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image  Rapport mondial sur le
dveloppement humain
2009


Lever les barrires :
Mobilit et dveloppement humains




image  Publicado para el
         Programa de las
         Nations Unies pour
         (PNUD)

Copyright 2009
par le Programme des Nations Unies pour le dveloppement
1 UN Plaza, New York, NY 10017, USA

Tous droits rservs. Il est interdit, sauf accord pralable de l'diteur, de reproduire le prsent ouvrage, de le stocker dans une banque de donnes ou de le communiquer au public, sous quelque forme et de quelque manire que ce soit, lectronique, mcanique, par photocopie, enregistrement ou tout autre moyen.

ISBN 978-2-7071-5879-6

Imprim au Danemark par Pheonix Design Aid. La couverture est imprime sur papier couch une face haute densit 15 pt Carolina produit partir de 30 % de dchets recycls aprs consommation. Les pages de texte sont imprimes sur papier Rolland lisse opaque n 60 de Cascades Mills, un papier constitu de 30 % de fibres recycles dsencres et certifi par le Forest Stewardship Council comme un papier sans chlore avec des encres vgtales et produit par le biais de technologies respectueuses de l'environnement. Veuillez recycler l'emballage par rtraction.

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Sources mixtes

Groupe de produits issu de forts bien
gres et d'autres sources contrles

www.fsc.org Cert no. Sw-COC-001221
1996 Forest Stewardship Council

dition : Green Ink

Conception : ZAGO

Traduction et maquette : Strategic Agenda LLP

Pour une liste des erreurs et omissions dceles la suite de l'impression, veuillez consulter notre site Web l'adresse http://hdr.undp.org

quipe pour la prparation du Rapport mondial sur le dveloppement humain 2009


Directrice

Jeni Klugman

Recherche

Unit dirige par Francisco R. Rodrguez, comprenant Ginette Azcona, Matthew Cummins, Ricardo Fuentes Nieva, Mamaye Gebretsadik, Wei Ha, Marieke Kleemans, Emmanuel Letouz, Roshni Menon, Daniel Ortega, Isabel Medalho Pereira, Mark Purser et Cecilia Ugaz (Directrice adjointe jusqu' octobre 2008).

Statistiques

Unit dirige par Alison Kennedy, comprenant Liliana Carvajal, Amie Gaye, Shreyasi Jha, Papa Seck et Andrew Thornton.

Rapports nationaux sur le dveloppement humain et rseau

Eva Jespersen (Directrice adjointe du BRDH), Mary Ann Mwangi, Paola Pagliani et Timothy Scott.

Relations externes et communication

Unit dirige par Marisol Sanjines, comprenant Wynne Boelt, Jean-Yves Hamel, Melissa Hernandez, Pedro Manuel Moreno et Yolanda Polo.

Production, traduction, budget et oprations, administration

Carlotta Aiello (Coordinatrice de la production), Sarantuya Mend (Responsable des oprations), Fe Juarez-Shanahan et Oscar Bernal.

Avant-propos


La migration a souvent mauvaise presse. Les strotypes ngatifs dcrivant les migrants comme volant nos emplois ou vivant aux dpends du contribuable sont lgion dans certains mdias et une partie de l'opinion publique, particulirement en ces temps de rcession. Pour d'autres, le mot migrant voque l'image de personnes en situation d'extrme vulnrabilit. Le Rapport mondial sur le dveloppement humain de cette anne, Lever les barrires : mobilit et dveloppement humains, rcuse ces strotypes. Il tente d'largir et de rquilibrer les perceptions de la migration pour reflter une ralit plus complexe et trs variable.

Ce rapport innove en examinant la migration sous le prisme du dveloppement humain. Il explique qui sont les migrants, d'o ils viennent, o ils vont et pourquoi ils se dplacent. Il examine les diffrents impacts de la migration pour toutes les parties concernes, ceux qui partent mais aussi ceux qui restent.

Ce faisant, les conclusions auxquelles il parvient apportent un nouvel clairage certaines ides fausses. Par exemple, les mouvements des pays en dveloppement vers les pays dvelopps ne reprsentent qu'une petite partie des dplacements humains. La migration d'un pays en dveloppement vers un autre est bien plus rpandue. En fait, la plupart des migrants ne partent pas l'tranger mais se dplacent l'intrieur de leur propre pays.

Ensuite, la majorit des migrants, loin d'tre des victimes, ont plutt tendance russir, aussi bien avant de quitter leur rgion d'origine qu'une fois destination. Les rsultats de ces mouvements sur tous les aspects du dveloppement humain, c'est--dire les revenus mais aussi l'ducation et la sant, sont en grande partie positifs et parfois mme excellents, les personnes originaires des rgions les plus pauvres tant les plus gagnantes.

En s'appuyant sur une abondante documentation, le rapport montre que les craintes concernant les migrants qui prennent les emplois et font baisser les salaires des rsidents locaux, surchargent les services ou cotent de l'argent au contribuable sont gnralement exagres. Lorsque les comptences des migrants viennent complter celles des locaux, ce sont les deux groupes qui en profitent. Les socits dans leur ensemble peuvent galement rcolter des bnfices trs varis, allant de l'augmentation du niveau d'innovation technique la diversification des pratiques culinaires.

Le rapport suggre que les rponses politiques aux phnomnes migratoires peuvent s'avrer peu appropries. De nombreux gouvernements mettent en place des rgimes d'entre de plus en plus rpressifs, ferment les yeux sur les manquements des employeurs aux rgles de sant et de scurit ou ne parviennent pas expliquer au public les avantages de l'immigration.

En examinant les politiques en vigueur dans la perspective d'un largissement des liberts des personnes plutt que du contrle et de la restriction des dplacements humains, ce rapport propose un ensemble de rformes audacieuses. Il estime qu'en adaptant ces propositions au contexte de chaque pays, elles sont susceptibles d'amplifier l'apport dj important de la mobilit au dveloppement humain.

Les principales rformes proposes s'articulent autour de six axes complmentaires, chacun participant activement au dveloppement humain : ouvrir les canaux d'entre existants afin qu'un plus grand nombre de travailleurs puissent migrer, garantir les droits lmentaires des migrants, abaisser les cots de transaction de la migration, trouver des solutions qui bnficient aux communauts de destination et aux migrants qu'elle accueillent, faciliter les dplacements des personnes l'intrieur de leur propre pays et intgrer la migration dans les stratgies nationales de dveloppement.

Le rapport explique en outre que, si nombre de ces rformes sont plus ralisables qu'on ne le pense, elles ncessitent nanmoins un certain courage politique. La capacit des gouvernements modifier rapidement leurs politiques peut galement se trouver limite si la rcession dure.

En tant qu'Administrateur, il s'agit du premier Rapport mondial sur le dveloppement humain dont je rdige l'avant-propos. Comme tous les rapports de ce type, il constitue une tude indpendante destine encourager le dbat et la discussion autour d'une question importante. Ce n'est en aucun cas une dclaration de principe des Nations Unies ou du PNUD.

Dans le mme temps, en plaant la mobilit au cur de l'agenda du dveloppement humain, le PNUD espre que les rflexions qui suivent ajouteront de la valeur au discours actuel sur la migration et influenceront le travail des professionnels du dveloppement et des responsables politiques du monde entier.

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Helen Clark

Administrateur

Programme des Nations Unies pour le dveloppement

Les analyses et recommandations politiques de ce rapport ne refltent pas ncessairement l'opinion du Programme des Nations Unies pour le dveloppement, de son Conseil d'administration ou de ses tats-membres.
Ce rapport est une publication indpendante commande par le PNUD. Il est le fruit d'une collaboration entre un groupe d'minents conseillers et de l'quipe du Rapport mondial sur le dveloppement humain.
Jeni Klugman, Directrice bureau du Rapport mondial sur le dveloppement humain, a coordonn ce travail.

Remerciements


Ce rapport est le fruit des efforts, des contributions et du soutien de nombreuses personnes et organisations.

