nutrition. Pour chaque instrument d'action spcifique, et pour les indicateurs de moyens correspondants (tels que l'accs aux services de sant et dducation et l'accs l'eau potable), ces objectifs gnraux seront dtaills la lumire du type de programme et des types de groupes-cibles. Un pays peut avoir pour objectif une augmentation de cinq ans de l'esprance de vie (indicateur fondamental), mais il devra normalement lier cet objectif des indicateurs de rfrence (comme l'existence de services de sant, les calories consommes) et des instruments de mise en uvre (comme les investissements en production alimentaire ou en services de sant) afin de permettre aux planificateurs de transformer les objectifs mondiaux en directives prcises pour l'action.

Il existe d'habitude plusieurs voies possibles pour raliser un objectif de dveloppement donn. L'esprance de vie peut tre augmente en permettant une plus grande partie de la population d'avoir accs l'eau potable, en vaccinant plus systmatiquement les enfants, en multipliant les installations de soins de sant de base, en amliorant l'alimentation, ou par une combinaison de toutes ces mesures. Les ressources tant rares, les dcideurs devront choisir entre ces programmes. C'est dire que les diverses mesures entrent en comptition ; mais il arrive aussi qu'elles soient complmentaires, l'existence d'un programme pouvant amliorer l'efficacit d'un autre. Par exemple, un programme de repas lcole destin amliorer l'alimentation des enfants ou un programme pour une augmentation rapide de l'alphabtisation des femmes pourraient accrotre l'efficacit d'un programme destin dvelopper les soins de sant primaires.

La tche des planificateurs du dveloppement consiste raliser toutes les amliorations possibles d'un indicateur primaire partir des ressources disponibles, autrement dit, obtenir une amlioration donne d'un indicateur fondamental au cot le plus bas. Ceci implique que l'on connaisse non seulement les relations qui existent entre un indicateur fondamental et les diffrentes mesures qui peuvent l'affecter, mais aussi la complmentarit des instruments d'action. Or ces connaissances font souvent dfaut.

Dans l'idal, le planificateur devrait connatre la gamme complte des solutions alternatives et le cot de chacune d'entre elles. Par exemple, les prestations mdicales peuvent tre assures par une extension des services de soin dans des hpitaux technologies sophistiques, ou par une extension des services prventifs et des petits dispensaires ou par une combinaison des deux. Les cots de ces diffrentes approches ont toutes les chances de varier considrablement.

Nos connaissances actuelles sur la fonction de production des diffrents lments de dveloppement humain sont rudimentaires. De srieuses recherches sont manifestement indispensables dans ce domaine. En attendant, les planificateurs doivent faire leur travail du mieux possible en ayant peut-tre recours aux connaissances d'autres pays, qui ont des niveaux de ressources et de revenus comparables mais de meilleures ralisations en matire de dveloppemenr humain. L'analyse d'expriences russies est riche d'enseignements sur les instruments les plus efficaces pour atteindre tel ou tel but. L'un des objectifs majeurs des futurs rapports sera de rendre compte de telles expriences pratiques.

La cinquime tape dans la planification du dveloppement humain consiste ajuster les cots des programmes sur les ressources disponibles. L'Ethiopie (avec un revenu per capita de 130 dollars et un taux dpargne domestique de 3 %) et le Congo (avec un revenu per capita de 870 dollars et un taux dpargne domestique de 21 %) figurent dans la mme vaste catgorie de pays faible dveloppement humain. Cependant, ce qui est faisable au Congo ne le serait manifestement pas en Ethiopie. Il est donc important, pour les planificateurs, d'identifier avec prcision le volume des ressources disponibles pour le dveloppement humain en redployant les dpenses internes et en collectant des fonds supplmentaires.

Dans les groupes de population importants, les priorits ont toutes les chances de diffrer. Pour des pays faible dveloppement humain, savoir presque tous dans la rgion de l'Afrique subsaharienne et dans les pays asiatiques bas revenus, les dcideurs s'efforceront d'obtenir des amliorations rapides de tous les indicateurs primaires. Les priorits leves iront probablement aux programmes de vaccination des enfants, de soins mdicaux de base (en particulier en zones rurales), de scolarisation au niveau du primaire (en particulier pour les filles), de distribution d'eau potable, de production alimentaire (avec distribution aux groupe sous-aliments) et aux programmes destins rduire la croissance de la population.

Les priorits, dans les pays o le dveloppement humain est moyen, peuvent tre beaucoup plus slectives que dans le premier groupe. Les services de sant de base et l'accs l'eau potable (en particulier en zone urbaine) sont satisfaisants. Les taux de scolarisation, sauf au Moyen-Orient et dans certains pays d'Amrique latine, sont levs. Les carences alimentaires sont ngligeables, sauf dans quelques pays d'Amrique latine. De tels pays peuvent donc centrer leurs programmes de dveloppement humain sur la rduction des ingalits intrieures : zones rurales-zones urbaines, femmes-hommes, pauvres-riches. Ils peuvent galement se donner certains objectifs au-del des indicateurs primaires, comme la scolarisation au niveau secondaire, une amlioration de la qualit de l'enseignement, une meilleure distribution de denres alimentaires, une politique d'amlioration du logement, un environnement physique plus propre.


DIAGRAMME 4.1

Baisse des taux d'investissements

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La planification du dveloppement humain ne peut tre faite qu'au niveau national, mais beaucoup de gouvernements des pays en voie de dveloppement ne disposent pas encore compltement des moyens qui leur permettraient de se lancer entirement seuls dans cette entreprise. Les institutions internationales peuvent procurer le savoir-faire et l'assistance technique ncessaire, la requte des gouvernements de ces pays, afin de mettre sur pied leurs plans de dveloppement humain. L'ONU, en particulier, devra jouer un rle de premier plan dans le dveloppement humain des annes 1990, dans la mesure o ses agences ont dj affaire des secteurs sociaux et ont traiter des problmes spcifiques. Ce qu'il faut, c'est qu'elles coalisent leur savoir-faire au niveau du pays concern afin d'intgrer le dveloppement humain au cadre macro-conomique global. Il est encourageant de relever que le PNUD a lanc une initiative dans cet esprit, en association avec d'autres agences de l'ONU.


DIAGRAMME 4.2

Baisse des dpenses de sant et d'enseignement

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Le financement du dveloppement humain

Dans plusieurs pays, le pourcentage des dpenses de l'Etat dans les domaines de lducation et de la sant a dclin entre 1972 et 1987. Il faudrait au moins doubler le niveau actuel de ces dpenses pour rpondre aux besoins.

Le taux des investissements a diminu brusquement dans plusieurs pays d'Afrique et d'Amrique latine au cours des annes 80, et doit retrouver au moins son niveau des annes 70. Une augmentation globale des ressources est absolument ncessaire dans la plupart des pays en dveloppement, que ce soit l'aide de taxes spciales, de redevances des usagers ou de contributions de la communaut. En outre, il faudra procder une redistribution budgtaire l'intrieur des secteurs, et entre eux, en particulier dans le domaine militaire. La communaut internationale a un rle important jouer dans tout cela, commencer par le rtablissement de transferts positifs nets entre pays dvelopps et pays en dveloppement.

Beaucoup de pays d'Afrique, d'Amrique latine et du Moyen-Orient auront d'abord rtablir leurs investissements dans les domaines de la sant et de lducation leur niveaux des annes 70. Chacun devra galement augmenter d'au moins 3 % sa production alimentaire annuelle, ce qui exigera un taux rgulier d'investissement dans ce domaine d'au moins 3 % du PNB. Il faudra galement faire des investissements substantiels dans les quipements pour l'eau.

En Asie, le taux courant des investissements globaux est convenable dans les pays revenus intermdiaires. Mis part celui des Philippines, le taux d'investissement de tous les grands pays de ce groupe n'a pas t plus bas dans les annes 80 qu'auparavant. Certains grands pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont connu une baisse de leur taux d'investissement. Dans ces pays, un rtablissement des niveaux suprieurs sera ncessaire pour permettre une rallocation des ressources pour le dveloppement humain.

Les pays d'Amrique Latine et des Antilles sont ceux qui ont connu les rductions les plus fortes en dpenses publiques de sant et dducation au cours des annes 80. Ils ont donc besoin de prvoir une importante augmentation du budget public dans ces deux-domaines. Les investissements dans l'agriculture devront galement tre importants, et considrables en ce qui concerne la distribution d'eau en milieu rural ; c'est dire qu'il ne sera pas possible d'atteindre les objectifs en dveloppement humain de la rgion sans une augmentation spectaculaire des ressources disponibles en Amrique latine. Cette question de ressources limites est intimement lie une solution satisfaisante de la question de la dette.

Les dpenses sociales, dans beaucoup de pays, sont en comptition avec d'autres exigences urgentes, alors que les ressources budgraires sont en gnral assez minces : ltablissement des priorits budgtaires est une tche redoutable. La discussion porte actuellement sur la possibilit de mobiliser des ressources intrieures supplmentaires afin de redployer les priorits vers les secteurs sociaux et entre ces secteurs.

Trouver des ressources supplmentaires

Impts. La rforme de l'impt, en particulier en rduisant toutes les formes de non-paiement ou dvasion (en comblant les vides juridiques et en simplifiant les procdures), pourra procurer des ressources supplmentaires aux secteurs sociaux. Le Ghana et la Jamaque ont considrablement augment leurs rentres fiscales grce leurs efforts pour amliorer le recouvrement des impts. D'autres pays ont institu des impts spciaux pour financer les dpenses sociales. Le Brsil a cr un fonds spcial pour ses programmes dans les domaines de la sant, de la nutrition et de lducation et pour aider les petites exploitations agricoles ; ce fonds est financ par une surtaxe de 0,5 % sur les ventes et une surtaxe de 5 % sur l'impt des socits. Le Pakistan a cr une surtaxe de 5 % dite Iqra (alphabtisation) sur ses importations pour financer des projets prioritaires dans le domaine de l'enseignement. Des taxes supplmentaires peuvent aussi frapper les objets de luxe ou les produits malsains pour la sant, comme le tabac et l'alcool.

Tarification diffrencie des services. Les gouvernements s'intressent aussi de plus en plus aux systmes de tarification diffrencie comme source de revenus. Les charges qui psent indiffremment sur tous les consommateurs de services peuvent exclure nombre de pauvres de la dynamique du dveloppement. Il en va ainsi de la frquentation scolaire des enfants de familles faibles revenus, pour lesquelles les frais scolaires sont plus difficiles payer que pour les familles aises. Ces frais scolaires, tels qu'ils ont t introduits dans certains pays pauvres d'Afrique francophone, peuvent aller jusqu 7 et 15 % du revenu annuel moyen par habitant. Dans le domaine de la sant aussi, ces frais rduisent la frquentation des services de sant par les plus pauvres, en particulier lorsqu'il s'agit de prvention.

Cependant, la part globale des dpenses de sant prives est tout fait leve dans plusieurs pays en dveloppement : 31 % au Brsil (1981), 41 % en Jordanie (1982), 50 % en Zambie (1981) et 70 % en Thalande (1979). La part de la scolarisation prive au niveau secondaire dans les pays en dveloppement est galement leve : 41 % en Tanzanie, 54 % au Burkina Faso et 60 % au Kenya.

Puisque d'une part les personnes les mieux loties paraissent disposes payer des frais levs pour lducation et les soins de sant, et que, d'autre part, les plus pauvres sont lvidence, incapables de payer ne serait-ce que des frais minimum, peut-on ds lors envisager une tarification des services diffrencie en fonction des revenus ?

Ceux qui en ont les moyens ne seront d'accord pour payer plus cher que si les ressources supplmentaires ainsi dgages leur semblent bien utilises. Ils seront certainement davantage prts payer s'ils pensent que ces ressources seront investies dans l'amliorarion de la qualit ou l'extension du service fourni, comme par exemple l'ouverture de nouvelles installations dans des zones encore non desservies.

Un systme de tarification au bnfice des classes pauvres devrait avoir deux objectifs. Le premier, de provoquer une amlioration significative des services sociaux afin que les classes aises soient prtes payer pour en bnficier. Le deuxime, de veiller ce que les classes les plus pauvres de la socit ne paient rien de plus que des frais symboliques, en particulier pour l'enseignement primaire et les soins mdicaux de base. Le systme d'assurance-sant qui a t mis au point Singapour rend plus supportables aux personnes aises les frais plus levs qu'ils ont payer. Et le systme de tarifs de la Core du Sud montre qu'un tel dispositif peut protger les groupes faibles revenus tout en conservant son efficacit.



ENCADRE 4.6

Le Plan Mediservice de Singapour

Confront la monte des cots mdicaux, le Ministre de la Sant de Singapour a lanc le Plan Mediservice en 1983. Ce plan visait la fois faire en sorte que chacun veille activement sa propre sant, et aider les gens pargner pour pouvoir assumer dventuels frais mdicaux.

Une pargne obligatoire slevant a 6 % du revenu est verse rgulirement sur un compte personnel Epargne-Sant au titre de l'assurance sant. Il est permis d'y faire des prlvements pour les frais d'hospitalisation et pour certains actes mdicaux ne ncessitant pas d'hospitalisation, comme la petite chirurgie.

L'Epargne-Sant ne couvre pas les autres soins, qui restent abordables Singapour. Son but n'est pas non plus de couvrir les maladies de longue dure, dans la mesure o d'autres modes de soins y pourvoient, dans le cadre de programmes subventionns par l'Etat o des corps de volontaires jouent un rle majeur.

Mis en service dans tous les hpitaux publics partit d'avtil 1984, Mediservice constitue une source supplmentaire de financement pour les frais mdicaux d'une famille. Cette rforme dans la rpartition publique des cots a dgag des ressources, provenant de l'impt sur le revenu, qui ont permis d'amliorer les services de sant publique, en particulier ceux qui s'occupent de mdecine prventive et des maladies chroniques.





ENCADRE 4.7

La prise en charge des frais mdicaux dans la Rpublique de Core

En Core du sud, les groupes sociaux les plus dmunis (les plus de 65 ans, les infirmes, les orphelins de moins de 18 ans, ou les personnes ayant charge des parents gs de plus de 60 ans, ainsi que les bnficiaires de logements sociaux) ont droit la gratuit des soins mdicaux. Les gens mieux lotis mais ne disposant toutefois que de faibles revenus (moins de 50 dollars des E.U. par mois environ en 1985) et les petits paysans, doivent payer 20 % des frais mdicaux, sauf Soul o ils en paient 50 %. La slection des bnficiaires de ce programme se fait une fois par an.

Ce systme permet aux ayant-droit de recevoir les soins de base dans les cliniques prives autorises par le Ministre de la Sant et des Affaires sociales, dans les dispensaires, ou auprs de praticiens ruraux. Si besoin est, ils sont dirigs sur des hpitaux plus qualifis. Environ la moiti des quipements mdicaux du pays sont conus dans ce but.

En dpit de quelques retards de paiement du fait de problmes locaux de trsorerie, ce systme a bnfici 3,3 millions de personnes 600 000 indigents et 2,7 millions de personnes faibles revenus, soit prs de 8 % de la population.



Contributions volontaires des communauts. Dans un nombre troublant de pays en dveloppement, les services de sant, d'instruction et nombre d'infrastructures se dtriorent rapidement, faute d'entretien et de rparations par manque de ressources. Les instituteurs abandonnent leur travail, car leur salaire baisse ou n'est plus pay rgulirement. Les personnels de sant doivent travailler sans mdicaments ni matriel de premire ncessit. Pour mettre un terme ce phnomne, les responsables gouvernementaux (souvent aids par des donateurs trangers) demandent aux populations locales de contribuer volontairement au maintien de ces services. Dans ces arrangements, les villageois offrent gratuitement leur force de travail pour les travaux de construction et d'entretien, assurent la nourriture des employs de l'Etat et paient pour les mdicaments et autres services.



ENCADRE 4.8

Financement communautaire au Sngal

Le financement communautaire des dpenses de sant a amen les Sngalais veiller davantage leur propre sant. A titre d'exemple, en 1983-1984, les mcanismes d'autogestion en place ont permis de recueillir des sommes quivalentes 80 % du budget du Ministre de la Sant publique, dpenses de personnel non comprises.

Ce systme qui couvre tous les hpitaux, centres de sant, postes de sant et jusqu'aux cases de sant des villages est gr par la population et financ par les contributions des patients. Il en cote 100 FCFA 26 centimes par adulte et 50 FCFA 13 centimes (CFA : francs de la communaut financire africaine 50 CFA = 1 FF) pat enfant pour tre soign dans les hpitaux et les centres de sant, la moiti dans les postes de sant.

Les comits de sant, qui administrent les recettes, comprennent des reprsentants de chaque case de sant de village ; ils apprennent peu peu les arcanes de la gestion. 60 % des recettes vont aux mdicaments, 30 % aux sages-femmes et au personnel de sant communautaire, les 10 % restant couvtant les frais de gestion.

La vie du village tourne autour de la case de sant. Le conseil des anciens, le conseil rural, le comit des mres et le comit de sant se runissent tous sous l'arbre palabres pour discuter des problmes de sant, d'hygine et de propret. Ils examinent le renouvellement de leurs rserves de mdicaments, le problme de la collecte des fonds, et dcident comment payer, en liquide ou en nature, le praticien de sant communautaire qu'ils ont choisi. 90 % des villageois utilisant la case de sant, perdent beaucoup moins de temps, d'argent et d'efforts qu'auparavant, lorsqu'ils devaient se rendre un poste de sant lointain.



Cette mthode a donn des rsultats mitigs. Elle a parfois bien fonctionn, sans se traduire par des ingalits, comme au Sngal (encadr 4.8). Dans d'autres cas, elle a cr des institutions de seconde classe et perptu des ingalits : c'est le cas dans beaucoup dcoles harambee au Kenya. Il faut donc concevoir avec le plus grand soin ces plans d'auto-financement des communauts.

Rallocation intrasectorielle des ressources budgtaires

Les pays ayant connu un bon dveloppement humain ont souvent restructur les dpenses publiques en donnant la priorit des dpenses caractre social auparavant secondaires : en mettant par exemple l'accent sur les soins prventifs plutt que curatifs, sur l'enseignement primaire plutt que sur le secondaire. Ils ont aussi maintenu les dpenses des secteurs faible priorit en leur trouvant de nouvelles formes de financement, tels que le recours aux prts pour l'enseignement suprieur ou des plans d'assurance pour les soins de sant onreux.

Normalement, il faut consacrer 25 30 % du budget total de dveloppement aux dpenses sociales afin de maintenir un quilibre convenable entre progrs social et progrs conomique. Dans les pays o Le dveloppement humain a t traditionnellement nglig, cette proportion risque de devoir tre encore plus importante.

On peut parfois tirer les plus grands bnfices d'une restructuration interne des dpenses sociales. Il faut dans certains cas choisir entre des dispensaires de soins pour tous ou de coteux hpitaux pour quelques-uns, entre une ducation suprieure largement subventionne ou un enseignement primaire gratuit, entre des amnagements de sites et de services dans les quartiers insalubres ou la construction de logements pour la classe moyenne urbaine, et ainsi de suite. Les exemples de dsquilibres critiques des dpenses sociales abondent.


DIAGRAMME 4.3

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Beaucoup de pays connaissent un taux lev d'abandon scolaire en primaire, dpassant parfois 70 %. Des investissements pour inciter les enfants rester lcole (par exemple le repas de midi gratuit, ou une organisation moins formelle des classes) pourraient avoir d'excellents rsultats.

La plupart des pays en dveloppement investissent trop peu dans l'enseignement technique (dans de nombreux pays, l'enseignement technique reprsente moins de 2 % des lves de tout le secondaire), si bien qu'ils produisent un grand nombre de gnralistes dont les talents ne sont pas particulirement recherchs.


DIAGRAMME 4.4

Dpenses militaires

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Le dcalage entre l'offre et la demande, pour certains savoir-faire, conduit un chmage important des diplms, mme de haut niveau.

L'enseignement primaire reoit en gnral proportionnellement moins de fonds publics que le secondaire ou le suprieur, lesquels pourraient souvent tre davantage auto-financs.

Beaucoup de systmes de sant manquent de personnel para-mdical (en particulier d'infirmires), ce qui oblige les mdecins assumer des tches qui normalement ne sont pas de leur ressort.


DIAGRAMME 4.5

Priorit l'arme dans les dpenses nationales

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On peut amliorer considrablement l'efficacit des dpenses sociales en reprant tous ces dsquilibres et en prenant des mesures correctives. Etant donn que les budgets sociaux resteront de toute faon limits dans l'avenir par rapport la demande, mme selon les projections les plus optimistes, il faut dployer tous les efforts possibles pour obtenir un maximum de progrs sociaux partir de ressources limites.

Redfinir les priorits budgtaires entre les secteurs

Beaucoup de pays consacrent une importante part de leur budget et de leur PIB la dfense ; il serait donc envisageable de rorienter ces ressources vers les dpenses sociales. L o les marges de manuvre sont plus rduites, d'autres ramnagements restent possibles. On peut procder des coupes claires dans les dpenses consacres aux organismes semi-publics inefficaces, privatiser certaines activits tatiques et rendre plus performantes les dpenses de dveloppement. Il faut cependant prendre soin de ne pas dtourner des ressources essentielles au maintien de l'infrastructure conomique, si importante pour le soutien de la croissance. En outre, des ngociations satisfaisantes sur la rduction de la dette permettraient de rinvestir dans des dpenses sociales une partie des sommes considrables aujourd'hui consacres au paiement des intrts.

La rapide croissance des dpenses militaires dans les pays du Tiers Monde au cours des trente dernires annes est l'un des problmes les plus alarmants et les moins discuts. Elle a continu mme dans les annes 80, en dpit du dclin de la croissance conomique, au dtriment des secteurs de l'enseignement et de la sant.

Les dpenses militaires des pays en dveloppement ont augment de 7,5 % par an au cours des 25 dernires annes, infiniment plus vite que les dpenses militaires des pays industrialiss (tableau 4.4). Les dpenses totales de ce secteur ont t multiplies par prs de 7, passant de 24 milliards de dollars en 1960 160 milliards en 1986, alors que celles des pays industrialiss n'ont fait que doubler. Quant la croissance de prs de 500 milliards de dollars par an des dpenses militaires mondiales entre 1960 et 1986, elle provient pour 30 % des dpenses supplmentaires des pays en dveloppement. Si bien que la part de ces pays dans les dpenses militaires mondiales est passe de 7 % en 1960 19 % en 1986.

Alors que les pays industrialiss ont rduit la part de leur PNB affecte aux dpenses militaires de 6,3 % en 1960 5,4 % en 1986, le pays du Tiers Monde ont augment la leur de 4,2 % en 1960 5,5 % en 1986. Plus tonnant encore, les pays les moins avancs ont presque doubl leur pourcentage de dpenses militaires par rapport leur PNB, les faisant passer de 2,1 % 3,8 %.

Il n'est pas inutile de rappeler, dans ce contexte, que le revenu moyen per capita des pays en dveloppement n'atteint que 6 % de celui des pays industrialiss. Et au niveau 1985 du PNB per capita, les cots militaires annuels reprsentaient prs de 160 millions d'annes/homme de revenus dans le Tiers Monde, soit trois fois lquivalent du fardeau des dpenses militaires des pays industrialiss. Manifestement, la pauvret des peuples n'empche pas les armes de se doter richement.

La forte augmentation des dpenses militaires n'a pas seulement grev des ressources budgtaires en diminution, pressur les services sociaux et contrari la croissance. Elle a aussi pris une part considrable dans les changes extrieurs. Les importations d'armes des pays en dveloppement ont grimp en flche entre 1960 et 1987, passant de 1,1 milliard de dollars prs de 35 milliards, soit les trois quarts du commerce mondial de l'armement. D'aprs la Banque mondiale, dans beaucoup de grands pays en dveloppement, la dette militaire reprsente plus d'un tiers de la dette extrieure totale. Ce qui est effrayant, lorsqu'on considre ces chiffres, c'est qu'ils ont toutes les chances dtre sous-estims, peu de gouvernements disant la vrit sur leurs dpenses militaires.