Je tiens remercier Kemal Derviş pour l'opportunit qu'il m'a offerte d'assumer la lourde tche de Directeur du bureau du Rapport mondial sur le dveloppement humain ainsi qu'Helen Clark, nouvelle administratrice du PNUD, pour ses conseils et son soutien. Cela a t une exprience formidablement enrichissante que de revenir ce bureau, aprs ses 20 ans de croissance et de succs, et je tenais tout particulirement remercier ma famille, Ema, Josh et Billy, pour leur patience et leur soutien tout au long de cette preuve. Le dvouement ainsi que l'ardeur au travail dont a fait preuve toute l'quipe du RMDH, mentionne prcdemment, ont t dterminants. Parmi ceux qui ont fourni d'importants conseils stratgiques et suggestions, qui ont t particulirement indispensables l'organisation de ce rapport : Oliver Bakewell, Martin Bell, Stephen Castles, Joseph Chamie, Samuel Choritz, Michael Clemens, Simon Commander, Sakiko Fukuda-Parr, Hein de Haas, Frank Laczko, Loren Landau, Manjula Luthria, Gregory Maniatis, Philip Martin, Douglas Massey, Saraswathi Menon, Frances Stewart, Michael Walton et Kevin Watkins.

Des tudes de fond ont t rdiges sur un certain nombre de sujets thmatiques et publies en ligne dans notre Human Development Research Papers Series, elles ont t lances en avril 2009 et figurent dans la bibliographie. Une srie de 27 sminaires qui se sont tenus entre aot 2008 et avril 2009 a galement constitu un important stimulant pour notre rflexion et dveloppement d'ides ; nous souhaitons de nouveau remercier ces prsentateurs pour nous avoir fait part de leurs recherches et de leurs claircissements. Nous voudrions galement saluer la contribution des experts nationaux ayant particip notre valuation des politiques migratoires.

Les donnes et statistiques utilises dans ce rapport s'appuient de manire significative sur les bases de donnes d'autres organisations auxquelles on nous a gnreusement accord l'accs : Socit andine de dveloppement; Centre de recherche et dveloppement sur les migrations, Universit du Sussex ; CEPALC ; Institut international des migrations, Oxford ; Union interparlementaire ; Observatoire des Situations de Dplacement Interne ; Dpartement des statistiques et programme des migrations internationales de l'OIT ; OIM ; tude du Luxembourg sur les revenus ; OCDE ; UNICEF ; Dpartement des affaires conomiques et sociales des Nations Unies, Statistics Division et Population Division; UNESCO Institut de statistiques; HCNUR; UNRWA; Section des traits, Bureau des affaires juridiques des Nations Unies ; Banque mondiale et OMS.

Ce Rapport a bnfici dans une trs large mesure des conseils et orientations clairs d'un groupe consultatif. Le groupe comprenait Maruja Asis, Richard Black, Caroline Brettell, Stephen Castles, Simon Commander, Jeff Crisp, Priya Deshingkar, Cai Fang, Elizabeth Ferris, Bill Frelick, Sergei Guriev, Gordon Hanson, Ricardo Hausmann, Michele Klein-Solomon, Kishore Mahbubani, Andrew Norman Mold, Kathleen Newland, Yaw Nyarko, Jos Antonio Ocampo, Gustav Ranis, Bonaventure Rutinwa, Javier Santiso, Maurice Schiff, Frances Stewart, Elizabeth Thomas-Hope, Jeffrey Williamson, Ngaire Woods et Hania Zlotnik.

Ds le dpart, ce processus a impliqu diverses consultations participatives destines mettre profit les comptences de chercheurs, activistes de la societ civile, praticiens du dveloppement et responsables politiques du monde entier. Parmi lesquelles, 11 consultations informelles des parties prenantes ont eu lieu entre aot 2008 et avril 2009 Nairobi, New Delhi, Amman, Bratislava, Manille, Sydney, Dakar, Rio de Janeiro, Genve, Turin et Johannesburg, avec une participation totale de prs de 300 experts et praticiens. Le soutien apport par les bureaux rgionaux et nationaux du PNUD ainsi que par les partenaires locaux a t essentiel pour la bonne tenue de ces consultations. Des partenaires cls dont l'OIM, l'OIT et l'Institut pour les politiques de migration ont accueilli de nombreux vnements. D'autres consultations acadmiques ont eu lieu Washington D.C. et Princeton, le personnel du BRDH a particip de nombreux forums rgionaux et mondiaux, notamment le Forum mondial sur la migration et le dveloppement (FMMD) Manille, des runions prparatoires pour le FMMD d'Athnes ainsi que de nombreuses confrences et sminaires organiss par d'autres agences des Nations Unies (c.-a-d l'OIT, l'UNDESA et l'UNITAR), des universits, des groupes de rflexion et des organisations non-gouvernementales. Les participants une srie de discussions du Rseau du dveloppement humain ont fourni des indications et des observations trs varies sur les liens existants entre la migration et le dveloppement humain. De plus amples dtails sur ce processus sont disponibles sur http://hdr.undp.org/fr/nhdr.

Un comit de lecture du PNUD comprenant des tous les bureaux politiques et rgionaux a mis des suggestions et apport avis extrmement utiles sur la note conceptuelle et des versions intermediaires de ce rapport, tout comme un certain nombre d'autres collgues par leur contribution et leurs conseils. Nous tenons remercier tout particulirement Amat Alsoswa, Carolina Azevedo, Barbara Barungi, Tony Bislimi, Kim Bolduc, Winifred Byanyima, Ajay Chhibber, Samuel Choritz, Pedro Conceio, Awa Dabo, Georgina Fekete, Priya Gajraj, Enrique Ganuza, Tegegnework Gettu, Rebeca Grynspan, Sultan Hajiyev, Mona Hammam, Mette Bloch Hansen, Mari Huseby, Selim Jahan, Bruce Jenks, Arun Kashyap, Olav Kjoren, Paul Ladd, Luis Felipe Lpez-Calva, Tanni Mukhopadhyay, B. Murali, Theodore Murphy, Mihail Peleah, Amin Sharkawi, Kori Udovicki, Mourad Wahba et Caitlin Wiesen pour leurs commentaires.

Une quipe de Green Ink, mene par Simon Chater, a fourni des services de rvision. Le travail de conception a t ralis par Zago. Guoping Huang a dvelopp quelques-unes des cartes. La production, la traduction, la distribution et la promotion du Rapport ont t ralises avec l'aide et le soutien du Bureau des communications du PNUD et en particulier de Maureen Lynch. Les traductions ont t revues par Luc Gregoire, Madi Musa, Uladzimir Shcherbau et Oscar Yujnovsky. Margaret Chi et Solaiman Al-Rifai du Bureau des services d'appui aux projets des Nations Unies ont fourni des services de gestion et de soutien administratif essentiels.

Le rapport a galement bnfici du travail dvou de plusieurs stagiaires, savoir, Shreya Basu, Vanessa Alicia Chee, Delphine De Quina, Rebecca Lee Funk, Chloe Yuk Ting Heung, Abid Raza Khan, Alastair Mackay, Grace Parker, Clare Potter, Limon Rodriguez, Nicolas Roy, Kristina Shapiro et David Stubbs.

Nous tenons remercier tous ceux qui directement ou indirectement ont contribu orienter nos efforts tout en prcisant que les erreurs et omissions relvent de la seule responsabilit des auteurs.