Dans les pays du Tiers Monde, ces dpenses sont plus leves que celles de l'enseignement et de la sant additionnes, alors qu'elles reprsentent peine plus de la moiti dans les pays industrialiss. Mme dans les pays les moins avancs, les dpenses militaires sont pratiquement gales celles, combines, de l'enseignement et de la sant. Plus de 25 pays en dveloppement dpensent plus pour leur arme que pour les deux secteurs sociaux sant-ducation, parfois mme plus de deux fois plus ; ils ont deux trois fois plus de soldats que d'instituteurs et dpensent 6 % ou plus de leur PNB pour la dfense. Il y a huit fois plus de soldats, dans le Tiers Monde, que de mdecins.

Parmi les pays en dveloppement ayant les budgets militaires les plus importants, on compte quelques-uns des plus pauvres et des plus sous-dvelopps : l'Angola, le Burundi, la Chine, le Myanmar, le Soudan, l'Ouganda, la Rpublique populaire du Ymen et le Zare. En dpit des 800 millions de personnes vivant dans une pauvret absolue en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, l'Asie du Sud a un budget de dfense de 10 milliards de dollars par an, l'Afrique subsaharienne de 5 milliards de dollars.

Il existe de toute vidence une relle possibilit d'augmenter la part des budgets consacre au dveloppement humain si l'on ne laisse pas crotre les dpenses militaires, et plus encore si on les rduit, au cours des annes 90. Les dpenses militaires totales du Tiers Monde sont values presque 200 milliards de dollars. Si la tendance de ces dernires annes se maintient, elles augmenteront de 15 20 milliards de dollars par an jusqu'en l'an 2000. Toute rduction de cette tendance dgagerait des ressources considrables pour les programmes sociaux.


DIAGRAMME 4.6

Priorit aux dpenses sociales dans le budget de l'Etat

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La dtente qui s'amorce entre les super-grands exige une honnte rvaluation des dpenses militaires passes et un dialogue ouvert sur les choix oprer l'avenir. Si l'on veut que les programmes de dveloppement humain soient plus largement dots dans les futurs budgets, la communaut internationale peut encourager cette tendance par le biais de quatre actions spcifiques :

Le taux des dpenses militaires par rapport aux dpenses sociales devrait de plus en plus constituer un critre pour l'attribution d'une aide extrieure.

Des plafonds devraient tre ngocis non seulement pour les dettes de dveloppement mais aussi pour les dettes militaires.

Les envois d'armemements vers les pays en dveloppement devraient tre dcourags, et ce d'autant plus qu'il est probable que les pressions des exportateurs augmentent du fait de la baisse importante de production des industries de dfense laquelle il faut s'attendre dans les annes 90.


TABlEAU 4. 1

Croissance des dpenses militaires dans le Tiers Monde

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TABlEAU 4. 2

Dpenses militaires en pourcentage des dpenses d'enseignement et de sant

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Il faut inviter les grandes puissances promouvoir un dveloppement pacifique du Tiers Monde en dsamorant les tensions rgionales (en particulier en Afrique australe et au Moyen-Orient) et en assurant la scurit mondiale et la justice conomique.

On doit aussi signaler la part de responsabilit des pays industrialiss et autres grands exportateurs d'armes dans l'augmentation des dpenses militaires du Tiers Monde. Les pays industrialiss ont souvent augment leur assistance la dfense des pays en dveloppement mme lorsque l'assistance conomique dclinait. Les industries de dfense des pays industrialiss ont souvent fait preuve d'agressivit commerciale pour trouver des clients dans le Tiers Monde, offrant des crdits allgs et parfois mme des avantages gratuits illgaux. Bien des pays en dveloppement ont servi de lieux d'affrontement fort pratiques dans la guerre froide que se livraient les deux super- puissances. Pour mettre cela en perspective : le budget militaire d'une seule des superpuissances excde actuellement de 50 % l'ensemble des dpenses militaires du Tiers Monde.

Les annes 90 offrent une occasion unique de rduire substantiellement les dpenses militaires de toutes les nations. La question est de savoir si une telle rduction se traduira par un afflux de ressources pour le vritable effort de paix : la guerre au dnuement humain question qui devra tre envisage trs srieusement au cours de la dcennie venir.

L'environnement extrieur du dveloppement humain

Si la bataille pour le dveloppement humain doit se drouler dans les pays en dveloppement, un environnement extrieur favorable peut constituer une aide prcieuse. Cela n'a pas t du tout Le cas au cours des annes 80. Le transfert net des ressources vers les pays en dveloppement est devenu ngatif passant d'un flux positif de prs de 43 milliards de dollars en 1981 un flux ngatif de prs de 33 milliards de dollars en 1988. Les prix des produits de base ont atteint leur niveau le plus bas depuis la Grande Dpression des annes 1930. La dette extrieure des pays en dveloppement a dpass le seuil des 1 300 millions de dollars E.U., ce qui implique le paiement d'intrts se montant 200 milliards de dollars par an (encadr 4.9). Jamais auparavant les pays en dveloppement n'avaient eu faire face des conditions aussi difficiles que celles des annes 80 ; cela a t l'une des causes majeures du recul du dveloppement humain au cours de cette dcennie.

Une tche urgente revient la communaut internationale : restaurer un environnement extrieur favorable pour les annes 1990 et contribuer la mise en uvre des objectifs humains essentiels. La premire priorit doit tre un retour un transfert net positif des ressources en faveur des pays en dveloppement, qui ne sera possible que si l'on trouve une solution satisfaisante la crise de la dette. Mais jusqu'ici, le problme de la dette des nations les plus endettes a rsist toute solution, en dpit des suggestions de rchelonnement, de transferts et de rductions. La difficult tient ce qu'il n'existe aucune solution qui ne cote rien. Si les pays en dveloppement doivent tre soulags d'une partie significative de leurs dettes, les gouvernements ou les banques commerciales des pays riches devront en assurer le cot.


TABlEAU 4.3

Soldats ou enseignants

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Cette impasse a convaincu de nombreux analystes qu'un nouveau mcanisme de refinancement de la dette devrait tre cr sous les auspices du FMI ou de la Banque mondiale, ou des deux. Les fonds de ce dispositif pourraient venir de la cration de Droits de Tirage Spciaux (DTS), si les Etats-Unis rduisent ou liminent le dficit de leur budget et de leur commerce extrieur (encadr 4.10). Le cot du refinancement de la dette des pays en dveloppement se trouverait ainsi imperceptiblement transfr l'ensemble de la communaut internationale.

Un tel amnagement international de la dette constituerait une amlioration significative par rapport au dsordre actuel. Il permettrait une allocation plus cible de ressources financires limites de manire optimiser les effets de la rduction de la dette. Il pourrait galement contribuer ltablissement d'un ensemble de rgles internationales acceptes par tous, afin de remplacer les processus ad hoc sporadiques, compliqus et souvent inquitables qui prvalent actuellement. Par-dessus tout, une approche internationale concerte aiderait promouvoir l'ide que la rsolution du problme de la dette est une responsabilit partage et que son succs profiterait au monde entier.


DIAGRAMME 4.7

Inversion du flux des ressources

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L'environnement commercial de la plante exige aussi une action internationale concerte. Les pressions protectionnistes ont continu augmenter pendant les trois premires annes des ngociations commerciales multilatrales de l'Uruguay Round. On assiste galement la formation d'entits commerciales par grande rgions : la communaut europenne en 1993, les accords commerciaux bilatraux USA-Canada, le regroupement commercial des riverains du Pacifique autour du Japon. A moins que les intrts commerciaux des pays en dveloppement ne soient protgs par des ngociations pousses, le danger que ces pays, notamment les moins avancs, se retrouvent marginaliss, est trs rel.



ENCADRE 4.9

La crise de l'endettement sternise

Au dbut de 1989, les pays en dveloppement devaient 1300 millions de dollars des E.U. leurs cranciers trangers, soit un peu plus de la moiti de la somme de leurs PNB ou deux tiers de plus que leurs recettes annuelles d'exportation. Les intrts annuels de la dette slvent aujourd'hui prs de 100 milliards de dollars et, avec le remboursement du principal, la facture du service de la dette approche maintenant les 200 milliards de dollars par an.

Cette facture est tellement leve que seuls 4 des 21 pays de l'Amrique latine, sont jour de leurs paiements auprs des cranciers privs. En dpit de leurs efforts pour maintenir leur position auprs des prteurs multilatraux, 8 pays sont en retard vis--vis de la Banque mondiale et 11 vis--vis du FMI.

La charge croissante de la dette des pays du Tiers Monde a invers les flux de ressources entre le Nord et le Sud. D'aprs une tude des Nations Unies, pour 98 pays en dveloppement considrs, le transfert net s'est lev 115 milliard de dollars vers les pays dvelopps entre 1983 et 1988. La fuite des capitaux se chiffrant en milliards de dollars, en particulier partir de l'Amrique latine, n'a fait qu'aggraver la situation.

La Banque mondiale considre que 17 pays sont confronts un grave problme d'endettement : l'Argentine, la Bolivie, le Brsil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, la Cte-d'Ivoire, l'Equateur, la Jamaque, le Mexique, le Nigeria, le Prou, les Philippines, l'Uruguay, le Venezuela et la Yougoslavie.

Dans les pays fortement endetts, le PIB per capita a baiss de 1 % par an en moyenne durant les annes 80, alors que les pays ayant chapp la crise de la dette ont vu le leur augmenter annuellement de 4 %. Pour les 17 pays les plus endetts (la plupart d'entre eux se trouvent en Amrique latine), l'investissement a chut de 40 % en termes rels entre 1982 et 1985. En Afrique, il est pass de 21 % du PIB au dbut de la dcennie 16 % en 1988. Et, comme l'indiquent des informations de plus en plus nombreuses venues du monde entier, le dveloppement humain a galement pay un lourd tribut la crise de la dette. Une tude de l'UNICEF est arrive la conclusion que dans les 37 pays les plus pauvres, dont beaucoup sont aussi crass par la dette, les dpenses de sant par habitant ont diminu de plus de 50 % pendant la dernire dcennie, les dpenses d'enseignement de plus de 25 %. Et dans certains des pays les plus endetts, les taux de mortalit des bbs et des enfants ont augment nouveau. On a aussi de plus en plus d'indications montrant une dtrioration de l'emploi, de substantielles diminutions des salaires rels, et la dtrioration des indicateurs sociaux dans les pays endetts.



Les progrs de l'Uruguay Round ont dj t considrables dans les domaines des services, des produits tropicaux, et dans celui du fonctionnement du GATT. Parmi les problmes qui restent rsoudre, on trouve : l'agriculture et la question de savoir si la communaut europenne acceptera de s'engager sur un calendrier de libralisation au moins partielle ; les textiles et la question de savoir si les conomies de march des pays dvelopps accepteront de revenir, selon un calendrier, aux rgles du GATT concernant les droits de douane, llimination des restrictions douanires, et le traitement de la nation la plus favorise, les clauses de sauvegarde, et la question de savoir si leur couverture doit tre slective ou universelle, et quel rle aura jouer une surveillance multilatrale ; et enfin les droits de proprit intellectuelle, et la question de savoir si la ngociation se limitera au commerce ou sera plus large.

Il est vital que l'Uruguay Round rgle les problmes restants avant la fin de 1990, date limite prvue, afin que les pays en dveloppement puissent bnficier d'un environnement commercial libral et en expansion, dans un climat encourageant la croissance conomique et le dveloppement humain. Il est galement essentiel que ces pays se prparent aux dfis commerciaux des annes 90, en particulier dans le cadre de la nouvelle conomie mondiale des services qui se fait jour (encadr 4.11). La communaut des donateurs devrait aussi envisager diverses faons de contribuer plus directement aux stratgies de dveloppement humain pendant les annes 90.

Premirement, on a assist un dclin rgulier de l'aide publique au dveloppement (APD) dans les domaines de lducation, de la sant, de l'alimentation et du planning familial. Ces aides sont passes de 17 % de l'APD totale en 1978-1979 moins de 15 % en 1988. Il faut que cette tendance s'inverse. Il ne suffit pas de prtendre que les ressources peuvent toutes tre mlanges. L'aide internationale finance une part importante des dpenses en dveloppement dans beaucoup de pays, et il importe au plus haut point de connatre la destination de ces fonds. L'attitude des donateurs est galement importante pour convaincre les ministres des finances rcalcitrants de consacrer une part plus large de leurs ressources aux dpenses sociales, lesquelles comportent d'importants budgets de fonctionnement.

Deuximement, les donateurs peuvent contribuer la formulation et la mise en uvre de stratgies de dveloppement humain dans les annes 90 en proposant de nouvelles conditions de coopration. Ils pourraient donner leur soutien explicite tout ce qui est dveloppement humain, par exemple en spcifiant que les programmes de dveloppement humain doivent tre les derniers (et non les premiers) subir les rductions budgtaires en priode d'ajustement, ou en annonant clairement que l'aide extrieure sera rduite au cas o les dpenses militaires du pays excderaient ses dpenses sociales.

Troisimement, il faudrait passer minutieusement en revue l'assistance technique pour faire en sorte qu'elle dveloppe effectivement les capacits humaines et institutionnelles des pays en dveloppement. Les antcdents ne sont pas rassurants. L'Afrique reoit actuellement 4 milliards de dollars par an en assistance technique, soit environ 7 dollars par personne. Nanmoins, le dveloppement humain et l'acquisition d'un savoir-faire national n'ont progress que chichement sur ce continent. La Tanzanie, par exemple, reoit actuellement une aide annuelle de 300 millions de dollars en assistance technique. Une bonne partie de cette somme paie les salaires et les voyages des experts trangers (alors que le budget total des services administratifs du pays, par comparaison, est de 100 millions de dollars). Une partie de ces 300 millions de dollars ne pourrait-elle pas tre plus utilement consacre doter le pays d'institutions adquates et de personnels forms ? L'assistance technique toujours croissante dment sa finalit proclame : former des comptences locales et disparatre, au moins sous sa forme actuelle.

Un note dgrisante, pour conclure, sur le changement dquilibre dmographique dans le monde. Comme on l'a vu au chapitre 2, la population des pays en dveloppement, qui reprsentait 69 % de la population mondiale en 1960, devrait en constituer 85 % en 2025, la proportion de celle des pays industrialiss passant, elle, de 31 16 %. Si les gnrations venir dans le Tiers Monde ne sont pas en mesure d'amliorer leur sort grce une aide accorde plus largement et des rgles de commerce international plus librales, ne seront-elles pas plus que jamais pousses migrer, la recherche d'un meilleur cadre cononmique ? Dans un monde o l'instruction se rpand, les moyens de communications s'ouvrent toujours davantage, et o la vague de libert qui secoue l'humanit abaisse les barrires internationales, qu'est-ce qui pourra bien retenir une nouvelle lame de fond de migration internationale ? La rponse consiste permettre aux pays en dveloppement dlargir, dans tous les domaines, la gamme des possibilits qu'ils peuvent offrir leurs ressortissants afin qu'ils ne soient pas contraints d'aller les chercher ltranger, pousss par le pur dsespoir et le dnuement.



ENCADRE 4.10

Proposition pour un dispositif international de refinancement de la dette

Trois lments essentiels sont considrer au moins pour aboutir une solution satisfaisante de la crise de la dette.

Premirement, les prteurs privs ne devraient pas avoir assumer seuls le risque n du manque actuel de liquidits ou d'une potentielle insolvabilit des emprunteurs. Il n'est pas essentiel qu'ils soient rembourss immdiatement, mais ils doivent avoir l'assurance de rcuprer leur d, ou au moins une partie, grce un accord ngoci.

Deuximement, les pays en dveloppement dbiteurs ne peuvent payer que ce que leur excdent commercial leur permet de payer ; mais il n'est ni possible, ni dsirable long ternie, d'oprer un transfert massif de ressources des pays pauvres vers les pays riches. Il n'existe aucune relle alternative une substantielle rduction de la dette dont les gouvernements et les banques commerciales des pays dvelopps devront supporter le cot.

Troisimement, si l'on veut trouver une solution institutionnelle, il est indispensable de mettre en place un intermdiaire international qui sera capable de ngocier des accords spcifiques avec chaque pays, dans le cadre d'un consensus international sur cette question.

La tche essentielle de tout dispositif international de refinancement de la dette consistera :

rchelonner les chances ;

limiter le paiement des intrts une certaine proportion des recettes d'exportation, considre comme un plafond ;

obtenir des rductions substantielles de la dette ;

partager les cots de l'ajustement conomique entre le pays endett et ses cranciers extrieurs ;

protger les nouveaux niveaux de prt ;

veiller l'extension des marchs d'exportation ;

renverser la tendance la diminution des transferts positifs de ressources du Nord au Sud ;

atteindre un nouvel quilibre dans la balance des paiements un niveau plus lev, et non pas infrieur, de production et d'emploi ;

veiller l'adoption de mesures d'amlioration de la gestion conomique dans les pays endetts.

Un tel dispositif devrait logiquement tre plac sous le parrainage conjoint de la Banque mondiale et du FMI. Il devra oprer sur deux fronts : amliorer la fois les politiques internes des pays endetts et leur environnement extrieur. Il faudra peut-tre ractiver les mcanismes en sommeil des allocations en DTS pour trouver les ressources ncessaires propres soutenir ces efforts de ramnagement de la dette.



Mettre en uvre des stratgies de dveloppement humain

Procder des choix politiques clairs

Pouvoir oprer des choix clairs en matire de dveloppement, au niveau des dirigeants comme de la population, est essentiel pour le dveloppement humain. Pour cela, encore faut-il disposer de donnes toujours plus fiables et plus nombreuses ainsi que d'outils d'analyse pratique.

Les systmes actuels de statistiques sociales ont besoin dtre considrablement renforcs dans tous les pays en dveloppement afin d'amliorer la collecte et la fiabilit des donnes, ainsi que leur subdivision notamment en fonction du sexe, du groupe de revenus et du secteur gographique. Un tel renforcement servira galement amliorer la rapidit et la rgularit du recueil des informations, ainsi que leur analyse et leur diffusion auprs des utilisateurs concerns.

Beaucoup de pays ont besoin d'entreprendre des enqutes de mnages dtailles leur permettant d'apprcier la situation nationale. Le renforcement des capacits nationales dans ce domaine a constitu le principal souci du National Household Survey Capabilities Programme de l'ONU, lanc en 1980. De telles enqutes bnficient galement d'un soutien dans le cadre du projet Dimensions sociales de l'ajustement parrain par le PNUD, la Banque mondiale, la Banque africaine de Dvelopppement ainsi que d'autres agences et divers donateurs bilatraux. Compte tenu de la pnurie de moyens pour financer le recueil des donnes, on utilise de plus en plus le raccourci de la mthode dvaluation rurale rapide, pour les tudes portant sur les conditions d'existence de groupes particuliers de population ou de problmes locaux spcifiques. Cette mthode est aussi utilise dans les tudes urbaines.

Donnes et informations sur les comportements au niveau local doivent tre compltes par des informations sur la manire dont les mesures politiques macro-conomiques influent sur la vie des gens. Rciproquement, llaboration de modles devra aussi tenir compte des effets que les tendances sociales positives et ngatives peuvent avoir sur les variables conomiques. Comme on l'a vu en conclusion du chapitre 2, la pauvret a un cot lev, en particulier en termes de potentiel humain gaspill et de productivit perdue. La discrimination envers les femmes a galement un prix lev, tout comme la dgradation de l'environnement. Rendre bien clairs ces coteux gaspillages peut contribuer vivifier la volont politique dont il faudra faire preuve pour que l'on cesse de se focaliser de faon quelque peu troite sur l'accroissement du revenu et les proccupations court terme.

Cibler les mesures politiques et les programmes sociaux

Il est possible de raliser des conomies budgtaires mme quand les ressources sont maigres et d'amliorer l'efficacit des programmes de dveloppement humain, en les adaptant aux besoins et aux intrts de ceux qui ils sont destins. Comme t'a dmontr la discussion du chapitre 3, le besoin de cibler est d'autant plus grand qu'un pays un revenu faible et qu'il est plutt inquitablement rparti. Les actions cibles peuvent tre bases soit sur une approche inclusive, c'est--dire qui cherche assurer la couverture la plus complte possible des bnficiaires potentiels dans le cadre d'un budget donn ; soit sur une approche exclusive, c'est--dire qui n'offre un service qu une catgorie bien dfinie de la population.

On a en gnral appliqu le ciblage aux programmes d'aide alimentaire et nutritionnels, avec un succs considrable. Au Tamil Nadu, en Inde, un programme alimentaire touche plus de 17 millions de personnes. Tous les enfants ayant entre 6 mois et 3 ans sont pess, soit dans un centre de sant communautaire, soit au domicile de leurs parents. Ceux qui ont un poids insuffisant reoivent un complment alimentaire pendant 90 jours. Si leur tat ne s'est pas amlior durant ce laps de temps, ils sont pris en charge par un programme de sant. Le programme du Tamil Nadu est donc ouvert tous le enfants. Mais grce au filtrage opr par le contrle du poids, il est centr sur ceux qui en ont le plus besoin. Le contrle passablement fastidieux de tous les enfants du groupe des 6 mois-3 ans a beaucoup contribu au succs du programme. C'est l'inverse qui s'est pass au Botswana. Le manque de personnel techniquement qualifi et donc d'un filtrage efficace, a fait que beaucoup d'enfants en bonne sant ont aussi bnfici du programme alimentaire du gouvernement.

La leon a tirer de ces expriences (et de bien d'autres) est que l'efficacit d'un ciblage serr dpend des moyens administratifs et techniques locaux. Sinon, il est prfrable de se donner des objectifs plus lches. Par exemple, les programmes de repas scolaires du Brsil et de la Jamaque sont destins tous les enfants scolariss, quel que soit leur statut conomique.

Pour les subventions alimentaires, le ciblage, parfois, a consist restreindre les bnficiaires certains groupes de revenus (par le biais de cartes de rationnement ou de bons alimentaires), et parfois s'est port sur les denres les plus consommes par les plus pauvres (manioc, sorgho, lgumes secs). Confronts des restrictions budgtaires, le Sri Lanka a opt pour la premire mthode, le Maroc pour la seconde. Le passage d'une mthode de subventions gnrales une mthode cible s'est rvl politiquement difficile (les anciens bnficiaires ayant du mal renoncer leurs droits) et impossible grer administrativement.

En gnral, les programmes cibls absorbent entre 1 et 10 % des dpenses totales du gouvernement, et entre 0,2 et 2 % du PNB. Une tude prcise des mesures cibles et des expriences de diffrents pays a dgag six grandes conclusions :

le ciblage des interventions, en particulier dans le domaine des subventions alimentaires, doit trouver un bon point dquilibre entre la faisabilit conomique et la faisabilit politique ;

tant donn la vulnrabilit et le peu de pouvoir dont disposent les plus pauvres, il peut tre ncessaire, pour rpondre leurs besoins, de faire appel la participation de groupes un peu moins pauvres, mieux mme de s'affirmer politiquement ;

les approches slectionnes pour le ciblage doivent corrrespondre aux capacits de gestion du pays. Les programmes ciblage serr, les plus difficiles grer, peuvent en fin de compter se rvler plus coteux que des programmes moins prcisment cibls ;

une approche gographique du ciblage est parfois possible si les pauvres se trouvent concentrs dans une zone dfinie ;

la combinaison d'approches cibles (ciblage gographique avec ciblage par denres pour les aliments subventionns ou avec ciblage par le contrle du poids pour les interventions nutritionnelles) est une mthode qui a fait la preuve de sa grande efficacit en de nombreuses occasions ; le ciblage doit tre utilis pour permettre aux bnficiaires de sortir des groupes-cibles, afin dviter la dpendance vis--vis des aides de l'Etat. Les interventions nutritionnelles et les subventions alimentaires devraient tre lies des programmes producteurs de revenus et des formules d'incitation renoncer au statut de bnficiaire, en particulier pour ceux qui, n'en ayant pas besoin, profitent d'une protection politique.