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Jeni Klugman

Directrice

Rapport mondial sur le dveloppement humain
2009

Acronymes



AGCS Accord gnral sur le commerce des services
BRDH Bureau du Rapport mondial sur le dveloppement humain
CCG Conseil de coopration du Golfe
CEDAW Convention sur l'limination de toutes les formes de discrimination l'gard des femmes des Nations Unies
CEDEAO Communaut conomique des tats de l'Afrique de l'Ouest
CEPALC Commission conomique pour l'Amrique latine et les Carabes
CPRMW Comit pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille
CRC Convention relative aux droits de l'enfant
DSRP Documents de stratgie pour la rduction de la pauvret
ECD Dveloppement du jeune enfant
EIU Unit d'Intelligence Economique
IDH Indice du dveloppement humain (Indicateur du dveloppement humain dans les RMDH antrieurs)
MERCOSUR March commun du Sud
MIPEX Index des politiques d'intgration des migrants
OCDE Organisation de coopration et de dveloppement conomiques
OIM Organisation internationale pour les migrations
OIT Organisation internationale du travail
OMC Organisation mondiale du commerce
OMS Organisation mondiale de la sant
ONG Organisation non gouvernementale
ONUDC Office des Nations Unies contre la drogue et le crime
PIB Produit intrieur brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le dveloppement
RMDH Rapport mondial sur le dveloppement humain
SRP Stratgie pour la rduction de la pauvret
TMBs Organes de surveillance de l'application des traits
UNDESA Dpartement des affaires conomiques et sociales des Nations Unies (DAES)
UE Union europenne
UNESCO Organisation des Nations Unies pour l'ducation, la science et la culture
UNHCR Haut-Commissariat des Nations Unies pour les rfugis
UNICEF Fonds des Nations Unies pour l'enfance
UNRWA Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les rfugis de Palestine
URSS Union des Rpubliques socialistes sovitiques

Table des matires

Avant-propos


Remerciements


Acronymes


VUE D'ENSEMBLE


Comment et pourquoi se dplace-t-on ?


Les obstacles au dplacement


Une mobilit ncessaire


Notre proposition


Les perspectives


CHAPITRE 1


Libert et migration : la mobilit, moteur du dveloppement humain


  1.1     La mobilit compte


  1.2     Le choix et le contexte : comprendre les motifs de la migration


  1.3     Dveloppement, libert et mobilit humaine


  1.4     Notre contribution la discussion


CHAPITRE 2


Les populations en mouvement : qui se dplace, o, quand et pourquoi


  2.1     La migration humaine aujourd'hui


  2.2     Regard sur le pass


            2.2.1     Perspective historique


            2.2.2     Le XXe sicle


  2.3     Politiques et migration


  2.4     L'avenir : la crise et l'aprs-crise


            2.4.1     La crise conomique et les perspectives de reprise


            2.4.2     Tendances dmographiques


            2.4.3     Facteurs lis l'environnement


  2.5     Conclusions


CHAPITRE 3


Migrants : gagnants ou perdants ?


  3.1     Revenus et subsistance


            3.1.1     Impacts sur le revenu brut


            3.1.2     Cots financiers de la migration


  3.2     Sant


  3.3     ducation


  3.4     Autonomisation, droits civiques et participation


  3.5     Comprendre les consquences des incitations ngatives


            3.5.1     Inscurit : moteur de la migration


            3.5.2     Dplacement induit par le dveloppement


            3.5.3     Trafic d'tres humains


  3.6     Impacts globaux


  3.7     Conclusions


CHAPITRE 4


Impacts dans les pays d'origine et de destination


  4.1     Impacts dans les pays d'origine


            4.1.1     Effets au niveau des foyers


            4.1.2     Effets conomiques aux niveaux communautaire et national


            4.1.3     Effets sociaux et culturels


            4.1.4     Mobilit et stratgies nationales de dveloppement


  4.2     Effets sur les lieux de destination


            4.2.1     Impacts conomiques globaux


            4.2.2     Impacts sur le march du travail


            4.2.3     Urbanisation rapide


            4.2.4     Impacts budgtaires


            4.2.5     Perceptions et proccupations sur la migration


  4.3     Conclusions


CHAPITRE 5


Politiques pour l'optimisation des rsultats en matire de dveloppement humain


  5.1     Un paquet de rformes concevoir


            5.1.1     Libraliser et simplifier les canaux lgaux


            5.1.2     Garantir les droits fondamentaux des migrants


            5.1.3     Rduire les frais de transaction associs la migration


            5.1.4     Amliorer les rsultats pour les migrants et les communauts de destination


            5.1.5     Exploiter les bnfices de la mobilit interne


            5.1.6     Intgrer la mobilit aux stratgies nationales de dveloppement


  5.2     La faisabilit politique de la rforme


  5.3     Conclusions



Notes


Bibliographie


ANNEXE STATISTIQUE


Tableaux


Guide du lecteur


Fiche technique


Dfinitions des termes statistiques et des indicateurs


Classification des pays


ENCADRS


  1.1     Estimer l'impact des migrations


  1.2     De l'importance de la migration dans la mesure du progrs


  1.3     Termes essentiels utiliss dans ce rapport


  1.4     Le point de vue des pauvres sur la migration


  2.1     La comptabilisation des migrants illgaux


  2.2     Migration induite par un conflit et trafic d'tres humains


  2.3     Tendances migratoires dans l'ex Union sovitique


  2.4     Gouvernance mondiale de la mobilit


  3.1     Chine : Politiques et rsultats de la migration interne


  3.2     Enfants migrants indpendants


  3.3     Migrants de deuxime gnration


  3.4     Mcanismes d'application de la loi en Malaisie


  4.1     Comment le tlphone portable peut rduire le cot des transferts d'argent le cas du Kenya


  4.2     La crise de 2009 et les transferts de fonds


  4.3     Impacts des flux de comptences sur le dveloppement humain


  4.4     Mobilit et perspectives de dveloppement pour les petits tats


  4.5     Mobilit et dveloppement humains : perspectives de quelques pays en dveloppement


  5.1     Ouverture de canaux lgaux-Sude et Nouvelle-Zlande


  5.2     Expriences de la rgularisation


  5.3     Rduire les formalits : un dfi pos aux gouvernements et aux partenaires


  5.4     Reconnaissance des diplmes


  5.5     Quand les travailleurs qualifis migrent : quelques options en termes de politique


FIGURES


  2.1     Beaucoup plus de personnes se dplacent l'intrieur de leur pays que vers l'extrieur: Taux de dplacement interne et d'migration, 20002002


  2.2     Les plus pauvres sont les plus avantags par la migration Diffrence entre l'IDH des pays de destination et d'origine, 20002002


  2.3      mais ils migrent tout de mme moins : Taux d'migration par IDH et par revenu


  2.4     De plus en plus de migrants viennent des pays en dveloppement : Part des migrants originaires de pays en dveloppement dans diffrents pays dvelopps


  2.5     Origines et tendances de la migration vers les pays en dveloppement : Migrants en pourcentage de la population totale de diffrents pays, 1960annes 2000


  2.6     Les taux de migration interne ne connaissent qu'une lgre hausse : Tendances de l'intensit des migrations internes vie dans diffrents pays, 1960annes 2000


  2.7     L'cart s'est creus entre les revenus dans le monde : Tendances du PIB rel par habitant, 19602007


  2.8     Hautement qualifis bienvenue, peu qualifis circulez ! Ouverture l'immigration lgale dans les pays dvelopps par rapport aux pays en dveloppement, 2009


  2.9     La mise en application varie : Interventions et procdures l'gard des migrants illgaux en 2009


  2.10  Les preuves transnationales infirmeraient plutt l'hypothse nombres contre droits : Corrlations entre accs et traitement


  2.11  Le chmage augmente dans les destinations prfres des migrants : Taux de chmage dans diffrents pays de destination, 20072010


  2.12  Les migrants vivent dans les pays les plus touchs par la rcession : Emplacement des immigrants et projection des taux de croissance du PIB en 2009


  2.13  La population en ge de travailler va augmenter dans les rgions en dveloppement : Projections de la population en ge de travail par rgion, 20102050


  3.1     Les migrants ont des revenus beaucoup plus levs que ceux qui restent : Revenu annuel des migrants dans les pays de destination de l'OCDE et PIB par habitant dans les pays d'origine, par catgorie d'IDH du pays d'origine


  3.2     Immenses bnfices en termes de salaire pour les migrants hautement qualifis : carts des salaires professionnels moyens pour diffrents couples de pays, 20022006


  3.3     Gains de revenus substantiels pour les migrants internes en Bolivie, en particulier chez les moins instruits : Rapport entre salaires de destination et salaires d'origine des migrants internes boliviens, 2000


  3.4     La pauvret est plus leve chez les enfants migrants, mais les transferts sociaux peuvent aider : Effets des transferts sur la pauvret infantile dans diffrents pays, 19992001


  3.5     Les cots de la migration sont souvent levs : Cots des intermdiaires dans diffrents couloirs, par rapport au revenu par habitant, 20062008


  3.6     Les cots de la migration peuvent tre trs suprieurs aux revenus mensuels esprs : Cots de la migration par rapport au salaire espr des ouvriers indonsiens peu qualifis dans diffrents pays de destination, 2008


  3.7     Les enfants des migrants ont de bien meilleures chances de survivre : Mortalit infantilit dans les pays d'origine par rapport au pays de destination, par catgorie d'IDH du pays d'origine, recensement en 2000 ou dernier cycle de recensement


  3.8     Les migrants temporaires et illgaux ont rarement accs aux services de sant : Accs aux soins mdicaux selon le statut des migrants dans les pays dvelopps, par rapport aux pays en dveloppement, 2009


  3.9     Les avantages en matire d'ducation sont plus nombreux pour les migrants provenant de pays faible IDH : Taux de scolarisation brut dans les pays d'origine par rapport au pays de destination, par catgorie d'IDH du pays d'origine, recensement en 2000 ou dernier cycle de recensement


  3.10  Les migrants ont davantage accs l'ducation dans les pays dvelopps : Accs l'ducation publique selon le statut des migrants dans les pays dvelopps, par rapport aux pays en dveloppement, 2009


  3.11  Le droit de vote est gnralement rserv aux ressortissants : Droits de vote aux lections locales selon le statut des migrants dans les pays dvelopps, par rapport aux pays en dveloppement, 2009


  3.12  Le taux de scolarisation des rfugis est souvent suprieur celui des communauts d'accueil dans les pays en dveloppement : Taux brut de scolarisation dans l'enseignement primaire - rfugis, populations d'accueil et principaux pays d'origine, 2007


  3.13  Nets avantages en matire de dveloppement humain pour les migrants internes : Rapport entre l'IDH estim des migrants et celui des non migrants dans diffrents pays en dveloppement, 19952005


  3.14  Les migrants sont en gnral aussi heureux que la population locale : Niveau de bonheur rapport par les migrants et la population locale dans le monde, 2005/2006


  4.1     La rcession mondiale devrait affecter les flux de transferts : Projection des tendances en matire de flux de transferts vers les rgions en dveloppement, 20062011


  4.2     Les travailleurs qualifis migrent de manire similaire au sein des pays et entre les pays : Population et part des travailleurs qualifis migrant aux niveaux interne et international


  4.3     L'opinion sur l'immigration dpend du nombre d'emplois disponibles : Attitudes l'gard de l'immigration et du nombre d'emplois disponibles, 2005/2006


  4.4     Quand les emplois sont en nombre limit, la prfrence va la population locale: Opinion publique concernant les prfrences en matire d'emploi, par catgorie d'IDH des pays de destination, 2005/2006


  4.5     La diversit ethnique n'est pas une valeur rare : Opinion publique sur la valeur de la diversit ethnique par catgorie d'IDH des pays de destination, 2005/2006


  5.1     Ratification limite de la convention sur les droits des migrants : Ratification de diffrents accords par catgorie d'IDH en 2009


  5.2     Opinion sur la possibilit de rsider de faon permanente : Prfrence pour la migration temporaire plutt que permanente, 2008


CARTES


  1.1     La question des frontires : Indice du dveloppement humain aux tats-Unis et dans les zones frontalires du Mexique, 2000


  1.2     Migrants se dplaant vers des rgions porteuses de meilleures opportunits en termes de dveloppement humain : Dveloppement humain et flux migratoires interprovinciaux en Chine, 1995-2000


  2.1     La majorit des mouvements sont internes aux rgions : Origine et destination des migrants internationaux vers 2000


  3.1     Les conflits, moteur des dplacements en Afrique : Conflit, instabilit et mouvement de populations en Afrique


  4.1     Les transferts circulent principalement des rgions dveloppes vers les rgions en dveloppement, 20062007 : Flux de transferts internationaux, 20062007


TABLEAUX


  2.1     Cinq dcennies de stabilit des agrgats, avec des variations rgionales : Distribution rgionale des migrants internationaux, 1960-2010


  2.2     Les responsables politiques disent s'efforcer de maintenir les niveaux d'immigration actuels : Opinions et politiques en faveur de l'immigration par catgorie d'IDH en 2007


  2.3     Plus d'un tiers des pays imposent des restrictions la libert de se dplacer : Restrictions aux dplacements intrieurs et l'migration par catgorie d'IDH


  2.4     Rapports de dpendance en hausse dans les pays dvelopps et stables dans les pays en dveloppement : Prvisions des rapports de dpendance des pays dvelopps par rapport aux pays en dveloppement, 20102050


  4.1     Les SRP reconnaissent les impacts multiples de la migration : Mesures politiques concernant la migration internationale dans les SRP, 20002008


TABLEAUX DE L'ANNEXE STATISTIQUE


A   Mouvement humain : Aperus et tendances


B   migrants internationaux par zone de rsidence


C   ducation et emploi des migrants internationaux dans les pays de l'OCDE (gs de 15 ans et plus)


D   Mouvements induits par les conflits et l'inscurit


E   Flux financiers internationaux : envois de fonds, aide publique au dveloppement assistance et investissements directs l'tranger


F   Conventions relatives aux droits de l'homme et la migration (par anne de ratification)


G   Tendances de l'indice du dveloppement humain


H   L'indice de dveloppement humain 2007 et ses composants


I1   Pauvret humaine et pauvret montaire


I2   Pauvret humaine et montaire : Pays de l'OCDE


J   L'indice sexospcifique du dveloppement humain et ses composants


K   Indice de la participation des femmes et ses composants


L   Tendances dmographiques


M   conomie et ingalit


N   Sant et ducation


Donnes en ligne


Profils statistiques de pays


Carte interactive


Outil de visualisation de l'IDH


Construisez votre propre indice


Base de donnes


Vue d'ensemble


Examinons le cas de Juan. N dans une famille pauvre de la campagne mexicaine, ses parents tiraient chaque jour le diable par la queue pour payer ses soins mdicaux et ses tudes. Il a quitt l'cole l'ge de 12 ans pour les aider. Six ans plus tard, Juan est parti avec son oncle au Canada, en qute de meilleurs salaires et de plus grandes opportunits.

Au Canada, l'esprance de vie est suprieure de cinq ans celle du Mexique et les salaires y sont trois fois plus levs. L-bas, Juan a dcroch un permis de travail temporaire par le biais d'un processus de slection. Il a ensuite obtenu un droit de sjour permanent et a fini par crer une entreprise qui emploie des Canadiens de souche. Il s'agit l d'un exemple parmi des millions de personnes qui, chaque anne, migrent et se voient offrir de nouvelles opportunits et liberts pour leur bnfice propre et celui de leurs rgions d'origine et de destination.

Prenons maintenant le cas de Bhagyawati. Elle appartient une caste infrieure et vit dans la campagne de l'Andhra Pradesh, en Inde. Chaque anne, elle va passer six mois Bangalore avec ses enfants pour travailler sur des chantiers de construction, et est paye 60 roupies (1,20 USD) par jour. Pendant ce temps, ses enfants ne vont pas l'cole, celle-ci tant trop loigne du chantier et les enfants ne parlant pas la langue locale. Bhagyawati n'a droit ni aux produits alimentaires, ni aux soins mdicaux subventionns, et ne peut pas non plus voter parce qu'elle est inscrite dans un autre district. Comme des millions de migrants internes, l'un des seuls moyens dont elle dispose pour amliorer son quotidien est de partir dans une autre ville la recherche de meilleures opportunits.

Notre monde est trs ingal. Les normes diffrences de dveloppement humain d'un pays l'autre et l'intrieur mme des pays constituent l'un des thmes rcurrents du Rapport mondial sur le dveloppement humain (RMDH) depuis sa premire publication en 1990. Cette anne, nous explorons pour la premire fois la question de la migration. Pour de nombreux habitants des pays en dveloppement, quitter leur ville ou leur village d'origine constitue le meilleur (parfois le seul) moyen de se donner de meilleures chances dans la vie. La mobilit humaine peut tre un moyen extrmement efficace d'offrir quelqu'un de bien meilleures perspectives en termes de revenus, de sant et d'ducation. Mais elle reprsente bien plus encore : pouvoir choisir son lieu de vie est un lment essentiel de la libert humaine.