ENCADRE 4.11

La nouvelle conomie mondiale des services

Les perces technologiques des deux dernires dcennies, en particulier dans l'informatique, ont transform la notion traditionnelle de service. Les qualifications humaines constituent maintenant l'aspect le plus important des activits modernes de la banque, de la finance, de la publicit, des communications, de la gestion d'affaires, et de l'administration publique.

Les services, aujourd'hui, forment la partie prdominante de lconomie mondiale. Ils gnrent prs de 70 % du PNB et de l'emploi dans les nations industrialises. Mais ils sont encore la trane dans les pays en dveloppement, avec des contributions de 48 % au PNB et de 18 % l'offre d'emploi.

Entre 1970 et 1980, le commerce des services s'est dvelopp au rythme moyen de 19 % par an, pour atteindre un chiffre de 435 milliards de dollars en 1980. On estime que le commerce des services pourrait atteindre prs de 1000 millions de dollars des E.U. en l'an 2000.

La plupart des pays en dveloppement enregistrent un solde ngatif pour leurs changes extrieurs de services. Leur dficit net dans ce domaine est pass de 4 milliards en 1970 58 milliards de dollars en 1980. La rapide expansion des services trs demandeurs en spcialistes offre de fabuleuses possibilits aux pays en dveloppement, condition qu'ils puissent convenablement former leurs citoyens.

Lmergence d'un nouvelle conomie mondiale des services, dplace l'avantage comparatif des ressources naturelles vers les personnes. Les pays en dveloppement abritent la majorit de la population de la plante, mais ne dtiennent qu'une petite part du secteur des services au niveau mondial. Il y a l cependant une opportunit saisir pour les pays en dveloppement qui voudront s'organiser, en fonction de ce secteur moderne des services, au cours des annes 1990.



Opter pour des techniques efficaces et peu onreuses

Etant donn que les ressources financires sont souvent trs limites, les planificateurs doivent se concentrer sur les tches prioritaires et trouver les mthodes les plus conomiques pour atteindre leurs objectifs sociaux. Plus les programmes de dveloppement humain seront bon march, plus forte sera la pression sur les responsables politiques et les ministres des finances pour qu'ils procurent les ressources demandes et plus rentables seront les investissements.



Cibler les politiques et les programmes sociaux doivent tenir compte des capacits de gestion existant dans le pays





ENCADRE 4.12

Une stratgie efficace et peu coteuse pour les mdicaments essentiels

La plupart des pays en dveloppement disposent l'heure actuelle d'une lgislation sur les mdicaments et d'une liste des mdicaments de premire ncessit. Beaucoup, cependant, ne semblent pas en mesure d'en faire rellement usage. Selon une enqute portant sur 104 pays, un sur quatre seulement disposait d'une politique pharmaceutique bien dfinie, et un sur cinq seulement avait mis en place un systme convenable pour se procurer et distribuer les mdicaments. Le rsultat a t un gaspillage et un gonflement des dpenses dans ce secteur, dans beaucoup de pays.

La liste des Mdicaments Essentiels de l'OMS en mentionne 250, mais on en trouve normalement beaucoup plus sur le march. En Inde, par exemple, on peut se procurer 25 000 spcialits diffrentes. Pourtant, les experts estiment que les maladies les plus courantes pourraient tre traites avec quelques produits de base : la chloroquine, l'acide accylsalycilique (aspirine), le paractamol, les sels ferreux et la pnicilline.

Ces mdicaments pourraient tre fournis toutes les populations du Tiers Monde 2 % de leur cot actuel. Si la liste des mdicaments de premire ncessit s'allongeait jusqu trente, le cot quivaudrait 7 % des dpenses actuelles.

Une politique pharmaceutique plus rationnelle, associe des systmes d'achat et de distribution des mdicaments mieux conus pourrait faire faire raliser d'importantes conomies aux budgets des secteurs sociaux et aux balances commerciales.

Une plus grande production locale peut souvent permettre des conomies dans l'achat des mdicaments. En 1984, les pays en dveloppement couvraient 41 % de leurs besoins par des importations. Dans beaucoup de cas, la production locale de mdicaments pourrait abaisser leur prix de revient.

La Chine couvre ainsi 90 % de ses besoins. Des laboratoires modernes existent en Argentine, au Brsil, au Mexique, en Core du Sud et en Egypte. Mais dans la plupart de ces pays, les multinationales contrlent une part norme du march : 30 % en Egypte, 50 % en Argentine, 78 % au Brsil et prs de 100 % dans certains pays africains.



Le rcent regain d'intrt pour les technologies efficaces et bon march ne dcoule pas uniquement de la crise des annes 80, mais aussi de la constatation que dans bien des cas elles rpondent mieux aux besoins. On en trouve des exemples dans tous les secteurs : la rhydratation orale et l'allaitement au sein dans le domaine de la sant, l'amlioration du rendement des foyers bois dans celui de lnergie, les techniques de rcoltes pluviales en agriculture.

En liaison avec la question des technologies appropries, les gouvernements se soucient de plus en plus de faire pleinement usage des lments disponibles sur place : quipement, fournitures et services d'experts. Plusieurs pays ont su dvelopper leurs capacits de production des produits pharmaceutiques, comme l'Argentine, le Brsil, le Mexique, la Core du Sud, l'Inde et l'Egypte (encadr 4.12). D'autres pays produisent des aliments de sevrage et d'autres biens de consommation fondamentaux.

Conclusions

L'analyse des principales questions concernant la planification, le financement et la mise en oeuvre de stratgies de dveloppement humain au cours des annes 90 mne quatre grandes conclusions.

Premirement, tant donn l'incidence indirecte mais indniable de la disponibilit de biens et de services sur la diversification des possibilits qui s'offrent chacun, chaque pays doit largir la gamme de ses produits pour assurer la prosprit nationale. Mais comment la croissance conomique peut-elle promouvoir le dveloppement humain ? L'effet n'est pas automatique. Il rsultera d'une action politique dlibre et efficace qui permettra aux gens de participer, pour en bnficier, au processus de dveloppement afin de dvelopper paralllement leurs capacits individuelles et d'en faire l'usage le plus cratif et le plus productif possible.

Deuximement, l'intervention de l'Etat est souvent ncessaire pour assurer l'existence de services sociaux et les mettre la disposition de l'ensemble de la population. Cela s'applique particulirement aux services dducation et de sant, y compris tout ce qui touche la fourniture d'eau potable et aux infrastructures sanitaires. L'intervention de l'Etat peut aussi tre ncessaire pour une meilleure distribution des ressources alimentaires et du logement si la rpartition des revenus favorise un petit nombre et laisse la vaste majorit dans le dnuement. L'une des tches principales de l'Etat est de corriger la rpartition des revenus et des richesses par des transferts de ressources et par un large usage des moyens du secteur public en faveur du dveloppement humain. Doivent tre cependant vites les situations dans lesquelles les plus puissants accaparent une part disproportionne des services sociaux publics. La rpartition de ces services, par rapport aux groupes de revenu n'est pas neutre. Des transferts de revenu cibls peuvent contribuer faire bnficier les plus pauvres de ces services.

Troisimement, on observera que le potentiel humain sera gaspill, si on ne lui permet pas de spanouir et de servir. Le dveloppement conomique devrait crer un environnement qui favorise l'expression des talents. Il devrait harmoniser les comptences dont la socit a besoin avec les qualifications qu'elle cherche dvelopper. Mais la production nationale doit aussi crotre pour que soit fait un bon usage du potentiel humain. L'une des leons du dveloppement est que le recours judicieux aux marchs s'ils ne sont pas crass par une plthore de contrles inefficaces cre souvent un environnement favorable au bon usage des talents et du potentiel de chacun. Mais mme dans un cadre de stimulants efficaces et de croissance gnrale rapide, il y en aura toujours qui, pour une raison ou une autre, ne seront pas en mesure de gagner ne serait-ce qu'un minimum satisfaisant, ni de se procurer le minimum de nourriture ncessaire ou d'acqurir un minimum d'instruction. Il faut donc qu'existent des garanties de soutien public et des filets de scurit. De plus, il faut amener ceux qui souffrent d'un dnuement chronique jusqu un seuil de dveloppement humain qui leur permette de participer pleinement la croissance conomique. C'est alors qu'il appartient au gouvernement de savoir se retirer : car la libert de participer au march en fonction de ses talents et de ses prfrences reste le meilleur moyen de favoriser un usage productif des capacits humaines.

La libert, autrement dit, est la composante essentielle de toute stratgie de dveloppement humain. Les gens doivent tre libres de participer activement la vie conomique et politique dtablir leurs priorits de dveloppement, de formuler les mesures politiques prendre, de raliser leurs projets, et de choisir leur forme de gouvernement pour modeler leur environnement culturel. Une telle libert garantit que les objectifs sociaux ne deviendront pas des expdients mcaniques aux mains de gouvernements paternalistes. Si le dveloppement humain est la coquille protectrice, la libert en est la perle sans prix.

CHAPITRE 5 : UN COUP DE PROJECTEUR

image  Urbanisation et dveloppement humain

Les villes des pays en dveloppement prsentent aujourd'hui de nombreux contrastes. Elles contribuent autant au dveloppement humain qu'elles l'inhibent. Ce sont des centres de richesses o se concentre aussi la pauvret. Elles font ressortir la fois ce qu'il y a de meilleur dans ltre humain, et ses apptits les plus bas. Elles jouissent des meilleures prestations sociales existant dans le pays, mais sont aussi le lieu de bien des maux sociaux : surpopulation, conditions de vie insalubres, problmes de drogue, alination, agitation sociale, pollution de l'environnement.

Quelles devraient tre les perspectives de l'urbanisation ? Dans l'esprit d'une stratgie du dveloppement humain, il conviendrait de renforcer les capacits cratrices et productrices des villes pour qu'elles puissent surmonter leurs nombreux maux. Tel est le dfi urbain dans le monde en dveloppement.



ENCADRE 5.1

L'explosion urbaine

Nous sommes dans le sicle de l'explosion urbaine. Au cours des 35 annes qui ont suivi 1950, le nombre de personnes vivant dans des villes a presque tripl, augmentant de 1,25 milliard. Dans les rgions dveloppes, le chiffre a presque doubl, passant de 450 millions 840 millions, tandis qu'il quadruplait dans le Tiers Monde, passant d'environ 200 millions en 1920 prs d'un milliard en 1980. Entre temps, la population rurale a fait plus que doubler.

En 1940, une personne sur huit seulement vivait dans un centre urbain, et environ une sur cent dans une ville ayant un million d'habitants ou plus.

En 1960, plus d'une personne sur cinq vivait dans un centre urbain, et une sur seize dans une ville d'un million d'habitants ou davantage. En 1980, prs d'une personne sur trois tait un citadin, et une sur dix vivait dans une ville d'un million d'habitants ou davantage.

La population de nombre de grandes villes de l'Afrique subsaharienne a t multiplie par plus de sept entre 1950 et 1980 : Nairobi, Dar-esSalaam, Nouakchott, Lusaka, Lagos et Kinshasa, entre autres. Pendant cette mme priode, la population de plusieurs autres grandes villes du Tiers Monde a tripl ou quadrupl : notamment celles de Soul, de Baghdad, de Dacca, d'Amman, de Bombay, de Djakarta, de Mexico, de Manille, de Sao Paulo, de Bogota et de Managua. L'immigration a en gnral contribu davantage que l'augmentation naturelle ce phnomne.

Cette croissance a dpass de beaucoup tout ce que l'on aurait pu imaginer quelques dcennies auparavant, et un rythme sans prcdent dans l'histoire.



Pour le relever, il y a quatre tches accomplir dans la gestion des villes, au cours de la dcennie venir. La premire est de dcentraliser le pouvoir et les ressources, du gouvernement central vers les municipalits. La deuxime est de gnrer des ressources municipales permettant aux villes de se prendre en charge. La troisime est de dvelopper des stratgies qui rpondent aux besoins en matire de logements et d'infrastructures urbaines, et de concentrer une aide particulire sur les communauts pauvres et les groupes les plus faibles. La quatrime consiste amliorer la qualit de l'environnement urbain.

L'urbanisation dans les pays en dveloppement

La concentration croissante des populations dans les villes est l'heure actuelle un phnomne que connaissent presque exclusivement les pays en dveloppement. La population urbaine des pays en dveloppement, qui slve aujourd'hui 1,3 milliard, devrait s'accrotre de prs d'un milliard supplmentaire au cours des quinze prochaines annes.

D'aprs de rcentes projections faites l'ONU, la population rurale de ces mmes pays atteindra sa limite suprieure vers 2015, date au-del de laquelle la croissance de la population sera concentre dans les zones urbaines. En 2015, la moiti de la population du monde en dveloppement vivra dans des zones urbaines.

On s'attend ce que les taux de croissance soient plus levs en Afrique, o la population urbaine pourrait doubler entre 1985 et 2000. La croissance absolue sera plus grande en Asie, o le villes gagneront 500 millions d'habitants au cours de la mme priode.

L'essentiel de cette croissance (les deux tiers dans beaucoup de villes d'Asie et d'Amrique latine, mais moins de la moiti dans de nombreuses villes africaines), viendra de l'augmentation naturelle des populations dj urbanises. Le reste proviendra de l'exode rural, de l'incorporation des villages dans les agglomrations urbaines en extension, et du changement de taille des concentrations de population partir desquelles une communaut est rpute urbaine.

En 1960, seulement trois des plus grandes agglomrations de la plante se trouvaient dans les pays en dveloppement, et une seule, Shanghai, comptait plus de 10 millions d'habitants. En l'an 2000, il y aura 18 villes de plus de dix millions d'habitants dans le Tiers Monde, et huit d'entre elles figureront parmi les dix plus grandes villes du monde.

Le plus spectaculaire est la croissance laquelle on s'attend pour les villes de plus de 4 millions d'habitants. On en trouvait 19 dans les annes soixante, dont neuf dans les pays en dveloppement. Il y en aura 50 en 2000 et 114 en 2025 sur un total de 135, cette anne-l, pour l'ensemble de la plante.

Villes et dveloppement humain

Les transports et moyens de communications modernes relient les grandes mtropoles du monde et les rapprochent dans un rseau global dchanges de biens, de services, de savoir et de savoir-faire. En avant dans l'effort national de dveloppement, les grande villes gnrent une part importante du PIB de leurs pays :

Lima, avec 27 % de la population du Prou en 1981, produisait 43 % du PIB ;

Manille, avec 13 % de la population des Philippines la mme anne, produisait 33 % du PIB ;

Lagos, avec 5 % de la population du Nigeria en 1978, comptait pour 57 % dans la valeur ajoute totale en produits manufacturs ;

le grand Sao Paulo, o vivaient 10 % des Brsiliens en 1980, contribuait hauteur de 25 % au produit national net cette anne-l, et pour 40 % la valeur ajoute manufacturire totale ;


DIAGRAMME 5.1

Les dix villes les plus grandes, 1960

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les dix villes les plus grandes, 2000

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Port-au-Prince, o vivent 14 % de la population hatienne, gnre 40 % du revenu national.

Manifestement, ce sont les mtropoles du Tiers Monde qui produisent les ressources ncessaires leur propre gestion.

L'urbanisation de la pauvret

Les grands mouvements de population vers les villes dplacent du mme coup le fardeau de la pauvret vers les zones urbaines. On comptait environ 40 millions de mnages urbains vivant dans la pauvret en 1980, pour 80 millions de mnages ruraux partageant le mme sort. En l'an 2000, le nombre des mnages urbains vivant dans une pauvret absolue, d'aprs les projections, aura augment de 76 % pour atteindre le chiffre de 72 millions, tandis que le nombre des mnages ruraux pauvres diminuera de 29 % et sera de 56 millions.

La pauvret des citadins est manifeste dans les tudes rcentes de la Commission conomique pour l'Amrique latine et les Carabes : 22 % de habitants de la ville de Panama taient pauvres en 1983, 25 % des citadins du Costa Rica en 1982, 64 % des habitants de la ville de Guatemala en 1983, et 43 % des habitants de Santiago du Chili en 1985.

Les conomies urbaines ne peuvent pas absorber toute la pauvret rurale. Or, les tentatives de rgler directement le problme de la pauvret en milieu urbain, qui consistent crer des emplois et organiser des services publics non accessibles en milieu rural, ont pour rsultat d'attirer davantage de pauvres des zones rurales ; leur migration annule tout progrs ventuel.

On a pens autrefois que la pauvret en milieu urbain tait le rsultat du sous-emploi et non du chmage, mais les cas de la Malaisie, du Sri Lanka, de la Colombie, de la Cte d'Ivoire et de la Tunisie montrent que le chmage urbain avou a cr depuis le milieu de annes 1970 et qu'il affecte davantage les pauvres. La pauvret urbaine est galement lie aux fluctuations conomiques : la condition des pauvres en milieu urbain a empir au cours de la crise conomique des annes 1980, aprs stre amliore ou du moins stre stabilise pendant les annes 1970.


TABlEAU 5.1

Augmentation prvue de la population urbaine dans les grandes rgions du monde, 1985-2000

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ENCADRE 5.2

Dficience des adductions d'eau et des gouts dans les grandes villes

Quatre grandes villes illustrent bien les obstacles qui empchent de fournir l'eau courante et les gouts dans le contexte socio-conomique actuel :

Dakar, Sngal. Au dbut des annes 80, seul un petit secteur du centre ville disposait des installations de rcupration des eaux uses des mnages et de la ville. Seulement 28 % des foyers urbains disposaient de l'eau courante, alors que 68 % dpendaient des bornes-fontaines publiques et que 4 % achetaient l'eau des revendeurs. A Pikine, la priphrie de Dakar, une moyenne de 700 personnes dpendaient de chaque borne-fontaine, tandis que dans un autre quartier, on trouvait une borne-fontaine pour 1 500 habitants.

Calcutta, Inde. Quelque trois millions de personnes vivent dans des bidonvilles et des installations prcaires sans eau potable. Elles sont victimes de graves inondations annuelles, et n'ont aucun moyen de se dbarrasser de leurs ordures et de leurs dchets. 2,5 millions d'autres personnes vivent dans des quartiers plus anciens, aux services insuffisants. On ne trouve l'eau courante que dans le centre-ville et dans certaines parties des municipalits voisines. Le rseau collecteur se limite un tiers du cur de l'ancien quartier colonial, et son mauvais entretien est responsable d'obstructions priodiques et d'une aggravation des inondations.

Karachi, Pakistan. L'eau potable est canalise ou transporte depuis l'Indus, 160 kilomtres de la ville, et n'est disponible que pendant quelques heures par jour dans la plupart des quartiers. Un tiers des foyers sont branchs sur l'eau courante, et la plupart des deux millions d'habitants des quartiers de squatters doivent soit utiliser les bornes-fontaines, soit acheter l'eau, un prix prohibitif, des revendeurs.

Bangkok, Thalande. Un tiers des habitants n'a pas accs aux adductions d'eau et dpend de l'eau achete des revendeurs ou des voisins. L'eau courante des maisons, et des installations commerciales et industrielles provient essentiellement de puits profonds, que l'on doit surcreuser lorsqu'ils sont pollus. Le pompage de la nappe phratique provoque un affaissement des terrains qui rend les inondations plus catastrophiques. Il n'existe aucun dispositif de tout--lgout (le cot de son installation dpasserait 1 milliard de dollars), et on rejette en gnral les djections humaines dans des fosses septiques mal entretenues ou dans des puits perdus.



Malnutrition et maladies en milieu urbain

La malnutrition semble gagner du terrain dans les villes du Tiers Monde. En Colombie, au Costa Rica, au Guatemala, au Salvador, en Tunisie et au Maroc, le rgime alimentaire rural est suprieur celui des pauvres des villes, en particulier en termes de calories. Et dans plusieurs pays, on dcouvre des enfants atteints de malnutrtion plus svre dans les zones urbaines que rurales.

Le fait que les statistiques des services urbains de sant sous-estiment souvent la gravit des maladies et de la malnutrition dans les quartiers pauvres ne fait qu'assombrir ce tableau dj sinistre.

A Manille, les taux de mortalit infantile dans les bas quartiers, sont le triple de ceux du reste de la ville ; la tuberculose y est neuf fois plus frquente, les diarrhes et l'anmie deux fois plus, et trois fois plus d'enfants souffrent de malnutrition.

A Bombay, le pourcentage des lpreux, dans un quartier de taudis, tait de 22 pour 1 000, alors qu'il tait de 7 pour 1 000 dans l'ensemble de la ville.

A Singapour, la frquence de l'anky-lostomiase, du ver solitaire et de la trichocphalose tait deux fois plus forte chez les squatters que chez les habitants d'appartements normaux.

A Abidjan, la tuberculose tait six fois plus frquente dans les quartiers les plus deshrits de la ville que dans la Cte d'Ivoire rurale.

A Dakar, un tiers de la population de la priphrie urbaine tudie prsentait des cas de ver solitaire, contre trois cas sur 400 dans le Sngal rural.

Dans les grands bidonvilles de Port-au-Prince, Hati, plus de 20 % des nouveau-ns meurent avant leur premier anniversaire, et 10 % de plus avant leur deuxime, taux presque trois fois suprieurs ceux des zones rurales.

Les revenus nominaux d'un citadin pauvre peuvent tre suprieurs ceux d'un rural pauvre, mais les revenus rels sont rarement meilleurs. Cela tient ce que les services sociaux du gouvernement, bien que favorisant en gnral les zones urbaines, n'arrivent que rarement toucher les citadins pauvres. Les conditions de logement des pauvres en zone urbaine sont bien pires qu'en zones rurales, comme ltat de l'environnement, des adductions d'eau et des systmes sanitaires. Peu de gouvernements ont mis sur pied des programmes efficaces pour rduire la pauvret en milieu urbain, laissant les pauvres se dbrouiller tout seuls : ils se construisent leur propre logis, se trouvent du travail dans le secteur informel, et font mme pousser leurs propres lgumes ou des cultures vivrires qu'ils commercialisent.

La qualit de l'environnement urbain

Aucune des villes des pays en dveloppement ne peut s'offrir l'infrastructure des mgalopoles des pays dvelopps. Elles sont aux prises avec des problmes de tout--lgout insuffisant et de risques d'inondation. Trs peu disposent de systmes complets d'adduction d'eau ou de collecteurs d'eaux uses, le manque de ces services tant particulirement dramatique dans les quartiers de taudis ou d'habitat spontan. La plupart des grandes villes du Tiers Monde ont des rseaux lectriques et tlphoniques peu fiables, un rseau routier surcharg et mal entretenu et des transports publics notoirement insuffisants.

Le coup de frein conomique des annes 80 n'a fait qu'aggraver les difficults d'installer et d'entretenir une infrastructure urbaine. Les politiques d'ajustement structurel ont lourdement pes sur les dotations budgtaires des secteurs sociaux, et rendu les villes incapables de rpondre aux besoins essentiels. A Dares- Salaam, les dpenses par habitant en services urbains ont rgress de 11 % par an entre 1978 et 1987. A Nairobi, les dpenses d'investissement pour l'eau et l'assainissement ont chut de 28 dollars des E.U. par habitant en 1981 2,50 dollars en 1987, et les dpenses d'entretien de 7,30 2,30 dollars, ce qui reprsente une baisse globale pour les investissements et l'entretien de 28 %.

Ces importants dsinvestissements en services urbains laissent prsager de graves consquences pour l'environnement urbain et la productivit des villes. En Tanzanie, par exemple, beaucoup de journes de travail sont perdues chaque anne cause de frquentes coupures dans la distribution de l'eau et de llectricit ; les impts sur te chiffre d'affaires s'en trouvent diminus, les prix la consommation augments. Depuis deux dcennies, des pertes de productivit du mme ordre, toujours en Tanzanie, sont dues un sous-investissement dans les transports publics.