Lorsque les gens se dplacent, que ce soit l'intrieur ou au-del des frontires de leur pays, ils s'engagent sur un chemin sem d'espoir et d'incertitude. La plupart d'entre eux partent la recherche de meilleures opportunits, esprant marier leurs talents aux ressources de leur pays de destination afin d'en tirer des bnfices personnels et d'en faire profiter leur famille proche, qui souvent les accompagne ou les suit. S'ils russissent, leur initiative et leurs efforts pourront aussi profiter ceux qu'ils ont laisss derrire eux et la socit dans laquelle ils se sont tablis. Mais le succs n'est pas toujours au rendez-vous. Les migrants qui quittent leurs amis et leur famille peuvent avoir affronter la solitude, se sentir rejets par une population qui a peur des nouveaux arrivants ou ne les apprcie pas, perdre leur emploi ou tomber malades et tre alors dans l'incapacit d'accder aux services d'appui dont ils ont besoin pour prosprer.

Le Rapport mondial sur le dveloppement humain 2009 analyse dans quelle mesure une amlioration des politiques en matire de mobilit humaine peut favoriser le dveloppement humain. Il invite les gouvernements moins limiter les dplacements travers et l'intrieur de leurs frontires afin d'largir les chances et les liberts des individus. Il prconise des mesures pratiques visant amliorer les perspectives des migrants leur arrive, pour le plus grand bnfice de leur communaut de destination comme de leur rgion d'origine.

Comment et pourquoi se dplace-t-on ?

Les dbats sur la migration vhiculent gnralement l'image d'un flux allant des pays en dveloppement vers les pays riches d'Europe, d'Amrique du Nord et d'Australasie. Pourtant, la plupart des dplacements dans le monde ne s'effectuent pas entre des pays en dveloppement et des pays dvelopps, ni mme entre diffrents pays. L'crasante majorit des personnes qui migrent le font l'intrieur de leur propre pays. Mme en utilisant une dfinition conservatrice, nous estimons environ 740 millions le nombre de migrants internes, soit prs de quatre fois celui des migrants internationaux. Parmi ceux ayant quitt leur pays, seul un tiers s'est dplac d'un pays en dveloppement vers un pays dvelopp, c'est--dire moins de 70 millions de personnes. La majorit des 200 millions de migrants internationaux dans le monde se sont dplacs d'un pays en dveloppement vers un autre, ou entre deux pays dvelopps.



La plupart des migrants, internes comme internationaux, rcoltent les fruits de leur dplacement sous la forme d'une augmentation de leurs revenus, d'un meilleur accs aux infrastructures d'ducation et de sant, et d'une amlioration des perspectives pour leurs enfants



La plupart des migrants, internes comme internationaux, rcoltent les fruits de leur dplacement sous la forme d'une augmentation de leurs revenus, d'un meilleur accs aux infrastructures d'ducation et de sant, et d'une amlioration des perspectives pour leurs enfants. Les enqutes conduites auprs de migrants montrent qu'ils sont heureux dans leur rgion de destination, en dpit de tous les rajustements et obstacles gnralement associs un changement de cadre de vie. Une fois installs, les migrants sont souvent plus enclins que les rsidents locaux adhrer des syndicats, des groupes religieux, etc., ce qui ne se fait toutefois pas sans compromis. Par ailleurs, les bnfices de la mobilit ne sont pas rpartis quitablement.

Les personnes dplaces pour des raisons d'inscurit ou cause d'un conflit rencontrent des problmes spcifiques. On estime 14 millions le nombre de rfugis vivant en dehors de leur pays de nationalit, ce qui reprsente 7 % des migrants dans le monde. La plupart restent proximit du pays qu'ils ont fui et s'installent gnralement dans des camps jusqu' ce que la situation leur permette de rentrer, mais environ un demi-million d'entre eux partent chaque anne demander asile dans un pays dvelopp. Bien plus encore, quelque 26 millions d'individus, sont dplacs l'intrieur de leur pays. Ils n'ont franchi aucune frontire, mais le fait de vivre loin de leur rgion d'origine dans un pays dchir par un conflit ou ravag par des catastrophes naturelles peut leur poser des difficults particulires. Les personnes (principalement des jeunes femmes) qui ont t victimes de trafic constituent un autre groupe vulnrable. Souvent trompes par la promesse d'une vie meilleure, elles ne se dplacent pas de leur propre gr mais sous la contrainte, parfois accompagne d'actes de violence et de svices sexuels.

Quoi qu'il en soit, la majorit des personnes choisissent librement d'migrer vers des lieux o la vie leur parat meilleure. Plus des trois-quarts des migrants internationaux se rendent dans un pays dont le niveau de dveloppement humain est plus lev que celui de leur pays d'origine. Ils doivent cependant faire face de nombreuses contraintes lies aux politiques qui restreignent l'entre dans les pays, mais aussi aux ressources dont ils disposent pour leur projet. Les habitants des pays pauvres sont les moins mobiles : par exemple, moins de 1 % des Africains ont migr en Europe. L'histoire et la situation actuelle soulignent en effet que dveloppement et migration vont de pair : le taux d'migration mdian dans un pays faible dveloppement humain est infrieur 4 %, contre plus de 8 % dans les pays haut niveau de dveloppement humain.

Les obstacles au dplacement

La part des migrants internationaux dans la population mondiale s'est maintenue un niveau remarquablement stable au cours des cinquante dernires annes, aux alentours de 3 %, malgr la prsence de facteurs qui auraient d se solder par une augmentation des flux migratoires. Les tendances dmographiques le vieillissement de la population des pays dvelopps contrastant avec la jeunesse et la croissance de la population des pays en dveloppement et l'augmentation des opportunits d'emploi, combines la baisse des cots des communications et des transports, ont entran une hausse de la demande migratoire. Mais les candidats la migration se heurtent des barrires de plus en plus hautes, riges par les gouvernements. Au cours du sicle dernier, le nombre d'tats-nations a quadrupl, pour avoisiner le nombre de 200 soit toujours plus de nouvelles frontires traverser. Paralllement, de nouvelles politiques ont limit encore les flux migratoires, en dpit de la leve des barrires commerciales.

Les obstacles la mobilit sont particulirement difficiles surmonter pour les personnes peu qualifies, bien que ce type de main-d'uvre soit recherch dans de nombreux pays riches. Les politiques favorisent gnralement l'entre de migrants plus instruits, par exemple en autorisant les tudiants rester aprs l'obtention de leur diplme et en invitant les travailleurs qualifis s'installer avec leur famille. L'attitude des gouvernements est en revanche bien plus ambivalente en ce qui concerne les travailleurs faiblement qualifis, dont le statut et le traitement laissent souvent grandement dsirer. Dans de nombreux pays, ces migrants occupent des emplois dans les secteurs de l'agriculture, du btiment, de la production et des services. Cependant, les gouvernements tentent souvent de rguler leur guise les entres et sorties des personnes les moins qualifies et considrent parfois les travailleurs temporaires et illgaux comme l'eau d'un robinet qu'ils pourraient ouvrir et fermer selon leur bon vouloir. On estime aujourd'hui que 50 millions de personnes vivent et travaillent en situation irrgulire l'tranger. Certains pays tels que la Thalande ou les tats-Unis tolrent un grand nombre de travailleurs illgaux. Cette tolrance peut certes permettre ces migrants d'obtenir des emplois mieux rmunrs que dans leur pays mais, bien qu'ils fassent souvent le mme travail et paient les mmes impts que les rsidents locaux, ils ont parfois un accs limit aux services de base et encourent le risque de se faire expulser. Certains gouvernements, l'image de ceux de l'Italie et de l'Espagne, ont reconnu la contribution des migrants non qualifis leur socit et ont rgularis la situation de ceux qui avaient un emploi. D'autres pays, comme le Canada et la Nouvelle-Zlande, ont quant eux conu des programmes de migration saisonnire dans certains secteurs, dont l'agriculture.

Si l'intrt de la migration qualifie pour les pays de destination fait l'objet d'un large consensus, l'accueil des travailleurs peu qualifis est pour sa part bien plus controvers. L'ide communment rpandue est que ces migrants, ds lors qu'ils occupent des postes vacants, se substituent aux travailleurs locaux et exercent une pression la baisse sur les salaires. L'afflux de migrants peut susciter d'autres inquitudes, portant notamment sur l'augmentation potentielle de la criminalit, la charge supplmentaire qu'ils reprsentent pour les services locaux et la peur de voir se dsagrger la cohsion sociale et culturelle. Mais celles-ci sont souvent exagres. Bien que des tudes aient montr que la migration peut effectivement, dans certaines circonstances, avoir des effets ngatifs sur les travailleurs locaux dots de comptences comparables, la plupart des travaux soulignent que ces effets sont gnralement modestes et parfois mme totalement inexistants.



Le dveloppement humain a beaucoup gagner d'une leve des obstacles aux dplacements et d'une amlioration du traitement des migrants



Une mobilit ncessaire

Ce rapport soutient que les migrants stimulent l'conomie, et ce un cot rduit voire nul pour la rgion d'accueil. En effet, leur prsence peut avoir de nombreuses vertus. Par exemple, les femmes immigres peuvent garder des enfants et permettre ainsi aux mres de la rgion de destination de travailler hors de chez elles. Au fur et mesure qu'ils parviennent acqurir une meilleure matrise de la langue ainsi que d'autres comptences ncessaires pour grimper sur l'chelle des salaires, beaucoup de migrants s'intgrent relativement facilement. Ils apportent alors la preuve que les craintes concernant leur impossible intgration, semblables celles exprimes au dbut du XXe sicle en Amrique au sujet des Irlandais, par exemple, sont tout aussi infondes aujourd'hui qu'hier. Toutefois, on ne peut nier le fait que de nombreux migrants endurent des dsavantages systmiques et qu'il leur est difficile, pour ne pas dire impossible, d'accder aux services locaux dans les mmes conditions que les rsidents de souche. Ces problmes sont particulirement prononcs pour les travailleurs temporaires et illgaux.

Dans les pays d'origine, la migration a pour effet d'augmenter les revenus et de stimuler la consommation, ainsi que d'amliorer l'ducation et la sant. Son impact se fait galement sentir plus largement au niveau culturel et social. La migration apporte gnralement divers bnfices, dont la forme la plus directe est l'argent envoy la famille proche. L'incidence positive de ces transferts est diffuse plus largement lorsqu'ils sont dpenss, gnrant des emplois pour les travailleurs locaux, tandis que les comportements peuvent voluer en rponse aux ides venues de l'tranger. Les femmes, en particulier, trouvent ainsi l'occasion de se librer des rles traditionnels qui leur sont dvolus.



Deux dimensions majeures de la question de la mobilit qui laissent une relle marge de manuvre une amlioration sur le plan politique : l'admission et le traitement



La nature et l'ampleur de ces effets dpendent du profil des migrants, de la manire dont ils s'en sortent dans leur pays de destination et des contacts qu'ils conservent avec leurs racines par le biais des transferts de fonds, de connaissances et d'ides. Les migrants ayant tendance arriver en grand nombre de rgions spcifiques par exemple du Kerala en Inde ou de la province du Fujian en Chine les effets au niveau communautaire peuvent tre plus importants qu'au niveau national. Toutefois, sur le long terme, les flux d'ides induits par les dplacements humains peuvent avoir un impact profond sur les normes sociales et la structure de classe l'chelle d'un pays tout entier. La fuite des comptences est parfois perue comme un phnomne ngatif, particulirement dans les domaines de l'ducation et de la sant. Pourtant, mme lorsque c'est le cas, la meilleure rponse demeure la mise en uvre de politiques s'attaquant aux problmes structurels sous-jacents, comme le bas niveau des salaires, le caractre inappropri des financements et la faiblesse des institutions. Faire porter la responsabilit de la fuite des travailleurs qualifis aux travailleurs eux-mmes est un contresens ; limiter leur mobilit est probablement contre-productif et bafoue qui plus est le droit fondamental de chacun de quitter son propre pays.

Quoi qu'il en soit, la migration internationale, mme bien gre, ne peut tenir lieu de substitut une stratgie nationale de dveloppement humain. quelques exceptions prs (principalement des petits tats insulaires dont plus de 40 % des habitants partent l'tranger), l'migration a peu de chances de faonner les perspectives de dveloppement d'une nation tout entire. La migration est au mieux une option qui vient en complment d'efforts locaux et nationaux plus larges visant rduire la pauvret et amliorer le dveloppement humain. Ces efforts demeurent toujours essentiels.

l'heure o nous crivons ces lignes, le monde fait face la crise conomique la plus grave qu'il ait connue depuis plus de cinquante ans. La contraction de l'conomie et les licenciements affectent des millions de travailleurs, y compris les migrants. Nous pensons que la crise actuelle peut constituer l'occasion d'instituer une nouvelle donne pour les migrants, qui profiterait aux travailleurs locaux et immigrs tout en les protgeant contre un sursaut protectionniste. Lorsque la situation s'amliorera, les dterminants majeurs des tendances structurelles qui ont favoris les migrations au cours des cinquante dernires annes referont surface et inciteront plus de personnes migrer. Il est essentiel que les gouvernements mettent en place les mesures ncessaires pour s'y prparer.

Notre proposition

Le dveloppement humain a beaucoup gagner d'une leve des obstacles aux dplacements et d'une amlioration du traitement des migrants. Cela demande toutefois une certaine audace. Ce rapport propose un ensemble complet de rformes qui peuvent apporter des bnfices substantiels aux migrants, aux communauts et aux pays.

Notre proposition porte sur les deux dimensions majeures de la question de la mobilit qui laissent une relle marge de manuvre une amlioration sur le plan politique : l'admission et le traitement. Notre paquet de mesures appelle des rformes dont les effets se feront sentir moyen et long termes. Ces rformes ne s'adressent pas uniquement aux gouvernements de destination, mais aussi ceux d'origine, ainsi qu' d'autres acteurs cls notamment le secteur priv, les syndicats et les organisations non gouvernementales et aux migrants eux-mmes. Mme si les dfis relever sont similaires, les responsables politiques devront bien sr concevoir et mettre en uvre des politiques migratoires distinctes dans leurs pays respectifs, en fonction des circonstances nationales et locales. Certaines bonnes pratiques se dtachent nanmoins et peuvent tre adoptes par un plus grand nombre d'acteurs.

Nous mettons l'accent sur six grands axes de rforme applicables individuellement mais qui, mis en uvre ensemble dans le cadre d'une approche intgre, peuvent dmultiplier leurs bnfices pour le dveloppement humain. Ouvrir les canaux d'entre existants afin qu'un plus grand nombre de travailleurs puissent migrer, garantir les droits fondamentaux des migrants, abaisser les cots de transaction de la migration, trouver des solutions qui profitent aux communauts de destination et aux migrants qu'elles accueillent, faciliter les dplacements des personnes l'intrieur de leur propre pays et intgrer la migration dans des stratgies nationales de dveloppement : toutes ces mesures sont complmentaires et contribuent activement au dveloppement humain.

Notre paquet de reformes met en avant deux possibilits d'ouverture des canaux d'entre lgaux existants :

  • Nous recommandons d'largir les programmes favorisant un vritable travail saisonnier dans les secteurs tels que l'agriculture et le tourisme. De tels programmes ont dj montr leur efficacit dans divers pays. La bonne pratique suggre que ce type d'intervention pourrait impliquer les syndicats et les employeurs, ainsi que les gouvernements des pays d'origine et de destination, ne serait-ce que pour tablir et mettre en uvre des garanties salariales de base, des normes en matire de sant et de scurit, et des dispositions favorisant la rptition des sjours, comme dans le cas de la Nouvelle-Zlande.
  • Nous proposons galement d'augmenter le nombre de visas pour les personnes peu qualifies, en fonction de la demande locale. D'exprience, les bonnes pratiques en la matire comprennent les mesures suivantes : garantir le droit des immigrs changer d'employeur (ce qu'on appelle la transfrabilit de l'emploi), permettre aux immigrs de demander la prolongation de leur sjour et ouvrir la voie une ventuelle rsidence permanente, prendre des dispositions qui facilitent les voyages de retour pendant la dure de validit du visa et autoriser le transfert des prestations sociales accumules, comme l'a rcemment fait la Sude.