Le problme du logement

Le secteur du logement reconnu btit rarement plus de 20 % de nouvelles habitations dans les villes du Tiers Monde. Le reste relve de la construction sauvage, des degrs divers d'illgalit, allant de l'occupation sans droit d'un sol la ngligence gnrale des rgles de construction, des normes d'infrastructure, des restrictions de zone et des rglements dans l'usage des sols et du cadastre. Au dbut des annes 80, pour une unit urbaine de logement construite dans les rgles, il en poussait neuf autres sauvages, dans les pays en dveloppement bas revenu. La grande masse de la population urbaine en pleine croissance se trouve donc loge dans les conditions illgales de l'habitat spontan.


DIAGRAMME 5.2

Population urbaine dans les zones d'habitat spontan

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La surpopulation est alarmante dans les taudis du centre des villes, l o ldification de logements illgaux est svrement limite et o la lgislation sur le contrle des loyers dcourage la construction de nouveaux immeubles locatifs. A Kumasi, au Ghana, trois familles sur quatre doivent vivre dans une seule pice. Le manque de logements a conduit une surpopulation semblable dans bon nombre d'autres villes du Tiers Monde. La moiti de la population de Calcutta, un tiers de la population urbaine de Mexico et la plupart des citadins d'Afrique vivent dans de telles conditions. Une famille alterne avec une autre, selon les heures, pour l'utilisation d'un mme logis.



Les gouvernements reconnaissent l'impossibilit d'inverser le flux de l'urbanisation, ou mme de le ralentir de manire sensible



Le contrle de l'invasion et de l'usurpation d'emplacements par les squatters fait que beaucoup de pauvres, en ville, sont obligs de louer un appartement ou de faire le choix plus coteux d'acheter un terrain (de plus en plus rare) illgalement morcel. Les locataires sont d'ordinaire plus pauvres que les propritaires-occupants dans ces installations illgales, et beaucoup d'entre eux prfreraient vivre dans des logements bon march (et rinvestir dans leur village) plutt que d'investir dans une maison en ville.

Tentatives manques pour renverser le courant

Les gouvernements de la plupart des pays en dveloppement reconnaissent la difficult, sinon l'impossibilit, d'inverser le flux de l'urbanisation, ou mme de le ralentir de manire sensible.

L'urbanisation tant invitable, les planificateurs tentent maintenant de dvelopper les zones rurales et les villes de march ainsi que de grer les cits avec plus d'efficacit pour en faciliter la croissance conomique.

Depuis les annes 1950, plusieurs trains de mesures et de programmes ont tent de dissuader les gens dmigrer vers les villes. Ces programmes ont chou : l'attraction exerce par les villes, et la pression exerce l'inverse par les campagnes n'ont fait qu'acclrer l'urbanisation. En outre, les gouvernements ont implicitement favoris le dveloppement urbain par le traitement prfrentiel qu'ils ont accord aux villes, en matire de dveloppement industriel, de politique des prix, d'investissements en infrastructure, de services sociaux, et de subventions alimentaires ou autres.

L'ide du dvelopppement rural intgr tait dlever la productivit agricole et de persuader les gens de rester sur leur exploitation. Mais de tels projets taient trop complexes et manquaient du personnel qualifi ncessaire pour les mettre en uvre, en particulier en Afrique. La plus grande faiblesse de ces projets tenait ce qu'ils ne touchaient pas suffisamment les ruraux les plus dshrits pour mettre fin leur migration.

Les projets de colonisation, d'ouverture de nouvelles terres, proposs gnralement la place d'une rforme agraire, n'ont bnfici qu une petite fraction des ruraux pauvres, sans avoir d'effet sur l'exode rural.

On a galement tent, pour mettre un frein cette migration, dtablir un salaire rural minimum pour rduire lcart avec les salaires en ville, lequels constituent un fort stimulant la migration. Mais l o cette mesure a t applique, elle a eu pour rsultat le remplacement des ouvriers agricoles permanents par des saisonniers, et n'a fait qu'acclrer la mcanisation des fermes. Le salaire rural minimum a donc conduit au chmage rural et une baisse de revenus, incitant sans doute l'exode rural.

Les mesures prises par les villes pour dcourager la migration se sont en gnral limites la destruction des nouvelles installations de squatters, avec une tolrance pour les plus anciennes qu'on lgalisait et auxquelles on fournissait parfois des services. Une variante de cette mthode est l'expulsion priodique d'immigrs chmeurs, du Congo, du Niger, de Tanzanie et du Zare. Ces mesures, comme des tentatives similaires pour expulser ceux qui couchent dans la rue ou les vendeurs la sauvette, sont en gnral diriges contre les nouveaux arrivants. Trs impopulaires, elles n'ont gure d'effet permanent. Les autorits indonsiennes, au dbut des annes 70, ont essay de contrler la migration vers Djakarta en dlivrant des permis temporaires, exigeant des nouveaux-venus qu'ils aient trouv un logement et un emploi en six mois, dlai au-del duquel ils taient expulss. D'une efficacit discutable, ce contrle ne tarda pas tre supprim.

Les gouvernements des pays en dveloppement ont galement essay, dans les annes 1960 et 1970 de crer des ples de croissance et de stimuler le dveloppement le long des grandes voies de communication qui les reliaient. Conue pour ralentir la croissance des grandes zones mtropolitaines et rquilibrer la rpartition de la population urbaine, la mthode des ples de croissance cherchait stimuler le dveloppement par des investissements dans l'industrie lourde et les autres activits industrielles. Mais souvent, ces ples de croissance taient trop peu quips en infrastructures et services. Les cots de transport vers les grandes mtropoles et les ports taient levs, et ces industries taient sans liens rels avec les marchs locaux, tant pour la main-duvre que pour les matires premires. Les ples de croissance conomique devinrent de petites enclaves conomiques ne stimulant que peu la croissance rgionale, quant ils ne drainaient pas leur profit les ressources de lconomie locale. De plus, l'essentiel du dveloppement le long des voies de communication entre ples se produisait proximit des grands secteurs mtropolitains, ce qui ne faisait qu'en augmenter ltendue et le surpeuplement.

On compte aussi quelques tentatives pour dpeupler les zones urbaines, toutes par des moyens coercitifs, et toutes abandonnes. Le programme de retour la terre de la Chine a dplac des millions de gens des ville vers la campagne, entre 1961 et 1976. Ce programme exigeait un solide contrle administratif et dplaisait tout autant aux personnes dplaces qu celles qui taient forces de les accueillir. Une fois ce contrle allg ou supprim, le processus s'inversa naturellement de lui-mme. C'est aux Khmers rouges que l'on doit la tentative la plus systmatique de retour la terre, aprs la prise de Phnom Penh, en avril 1975. Ce sont peut-tre trois ou quatre millions de personnes qui furent envoyes de force la campagne ; mais finalement, la plupart revinrent.

L'exode rural se poursuit donc, indpendamment des mesures prises par les autorits, car les migrants n'y voient que des avantages, aussi bien pour eux-mmes que pour ceux qu'ils laissent derrire eux. Tant que des diffrences existeront entre les zones rurales et les zones urbaines, les gens continueront dtre attirs par les villes pour profiter de meilleures coles, de meilleurs services sociaux, de possibilits de salaires plus levs, d'agrments culturels, de nouveaux modes de vie, d'innovations technologiques et de liens avec le monde.

Dans beaucoup de cas, l'urbanisation contribue au dveloppement rural. Parmi les avantages principaux, on trouve la plus grande scurit conomique des mnages et des familles largies, qui tirent leurs revenus la fois de la ville et de la campagne. De nombreuses villes, en particulier les plus petites, procurent des emplois occasionnels ou temporaires aux travailleurs agricoles, quand ils ne sont pas requis par les travaux de la ferme ; et de nombreux migrants envoient une part considrable de leurs revenus leur famille reste au village pour l'aider. Au Kenya, l'emploi salari urbain est la principale ressource de revenus montaires non agricoles pour les familles de petits propritaires. C'est la rponse aux restrictions de crdit et d'argent imposes aux petites exploitations agricoles. Les revenus rguliers (majoritairement urbains) de l'emploi salari et les envois effectus par des parents (presque tous citadins) constituent plus des trois quarts des revenus montaires d'origine non agricole au Kenya.

Les zones urbaines absorbent galement la main-duvre rurale en excs, rsultant de la croissance naturelle de la population et de la mcanisation de l'agriculture. Les villageois les plus solides et les plus instruits ont tendance migrer, et c'est souvent le village qui les soutient, au dbut, jusqu ce qu'ils aient trouv un emploi. Ce filet de scurit contre lchec fait porter bien des cots de l'urbanisation sur les familles des migrants, mais en retour, ceux-ci les remboursent non seulement en argent, mais en nouveaux savoir-faire et en innovations.

La gestion des villes quatre grandes questions pour les annes quatre-vingt-dix

L'urbanisation rapide n'est ni une crise ni une tragdie. C'est un dfi pour l'avenir. Le processus d'urbanisation a cr une foule de nouvelles possibilits troitement mles de nouveaux problmes mal compris. Trop souvent, l'approche conventionnelle de ces problmes s'est embourbe dans l'incapacit de la bureaucratie comprendre les besoins, les motivations et la tnacit des migrants urbains. Les dcrets pour restreindre l'usage du sol, faire respecter les rgles de construction, dmolir les taudis et mettre en uvre des programmes de logement se sont souvent rvls coteux et inutiles.



L'urbanisation rapide n'est ni une crise ni une tragdie. C'est un dfi pour l'avenir



Les villes sont le lieu dlection pour la cration de la richesse. Elles procurent l'infrastructure de base de la croissance conomique et des transformations sociales, et continuent d'attirer les gens prcisment parce qu'elles offrent l'occasion de profiter de cette richesse et de cette croissance. Dans les villes d'aujourd'hui, l'accent doit tre clairement mis sur une meilleure gestion qui, abandonnant les mthodes passes voues lchec, fasse place des mesures et des pratiques plus appropries. Cette gestion doit faire davantage pour mobiliser la richesse urbaine au bnfice de la ville dans son ensemble, afin de maintenir et dvelopper l'infrastructure et les rseaux de services indispensables aux activits de l'agglomration, mais aussi de mieux prendre en charge le nombre croissant des pauvres. Le dfi lanc aux planificateurs et aux dirigeants des pays en dveloppement pour les annes 90 est d'identifier et de mettre en uvre des programmes novateurs qui s'attaqueront quatre questions cruciales :

dcentraliser le pouvoir et les ressources du gouvernement central vers les municipalits ;

gnrer les revenus municipaux par le biais de ressources locales, avec la participation active du secteur priv et des organisations de la communaut ;

mettre l'accent sur les stratgies habilitantes pour le logement et l'infrastructure, avec un programme d'assistance spciale cibl sur les groupes les plus faibles ;

amliorer la qualit de l'environnement urbain, en particulier pour la grande majorit des pauvres des villes qui vivent dans les taudis et les espaces squattriss.

Dcentraliser

La gestion des villes est bien loin dtre en tte des priorits pour la plupart des gouvernements des pays en dveloppement. Seules quelques villes peuvent lire leur propre administration et disposent d'un accs sr aux ressources, sans contrle du gouvernement central. Il n'existe cependant aucune raison pour que les autorits centrales se dessaisissent d'elles-mmes d'une partie de leurs pouvoirs, sauf subir des demandes pressantes en services qu'elle ne peuvent fournir. Le risque est rel aussi qu'elles ne transfrent leurs pouvoirs que pour ne pas subir de discrdit, ou qu'elles le fassent sans transfrer aussi les ressources qui permettraient aux municipalits de prendre la relve.

Les villes ne peuvent esprer se grer elles-mmes convenablement tant qu'elles ne disposeront pas d'un personnel suffisant. Le manque de professionnels forms pour planifier, instaurer, grer et maintenir des systmes complexes de services ne fait que souligner le besoin d'une plus grande libert administrative et financire. La croissance de la fonction publique moderne s'appuie en gnral sur une population citadine croissante, mieux organise et plus puissante et qui a dvelopp son propre systme de valeurs civiques : l'accent est mis sur l'intgrit de l'administration, sur la planification, le respect de lois et des rglements, la promotion en fonction des ralisations, l'ordre public, le bien-tre, l'imposition des proprits et la responsabilit devant les citoyens. Le citadins africains, par exemple, exigent une meilleure gestion de leurs villes et certains gouvernements ont commenc ragir.

Dans la plupart des pays en dveloppement, cependant, le pouvoir politique est encore trs centralis. Peu de villes peuvent se gouverner elles-mmes en lisant un conseil municipal et un maire. La tradition d'un gouvernement local responsable et d'un cadre de dirigeants locaux comptents est lente se mettre en place ; et mme lorsqu'ils existent, ils ont tendance se comporter comme des antennes du gouvernement central.

Des mesures, ralistes lgard de la croissance urbaine, tentent d'orienter celle-ci des grandes villes vers les villes plus petites, plus accessibles aux zones rurales ; de diriger les investissements en infrastructures et en services publics ailleurs que vers les capitales pour soutenir les marchs et les petites industries ayant des liens troits avec la communaut rurale. Un lment d'importance critique est ici la dcentralisation financire : elle permet aux petites villes de contrler leur budget de dveloppement et de lever des impts locaux. La loi de dcentralisation de 1986, en Colombie, est typique des efforts que dploient cet gard de nombreux pays en dveloppement.

Plusieurs pays disposent de plans nationaux et d'une politique pour renforcer les petites villes et les villes moyennes. Le nouveau plan de dveloppement national de l'Equateur met particulirement l'accent sur 16 de ces villes, dont il veut faire des centres d'industries de transformation des produits agricoles. La Thalande a constitu cinq villes en ples rgionaux et a dcentralis son systme universitaire, accru les investissements en infrastructures et en rhabilitation des taudis, et renforc les moyens locaux en matire d'impt et de planification. Le Kenya envisage galement d'investir dans l'infrastructure de ses villes de province. Dans quelle mesure les villes moyennes absorberont-elles le flux des migrants, ou seront-elles une simple tape, cela reste voir.

Les petites villes et les villes moyennes, avec leurs liens en amont et en aval avec leur environnement rural, encouragent manifestement la fois le dveloppement rural et le dveloppement urbain, en particulier lorsqu'elles se trouvent dans des rgions rurales conomiquement actives. La valle suprieure du Rio Negro et du Neuquen, en Argentine, montre comment les relations peuvent se dvelopper entre ville et campagne, en procurant des emplois non agricoles au surplus de population rurale et en raccourcissant les distances de migration.

Gnrer des revenus municipaux

Si les villes doivent se grer elles-mmes, rsoudre leurs propres problmes et dterminer de faon autonome leur gestion financire, o vont-elles trouver l'argent ?

Le systme des finances municipales de six grandes villes d'Asie Bangkok, Calcutta, Djakarta, Karachi, Osaka et Soul met en vidence un degr lev d'autonomie fiscale, puisque entre 70 et 100 % de leur budget est financ par des ressources locales. Mais toutes les six prsentent de srieuses dfaillances dans leurs services, ou une grave dtrioration de leur environnement physique, et toutes les six ont besoin de trouver des ressources supplmentaires.



La plupart des villes peuvent gnrer les fonds ncessaires leur propre amlioration



Une simple augmentation des transferts financiers du gouvernement central n'est cependant pas la bonne rponse. Chacune des administrations de ces villes aurait pu gnrer les fonds ncessaires, s'il lui avait t permis d'exploiter plus efficacement l'assiette de ses ressources locales, soit en assouplissant les restrictions affectant les taux d'imposition, les surtaxes et les critres dvaluation, soit en lui laissant le contrle sur d'autres prlvements confis des chelons administratifs moins motivs pour remplir efficacement cette fonction. L'apparente indpendance fiscale de chacune de ces six villes est donc illusoire.

Le principe fondamental pour amliorer les systmes de financement municipaux est que les villes soient libres de s'organiser elles-mmes sur le plan financier. Cela doit s'accomplir par la cessation progressive des contributions et des subventions du gouvernement central et leur remplacement par des revenus d'origine locale.

Les citadins, d'ordinaire, acceptent de payer pour des services, s'ils peuvent en voir les avantages directs. Ceux-ci sont vidents dans les cas de fourniture d'eau et dlectricit, ils le sont tout autant en matire de voirie, dgouts, de drainage, de police, de lutte contre les incendies, condition que les prestations correspondantes soient suffisamment proches pour donner de la valeur leur proprit.

Beaucoup de pays se servent de la taxe foncire comme ressource de base pour le budget des infrastructures municipales et de leur fonctionnement. Les propritaires bnficient en effet de la valeur que prennent leurs terrains ou leurs immeubles, et les services financs par les impts locaux restituent une partie de ce gain la communaut.

Le systme de l'impt foncier urbain au Brsil est un exemple intressant d'administration de ces impts (encadr 5.3). Bien que sa logique soit assez vidente, les administrations municipales ont en gnral t lentes l'appliquer, ou l'ont mal appliqu. Les propritaires, en particulier ceux qui dtiennent des terrains vacants, se sont opposs l'impt, sous le prtexte que leurs terrains ne produisaient aucun revenu, et qu'ils n'avaient aucun moyen de le payer. L'une des faons de tourner cette difficult consiste repousser le paiement des impts (augments d'intrts) sur les terrains vacants au jour o ceux-ci seront vendus, ce qui revient prter l'argent au propritaire et le rcuprer plus tard.

Les impts sur le capital foncier urbain, en particulier sur les plus-values des proprits, peuvent plus que compenser le cot de services ncessaires en zone urbaine. Mais ces taxes supposent une trs grande confiance de la part de ceux qui devront payer les impts les plus levs, ainsi que de profonds changements de comportement de la part de ceux qui administrent les ressources municipales.



ENCADRE 5.3

L'impt foncier urbain au Brsil

L'exprience du Brsil en matire d'impt foncier urbain est riche d'enseignements sur la pratique comme sur les processus de mise en uvre de rformes administratives.

Aux termes de la rglementation il faut identifier systmatiquement toute nouvelle construction et l'incorporer aux rles. Au Brsil, les municipalits utilisent des enqutes sur le terrain pour mettre jour leurs informations, qu'elles confrontent celles d'autre agences afin de signaler les changements d'assiette.

La conversion des caractristiques visibles d'une proprit foncire en une estimation de sa valeur marchande exige une connaissance trs pousse du march immobilier et foncier. Pour rsoudre ce problme, le Brsil emploie un systme trs simplifi dvaluation d'ensemble, bas sur quelques caractristiques immdiatemment observables et mesurables de chaque proprit. On ne demande pas d'autres aptitudes aux valuateurs de terrain que de savoir mesurer et crire.

Des donnes prcises sur les prix du march sont essentielles pour procder une valuation srieuse. Les municipalits du Brsil se servent d'informations sur les cots de la construction provenant de sources industrielles.

Pour recouvrer l'impt il faut identifier le contribuable. Etant donn que les registres sur la proprit ou la location peuvent ne pas tre accessibles l'autorit fiscale, les municipalits tiennent toute personne qui occupe la proprit pour responsable du paiement de la taxe. Cette large dfinition dispense les municipalits de toute obligation d'apporter la preuve lgale de la possession avant d'imposer la taxe.



Le manque de qualification pour l'administration est le premier obstacle la mobilisation des ressources destines aux infrastructures et aux services de la ville. C'est la svre pnurie de personnel qualifi, notamment de comptables et de gestionnaires financiers, qui est en cause ici, mais aussi un certain manque de motivation d la faiblesse des salaires, aux plans de carrire limits, et l'inefficacit des contrles et des systmes dvaluation.

Les redevances des usagers sont aussi riches de promesses. Par exemple, la ville de Mexico envisage d'amliorer ses fournitures en eau au cours des annes 1990 en allant pomper celles de la rivire Tecolutla, 200 kilomtres de la ville. Mais la Tecolutla coulant 2 000 mtres plus bas que la capitale, six centrales lectriques de 1 000 mgawatts seront ncessaires pour amener l'eau. La construction de ces centrales cotera au moins 6 milliards de dollars, soit approximativement la moiti des intrts annuels que le Mexique rembourse pour sa dette extrieure. Si ce prix de revient est rparti sur les citadins et sur dix ans, l'augmentation ne sera en moyenne que de moins de 0,10 dollar par jour et par personne.

L'ironie des choses, dans les villes du Tiers Monde, aujourd'hui, est que les pauvres, bien qutant les moins mme de payer, risquent de devenir les partisans les plus chauds de tarifs plus levs, du moment que le service est assur. En gnral, d'ailleurs, ils paient beaucoup plus cher l'eau des rseaux que les riches. Les pauvres de Lima paient chaque litre d'eau qu'ils consomment dix-huit fois plus cher que les groupes plus aiss. Il serait donc plus quitable de taxer les citadins pour les services urbains tout en s'assurant que les services bnficient rellement aux pauvres.

Stratgies habilitantes pour le logement et l'infrastructure

Les ressources financires et humaines limites des municipalits et des gouvernements centraux font qu'il est particulirement important de mettre contribution lnergie de tous les acteurs de la scne urbaine. Le meilleur moyen de librer cette nergie, pour les gouvernements, consiste laisser d'autres organismes qu'eux-mmes le soin de fournir lesdits services, qu'il s'agisse de producteurs officiels ou non, d'organismes communautaires ou non gouvernementaux, voire d'associations de rsidents urbains. Les stratgies habilitantes sont celles qui peuvent se rvler les plus rentables dans le domaine du logement et de l'infrastructure urbaine.

La Stratgie globale du logement pour l'an 2000, appuye par l'Assemble gnrale de l'ONU, prconise une approche habilitante afin que les citadins se procurent leur propre logement. Il est recommand que les gouvernements transfrent leurs moyens, financiers notamment, des agences capables de procurer les matriaux de construction, l'infrastructure et le financement pour la construction de logements, en vitant les projets d'urbanisme spectaculaires, comme les tours d'appartements et les projets dispendieux (sites et services de choix) qui ne bnficient qu relativement peu de personnes, au grand dtriment des autres.

Les matriaux, l'infrastructure et le financement, voil qui importe infiniment plus aux ventuels propritaires que les promesses d'un gouvernement pour des projets d'urbanisation. Les autorits devraient donc surtout chercher dgager des terrains constructibles, ajuster droit et rglementation aux besoins les plus criants comme aux pratiques et aux conditions du secteur non officiel, amliorer l'infrastructure des lotissements sauvages existant dj, garantir la jouissance de la terre et rgler les diffrends lorsque des personnes sont menaces d'expulsion (encadr 5.4).

Les services publics, pour les rues, les trottoirs, l'eau courante, les infrastructures sanitaires, llectricit et la collecte des eaux pluviales, sont les moyens les plus efficaces d'augmenter le stock de logements urbains, de ralentir l'inflation des prix des terrains et de stimuler l'investissement priv dans ce domaine (encadr 5.5). Dans beaucoup de pays en dveloppement, le gouvernement central construit les grands axes et laisse d'autres le rseau secondaire. A Bangkok, un programme non officiel de construction de routes a permis d'amliorer considrablement les liaisons entre grandes villes, ce qui a entran une augmentation rgulire des possibilits de btir des logements. Presque un quart des parcelles de terrain, dans l'un des districts de la priphrie, tait accessible par la route, grce l'intelligence et aux talents pour la ngociation des courtiers, promoteurs et responsables locaux.



ENCADRE 5.4

Bangkok : on partage le terrain, on n'expulse pas

Une grande partie des bons terrains du centre de Bangkok tant occupe par les pauvres, plus de 5 000 familles ont t expulses entre 1985 et 1986 pour laisser la place des rues, des centres commerciaux et des btiments publics.