Les pays de destination devraient fixer un seuil d'immigration dans le cadre de processus politiques ouverts au dbat public et quilibrant les diffrents intrts. Les mcanismes transparents doivent tablir le nombre d'entrants souhaits en fonction de la demande des employeurs, avec des quotas adapts la situation conomique.

destination, les immigrs sont souvent traits dans le dni de leurs droits humains les plus lmentaires. Mme si les gouvernements ne ratifient pas les conventions internationales qui protgent les travailleurs immigrs, ils se doivent de garantir le respect de tous leurs droits sur leur lieu de travail : un salaire gal pour un travail gal, des conditions de travail dcentes et le droit de s'organiser, par exemple. Ils peuvent avoir agir rapidement pour liminer les discriminations. Les gouvernements des pays d'origine et de destination peuvent en outre s'entendre pour faciliter la reconnaissance des diplmes obtenus l'tranger.



La rcession actuelle a accentu la vulnrabilit des migrants



La rcession actuelle a accentu la vulnrabilit des migrants. Les gouvernements de certains pays de destination ont renforc l'application de leurs lois migratoires d'une manire parfois contraire aux droits des migrants. Donner aux migrants qui ont t licencis la possibilit de chercher un nouvel emploi (ou, pour le moins, leur laisser le temps de rassembler leurs affaires avant de partir), publier les perspectives du march de l'emploi y compris dans les pays d'origine sont autant de mesures qui pourraient rduire les cots disproportionns de la rcession supports par les migrants actuels et venir.

En ce qui concerne la migration internationale, les frais lis l'obtention des papiers ncessaires et l'accomplissement des formalits administratives requises pour traverser les frontires nationales sont souvent levs, ont tendance tre dgressifs (proportionnellement plus levs pour les personnes non qualifies et pour les titulaires de contrats de courte dure) et peuvent aussi avoir l'effet pervers d'encourager la migration illgale et les trafics. Dans un pays sur dix, les frais de dlivrance d'un passeport sont suprieurs 10 % du PIB par habitant. Il n'est pas surprenant de constater que ces frais sont ngativement corrls au taux d'migration. Les gouvernements des pays d'origine comme de destination peuvent simplifier les procdures et rduire les frais d'obtention des diffrents documents. Les deux parties peuvent galement travailler ensemble pour amliorer et rguler les services d'intermdiation.

Il est important de garantir que chaque migrant puisse s'installer correctement son arrive, mais il est galement essentiel que les populations d'accueil ne se sentent pas injustement accables par le surcrot de demande que les migrants exercent sur les services essentiels. Lorsque ce surcrot de demande pose des difficults aux autorits locales, il peut tre ncessaire de procder des transferts budgtaires supplmentaires. En offrant aux enfants des migrants un accs gal l'ducation et, le cas chant, en les aidant rattraper leur retard et s'intgrer, on multiplie leurs chances et on vite ainsi la formation d'une future catgorie d'exclus. L'apprentissage de la langue est primordial pour les coliers comme pour les adultes, par le biais du travail mais aussi travers des initiatives spcialement tournes vers les femmes qui restent la maison. Certaines situations exigeront de dployer des efforts plus intenses pour combattre la discrimination, dsamorcer les tensions sociales et, au besoin, prvenir les violences contre les immigrs. La socit civile et les gouvernements disposent d'un large ventail d'expriences positives en matire de lutte contre la discrimination, par exemple par des campagnes de sensibilisation.



Bien qu'elle ne puisse se substituer des efforts plus larges en matire de dveloppement, la migration peut reprsenter une stratgie vitale pour les mnages et les familles qui cherchent accrotre le niveau et diversifier l'origine de leurs revenus



Malgr la chute de la plupart des systmes planification centralise dans le monde, un nombre surprenant de gouvernements (environ un tiers) maintient de facto des barrires aux dplacements internes (tableau 1). Ces restrictions prennent gnralement la forme d'une limitation des services et des droits fondamentaux pour ceux qui ne sont pas enregistrs dans la rgion concerne, ce qui constitue galement une discrimination envers les migrants internes, comme c'est encore le cas en Chine. Garantir l'galit face aux services de base est l'une des principales recommandations de ce rapport vis--vis des migrants internes. L'galit de traitement est un facteur important pour les travailleurs temporaires et saisonniers, ainsi que pour leurs familles et les rgions o ils vont travailler. Elle permet en outre de garantir que les migrants bnficieront de services dcents une fois rentrs et ne seront pas contraints de se dplacer encore pour avoir accs des coles et des services de sant.

Bien qu'elle ne puisse se substituer des efforts plus larges en matire de dveloppement, la migration peut reprsenter une stratgie vitale pour les mnages et les familles qui cherchent accrotre le niveau et diversifier l'origine de leurs revenus, particulirement dans les pays en dveloppement. Les gouvernements doivent reconnatre ce potentiel et intgrer la migration aux autres aspects de leur politique nationale de dveloppement. L'exprience a permis de comprendre que la situation conomique nationale et la prsence d'un secteur public fort jouent un rle majeur dans l'tendue des bnfices qu'apporte la mobilit.

Les perspectives

La mise en uvre de ce programme suppose une volont ferme et claire, ainsi qu'une plus grande dtermination impliquer le public et sensibiliser les consciences aux ralits de la migration.

Pour les pays d'origine, une prise en compte plus systmatique du profil de la migration et de ses bnfices, de ses cots et de ses risques permettrait de mieux intgrer les mouvements migratoires aux stratgies nationales de dveloppement. L'migration n'est pas une alternative l'intensification des efforts de dveloppement locaux, mais la mobilit peut faciliter l'accs aux ides, aux connaissances et aux ressources, ce qui ne fera que favoriser voire, dans certains cas, amplifier les progrs.

Pour les pays de destination, les modalits et les dlais d'application des rformes dpendront des ralits de la situation conomique et sociale et devront tenir compte de l'opinion publique et des contraintes politiques aux niveaux local et national.

La coopration internationale, notamment par le biais des accords bilatraux ou rgionaux, peut amliorer la gestion des mouvements migratoires, la protection des droits des migrants et les contributions de ces derniers leurs pays d'origine et de destination. Certaines rgions s'emploient crer des zones de libre circulation afin de promouvoir le libre change tout en optimisant les avantages lis la migration, par exemple en Afrique de l'Ouest ou dans le cne sud de l'Amrique latine. L'largissement du march du travail dans ces rgions peut permettre aux migrants, leurs familles et leurs communauts d'engranger des bnfices substantiels.

Une dynamique se fait jour en faveur d'un nouveau rgime mondial visant amliorer la gestion de la migration : plus de 150 pays participent dsormais au Forum mondial sur la migration et le dveloppement. Les gouvernements, confronts des dfis communs, inventent des rponses communes une tendance que nous avons vu merger lors de l'laboration de ce rapport.

Lever les barrires inscrit rsolument le dveloppement humain sur l'agenda des responsables politiques qui souhaitent tirer le meilleur de schmas migratoires mondiaux de plus en plus complexes.

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Nous vivons dans un monde o les opportunits sont rparties de faon trs ingalitaire. Cette ingalit tant un moteur essentiel des dplacements humains, cela signifie que ceux-ci pourraient avoir des consquences trs positives sur le dveloppement humain. Pourtant la migration n'est pas uniquement l'expression d'un choix librement consenti: les personnes se dplacent souvent dans des conditions qui peuvent tre trs difficiles, alors que les bnfices la cl sont rpartis de faon trs ingalitaire. Notre vision du dveloppement, qui plaide pour la libert des personnes mener la vie de leur choix, considre la mobilit comme une composante essentielle de cette libert. Cependant les dplacements ne vont pas sans concessions, de la part de ceux qui partent comme de ceux qui restent, et il est indispensable de comprendre et d'analyser ces concessions pour pouvoir formuler des politiques appropries.