La menace de l'expulsion a eu pour effet de resserrer les communauts, et les mieux organises ont rsist l'expulsion pure et simple en ngociant un partage du terrain avec les propritaires. La communaut accepte dvacuer la meilleure partie d'un site destin au centre commercial, en change du droit d'acheter ou de relouer le restant pour reloger les anciens occupants.

Cinq accords de partage de terrain ont ainsi t signs Bangkok en 1985, et trois depuis. Le plus important l'a t Klong Toey, o les autorits portuaires ont libr un vaste primtre pour reloger 1 300 familles ayant accept de se dplacer pour laisser la place un nouveau port de conteneurs.

Les expulsions tant toujours des affaires extrmement dlicates, ce type d'arrangement, compromis o tout le monde a quelque chose gagner, bnficie d'un soutien politique considrable.





ENCADRE 5.5

L'amlioration des kampungs de Djakarta

La plupart des citadins, en Indonsie, vivent dans des kampungs, communauts htrognes o pauvres, familles revenus moyens et mme riches se ctoient. Leurs infrastructures sont souvent mdiocres, pour des densits de population pouvant atteindre 21 500 personnes au km2. Beaucoup d'habitations sont temporaires, une grande partie d'entre elles tant remplaces tous les ans.

L'administration municipale de Djakarta a lanc le Programme d'amlioration des Kampungs en 1969, pour renforcer leurs infrastructures physiques. Il a russi amliorer les conditions d'existence dans environ 500 kampungs, pour une population totale de 3,8 millions de personnes.

Le premier cycle de cinq ans de ce programme avait un caractre trs autoritaire, et s'attachait essentiellement des ouvrages de travaux publics comme les chausses, les passages pitonniers, les gouts, les adductions d'eau. Des prts de la Banque mondiale ont permis dlargir les deux programmes quinquennaux suivants environ 200 autres villes.

Parmi les nouvelles activits introduites dans certains kampungs figurent la collecte des ordures, la construction d'installations sanitaires, des formations l'horticulture et aux soins de sant, un enseignement professionnel ou gnral. Le programme ne s'occupe pas des logements.

Ce programme bnficie d'une relle adhsion populaire, et on constate une augmentation substantielle des investissements dans la construction prive de logements, cause de l'amliotation de l'infrastructure. Le programme a galement eu pour effet d'accrotre la valeur des immeubles et le niveau des loyers non officiels.





ENCADRE 5.6

Les transports publics informels en Afrique

A Kinshasa, on trouve les fula-fulas (camions de dix tonnes bchs) et les kimalu-malus (gros breaks dont le nom signifie ceux qui vont trs vite) ; Dakar, les cars rapides ; Dar-es-Salaam, les dala-dalas, du nom de la picette d'argent qu'il en cote pour une course ; Nairobi, les matatus, des minibus qui doivent leur nom leur tarif unique, trente centimes.

Les capacits de transport de ces petits entrepreneurs privs ont considrablement augment au cours des annes 80, et dans beaucoup de villes d'Afrique, plus de 50 % de dplacements en transports publics se font dans leurs vhicules.

Ces petites entreprises de transport sont aussi d'importants employeurs. A Dakar, les 523 cars rapides donnaient du travail 3420 personnes en 1975 et en faisaient vivre 22 230. Au Kenya, le secteur du transport petite chelle employait 17 000 personnes en 1986 et gnrait un chiffre d'affaires de 140 millions de dollars.

La KBS, socit de Nairobi ayant le monopole des transports par bus, par comparaison, ne transportait que 42 % des passagers au dbut des annes 80, les matatus raflant presque tout le reste du march.

Environ 15 % des matatus appartenaient des personnes ne possdant qu'un vhicule, le reste tant partag par des entreprises dotes de parcs importants. Celles-ci craient 50 % d'emplois de plus par passager que le systme de bus publics, des emplois allant trs majoritairement aux pauvres.

Les matatus furent compltement lgaliss en 1984, ce qui augmenta l'investissement priv et amliora te service. Restent certains problmes, cependant, en particulier en ce qui concerne la scurit des passagers et le mauvais entretien des vhicules. Une rglementation intrieure de ce mode de transport en commun ferait beaucoup pour le rendre plus sr, donc plus attirant pour les usagers et plus profitable pour les entrepreneurs.





ENCADRE 5.7

Une communaut se dote dgouts Karachi

Les rsidents de la communaut pauvres d'Orangi ont obtenu le branchement d'un systme dgouts avec l'aide d'organisations non gouvernementales (ONG) entreprenantes. Vaste secteur d'habitat spontan illgal, le quartier d'Orangi abrite 700 000 personnes, soit 10 % de la population de la ville.

Les parcelles de terrain s'alignent le long de ruelles non goudronnes, sans installations de services publics. La Karachi Metropolitan Corporation (KMC) et la Karachi Development Authority (KDA) ont la responsabilit de l'installation de services tels que les grandes voies d'accs, le tout--lgout et le adductions d'eau, mais on exige de rsidents qu'ils paient leurs branchements sur les lignes principales. Dans le cas du tout--lgout, le prix officiel du raccordement d'une maison est de 100 roupies ( peu prs 5 dollars) pour chaque mtre carr du terrain sur lequel slve la maison, un tarif considr comme trop lev par des familles qui n'avaient dpens que 20 000 roupies, en moyenne, pour btir leur maison.

En 1980, une oganisation non gouvernementale commena installer dans la communaut un rseau de collecteurs qui revenait moins cher que les installations de l'Etat. L'ONG dcoupa la communaut en alles de 15 20 maisons, choisit des techniques meilleur march en matire de conduits, de fosses septiques et de puisards. Chaque alle tait responsable pour elle-mme et devait s'acheter les matriaux ncessaires.

Il fallut trois ans pour mettre au point tes solutions techniques destines desservir les sites individuels, mais les cots de construction furent ramens environ un vingtime du taux officiel. Le prix des conduits tomba de 100 roupies par pied 13 ; celui des fosses septiques de 2 000 roupies 160 et celui des puisards de 500 70. A la fin de 1985, plus de la moiti des quelque 10 000 alles d'Orangi disposait d'un systme dgout qui fonctionnait, montrant par l l'efficacit des ONG dans l'organisation de projets communautaires participatifs cots rduits.



On peut aborder de diffrentes manires la question du recouvrement des sommes engages, et celle de savoir qui incombe la responsabilit d'une expansion urbaine efficace. L'une des approches possibles est le systme de remembrement, tel qu'il a t mis au point en Allemagne fdrale et est pratiqu couramment au Japon et en Core du Sud. Il exige un haut degr de confiance et d'organisation, cependant, et n'est pas facile imiter.

Les secteurs privs et non officiels peuvent grandement contribuer dvelopper les services urbains, en particulier le logement, mais il faut trouver un quilibre entre privatisation et hyper-rglementation. Les savoir-faire et les ressources en organisation des associations de volontaires et du secteur priv doivent venir complter ceux du gouvernement central et des municipalits, comme dans le dveloppement du systme des transports en commun privs Nairobi (encadr 5.6) ou celui de projets de logements prix modrs Bangkok.

Les organisations non gouvernementales et les organismes issus de la communaut peuvent apporter aux autorits municipales un soutien considrable en matire d'organisation et d'expertise. Dans beaucoup de grandes villes, des centaines d'organisations de ce type sont en contact direct avec les habitants pauvres. Elles comprennent leurs besoins et savent les prsenter avec cohrence. Et elles peuvent jouer un rle important de relais entre les grandes administrations bureaucratiques et les communauts naissantes, du fait de la plus grande confiance que leur accordent les donateurs et les populations pour administrer les fonds.

Les constructions faites par les gens eux-mmes et l'entretien des services publics par la communaut peuvent revenir moins cher tout en tant meilleurs que ces mmes services, lorsqu'ils sont aux mains d'une pesante administration municipale. A Karthoum, au Soudan, une forte tradition de comportement autonome (aide-toi toi-mme) dynamise des projets locaux dcoles primaires, de centres de sant, d'adduction d'eau, de construction de routes, dans plus de 90 lotissements spontans parpills la priphrie de la ville. Ce qui lie ces communauts est l'active participation de 367 conseils locaux de voisinage, l'homognit culturelle de chaque communaut et la ville ne dsire plus proposer son soutien tant que les gens ne se sont pas organiss eux-mmes. Il s'avre que ces secteurs autogrs sont remarquablement propres et bien organiss.

Amliorer l'environnement urbain

Alors que les villes contribuent au dveloppement conomique des pays du Tiers Monde, la croissance rapide de la population et le dveloppement industriel incontrl dgradent l'environnement urbain, exerant une trop forte pression sur la base de ressources naturelles et minant toute possibilit d'un dveloppement durable et quitable.

Les dchets des communauts urbaines dpassent la capacit qu'ont les villes de les collecter et d'en disposer efficacement et srement. Les industries du textile, de la pte papier, des produits chimiques et les brasseries de bire, dans beaucoup de villes, rejettent leurs eaux uses dans les rivires ou dans des canalisations ciel ouvert, ce qui constitue un danger pour la sant publique et rduit la qualit de vie. Un mauvais usage des terrains et des dchets toxiques mal entreposs contaminent la nappe phratique, les zones marcageuses et les autres cosystmes fragiles. A Bangkok et Shangai, deux villes proches d'estuaires, le pompage excessif de la nappe phratique se traduit par son envahissement par les eaux sales, ce qui provoque des affaissements de terrain et aggrave le risque d'inondation et le problme du drainage.

La pollution de l'air, due aux missions de carburants fossiles utiliss pour le transport, l'industrie et le chauffage des maisons, ne fait elle aussi qu'empirer. Les normes de la qualit de l'air, dans la plupart des grandes villes des pays du Tiers Monde sont trs en-dessous de celles qui ont t reconnues internationalement comme acceptables pour la sant publique, en particulier dans les villes industrielles qui ont recours au bois et au charbon comme combustibles. Par exemple, plus de 50 % des habitants de Calcutta souffrent de maladies respiratoires lies la pollution de l'air.

La dtrioration de l'environnement urbain affecte svrement les citadins dmunis des taudis et des habitats spontans, dont les occupants souffrent de manire anormale de gastro-entrites et de maladies respiratoires, du fait de la surpopulation et de l'insuffisance des services publics de sant et d'hygine. Ils vivent souvent la limite des zones les plus pollues de grandes villes, proximit de terrains insalubres, de dcharges d'ordures, et de secteurs en contrebas mal drains.

Les organisations non gouvernementales et les agences internationales, en coopration avec les gouvernements de pays en dveloppement, ont mis au point des mthodes novatrices pour amliorer la qualit de l'environnement urbain. Le projet-pilote Orangi, Karachi, met en place un systme dgout peu coteux, avec la participation des rsidents, dans l'un des plus grands quartiers de squatters de la ville (encadr 5.7). Un projet-pilote au Prou, financ par la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour le Dveloppement, montre qu'il existe des possibilits conomiques de traiter les eaux uses afin de les rendre propres l'irrigation des cultures de lgumes et llevage des poissons. Et par un effort vigoureux dans le domaine de la collecte des ordures et des dtritus, la ville de Shangai a gnr des revenus et des emplois dans le domaine du recyclage (encadr 5.8).

Pour inverser la tendance la dtrioration du milieu urbain, au cours des annes 70, les gouvernements des pays en voie de dveloppement doivent :

amliorer l'efficacit de la collecte des ordure et la systmatiser ;

adopter des mthodes de traitement et dvacuation des ordures municipales respectueuses de l'environnement ;

coordonner les actions de contrle de la pollution diffrents niveaux de l'administration et entre quartiers ;



ENCADRE 5.8

Le recyclage des dchets Shangai

A Shangai, ordures mnagres et dchets industriels sont synonymes d'argent et d'emplois.

Depuis 1957, la ville dvelopp un rseau de 502 stations de collecte des ordures, et 1 500 agents acheteurs de la priphrie rurale travaillent la commission pour acqurir des objets en vue de leur recyclage.

L'administration pour l'assainissement de l'environnement de Shangai collecte les dchets d'environ 12 millions de personnes rparties sur une superficie de 6 000 km2. Elle dispose de 26 centres de recyclage pour traiter les matriaux qui viennent de l'industrie, du commerce et des mnages et elle gre un rseau de points de vente pour les produits rcuprs.

Parmi ceux-ci, on compte des mtaux ferreux et non ferreux, du caoutchouc, du plastique, du papier, des chiffons, du coton, des fibres chimiques, des os d'animaux, des cheveux humains, des bouteilles, du verre cass, de vieilles pices de machine, des rsidus chimiques, des huiles usages. Il y a des installations pour raffiner le cuivre, rcuprer les mtaux prcieux et purer les huiles.

L'administration emploie 29 000 personnes plein temps, et procure du travail temps partiel beaucoup d'autres. Elle emploie galement 3 600 persones dont la tche est de conseiller les industriels sur l'installation de dispositifs de tri et de collecte des dchets.



incorporer la planification de l'environnement et les techniques de gestion dans la planification stratgique et la mise en uvre des plans au niveau de la communaut urbaine ;

faciliter la participation du secteur priv en mobilisant des ressources pour l'amlioration de l'environnement.

L'urbanisation rapide transforme les pays en dveloppement et cre tous les jours de nouveaux problmes, mais offre aussi tous les jours de nouvelles possibilits. Il faudra amliorer considrablement la gestion urbaine si l'on veut rsoudre les problmes de plus en plus proccupants des villes, et mobiliser tout leur potentiel en faveur du dveloppement humain.



TABLEAU ANNEXE 1

Survie de l'enfant et objectifs de vaccination pour l'an 2000

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TABLEAU ANNEXE 2

Objectifs pour la nutrition des enfants pour l'an 2000

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TABlEAU ANNEXE 3

Objectifs de scolarisation primaire pour l'an 2000

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TABlEAU ANNEXE 4

Objectifs d'alphabtisation pour l'an 2000

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TABLEAU ANNEXE 5

Objectifs en matire d'eau potable pour l'an 2000

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Notes techniques

1. Mesure statistique du dveloppement

Les premiers chercheurs en quantification de lconomie mettaient l'accent sur le facteur humain, orientation qui a t quelque peu abandonne ces dernires annes. Bien que le dveloppement soit devenu une proccupation constante des responsables gouvernementaux, des conomistes, et autres spcialistes en sciences sociales et ait affect la vie de davantage de gens que jamais auparavant il existe de nombreuses divergences quant sa nature, la meilleure manire de le mesurer et de le raliser. L'une des raisons qui expliquent ces divergences est l'insatisfaction provoque par le rythme et le caractre du changement conomique et social, qui a incit rdfinir les objectifs et les mesures du dveloppement.

Alors que les pionniers de la mesure de la production et du revenu national soulignaient l'importance des proccupations sociales, la croissance conomique a t place au centre de la question aprs la Seconde Guerre mondiale. La croissance du capital tait considre comme le moyen de raliser le dveloppement et le taux de croissance du PIB par habitant en est devenu la mesure unique.

C'est Pigou qui a le premier employ le revenu comme moyen de mesurer la prosprit et le bien-tre ; il dcrivait la prosprit conomique comme la partie mesurable du bien-tre humain la partie qui pourrait tre compare avec ltalon de l'argent. En tant que mesure du bien-tre, le revenu appartient aux individus ou aux mnages. Il tait peru comme la mesure d'avantages encore venir plutt que comme un rsultat de ce qui a dj t obtenu.

Mais les processus de production et de distribution influencent le revenu d'un individu ou d'un mnage. Le revenu est donc aussi un enregistrement de l'activit conomique, de la production de biens et services dj effectue. Cet aspect comptable tourn vers le pass est venu au centre du dbat pendant la Seconde Guerre mondiale. Le revenu au niveau national PIB ou PNB, ainsi qu'il a t appel s'est transform en une mesure de l'activit de la masse totale des biens et services produits, pondrs par leurs quantits et prix respectifs, plutt qu'une mesure du bien-tre individuel.

Dans les annes 1950 et 1960, alors que le PNB devenait l'objectif du dveloppement, la promotion du bien-tre individuel passait au second plan. On supposait que le bien-tre suivrait automatiquement la croissance conomique. Le revenu a t li de manire tnue au bien-tre par la notion du revenu par habitant, mais ceci ne faisait que confirmer l'abandon de la notion de bien-tre au profit de la production compte tenu de l'insensibilit de cette mesure la rpartition du revenu. Ensuite, celle-ci a t compltement abandonne, et la thorie du ruissellement a t labore pour justifier cet oubli. Le revenu, d'abord reconnu comme mesure montaire partielle du bien-tre, n'a t plac au centre des proccupations que comme mesure de la production ; en tant que mesure unique du bien-tre, il ntait plus utilis que sous sa forme de moyenne par habitant.

Dans les annes 60, il tait clair d'aprs la situation dans de nombreux pays en dveloppement que la croissance du revenu n'avait pas rsolu le problme de la pauvret du grand nombre. La rpartition et lgalit du revenu ont t mises en avant comme un objectif supplmentaire du dveloppement. Le dveloppement s'est tourn vers la lutte contre la pauvret, changement qui a conduit un rexamen du concept de revenu comme mesure adquate du dveloppement.

Plusieurs voix se sont leves contre cette prdominance du revenu. Dans un effort prcurseur de l'Institut de recherche des Nations Unies pour le dveloppement social (IRDS), McGranahan et son quipe ont examin plusieurs indicateurs du dveloppement certains ayant trait la mortalit et la morbidit, d'autres des facteurs sociaux comme l'urbanisation et d'autres encore relatifs aux facteurs conomiques. Ces indicateurs ont t corrls entre eux et utiliss conjointement pour dcrire le dveloppement socio-conomique. La relation de chaque indicateur avec le PIB par habitant a fait l'objet d'une srie de rgressions qui ont permis l'identification d'un seuil de dveloppement. Au-dessous de ce seuil, un pays tait rput sous-dvelopp, alors qu'au-dessus, il tait dvelopp.

Il restait combiner ces diffrents indicateurs en une seule mesure de dveloppement, par analogie avec le revenu. Le revenu est une somme, pondre par les prix, des quantits des diffrents biens et services changs sur le march. Les prix ne sont nullement les pondrations idales. Ils peuvent survaluer ou sous-valuer des biens et des services pour lesquels le march est imparfait, et, pis encore, ils ignorent totalement ceux pour lequel il n'y a pas de march. Mais les prix sont dans un certain sens des talons naturels, puisqu'ils font partie de l'exprience quotidienne des gens. Un prix vhicule l'importance relative d'un bien par comparaison un autre en termes de revenu.

Tout indicateur synthtique combine plusieurs indicateurs. La pondration peut tre uniforme ou dtermine par des techniques statistiques choisies en fonction des donnes diponibles telles que l'analyse factorielle. Les pondrations ont une interprtation statistique, mais elles ne peuvent tre expliques ni par l'exprience quotidienne ni par l'importance relative des indicateurs. Par contre, le revenu fournit une indication sur les choix qu'un consommateur ou un producteur souhaite faire parmi les diffrents biens.

Le choix effectuer parmi les indicateurs est une difficult supplmentaire de la mesure du dveloppement. La mesure par le revenu inclut tous les biens et services qui sont produits et commercialiss, y compris des produits nocifs qui polluent l'atmosphre ou altrent la sant. Dans ce sens, le revenu est global, qualit qui manque aux autres indicateurs. Plus ils semblent globaux, plus ils incluent de dimensions, et moins ils sont transparents et accessibles l'exprience quotidienne.

En rponse ces considrations, M.D. Morris a mis en avant l'indicateur physique de la qualit de la vie (IPQV). Il a observ les travaux de l'IRDS pour mesurer le dveloppement comme une activit. Il a souhait se centrer sur le dveloppement comme bien-tre atteint et a choisi trois indicateurs mortalit infantile, esprance de vie lge d'un an et capacit lire et crire les associant dans un indicateur simple non pondr qui donne l'IPQV. Il y a bien videmment un chevauchement considrable entre les deux premiers composants, particulirement pour les pays en dveloppement, puisqu'ils se rapportent tous deux la longvit et sont lis par une relation prcise.

La perception du dveloppement s'est donc dplace elle est d'abord passe du dveloppement conomique au dveloppement socio-conomique, avec un nouvel accent mis sur la pauvret. Maintenant elle est axe sur le dveloppement humain. Elle insiste sur lpanouissement des possibilits humaines et rend aux gens leur place. Ceci se reflte dans te fait que le dveloppement n'est plus apprhend comme l'expansion de produits de base et de la richesse, mais comme llargissement des choix humains. Il en rsulte l'indicateur de dveloppement humain (IDH) employ dans ce rapport.

2. Mesure statistique de la pauvret

L'histoire de la mesure de la pauvret remonte plus d'une centaine d'annes. Les prcurseurs, Booth (1989-92) et Rowntree (1901), ont essay de mesurer ltendue de la pauvret urbaine Londres et York. Les travaux du politicien et conomiste indien Dadabhai Naoroji, qui souhaitait mesurer la pauvret de son pays au dbut du sicle, sont moins connus, mais peut-tre plus ambitieux.

L'objectif principal de ces tudes tait de dfinir une norme de pauvret, ou seuil de pauvret, pour sparer les pauvres des non-pauvres. Les travaux ultrieurs ont conserv cet objectif, et les efforts en vue de fournir l'enquteur une norme lui permettant de discerner la pauvret sont demeurs au centre des tudes de la pauvret.

Les mesures de la pauvret varient selon les variables rputes importantes : produits essentiels et caractristiques de ces produits, besoins et exigences, ou revenu et dpenses. En gnral, une mesure de la pauvret prend comme point de dpart une notion des besoins (essentiels), tels que l'alimentation, et traduit ces besoins en un ensemble de produits (vivres) dfinis directement ou indirectement par le biais des caractristiques de ces produits (calories et protines). Elle multiplie alors les quantits par les prix appropris pour arriver un niveau de revenu requis pour faire face ces dpenses.

Une question qui est au centre de tous les dbats sur la pauvret est celle de savoir si la pauvret doit tre dfinie en termes absolus ou relatifs. On estime normalement que les deux dfinitions s'excluent mutuellement en raison d'un manque de clart sur les units de pauvret. Une mesure absolue refltera normalement les besoins essentiels biologiques et physiologiques. Une mesure relative sera davantage axe sur une notion de besoins qui diffrent selon les circonstances comme le niveau de dveloppement d'un pays ou les disparits entre les riches et les pauvres ou d'autres groupes sociaux et ethniques.

La pauvret absolue

La pauvret est dfinie en termes absolus quand le contenu d'une norme de pauvret (qu'elle soit dfinie par les produits essentiels ou les caractristiques) est pris pour tre fig dans le temps et l'espace. Historiquement, la notion de subsistance donnant une liste tout fait minimale de besoins essentiels est l'origine de ce concept de pauvret absolue, o les variables constitutives sont les produits essentiels ou leurs caractristiques. On avance souvent que la pauvret n'existe pas car, en comparaison avec leur sort la fin du dix- neuvime sicle, les pauvres sont beaucoup moins dmunis aujourd'hui. D'autres esprits avancent qu'il n'y aurait pas de pauvres dans les pays dvelopps puisque, en comparaison avec les vraiment pauvres des pays en dveloppement, les pauvres dans les pays dvelopps sont presque riches.

Pour fixer le seuil de pauvret on dfinit habituellement un apport minimum en calories. Ce niveau de calories est alors transform en produits alimentaires ncessaires pour l'atteindre compte tenu des modles de consommation typiques d'une socit. Le cot de ces vivres est alors dtermin pour donner un seuil de pauvret. Bien que cette dmarche ait t trs critique, on a souvent fix un apport en calories constant pour tous les individus. Dans ses tudes sur le seuil de pauvret au dbut des annes 60, la Commission indienne de planification a fix comme niveau minimum 2 250 calories par jour et par personne dans les zones rurales. Un chiffre semblable de 2 100 calories a t mentionn pour le Pakistan dans une tude sur la pauvret en 1963-1964, et 2 122 calories pour le Bangladesh.

S'il est impossible de dfinir un niveau propre chaque individu, on peut spcifier l'apport ncessaire de calories selon lge, le sexe, le type d'activit et ltat de sant. C'est l'approche adopte par ltude novatrice mene par Altimir sur la pauvret en Amrique latine. Cette spcificit signifierait que pour un mme individu, le niveau requis en calories varierait dans le temps.

Pour absolue que soit la norme, la conversion de l'apport en calories en un panier de produits alimentaires doit tre adapte en fonction du contexte culturel. Le choix des produits alimentaires typiques exige une enqute sur les pratiques prdominantes de consommation. Dans les tudes de la CEPALC sur la pauvret en Amrique latine, le panier de produits de base ncessaire pour satisfaire les besoins en calories (dtermin selon lge, le sexe, l'activit et ltat de sant) a t obtenu au moyen d'une enqute par sondage auprs des mnages non pauvres. Les produits alimentaires les plus frquemment achets ont t identifis et une liste minimale des cots a t dresse sur cette base. Cette procdure vite de se fier uniquement aux modles de consommation des familles pauvres, qui peuvent traduire les choix limits qui s'offrent elles.

Au moment de fixer le prix du panier de consommation pour arriver un niveau de dpense dterminant le seuil de pauvret, il faut tenir compte des articles non alimentaires ncessaires la subsistance. Ce problme est souvent rsolu en multipliant l'argent ncessaire pour acheter le panier de produits alimentaires par un coefficient connu sous le nom de coefficient d'Engel, savoir l'inverse du rapport des dpenses d'alimentation aux dpenses totales. Il n'est pas facile de dterminer ce rapport. Selon la loi d'Engel, la part consacre l'alimentation sera plus leve pour les pauvres et plus faible pour les riches. En consquence, le multiplicateur est plus lev si le rapport choisi est celui des mnages non pauvres.

Mme lorsque la pauvret est dfinie en termes absolus, il existe des niveaux relatifs ; on fait la distinction entre l'indigence et la pauvret. Si le revenu est infrieur aux dpenses ncessaires pour la nourriture, le mnage est rput indigent (pauvret primaire). C'est la mthode employe par les tudes de la CEPALC sur la pauvret. Si le revenu est infrieur au multiple des dpenses alimentaires obtenues avec le coefficient d'Engel, la famille est rpute pauvre (pauvret secondaire).

Une fois que le seuil de pauvret a t dfini, il doit tre ajust aux changements dans le temps. Une mthode grossire est d'indexer le seuil de pauvret d'aprs un indice global des prix la consommation. Il est prfrable de traiter l'indice des prix des produits alimentaires sparment des autres biens. Cette technique tient compte de la diffrence entre les taux d'inflation des vivres et d'autres biens. Un raffinement ultrieur consiste permettre la substitution des articles qui entrent dans le panier de base et de recalculer les dpenses au titre de l'alimentation. Le seuil de pauvret est galement moins arbitraire si l'on peut tenir compte de lvolution des dpenses des consommateurs en calculant nouveau le coefficient d'Engel.

L'approche absolutiste, bien qu'elle ait de nombreux adeptes, ne va pas sans problmes conceptuels. Mais sa base conomique et physiologique troite, son objectivit apparente et sa facilit de calcul en font l'approche le plus frquemment utilise. Les calculs du seuil de pauvret en Amrique latine et en Asie du Sud sont fonds sur cette mthode. C'est aussi le cas de ceux qui sont effectus aux Etats-Unis. La norme de pauvret aux Etats-Unis est fonde sur des directives en matire de nutrition, dfinies en 1955, et qui n'ont pas t rvises depuis. Un certain nombre de spcialistes acceptent l'approche absolutiste, mais critiquent les dtails de la mthode, tels que le calcul du seuil de pauvret et lvaluation des ressources relles d'un mnage.

Le passage des besoins en calories la dfinition du panier de produits alimentaires a t l'objet de dbats. Si nous examinons ce que les pauvres consomment vraiment, plutt que ce qu'ils pourraient consommer s'ils avaient les ressources ncessaires, nous arrivons un modle de consommation modifi. Le panier de produits alimentaires peut et devrait provenir du modle de consommation des mnages non pauvres. Un cot minimum peut alors tre dduit de ce panier plus large. Puisque le seuil de pauvret est recalcul de temps autre, il devrait tre possible de substituer les produits alimentaires alors que les prix changent, ce qui exige un raffinement conomtrique du modle de dpenses pour permettre une estimation prcise du revenu et des effets de substitution.

La plupart des critiques adresses au seuil de pauvret ont trait l'hypothse d'un apport uniforme constant de calories, sans rapport avec les caractristiques personnelles de l'individu. Cela n'est pas, nanmoins, un lment obligatoire d'une approche absolutiste, ainsi que la mthode Altimir l'a dmontr pour l'Amrique latine. Un autre problme soulev par le calcul du seuil de pauvret est qu'il englobe tous les membres d'un mnage. Or, il semble de plus en plus certain qu'il existe des ingalits de consommation au sein des mnages. La consommation et le niveau nutritionnel des enfants sont souvent de meilleurs indicateurs de la pauvret que tout autre variable, et ils mritent une recherche plus approfondie.

Aprs avoir dfini le seuil de pauvret, il s'agit de mesurer les ressources d'un mnage avant de le qualifier ou non de pauvre. C'est le problme ardu de la dfinition et de la mesure du revenu, qui soulve plusieurs questions. Est-ce qu'il doit s'agir du revenu actuel ou permanent ? Comment les transactions non marchandes devraient-elles tre calcules ? Comment le patrimoine devrait-il tre pris en compte ? Et ainsi de suite. Si l'on adopte le critre du revenu courant, on peut frquemment avoir des mnages entrant dans et sortant de la pauvret, dfinie par le seuil de pauvret. Il faut donc faire la distinction entre les toujours pauvres et les frquemment pauvres.

Une mthode diffrente de la mesure absolue est l'approche de non-satisfaction des besoins essentiels. Ici un certain nombre d'indicateurs de ces besoins sont identifis. Ainsi, les tudes sur l'Amrique latine comportent-elles des questions concernant la qualit du logement, l'accs aux coles primaires, le coefficient de dpendance, et le niveau dducation du chef de famille. Si la rponse l'une de ces questions indique des niveaux suffisants, le mnage est dclar pauvre. Les manques dans diffrentes dimensions ne sont pas pondrs ni groups sur une seule chelle, et diffrents besoins essentiels peuvent tre souligns. La mthode est moins sensible aux fluctuations de prix, mais elle ne permet pas de substitution entre diffrents besoins.

Pauvret relative

L'approche relativiste dfinit les besoins non en fonction de la seule subsistance, mais aussi de la vie complte des gens, en tant que membres d'une communaut sociale. Le niveau de vie peut tre dfini en menant une enqute sur les pratiques relles de consommation ou en ralisant une enqute par sondage auprs des mnages sur ce qu'ils considrent comme des consommations suffisantes. Une troisime technique est la mthode de Leyden, qui demande aux rpondants quel est leur revenu et s'ils considrent qu'il est bas, satisfaisant ou plus que satisfaisant. L'approche relativiste est donc socio-culturelle, plutt qutroitement physiologique. Puisqu'elle va au-del des produits ainsi que des caractristiques et des pratiques de la consommation, elle demande davantage de donnes.

Un raccourci dans le problme de la mesure de la pauvret relative est de considrer la pauvret comme un type d'ingalit. On peut dfinir la pauvret en prenant le seuil de pauvret comme une fonction d'un revenu mdian. Par dfinition, une telle mesure ne tient pas compte des besoins des diffrents mnages ou des questions plus larges poses par l'approche sociale du relativisme. Mais c'est une mesure conomique objective s'appuyant sur le revenu plutt que sur les produits essentiels ou les caractristiques. C'est une mesure positive plutt que normative, le seul jugement consistant dterminer la fraction du revenu mdian qui doit tre le point de rupture.

Une approche similaire mais plus limite consiste dfinir la pauvret comme une fonction du salaire moyen, qui implique que l'emploi salari ou rmunr est la faon prdominante de gagner sa vie. Cette approche est clairement inadapte aux pays en dveloppement, o l'agriculture et le secteur informel contribuent pour une grande part l'emploi.

Utilit de la mesure de la pauvret

Ltude de la pauvret va bien au-del de la mesure de la pauvret, qui n'est qu'une tape dans le processus. Cette mesure devrait tre utile plusieurs gards. Si l'objectif est dvaluer les niveaux de bien-tre, la mesure du revenu et l'analyse de ce que le revenu peut acheter seront pertinentes et riches en informations. Nanmoins, ainsi que ce rapport l'a montr, tre pauvre signifie des choses varies selon les pays. Si l'Etat assure une protection sociale minimale, il est plus facile pour les pauvres de survivre au moins pendant un certain temps. Mais si les politiques d'aide sociale font dfaut, ils peuvent avoir davantage de difficults joindre les deux bouts. Les mesures de la pauvret doivent donc tre interprtes dans leur contexte.

Si l'objectif de ltude de la pauvret est de cerner l'origine du problme, il faudra peut-tre dvelopper les mesures de la pauvret dcrites plus haut. On devrait se demander d'abord : pourquoi les gens sont pauvres ? Peut-tre n'ont-ils pas suffisamment accs la terre, l'emploi ou aux possibilits d'enseignement, vivent-ils dans des mnages fort coefficient de dpendance, appartiennent-ils des minorits mal traites, et ainsi de suite. Les mesures de la pauvret seraient axes sur les variables cls des manques de la population. Dans la terminologie de ce rapport, les mesures de la pauvret orientes vers l'action seraient axes principalement sur l'accs, ou le manque d'accs, de la population aux diffrentes possibilits de dveloppement humain. Cela permettrait alors de dterminer comment et pourquoi les individus sont pauvres et o les interventions politiques correctrices devraient rompre le processus de pauvret.

3. Une formule mathmatique de l'indicateur de dveloppement humain

L'indicateur de dveloppement humain (IDH) est obtenu en trois tapes. La premire consiste dfinir une mesure du manque dont un pays souffre dans chacune des trois variables de base esprance de vie la naissance (X1), taux d'alphabtisation (X2) et (le logarithme du) PIB par habitant en termes rels (X3). Des valeurs maximale et minimale sont dtermines pour chacune des trois variables, compte tenu des valeurs observes, dfinissant une chelle comprise entre 0 (correspondant la valeur minimale dtermine pour la variable concerne) et 1 (correspondant la valeur maximale). La mesure du manque observ par rapport au maximum fournit la place du pays sur cette chelle. Ainsi Iij est l'indicateur de manque pour le pays j relativement la variable i et se dfinit :

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La deuxime tape consiste dfinir un indicateur moyen de privation (Ij), en prenant la simple moyenne arithmtique des trois indicateurs :

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La troisime tape consiste mesurer l'indicateur de dveloppement humain (IDH) comme 1 moins l'indicateur moyen des marques :

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Pour illustrer cette formule, appliquons-la au Kenya :

Esprance de vie maximum la naissance = 78,4
Esprance de vie minimum la naissance = 41,8
Taux d'alphabtisation des adultes maximum = 100,0
Taux d'alphabtisation des adultes minimum = 12,3
PIB rel maximum par habitant (log) = 3,68
PIB rel minimum par habitant (log) = 2,3
Esprance de vie au Kenya = 59,4
Taux d'alphabtisation des adultes au Kenya = 60,0
PIB rel du Kenya par habitant (log) = 2,90
Manque en matire d'esprance de vie au Kenya (1)
= (78,4 59,4) / (78,4 41,8) = 0,519
Manque en matire d'alphabtisation au Kenya
= (100,0 60,0) / (100,0-12,3) = 0,456
Manque en matire de PIB au Kenya
= (3,68 2,90) / (3,68 2,34) = 0,582
Manque moyen au Kenya (2)
= (0,519 + 0,456 + 0,582) /3 = 0,519
Indicateur composite de dveloppement humain (IDH) du Kenya (3)
= 1 0,519 = 0,481

4. Un indicateur de dveloppement humain par sexe

Il serait souhaitable de prsenter des IDH distincts pour les hommes et pour les femmes car des ingalits considrables demeurent entre les sexes. Le comblement du foss entre les hommes et les femmes devrait donc tre surveill attentivement, ce qui exige des informations pertinentes.

Le caractre limit des donnes disponibles pose plusieurs problmes.

Le revenu, exprim comme le logarithme du produit intrieur brut (PIB) rel (aprs ajustement avec la parit du pouvoir d'achat) par habitant, ne fait pas de diffrence entre les hommes et les femmes. Nanmoins, nous savons que dans la pratique, le revenu fminin est trs infrieur celui des hommes dans tous les pays.

En ce qui concerne l'alphabtisation des adultes, la grande majorit des pays qui fournissent des estimations spcifiques pour chaque sexe montrent que les taux d'alphabtisation des femmes sont nettement infrieurs ceux des hommes, disparit qui s'estompe rgulirement quand on slve dans lchelle de l'IDH. Cependant, de nombreux pays ne disposent pas d'estimations comparatives fiables selon les sexes.

Il n'y a donc qu'un seul indicateur pour lequel des estimations selon le sexe soient gnralement disponibles : l'esprance de vie la naissance.

Malgr ces limitations, il est intressant de comparer les IDH pour chaque sexe obtenus partir des donnes existantes et des estimations (voir le diagramme et le tableau). Les diffrences entre pays conduisent deux conclusions.

Premirement, lorsque que les pays slvent dans lchelle de l'IDH, on observe clairement que l'indice fminin se rapproche, puis dpasse l'indice masculin. C'est essentiellement d aux niveaux plus faibles d'alphabtisation des femmes qui sont compenss par les niveaux plus levs d'esprance de vie des femmes.

Deuximement, parmi les pays prsentant un IDH trs semblable, on constate dnormes variations dans lcart femmes-hommes, particulirement dans les pays appartenant aux groupes IDH faibles et moyens.

Ainsi, la Tanzanie, le Pakistan et l'Inde connaissent un IDH faible trs proche (35 37), pourtant les disparits entre les hommes et les femmes sont trs diffrentes. L'IDH fminin en pourcentage de l'IDH masculin va de 96 en Tanzanie 83 au Pakistan et 77 en Inde. De mme, les Philippines, la Chine et l'Arabie Saoudite ont un IDH moyen assez sembable (64 66), pourtant des rapports entre valeurs IDH masculin et fminin stagent de 99 % aux Philippines 87 % en Chine et 82 % en Arabie Saoudite. Le plus intressant est peut-tre le fait que l'ordre de grandeur des ingalits de 99 82 dans les trois pays similaires IDH moyens n'est pas tellement diffrent de celui des ingalits (de 96 77) dans les trois pays similaires faible IDH.

Ces comparaisons montrent que les moyennes nationales peuvent cacher de trs profondes ingalits entre les sexes. Il est ncessaire de travailler activement pour dgager des informations claires sur la condition humaine, avec des donnes spares pour les femmes et les hommes.


IDH fminin en pourcentage de l'IDH masculin

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IDH : National, fminin et masculin

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5. Lacunes des statistiques sociales

Ce premier Rapport Mondial sur le Dveloppement Humain repose sur les donnes dont on pouvait disposer instantanment. A bien des gards, cela a limit la porte et la profondeur de l'analyse. Non seulement de nombreuses proccupations pertinentes ne sont pas traduites de manire approprie par le biais des statistiques existantes, mais les donnes qui sont disponibles ont souvent une couverture gographique insuffisante et manquent gravement d'actualit.

Donnes inadaptes

De nombreux indicateurs et thmes ont t omis simplement parce qu'il y avait trop peu de pays prsentant des donnes comparables et fiables. Les omissions les plus graves forment une liste impressionnante : salaires, chmage et sous-emploi, dpenses publiques des autorits provinciales et locales dans les diffrents secteurs, aide au dveloppement par secteur dans chaque pays, fuite des capitaux, prix des principaux produits alimentaires de base ou tout indicateur satisfaisant de l'accs aux ressources alimentaires, accs et utilisation effective des services sociaux par les populations de divers niveaux de revenu, conditions de vie de la population des bidonvilles urbains (problme qui stend rapidement), rpartition interne des dpenses de sant, tout le domaine de la morbidit et de la sant, taux nets de scolarisation secondaire, niveau d'instruction (le capital du dveloppement humain), rsultats de l'enseignement (les rsultats qualitatifs du systme ducatif), fuite des cerveaux, diffrences spcifiques majeures entre zones rurales et urbaines, celles concernant le revenu et la mortalit par ge, les quipements de sant, le taux de scolarisation, le taux d'abandon scolaire et d'alphabtisation et diffrences majeures entre hommes et femmes, concernant le revenu, la mortalit par ge et la sant.

Couverture par pays incomplte

S'agissant des indicateurs qui sont prsents dans les tableaux, pas moins d'un tiers des quelque 120 indicateurs taient indisponibles sous une forme comparable dans un tiers des pays. Ces chiffres tmoignent du manque paralysant d'indicateurs fondamentaux du dveloppement humain. Parmi les indicateurs qui font dfaut pour tant de pays figurent certaines des donnes les plus fondamentales : accs aux services de sant ou l'eau potable ou l'assainissement, (total, zones rurales et urbaines) : insuffisance pondrale, maciation et retard de la croissance chez les enfants ; allaitement maternel ; alphabtisation des adultes, (totale, hommes femmes) ; taux nets de scolarisation (primaire, urbain et rural, ce qui constitue une lacune particulirement choquante) ; nombre des scientifiques et techniciens ; des chmeurs instruits ; salaires ; PNB par habitant et part des 40 % les plus pauvres ; comparaison de la part des 20 % les plus riches par rapport aux 20 % les plus pauvres ; coefficients dits de Gini ; population urbaine et rurale au-dessous du seuil de pauvret ; nombre de personnes par pice habitable ; dboisement. Cette liste se passe de commentaires.

Manque de fiabilit et d'actualit

Outre les dficiences en disponibilit et en couverture, il existe un problme de fiabilit. Certains indicateurs couverture limite, comme ltat nutritionnel des enfants, sont trs fiables. Il en va de mme pour un certain nombre d'indicateurs conomiques couverture complte, comme la balance des paiements, la dette, et le commerce. D'autres mesures concernant l'alphabtisation, l'accs aux services de sant et la mortalit maternelle ne sont que des approximations grossires : on manque parfois de donnes nationales reprsentatives (accs aux services de sant), alors que dans d'autres cas, il est difficile de contrler dans la pratique la valeur de la dfinition (capacit lire et crire).

En ce qui concerne l'actualit, certains indicateurs sont assez jour, en raison de leur origine institutionnelle (scolarisation, grce aux dossiers scolaires) ou parce qu'ils sont traits trs rapidement partir d'enqutes petite chelle auprs des mnages (valuation des interventions sanitaires ou tat nutritionnel). D'autres indicateurs concernant en particulier la capacit lire et crire, la rpartition des revenus et la pauvret sont nettement moins actuels car ils proviennent d'enqutes rares et complexes auprs des mnages (revenu et pauvret), ou ont t traditionnellement obtenus seulement par les recensements dcennaux de la population (taux d'alphabtisation). Il est parfois ncessaire de remonter au dbut des annes 80 pour couvrir un nombre raisonnable de pays. Il est impratif de poser moins de questions moins de personnes mais plus frquemment.

Prochaines tapes

Quelles lacunes et faiblesses statistiques les Etats et les institutions internationales devraient-ils traiter en priorit ? Tout pays, pour pauvre qu'il soit, possde une large activit statistique : qu'il s'agisse des oprations statistiques ordinaires lies des procdures administratives, des oprations grande chelle (rgulires mais rares) telles que les recensements de la population, du logement et de l'agriculture, ou encore d'un nombre considrable d'enqutes et dtudes de cas entreprises indpendamment par diffrentes institutions gouvernementales et universitaires. Les programmes d'amlioration des statistiques sur le dveloppement humain devraient s'efforcer de prendre comme base les activits existantes, particulirement les diffrentes enqutes et tudes de cas et de les rationnaliser en vitant soigneusement tout double emploi. Ils devraient aussi tenter de chercher lier les amliorations de la situation statistique la prise de dcisions concernant le dveloppement, et tout particulirement la surveillance des tendances globales dans les domaines prioritaires.

Ce qui prcde montre combien il est difficile dtablir des priorits nationales claires pour amliorer La collecte des donnes. On peut nanmoins suggrer d'amliorer les calculs de l'IDH et de les rendre davantages comparables entre les diffrents pays. A cet effet, les tapes suivantes devraient tre prioritaires :

renforcer la collecte et l'analyse des donnes concernant les trois principaux lments de l'IDH : esprance de vie la naissance, taux d'alphabtisation des adultes et niveau de revenu rel (ajust par le pouvoir d'achat) ;

tudier la rpartition de ces trois lments par groupes de revenu afin que l'IDH soit sensible ce facteur ;

explorer galement la rpartition de ces trois composants par sexe, entre zones rurales et zones urbaines et entre les rgions afin d'obtenir des IDH spars sensibles aux diffrences entre les sexes et aux diffrences gographiques.

En outre, il est ncessaire de recueillir des informations compltes sur les budgets du secteur social, qui sont l'un des principaux instruments de l'amlioration du dveloppement humain. Les donnes devraient couvrir toutes les dpenses du secteur social, que ce soit celles des autorits (centrales, provinciales ou locales), du secteur priv ou des ONG. Des donnes dtailles devraient tre recueillies sur les dpenses pour l'environnement et d'autres domaines sociaux, avec une ventilation pour chaque sous-secteur important (tel qu'enseignement primaire, secondaire et suprieur ; enseignement gnral et technique ; soins de sant prventifs et curatifs). Des donnes devraient galement tre collectes sur toutes les dpenses sociales, leur couverture et leur impact sur les diffrents groupes de revenu. A l'heure actuelle, nombre de ces donnes ne sont pas disponibles facilement, l'exception de quelques rates pays. Il est impossible de procder une analyse des mso-interventions ou de formuler des propositions concrtes pour la restructuration budgtaire si ces donnes ne sont pas disponibles pour tous les pays sous une forme permanente et comparable.

Notes bibliographiques

Les sources pour les tableaux et les chiffres du texte, sauf indication contraire, sont les mmes que pour les indicateurs de dveloppement humain l'appendice. La liste en est donne la fin de l'appendice.

Le chapitre 1 s'inspire des sources suivantes : Buhmann et autres 1988, pp. 130-31 ; Griffin et Knight 1989 ; Haq 1988 ; Sen 1981a et 1985 ; Nations Unies 1986d et 1989d ; PNUD 1988a ; USAID 1989 ; et Banque mondiale 1989. Les rfrence pour l'encadr 1.4 sont : Buhmann et autres 1988 ; Nations Unies 1986d ; USAID 1989 ; et Banque mondiale 1989.

Le chapitre 2 s'inspire des sources suivantes : Banque africaine de dveloppement, PNUD et Banque mondiale 1990 ; Alexandratos 1988 ; Berg 1981 et 1987 ; Cohen 1989 ; ECLAC et Centro Latino Americano de Demografia 1988 ; FAO 1986 et plusieurs annes ; Fields 1989 ; Fordham Institute for Innovation in Social Policy 1989 ; FIDA 1989 ; OIT 1988 et plusieurs annes ; Patel 1989 ; Pinstrup-Andersen 1988 ; Sen 1981b ; Serageldin 1989 ; CNUCED 1988 ; PNUD 1988b et 1988c ; UNICEF 1989b et 1989c ; Nations Unies 1987 et 1988a ; Chambre des Reprsentants des Etats-Unis d'Amrique 1989 ; OMS 1989a et 1989b ; Banque mondiale 1986c, et Zuckerman 1988.

Les sources supplmentaires pour les sections comprennent : Albane: et autres 1989 ; Athreya 1984 ; Barcellos et autres 1989 ; Berry 1980 ; Bramwell L988 ; Brown et autres 1989 ; Carlson et Wardlaw 1990 ; Caton 1990 ; Cernea 1985 et 1988 ; Chambers 1989 ; Chen, Huq et D'Souza 1981 ; Secrtariat du Commonwealth 1989 ; Cornia, Jolly et Stewart 1987 ; Cotic 1988 ; Das Gupta 1987 ; Davies et Saunders 1988 ; Drabek 1987 ; FAO 1988 ; Fei, Ranis et Kuo 1979 ; Findlay et Svekic 1988 ; Ghai 1989 ; Ghai et de Alcantara 1989 ; OIT 1987 et plusieurs annes ; Jacobson 1988 ; Jamal et Weeks 1988 ; Jamison et Lau 1983 ; Lonard et collaborateurs 1989 ; Mouly 1989 ; Nadelmann 1989 ; Newman 1989 ; Porter 1978 ; Preble 1989 ; Psacharopoulos 1980 et 1989 ; Rodgers 1989 ; Roussel 1986, p. 933 ; Suarez-Berenguela 1987 ; Tibaijuka 1988 ; Bureau du Coordonnateur des Nations Unies pour les secours en cas de catastrophe et PNUE 1986 ; UNICEF 1988, 1989a et 1989b ; Nations Unies 1985 ; 1986a ; 1986c ; 1989a ; 1989e et 1989g ; Commission conomique pour l'Afrique 1989 ; United States Census Bureau and Centre on Budget and Policy Priorities 1989 ; Uphoff 1986 ; van Ginneken 1976 et 1987 ; OMS 1988b ; 1989d et 1989e ; Banque mondiale 1983, 1986a et 1986b ; Commission mondiale sur l'environnement et le dveloppement 1987 ; Conseil mondial de l'alimentation 1987 ; et Zvekic et Mattie 1987.

Les rfrences pour les encadrs sont les suivantes : encadr 2.1, Leonard et collaborateurs 1989. Encadr 2.4, Davies et Saunders 1988. Encadr 2.5, Reid 1988.

Les rfrences pour les chiffres sont les suivantes : Diag. 2.6, OIT 1987, p. 17. Diag. 2.17, Bramwell 1988.

Les rfrences pour les tableaux sont les suivantes : Tableau 2.5, Nations Unies 1989e, p. 74. Tableau 2.6, Roussel 1986, p. 933.

Le chapitre 3 s'inspire des sources suivantes : Fei, Ranis et Kuo 1979 ; Fields 1989 ; Halstead, Walsh et Warren 1985 ; FMI plusieurs annes ; et Banque mondiale 1989.

Les rfrences pour les tudes de cas par pays sont les suivantes : Adelman et Robinson 1978 ; Alailima 1984 ; Bannister 1987, Boyd 1988 ; Brundenius 1981, pp. 1083-96 ; Chen 1988 ; Davies et Saunders 1988 ; Departamento nacional de Planeacion et autres 1989 ; Drze et Sen paratre ; Edirisinghe 1987 ; FEDESAROLLO 1989 ; Gouvernement de Colombie 1988 ; OIT 1972 ; Jamison et autres 1984 ; Meerman 1979 ; Quinn et autres 1988 ; Raczynski 1988 ; Rosero-Bixby 1985 ; Sahota 1980 ; Stewart 1985 ; Sul et Williamson 1988 ; UNICEF, Colombo 1988, Banque mondiale 1987, 1988a et 1988b.

Les rfrences pour les encadrs sont les suivantes : Encadr 3.1, Stewart 1988. Encadr 3.2, Edirisinghe 1987, p.9 ; et UNICEF, Colombo 1988. Encadr 3.3, Jamison 1985 ; Banque mondiale 1987 ; et Chen 1988.

Le chapitre 4 s'inspire des sources suivantes : Banque africaine de dveloppement, PNUD et Banque mondiale 1990 ; Alderman et Gertler 1989 ; Anderson 1987 ; Berg 1987 ; Chambers 1985 ; Demery et Addison 1987 ; Gertler et Glewwe 1989 ; Gertler et van der Gaag 1988 ; Jolly 1989 ; Kanbur 1988 ; Nelson et collaborateurs 1989 ; Patel 1989 ; Pinstrup-Andersen 1988 ; Roth 1987 ; Stelcner, Arrigada et Moock 1987 ; Nations Unies 1989a, 1989b et 1989d ; Centre des Nations Unies sur les socits transnationales 1989 ; OMS 1987a et 1987b ; et Banque mondiale 1986b.

Les rfrences pour les encadrs sont les suivantes : Encadrs 4.2 et 4.3, Ashe et Cosslett 1989. Encadr 4.6, Phua 1986, pp. 11-12. Encadr 4.7, Moon 1986, p.20. Encadr 4.8, Sne 1986, pp.4-6. Encadr 4.9, Nations Unies 1989a. Encadr 4.10, Haq 1984. Encadr 4-U, Programme dtude du dveloppement du PNUD et CNUCED 1988 ; et CNUCED 1988b. Encadr 4.12, OMS 1988a, p.63 ; et Patel 1989.

Le chapitre 5 s'inspire des sources suivantes : Banque asiatique de dveloppement 1988 ; Cheema 1987 ; Hardoy et Satterthwaite 1986 ; Harpham, Vaughan et Rifkin 1985 ; Linn 1983 ; Rodgers 1989 ; Sivaramakrishnan et Green 1986 ; Nations Unies 1980 et 1986b ; Centre des Nations Unies pour les tablissements humains 1987, 1988 et 1989 ; et PNUD 1989.

Les rfrences pour les encadrs sont les suivantes : Encadr 5.1, Commission mondiale sur l'environnement et le dveloppement 1987, p. 235-36. Encadr 5.2, Pantumvanit et Liengcharemsit 1989, pp. 31-39 ; Sivaramakrishnan et Green 1986 ; Tiecouta 1989, pp. 176-202 ; et Nations Unies 1988b. Encadr 5.3, Dillinger 1989. Encadr 5.4, Angel et Pornchokchai 1989, p. 141. Encadr 5.5, Taylor 1987, pp.47-51 ; et Nations Unies 1989c, pp.28-29. Encadr 5.6, Rpublique du Kenya 1987, p. 170. Encadr 5.7, Khan 1983, pp.12-18. Encadr 5.8, Gunnerson 1987.

Les rfrences pour les tableaux sont les suivantes : Tableau 5.1, Nations Unies 1989f.

La note technique 1 s'inspire des sources suivantes : Adlman et Taft-Morris 1973 ; Bardhan et Srinivasan 1988, Baster 1972 ; Chenery et autres 1974 ; Haq 1976 ; McGranahan et Pizarro 1985 ; Morris 1979 ; et Institut de recherche des Nations Unies pour le dveloppement social 1972.

La note technique 2 s'inspire des sources suivantes : Alamgir et Ahmed 1988 ; Altimir 1979 ; Bhalla et Vasistha 1988, Booth 1889 et 1891, Brannen et Wilson 1986 ; Burki 1988 ; Carslon 1987, Desai 1989 ; Harrington 1968 ; Kynch et Sen 1983 ; Naoroji 1901 ; Rowntree 1901 ; Townsend 1979 ; Watts 1968 ; et Wilson 1986.

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image

Index des pays


9 Afghanistan
68 Afrique du Sud
84 Albanie
57 Algrie
119 Allemagne, Rpublique fdrale d
22 Angola
64 Arabie Saoudite
99 Argentine
124 Australie
113 Autriche
23 Bangladesh
116 Belgique
10 Bnin
12 Bhoutan
49 Bolivie
58 Botswana
80 Brsil
104 Bulgarie
3 Burkina Faso
11 Burundi
41 Cameroun
126 Canada
107 Chili
66 Chine
86 Colombie
33 Congo
97 Core, Rpublique de
82 Core, Rpublique populaire dmocratique de
103 Costa Rica
31 Cte d'Ivoire
92 Cuba
122 Danemark
45 Egypte
59 El Salvador
77 Emirats arabes unis
75 Equateur
115 Espagne
112 Etats-Unis d'Amrique
19 Ethiopie
120 Finlande
123 France
47 Gabon
30 Ghana
109 Grce
55 Guatemala
6 Guine
29 Hati
51 Honduras
108 Hong Kong
101 Hongrie
37 Inde
54 Indonsie
61 Iran, Rpublique islamique d
76 Iraq
114 Irlande
111 Isral
117 Italie
67 Jamahiriya arabe libyenne
87 Jamaque
130 Japon
73 Jordanie
40 Kampuchea
42 Kenya
88 Koweit
53 Lesotho
69 Liban
26 Libria
38 Madagascar
85 Malaisie
14 Malawi
2 Mali
44 Maroc
81 Maurice
8 Mauritanie
91 Mexique
70 Mongolie
13 Mozambique
50 Myanmar
34 Namibie
17 Npal
71 Nicaragua
1 Niger
24 Nigria
125 Norvge
118 Nouvelle-Zlande
48 Oman
28 Ouganda
36 Pakistan
93 Panama
39 Papouasie-Nouvelle-Guine
77 Paraguay
127 Pays-Bas
74 Prou
65 Philippines
98 Pologne
95 Portugal
62 Rpublique arabe syrienne
16 Rpublique centrafricaine
110 Rpublique dmocratique allemande
46 Laos, Rpublique dmocratique populaire du
63 Rpublique dominicaine
90 Roumanie
121 Royaume-Uni
21 Rwanda
18 Sngal
4 Sierra Leone
96 Singapour
7 Somalie
15 Soudan
83 Sri Lanka
129 Sude
128 Suisse
35 Tanzanie, Rpublique unie de
5 Tchad
106 Tchcoslovaquie
78 Thalande
27 Togo
94 Trinit-et-Tobago
60 Tunisie
72 Turquie
105 URSS
102 Uruguay
89 Venezuela
56 Viet Nam
25 Ymen, Rpublique arabe du
31 Ymen, Rpublique dmocratique populaire du
100 Yougoslavie
20 Zare
43 Zambie
52 Zimbabwe

Lgendes des signes et explications

Dans les Indicateurs du dveloppement humain, les pays sont classs par ordre croissant de leur indicateur de dveloppement humain (IDH). L'ordre numrique des pays est indiqu dans la liste alphabtique ci-contre.

Les donnes nationales officielles transmises aux organismes comptents des Nations Unies ou d'autres institutions internationales ont t utilises chaque fois que cela tait possible. Dans certains cas o les donnes officielles fiables manquent, ce sont les estimations de l'organisme comptent qui ont t utilises. Dans d'autres cas, le PNUD a ralis ses propres estimations sur la base des informations obtenues sur le terrain ou des donnes nationales comparables. Gnralement, seules les donnes nationales globabes ou reprsentatives ont t retenues. Une note indique les cas o le chiffre mentionn ne s'applique qu une partie du pays. Les tableaux des Indicateurs du dveloppement humain, tablis l'aide d'un si grand nombre de sources, ont invitablement des degrs divers de fiabilit.

Sauf indication contraire, les chiffres rsumant les statistiques pour les diffrents groupes de pays par niveau de dveloppement humain, revenu et rgion sont les valeurs pondres de manire approprie pour chaque groupe (voir les listes suivant les indicateurs pour la composition de chaque groupe). Quand la mesure rcapitulative est un total, la lettre T apparat aprs le chiffre. Les signes suivants ont t utiliss :

.. Donne non disponible

T Total

r Zone rurale seulement

u Zone urbaine seulement

Les chiffres en italiques sont des estimations du PNUD.

Remarque importante : dans les tableaux qui suivent, la ponctuation numrique amricaine a t conserve afin de ne pas retarder la publication de ldition franaise du rapport. Il convient donc pour chaque chiffre de lire un point la place de la virgule et inversement.

Table des matires

Index des pays

Signes et explications

Quelques dfinitions

Classement des pays

Principales sources des donnes


TABLEAU 1 Indicateurs du dveloppement humain et IDH


TABLEAU 2 Dveloppement humain

  • Esprance de vie
  • Accs aux services de sant
  • Accs l'eau potable
  • Accs l'assainissement
  • Apport de calories en % des besoins
  • Taux d'alphabtisation des adultes
  • PNB par habitant
  • PIB rel par habitant

TABLEAU 3 Les Manques

  • Manque de services de sant
  • Manque d'eau potable
  • Manque d'assainissement
  • Enfants sous-aliments
  • Adultes analphabtes
  • Enfants non scolariss
  • Population au-dessous du seuil de pauvret

TABLEAU 4 Evolution du dveloppement humain

  • Esprance de vie la naissance
  • Mortalit des enfants de moins de cinq ans
  • Accs l'eau potable
  • Apport de calories en % des besoins
  • Taux d'alphabtisation des adultes
  • PNB par habitant

TABLEAU 5 Formation des ressources humaines

  • Taux d'alphabtisation des hommes
  • Taux d'alphabtisation des femmes
  • Taux d'alphabtisation des adultes
  • Scientifiques et techniciens

TABLEAU 6 Ecarts du dveloppement humain entre le Sud et le Nord

  • Esprance de vie la naissance
  • Taux d'alphabtisation des adultes
  • Taux d'alphabtisation des femmes
  • Mortalit des enfants de moins de cinq ans
  • Mortalit maternelle
  • Scolarisation primaire et secondaire
  • Mdecins (pour 1 000 hab.)
  • Scientifiques et techniciens (pour 1 000 hab.)
  • PNB par habitant
  • PIB rel par habitant

TABLEAU 7 Dpenses relles Sud/Nord

  • Tous produits alimentaires
  • Viande
  • Produits laitiers, huiles, graisses
  • Crales, pain
  • Services de sant
  • Mdicaments
  • Enseignement
  • Livres


TABLEAU 8 Ingalits entre zones rurales et urbaines

  • Population rurale
  • Accs de la pop. rurale aux services de sant
  • Accs de la pop. rurale l'eau potable
  • Accs de la pop. rurale l'assainissement
  • Accs de la pop. urbaine aux services de sant
  • Accs de la pop. urbaine l'eau potable
  • Accs de la pop. urbaine l'assainissement
  • Disparits zones rurales/urbaines

TABLEAU 9 Ingalits entre les femmes et les hommes

  • Esprance de vie
  • Taux d'alphabtisation des adultes
  • Scolarisation primaire
  • Scolarisation secondaire
  • Main-duvre
  • Parlement

TABLEAU 10 Survie et dveloppement de l'enfant

  • Naissances sous contrle
  • Insuffisance pondrale la naissance
  • Mortalit infantile
  • Allaitement maternel
  • Vaccination (1re anne)
  • Malnutrition infantile : insuffisance pondrale
  • Emaciation
  • Retard de la croissance
  • Mortalit des enfants de moins de cinq ans

TABLEAU 11 Sant

  • Accs aux services de sant
  • Mortalit maternelle
  • Mdecins et infirmires
  • Dpenses de sant
  • Dpenses prives de sant

TABLEAU 12 Scurit alimentaire

  • Production alimentaire
  • Apport quotidien en calories
  • Dpendance envers les importations de produits alimentaires
  • Aide alimentaire en crales

TABLEAU 13 Enseignement

  • Taux brut et net de scolarisation primaire
  • Taux de scolarisation secondaire
  • Taux d'inscription dans l'enseignement suprieur
  • Radios
  • Tlvisions

TABLEAU 14 Problmes de l'enseignement

  • Taux dabandons scolaires
  • Nombre dlves par enseignant
  • Taux consolid de scolarisation primaire et secondaire
  • Taux d'inscription dans l'enseignement technique secondaire
  • Dpenses d'enseignement
  • Dpenses de l'enseignement primaire
  • Chmeurs instruits

TABLEAU 15 Emploi

  • Main-duvre
  • Main-duvre fminine
  • Main-duvre dans l'agriculture
  • Main-duvre dans l'industrie
  • Main-duvre dans les services
  • Salaire moyen


TABLEAU 16 Richesse et pauvret

  • PNB par habitant
  • PIB rel par habitant
  • PNB par habitant des 40% les plus pauvres
  • Part du revenu des 40% les plus pauvres
  • Rapport entre les revenus des 20% les plus riches et des 20% les plus pauvres
  • Coefficient de Gini
  • Pop. urbaine et rurale au-dessous du seuil de pauvret

TABLEAU 17 Population et surpopulation urbaines

  • Population urbaine
  • Croissance de la population urbaine
  • Personnes par pice habitable
  • Plus forte densit dmograph. urbaine

TABLEAU 18 Dsquilibres des dpenses militaires

  • Dpenses militaires en % du PNB
  • Dpenses militaires et dpenses de sant et dducation
  • Importations d'armes
  • Dpenses militaires et APD
  • Forces armes et enseignants

TABLEAU 19 Dsquilibres des flux de ressources

  • Aide publique au dveloppement (APD)
  • APD en % du PNB
  • Remboursements des intrts de la dette
  • Service de la dette en % des exportations de biens et services
  • Rserves internationales brutes
  • Exportations et importations
  • Termes de lchange

TABLEAU 20 Bilan dmographique

  • Population totale
  • Croissance de la population
  • Coefficient de dpendance
  • Taux d'emploi des contraceptifs
  • Fcondit
  • Taux de natalit
  • Taux de mortalit

TABLEAU 21 Bilan des ressources naturelles

  • Superficie merge
  • Terres arables
  • Densit dmographique
  • Btail
  • Production de bois de chauffage
  • Dforestation
  • Ressources hydrauliques internes renouvelables

TABLEAU 22 Agrgats des comptes nationaux

  • Produit intrieur brut (PIB)
  • Produit national brut (PNB)
  • PNB par habitant et croissance
  • Inflation
  • Excdent ou dficit budgtaire
  • Epargne intrieure brute

TABLEAU 23 Donnes consolides par rgion des indicateurs du dveloppement humain


TABLEAU 24 Rsums des indicateurs du dveloppement humain selon l'IDH et le revenu


TABLEAU 25 Dveloppement humain dans les pays de moins d'un million d'habitants

  • Population totale
  • Esprance de vie
  • Alphabtisation des adultes
  • Apport de calories en % des besoins
  • Accs aux services de sant
  • Accs l'eau potable
  • PNB par habitant
  • Indicateur de dvelop. humain (IDH)

Quelques dfinitions

Accs l'assainissement : Pourcentage de population ayant accs aux moyens sanitaires dvacuation des excrta et des dchets, y compris les latrines extrieures et le compostage.

Accs l'eau potable : Pourcentage de population disposant d'un accs raisonnable l'approvisionnement en eau potable, comprenant les eaux de surface traites, ou non traites mais non pollues, comme celle des sources, des puits et des forages protgs.

Accs aux services de sant : Pourcentage de la population qui peut se rendre en moins d'une heure dans les centres de sant locaux, pied ou en utilisant les moyens de transports locaux.

Aide alimentaire en crales : Crales fournies par des pays donateurs et des organisations internationales, notamment le Programme alimentaire mondial, telles qu'elles ont t comptabilises lors de l'exercice examin. Les crales comprennent le bl, la farine, le bl concass, le riz, les crales secondaires et les ingrdients craliers des aliments composs.

Aide publique au dveloppement (APD) : Somme nette de dons et de prts raliss des conditions de faveur par des institutions publiques des membres du Comit d'aide au dveloppement (CAD), de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE), de l'Organisation des pays exportateurs de ptrole (OPEP), etc., pour promouvoir le dveloppement conomique et le bien-tre, comprenant la coopration techniques et l'aide alimentaire.

Apport quotidien de calories par habitant : Equivalent en calories de l'approvisionnement alimentaire net d'un pays, divis par le nombre d'habitant, par jour.

Besoins journaliers de calories par habitant : Le nombre moyen de calories ncessaire pour alimenter une personne ayant un niveau normal d'activit et de sant, en tenant compte de la rpartition par ge, sexe, poids et temprature lie au climat.

Chmeurs instruits, en pourcentage des chmeurs totaux : Nombre de travailleurs professionnels, techniques et apparents (grand groupe 0/1 de la Classification internationale type des professions-CITP) et travailleurs administratifs et cadres (grand groupe 0/2 de la CITP) inscrits au chmage, exprim en fonction du nombre total de travailleurs inscrits au chmage. Le nombre de personnes au chmage comprend les personnes sans emploi et les personnes disponibles pour travailler, ainsi que celles qui sont la recherche d'un emploi.

Coefficient de dpendance : Proportion des personnes charge, ges de moins de 15 ans ou de plus de 64 ans, par rapport la population active, ge de 15 64 ans.

Coefficient de dpendance alimentaire ou lgard des importations alimentaires : Proportion d'importations de produits alimentaires par rapport la production alimentaire disponible pour la distribution intrieure, c'est--dire le total de la production alimentaire plus les importations alimentaires moins les exportations alimentaires.

Coefficient de Gini : Mesure qui montre combien une rpartition donne du revenu se rapproche de lgalit ou de l'ingalit absolue. Le coefficient, auquel Corrado Gini a donn son nom, est une proportion de la surface comprise entre la bissectrice 45 degrs et la courbe de Lorenz, et la surface du triangle entier. Quand l'indice tend vers 0, la rpartition du revenu se rapproche de lgalit absolue. Par contre, quand le coefficient tend vers 1, la rpartition du revenu se rapproche de l'ingalit absolue.

Densit dmographique : Nombre total d'habitants divis par la superficie considre.

Dpenses d'enseignement : Dpenses engages pour le fonctionnement, l'administration, l'inspection et l'appui des coles maternelles, primaires et secondaires ; des universits et des instituts d'enseignement suprieur ; des tablissements d'enseignement professionnel, technique et autre ; et de l'administration gnrale et des services annexes.

Dpenses de sant : Dpenses consacres aux hpitaux, aux centres de sant et aux dispensaires, aux systmes d'assurance-maladie et la planification familiale.

Dpenses militaires : Dpenses, engages par les dpartements de la dfense ou autres, pour l'entretien des forces armes, y compris l'achat de fournitures et dquipements militaires, la construction, le recrutement, la formation et les programmes d'aide militaire.

Dpenses publiques : Dpenses ralises par tous les bureaux, dpartements, tablissements et autres organes du gouvernement central qui sont des institutions ou des instruments de l'autorit centrale d'un pays. Elles comprennent les dpenses de fonctionnement, d'investissement et dveloppement, mais les dpenses provinciales, locales et prives en sont exclues.

Dpenses relles par habitant : Les dpenses pour chaque article dans chaque pays exprimes en comparaison des mmes dpenses aux Etats-Unis, sur la base de la dpense totale en monnaie nationale pour chaque article, convertie en dollars internationaux sur la base du pouvoir d'achat pour cet article. Cette comparaison des sommes pour chaque article est base sur l'ensemble commun des prix internationaux appliqus dans tous les pays qui sont parties au Projet international de comparaison des prix (voir PIB rel par habitant). Ces dpenses sont alors exprimes en fonction des dpenses moyennes correspondantes des pays industrialiss, qui sont rputes gales 100.

Emaciation : Pourcentage d'enfants, gs de 12 23 mois, qui scartent de plus de 2 E.T. (carts-types) du poids moyen par rapport la taille de la population de rfrence.

Enseignement primaire : Enseignement au premier niveau (Niveau 1 de la Classification internationale type de lducation-CITE), dont la principale fonction est de fournir les lments de base de lducation comme les coles lmentaires et les coles primaires.

Enseignement secondaire : Enseignement au deuxime niveau (niveaux 2 et 3 de la CITE), bas sur au moins quatre annes d'instruction pralable au premier niveau, et fournissant une instruction gnrale ou spcialise, ou les deux comme les coles intermdiaires, les coles secondaires, les lyces, les coles normales ce niveau et tes coles vocation professionnelle ou technique.

Enseignement suprieur : Enseignement au troisime niveau (niveaux 5, 6 et 7 de la CITE) comme les universits, les coles normales et les coles professionnelles suprieures exigeant comme condition minimale d'admission d'avoir achev avec succs l'enseignement de deuxime niveau ou de prouver qu'un niveau quivalent de connaissances a t assimil.

Epargne intrieure (brute) : Le produit intrieur brut moins la consommation des administrations publiques et la consommation prive.

Esprance de vie la naissance : Nombre d'annes que vivrait un nouveau-n si les caractristiques de mortalit de sa population au moment de sa naissance demeuraient les mmes tout au long de sa vie.

Excdent ou dficit budgtaire : Recettes fiscales perues et libralits reues, moins le total des dpenses et des prts.

Exportations de biens et services : Valeur de tous les biens et les services non-facteurs fournis au reste du monde, y compris les marchandises, le frt, l'assurance, le transport et autres services non-facteurs.

Gains par salari : Salaires rels obtenus en dflatant les salaires nominaux par salari par l'indice des prix la consommation du pays.

Indice de production alimentaire par habitant : Quantit annuelle moyenne de vivres produits par habitant par rapport la quantit produite (par habitant) dans l'anne de rfrence. Les produits alimentaires sont dfinis comme comprenant les olagineux, les lgumineuses, les fruits, les crales, la canne sucre, les betteraves sucrires, les racines amylaces, tes huiles comestibles, le btail et la production animale.

Indice synthtique de fcondit : Nombre d'enfants que mettrait au monde une femme pendant sa vie, en donnant naissance, chaque ge, au nombre d'enfants correspondant au taux de fcondit prvalant pour cet ge.

Ingalits rurale/urbaine : Ensemble d'estimations nationales, rgionales et autres dans lequel tous les chiffres ruraux sont exprims par rapport aux chiffres urbains correspondants, qui sont gaux 100.

Ingalits femmes/hommes : Ensemble d'estimations nationales, rgionales et autres dans lequel tous les chiffres pour les femmes sont exprims par rapport aux chiffres correspondants pour les hommes, qui sont gaux 100.

Ingalits Sud/Nord : Ensemble d'estimations nationales, rgionales et autres dans lequel tous les chiffres sont exprims par rapport aux chiffres moyens correspondants pour tous les pays industrialiss, qui sont gaux 100.

Insuffisance pondrale (malnutrition modre et aigu) : Pourcentage d'enfants de moins de cinq ans qui scartent de plus de 2 E.T. (carts-types) du poids mdian par ge de la population de rfrence.

Insuffisance pondrale la naissance : Pourcentage de nouveau-ns pesant moins de 2500 grammes.

Logarithme : Fonction arithmtique, invente par Neper, reprsente en particulier sous forme de tables et servant acclrer les calculs en substituant l'addition et la soustraction la multiplication et la division.

Main-duvre : Population active, y compris les forces armes et les chmeurs, mais l'exclusion des personnes occupes au foyer et autres auxiliaires familiaux non rmunrs.

Malnutrition : Voir Insuffisance pondrale, Emaciation et Retard de croissance.

Naissances sous contrle : Pourcentage de naissances suivies par des mdecins, des infirmires, des sages-femmes, des agents de soins de sant primaires qualifis ou des accoucheuses traditionnelles formes.

Parits du pouvoir d'achat (PPA) : Voir PIB rel par habitant.

Part du revenu : Le revenu en espces et en nature revenant des groupes (centiles) de mnages classs par le revenu total du mnage.

Pays moins avancs : Catgorie dtermine de pays en dveloppement tabli par l'Assemble gnrale des Nations unies. La plupart de ces pays souffrent d'une ou plusieurs des limitations suivantes : un PNB par habitant d'environ 300 dollars ou moins, pas de littoral, isolement gographique, dsertification, et exposition aux catastrophes naturelles.

PIB rel par habitant : L'utilisation de taux de change officiels pour convertir en dollars des Etats-Unis les chiffres exprims en monnaies nationales ne permet pas de mesurer le pouvoir d'achat intrieur relatif des monnaies. Le Projet des Nations Unies de comparaison internationale (PCI) a mis au point des mesures du PIB rel sur une chelle comparable au niveau international en utilisant les parits de pouvoir d'achat (PPA), au lieu des taux de change, comme facteurs de conversion, et les a exprimes en dollars internationaux.

PNB par habitant et taux de croissance : Le produit national brut divis par le nombre d'habitants. Les PNB annuels par habitant sont exprims en dollars actuels des Etats-Unis. Les taux de croissance du PNB par habitant sont des taux de croissance annuels moyens, calculs en fixant des lignes de tendances aux valeurs logarithmiques des PNB par habitant, prix du march constants pour chaque anne de la priode considre.

Population rurale : Pourcentage de la population rsidant dans les rgions rurales, telles qu'elles ont t dfinies par des critres nationaux lors du dernier recensement de la population.

Population urbaine : Pourcentage de la population rsidant dans les rgions urbaines telles qu'elles ont t dfinies par des critres nationaux lors du dernier recensement.

Produit intrieur brut (PIB) : Le total, au niveau de l'utilisation finale, des biens et services d'une conomie, produits par les rsidents et les non-rsidents, quelle que soit la rpartition des droits sociaux entre nationaux et trangers.

Produit national brut (PNB) : Le total de la valeur ajoute nationale et trangre revenant aux rsidents, calcule sans oprer de dductions pour la dprciation. Il comprend le PIB plus le revenu net des facteurs ltranger, qui est le revenu que les rsidents reoivent de ltranger pour des services facteurs (main-duvre et capital), moins les paiements similaires faits des non-rsidents qui contribuent lconomie nationale.

Retard de croissance : Pourcentage d'enfants gs de 24 59 mois, qui scartent de plus de 2 E.T. (cartstypes) de la proportion taille/ge de la population de rfrence.

Salaris : Salaris rguliers, propritaires qui travaillent, associs actifs d'une entreprise, et travailleurs familiaux non rmunrs, mais l'exclusion des individus occups au foyer.

Service de la dette : Le total des paiements d'intrts et des remboursements du principal effectus en devises, biens ou services, affrents aux dettes extrieures publiques, aux emprunts garantis par l'Etat et aux dettes prives non garanties.

Seuil de pauvret : Niveau de revenu au-dessous duquel il est impossible d'obtenir une alimentation adapte du point de vue nutritionnel et de satisfaire les besoins de base non alimentaires.

Taux (brut) de mortalit : nombre annuel de dcs pour 1000 habitants.

Taux (brut) de natalit : nombre annuel de naissances pour 1 000 habitants.

Taux brut de scolarisation : Voir Taux de scolarisation

Taux d'abandon : Proportion d'entants inscrits la premire anne d'enseignement du cycle primaire qui n'achvent pas ce dernier avec succs.

Taux d'accroissement de la population : Taux annuel de croissance de la population calcul partir de donnes mianne.

Taux d'alphabtisation (adulte) : Pourcentage de personnes ges de 15 ans et plus qui peuvent, en le comprenant, lire et crire un texte simple et court sur la vie quotidienne.

Taux de mortalit des moins de cinq ans (TMM5) : Nombre de dcs d'enfants de moins de cinq ans pour 1 000 naissances vivantes au cours d'une anne. Plus spcifiquement, la probabilit de mourir entre la naissance et le cinquime anniversaire.

Taux de mortalit infantile : Nombre de dcs d'enfants gs de moins d'un an pour 1 000 naissances vivantes au cours d'une anne. Plus spcifiquement, la probabilit de mourir entre la naissance et le premier anniversaire.

Taux de mortalit maternelle : Nombre de femmes qui meurent chaque anne par suite d'une grossesse pour 100 000 naissances vivantes.

Taux d'emploi des contraceptifs : Pourcentage de femmes maries en ge de procrer qui utilisent, ou dont les poux utilisent, toute forme de contraception, c'est--dire des mthodes modernes ou traditionnelles.

Taux d'inflation : Taux moyen annuel d'accroissement des prix, il est mesur par la croissance du facteur de dflation implicite du PIB pour chacune des priodes considres.

Taux de scolarisation (brut et net) : Le taux brut de scolarisation est le nombre d'enfants inscrits un cycle (niveau) d'enseignement (qu'ils soient ou non en ge de le frquenter), exprim en pourcentage de nombre d'enfants appartenant au groupe dge correspondant ce niveau d'enseignement. Le taux net de scolarisation est le nombre d'enfants inscrits un cycle (niveau) d'enseignement et qui appartiennent au groupe dge pertinent, exprim en pourcenrage de nombre d'enfants appartenant ce mme groupe dge.

Taux net de scolarisation : Voir Taux de scolarisation.

Transformation logarithmique : Transformation d'une variable x en une nouvelle variable y par une relation telle que y = a + b log (x-c). Il existe un certain nombre de contextes o ces transformations sont utiles en statistique : par exemple, pour normaliser une fonction de frquence, pour stabiliser une variance, et pour rduire une fonction en courbe en une relation linaire.

Vaccins : Moyenne des couvertures vaccinales des enfants de moins d'un an pour les quatre antignes utiliss dans le Programme de vaccination universelle des enfants.

Classement des pays

Pays regroups selon leur dveloppement humain (ordre alphabtique au sein des groupes)


Faible dveloppemem humain
(IDH infrieur 0,500)

Afghanistan

Angola

Bangladesh

Bnin

Bhoutan

Burkina Faso

Burundi

Cameroun

Congo

Cte d'Ivoire

Ethiopie

Ghana

Guine

Hati

Inde

Kampucha

Kenya

Libria

Madagascar

Malawi

Mali

Maroc

Mauritanie

Mozambique

Namibie

Npal

Niger

Nigria

Ouganda

Pakistan

Papouasie-Nouvelle-Gune

Rpublique centrafricaine

Rwanda

Sngal

Sierra Leone

Somalie

Soudan

Tanzanie, Rpublique unie

Tchad

Togo

Ymen, Rpublique arabe du

Ymen, Rpublique dmocratique

populaire du

Zare

Zambie

Dveloppement humain moyen
(IDH de 0,500 0,799)

Afrique du Sud

Albanie

Algrie

Arabie saoudite

Bolivie

Botswana

Brsil

Chine

Core, Rpublique populaire

dmocratique

Egypte

Salvador

Emirats arabes unis

Equateur

Gabon

Guatemala

Honduras

Indonsie

Iran, Rpublique islamique

Iraq

Jamahiriya arabe libyenne

Jordanie

Laos, Rpublique dmocratique

populaire du

Lesotho

Liban

Maurice

Mongolie

Myanmar

Nicaragua

Oman

Paraguay

Prou

Philippines

Rpublique arabe syrienne

Rpublique dominicaine

Sri Lanka

Thalande

Tunisie

Turquie

Viet Nam

Zimbabwe

Dveloppement humain lev
(IDH gal ou suprieur 0,800)

Allemagne, Rpublique fdrale d'

Argentine

Australie

Autriche

Belgique

Bulgarie

Canada

Chili

Colombie

Core, Rpublique de

Costa Rica

Cuba

Danemark

Espagne

Etats-Unis d'Amrique

Finlande

France

Grce

Hong Kong

Hongrie

Irlande

Isral

Italie

Jamaque

Japon

Koweit

Malaisie

Mexique

Norvge

Nouvelle-Zlande

Panama

Pays-Bas

Pologne

Portugal

Rpublique dmocratique allemande

Roumanie

Royaume-Uni

Singapour

Sude

Suisse

Tchcoslovaquie

Trinit-et-Tobago

Uruguay

URSS

Venezuela

Yougoslavie

Pays regroups par rgion


Afriquesubsaharienne

Afrique du Sud

Angola

Bnin

Botswana

Burkina FAso

Burundi

Cameroun

Congo

Cte d'Ivoire

Ethiopie

Gabon

Ghana

Guine

Kenya

Lesotho

Libria

Madagascar

Malawi

Mali

Maurice

Mauritanie

Mozambique

Namibie

Niger

Nigria

Ouganda

Rpublique centrafricaine

Rwanda

Sngal

Sierra Leone

Somalie

Tanzanie, Rpublique unie de

Tchad

Togo

Zare

Zambie

Zimbabwe

Asie du Sud

Afghanistan

Bangladesh

Bhoutan

Inde

Iran, Rpublique islamique

Npal

Pakistan

Sri Lanka

Moyen Orient et Afrique du Nord

Algrie

Arabie saoudite

Egypte

Emirats arabes unis

Iraq

Jamahiriya arabe libyenne

Jordanie

Koweit

Liban

Maroc

Oman

Rpublique arabe syrienne

Soudan

Tunisie

Turquie

Ymen, Rpublique arabe du

Ymen, Rpublique dmocratique

populaire du

Asie de l'Est et du Sud-Est

Chine

Core, Rpublique de

Core, Rpublique populaire

dmocratique de

Hong Kong

Indonsie

Kampucha

Laos. Rpublique dmocratique

populaire du

Malaisie

Mongolie

Myanmar

Papaousie-Nouvelle-Guine

Philippines

Singapour

Thalande

Viet Nam

Asie et Ocanie

Afghanistan

Bangladesh

Bhoutan

Chine

Core, Rpublique de

Core, Rpublique populaire

dmocratique de

Hong Kong

Inde

Indonsie

Iran, Rpublique islamique d'

Kampucha

Laos, Rpublique dmocratique

populaire du

Malaisie

Mongolie

Myanmar

Npal

Pakistan

Papouasie-Nouvelle-Guine

Philippines

Singapour

Sri Lanka

Thalande

Viet Nam

Amrique latine et Carabes

Argentine

Bolivie

Brsil

Chili

Colombie

Costa Rica

Cuba

Salvador

Equateur

Guatemala

Hati

Honduras

Jamaque

Mexique

Nicaragua

Panama

Paraguay

Prou

Rpublique dominicaine

Trinit-et-Tobago

Uruguay

Venezuela

Pays regroups selon leur revenu (par ordre alphabtique au sein des groupes)


Faible revenu
(PNB par habitant infrieur
500 $)

Afghanistan

Angola

Bangladesh

Bnin

Bhoutan

Burkina Faso

Burundi

Chine

Ethiopie

Ghana

Guine

Hati

Inde

Indonsie

Kampucha

Kenya

Laos, Rpublique populaire

dmocratique du

Lesotho

Libria

Madagascar

Malawi

Mali

Mauritanie

Mozambique

Myanmar

Npal

Niger

Nigria

Ouganda

Pakistan

Rpublique centrafricaine

Rwanda

Sierra Leone

Somalie

Soudan

Sri Lanka

Tanzanie, Rpublique unie de

Tchad

Togo

Viet Nam

Ymen, Rpublique dmocratique

populaire du

Zare

Zambie

Revenu moyen
(PNB par habitant
entre 500 et 5999 $)

Afrique du Sud

Albanie

Algrie

Argentine

Bolivie

Botswana

Brsil

Bulgarie

Cameroun

Chili

Colombie

Congo

Core, Rpublique de

Core, Rpublique populaire

dmocratique de

Costa Rica

Cte d'Ivoire

Cuba

Egypte

Salvador

Equateur

Gabon

Grce

Guatemala

Honduras

Hongrie

Iran, Rpublique islamique d'

Iraq

Jamahiriya arabe libyenne

Jama"lque

Jordanie

Liban

Malaisie

Maroc

Maurice

Mexique

Mongolie

Namibie

Nicaragua

Oman

Panama

Papaousie-Nouvelle-Guine

Paraguay

Prou

Philippines

Pologne

Portugal

Rpublique arabe syrienne

Rpublique dominicaine

Roumanie

Sngal

Tchcoslovaquie

Thalande

Trinit-et-Tobago

Tunisie

Turquie

Uruguay

URSS

Venezuela

Ymen, Rpublique arabe du

Yougoslavie

Zimbabwe

Revenu lev
(PNB par habitant gal ou suprieur 6000$)

Allemagne, Rpublique fdrale d'

Arabie Saoudite

Australie

Autriche

Belgique

Canada

Danemark

Emirats arabes unis

Espagne

Etats-Unis d'Amrique

Finlande

France

Hong Kong

Irlande

Isral

Italie

Japon

Koweit

Norvge

Nouvelle-Zlande

Pays-Bas

Rpublique dmocratique allemande

Royaume-Uni

Singapour

Sude

Suisse

Autres regroupements de pays


Pays moins avancs (PMA)

Afghanistan

Bangladesh

Bnin

Bhouran

Botswana

Burkina Faso

Burundi

Erhiopie

Guine

Hari

Laos, Rpublique

dmocrarique du

Lesotho

Malawi

Mali

Mauritanie

Mozambique

Myanmar

Npal

Niger

Ouganda

Rpublique cenrrafricaine

Rwanda

Sierra Leone

Somalie

Soudan

Tanzanie, Rpublique unie

Tchad

Togo

Ymen, Rpublique arabe du

Ymen, Rpublique dmo-

cratique populaire du

Pays en dveloppememt

Afghaniscan

Afrique du Sud

Algrie

Angola

Arabie saoudite

Argentine

Bangladesh

Bnin

Bhoutan

Bolivie

Botswana

Brsil

Burkina Faso

Burundi

Cameroun

Chili

Chine

Colombie

Congo

Core, Rpublique de

Core, Rpublique populaire

dmocratique de

Costa Rica

Cte d'Ivoire

Cuba

Emirats arabes unis

Egypte

Salvador

Equateur

Ethiopie

Gabon

Ghana

Guatemala

Guine

Hati

Honduras

Hong Kong

Inde

Indonsie

Iran, Rpublique

islamique d'

Iraq

Jamahiriya arabe libyenne

Jamaque

Jordanie

Kampuchea dm.

Kenya

Koweit

Laos, Rpublique

dmocratique populaire du

Liban

Lesotho

Libria

Madagascar

Malawi

Malaisie

Mali

Maroc

Maurice

Mauritanie

Mexique

Mongolie

Mozambique

Myanmar

Namibie

Npal

Nicaragua

Niger

Nigria

Oman

Ouganda

Pakistan

Panama

Papaousie-Nouvelle-Guine

Paraguay

Prou

Philippines

Rpublique arabe syrienne

Rpublique centrafricaine

Rpublique dominicaine

Rwanda

Sngal

Sierra Leone

Singapour

Somalie

Soudan

Sri Lanka

Tanzanie, Rpublique

unie de

Tchad

Thalande

Togo

Trinit-ct-Tobago

Tunisie

Turquie

Uruguay

Venezuela

Viet Nam

Ymen, Rpublique arabe du

Ymen, Rpublique dmocratique

populaire du

Zare

Zambie

Zimbabwe

Pays industrialiss

Albanie

Allemagne, Rpublique

fdrale d'

Australie

Autriche

Belgique

Bulgarie

Canada

Danemark

Etats-Unis d'Amrique

Espagne

Finlande

France

Grce

Hongrie

Irlande

Isral

Italie

Japon

Norvge

Nouvelle-Zlande

Pays-Bas

Pologne

Portugal

Rpublique dmocratique

allemande

Roumanie

Sude

Suisse

Tchcoslovaquie

Royaume-Uni

URSS

Yougoslavie

Principales sources des donnes

N : B : Les donnes pour les thmes en italiques ont t recueillies auprs de plus d'une source principale.

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)

Terres arables. Apport en calories. Dforestation. Importations de produits alimentaires. Production alimentaire. Bois de chauffe. Surface terrestre. Btail.

Habitat

Personnes par pice habitable.

Institute for Resource Development

Allaitement maternel. Malnutrition infantile.

Centre international dtudes urbaines.

Densit de la population en zones urbaines.

Organisation internationale du Travail (OIT)

Main-duvre. Chmage.

Fonds montaire international (FMI)

Excdent/dficit budgtaire. Inflation. Rserves internationales. Dpenses militaires, de sant et dducation. Dpenses tatiques et locales pour les services sociaux.

Union interparlementaire

Femmes parlementaires.

Luxembourg Income Study Database (LIS)

Seuil de pauvret avec le PIB rel par habitant.

Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE)

Service de la dette et remboursement des intrts. APD, reue et donne.

Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF)

Allaitement maternel. Malnutrition infantile. Vaccination. Mortalit des enfants de moins de cinq ans.

Programme des Nations Unies pour le dveloppement (PNUD)

Indice de dveloppement humain (IDH). Estimations choisies de l'alphabtisation. Estimations choisies du PIB rel par habitant.

Commission conomique pour l'Europe (CEE)

Dforestation.

Organisation des Nations Unies pour lducation, la science et la culture (UNESCO)

Alphabtisme. Abandon lcole primaire. Radios. Scolarisation dans le primaire, le secondaire et l'universit. Scientifiques et techniciens. Enseignants. Tlvision.

Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP)

Taux d'emploi des contraceptifs.

Organisation des Nations Unies pour le dveloppement industriel (ONUDI)

Salaires.

Division de la population (Organisation des Nations Unies)

Taux de natalit et de mortalit. Taux de dpendance. Fcondit. Mortalit infantile et mortalit des enfants de moins de cinq ans. Esprance de vie. Population : totale, urbaine, et rurale. Densit dmographique.

Bureau de statistique (Organisation des Nations Unies)

Exportations et importations. PIB. Mortalit infantile. Personnes par pice habitable. PIB rel par habitant. Dpenses PIB rel par habitant. Termes de lchange. Population totale.

Agence des Etats-Unis pour le dveloppement international (USAID)

PIB rel par habitant.

Banque mondiale

Service de la dette et remboursement des intrts. Epargne intrieure. PIB, PNB et PIB rel par habitant. Revenus des mnages. Dpenses militaires, de sant et dducation.

Population au-dessous du seuil de pauvret. Dpenses tatiques et locales pour les services sociaux.

Enqute mondiale sur la fcondit

Allaitement maternel

Programme alimentaire mondial (PAM)

Aide alimentaire.

Organisation mondiale de la sant (OMS)

Accs aux services de sant, l'eau potable et l'assainissement. Naissances suivies. Malnutrition infantile. Mdecins et infirmires. Vaccination. Insuffisance pondrale la naissance. Mortalit maternelle.

World Priorities Inc.

Forces armes. Dpenses militaires, de sant et dducation.

World Resources Institute
Ressources hydrauliques internes renouvelables.

ANNEXE STATISTIQUE DONNES EN LIGNE

Les tableaux statistiques publis initialement dans cette dition du Rapport sur le dveloppement humain ne sont pas inclus dans cette version lectronique. Les donnes relatives lIndice de dveloppement humain et bien dautres indicateurs statistiques des trois dernires dcennies sont disponibles en ligne sur le site du Rapport sur le dveloppement humain (http://hdr.undp.org/fr/).

Le site Internet du Rapport sur le dveloppement humain comprend galement :

Grce ces outils en ligne, ainsi qu une base de donnes tendue comportant des donnes internationales, les visiteurs peuvent explorer les statistiques, gnrer des graphiques et images, extraire des tableaux de donnes et retrouver les profils de pays avec les statistiques les plus rcentes, contrles au niveau international, sur les revenus, la sant, lducation et dautres sujets lis au dveloppement.

Tous les rapports et donnes sur le site hdr.undp.org/fr/ sont accessibles et tlchargeables gratuitement, y compris la srie complte des Rapports sur le dveloppement humain, qui sont disponibles aux formats PDF et ebook (livre lectronique) les plus rcents. La recherche de base pour les rapports est aussi disponible en ligne.

Depuis 1990, plus de 140 pays ont adopt le cadre du Rapport sur le dveloppement humain leurs propres fins politiques et analytiques, produisant plus de 600 Rapports nationaux sur le dveloppement humain avec le soutien du PNUD. La plupart dentre eux sont aussi disponibles sur le site. Par ailleurs, le PNUD a parrain de nombreux rapports rgionaux rdigs de faon autonome, qui peuvent tre tlchargs gratuitement.

Le site Internet - qui est disponible en anglais, espagnol et franais, avec des portails vers les Rapports sur le dveloppement humain et dautres documents dans plusieurs autres langues - comprend une interview filme exclusive du Prix Nobel Amartya Sen sur les origines et limpact du Rapport sur le dveloppement humain. Amartya Sen a particip llaboration de lIDH avec lconomiste Mahbub ul Haq, fondateur de la srie de rapports. Des vidos sont galement disponibles sur des sujets lis au dveloppement humain, notamment le changement climatique, la migration et la pnurie deau.

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