Libert et migration : la mobilit, moteur du dveloppement humain


Chaque anne, plus de cinq millions de personnes franchissent des frontires internationales pour aller vivre dans un pays dvelopp1. Ils sont bien davantage migrer vers un pays en dveloppement ou se dplacer dans leur propre pays, mme s'il est difficile d'obtenir des estimations prcises ce sujet2. Et le nombre de personnes affectes par les dplacements des autres dans les pays de destination et d'origine, du fait des mouvements d'argent, de connaissances et d'ides, est encore plus important.

Pour ceux qui se dplacent, le voyage est presque invariablement synonyme de sacrifices et d'incertitudes. Les cots ventuels comprennent le cot affectif de se sparer de sa famille et de ses amis et un cot financier lev. Les risques peuvent inclure les dangers physiques lis au travail un poste dangereux. Dans certains cas, comme par exemple pour ceux qui franchissent illgalement les frontires, la mort est aussi un risque prendre en compte. Pourtant, des millions de personnes sont prtes courir ces risques, quoi qu'il leur en cote, pour amliorer leur niveau de vie et celui de leur famille.

Mener une vie longue et en bonne sant, avoir accs l'ducation, aux soins mdicaux et aux biens matriels, jouir de la libert politique et tre protg de la violence sont des opportunits qui dpendent fortement de notre lieu de vie. Une personne ne en Thalande peut s'attendre vivre sept annes de plus, avoir une ducation trois fois plus longue et dpenser et pargner huit fois plus que si elle tait ne dans le Myanmar voisin3. Ces ingalits en matire d'opportunits crent de formidables incitations la migration.

1.1 La mobilit compte

Observons par exemple la manire dont les fruits du dveloppement humain sont rpartis de part et d'autre des frontires nationales. La carte 1.1 compare le dveloppement humain dans la zone frontalire sparant les tats-Unis et le Mexique. Pour cet exemple, servons-nous de l'indice du dveloppement humain (IDH), une mesure rcapitulative du dveloppement que l'on utilisera tout au long de ce rapport pour classer et comparer les pays. La premire caractristique qui saute aux yeux est la forte corrlation entre le ct de la frontire sur lequel on se trouve et l'IDH du pays en question. L'indice le plus faible des comts frontaliers des tats-Unis (comt de Starr, au Texas) est dj suprieur au plus lev de ses quivalents mexicains (municipalit de Mexicali, en Basse-Californie). Cela suggre que franchir les frontires nationales peut permettre d'augmenter fortement le nombre d'opportunits d'amliorer son bien-tre.

tudions galement le sens des dplacements humains lorsque l'on lve les obstacles la mobilit. Entre 1984 et 1995, la Rpublique populaire de Chine a progressivement libralis son rgime de svres restrictions internes pour permettre la population de se dplacer d'une rgion l'autre. Des flux massifs de population s'en sont suivis, principalement en direction de rgions au niveau de dveloppement humain plus lev. Dans ce cas, les schmas suggrent que les opportunits d'amliorer son bien-tre ont constitu une fois encore un facteur essentiel (carte 1.2)5.

Ces impressions gographiques sont tayes par des tudes plus rigoureuses, qui ont valu l'incidence des changements de rsidence sur le bien-tre. Ces comparaisons prsentent des difficults intrinsques, car les caractristiques et les circonstances des migrants et de ceux qui restent diffrent souvent (encadr 1.1). Les tudes universitaires rcentes qui s'appliquent claircir ces relations complexes confirment nanmoins les avantages substantiels associs la migration internationale. Ainsi, lorsqu'elles quittent un pays en dveloppement ordinaire pour s'installer aux tats-Unis, les personnes qui n'ont rien de plus qu'un niveau modr d'ducation formelle peuvent voir leur revenu moyen augmenter d'environ 10 000 USD, soit prs du double du niveau moyen de revenu par habitant d'un pays en dveloppement6. Selon les recherches tablies pour ce rapport, une famille migrant du Nicaragua vers le Costa Rica voit la probabilit que leur enfant soit scolaris l'cole primaire augmenter de 22 %7.



Carte 1.1 La question des frontires Indice du dveloppement humain aux tats-Unis et dans les zones frontalires du Mexique, 2000

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Source: Anderson et Gerber (2007a).


Ces disparits n'expliquent cependant pas toutes les migrations. Ces dernires sont pour une grande part conscutives un conflit arm. Certaines personnes migrent pour viter la rpression politique d'tats autoritaires. Migrer peut aussi offrir la possibilit d'chapper au rle traditionnel que l'on est cens tenir dans sa socit d'origine. Les jeunes partent souvent pour poursuivre leur ducation et largir leurs horizons, avant de rentrer finalement dans leur pays. Comme nous le constaterons plus en dtail dans la section suivante, les moteurs et les obstacles la migration sont nombreux ; ils refltent les motivations trs varies et les diffrentes expriences des migrants. Les opportunits et les aspirations sont cependant des thmes qui reviennent frquemment.

La migration n'apporte pas toujours de meilleurs rsultats en matire de dveloppement humain. Nous insisterons souvent dans ce rapport sur le fait que la libert de circulation et la distribution des avantages de la migration sont marques par de profondes ingalits. Lorsque les personnes les plus pauvres migrent, elles le font souvent dans des conditions de vulnrabilit qui sont le reflet de leurs ressources et de leurs choix restreints. Les informations pralables dont elles disposent peuvent tre limites ou trompeuses. Les migrantes employes de maison sont victimes d'abus dans nombre de villes et de pays du monde entier, de Washington Londres et de Singapour aux tats arabes du Conseil de coopration du Golfe (CCG). Selon une tude ralise rcemment dans les tats arabes, les conditions de travail abusives souvent associes au travail domestique et au manque de mcanismes de rpression peuvent enfermer les migrantes dans un cercle vicieux de pauvret et de vulnrabilit au VIH8. La mme tude a rvl que de nombreux pays soumettent les migrants un test de sropositivit et expulsent les personnes porteuses du VIH ; or les pays d'origine disposent rarement de programmes de rintgration pour les migrants forcs de rentrer en raison de leur sropositivit9.

La migration internationale ne constitue qu'un aspect du tableau. Les mouvements migratoires internes sont en fait beaucoup plus nombreux et offrent d'excellentes possibilits d'amliorer le dveloppement humain. Cela s'explique en partie par le fait qu'un dmnagement dans un autre pays cote cher. migrer n'entrane pas seulement des frais importants, entre les droits payer et les voyages (souvent rgressifs, voir chapitre 3). Cela peut imposer galement de vivre dans une culture trs diffrente et de laisser derrire soi son rseau d'amis et de relations. C'est une pression psychologique qui peut s'avrer trs lourde quoique incommensurable. Le fait de lever des barrires souvent importantes la migration interne dans plusieurs pays (dont la Chine, mais pas exclusivement) a rendu service une grande partie des individus les plus pauvres travers monde ; cet impact sur le dveloppement humain serait nanmoins pass inaperu si l'on s'tait intress uniquement la migration internationale.

Compte tenu de ses effets positifs potentiels sur le bien-tre humain, faciliter la mobilit nationale et internationale devrait logiquement tre au cur des rflexions des responsables politiques et des chercheurs en dveloppement. Or, ce n'est pas le cas. La littrature universitaire consacre aux effets de la migration parat ngligeable en comparaison des tudes sur les consquences du commerce international et des politiques macroconomiques, pour ne citer que ces dernires10. Si la communaut internationale dispose de structures institutionnelles tablies pour rgir les relations commerciales et financires entre les pays, la gouvernance de la mobilit a t explicitement dcrite comme un non-rgime ( l'exception importante de celle des rfugis)11. Le prsent rapport prend part aux efforts actuellement entrepris pour rtablir l'quilibre. Les travaux rcents d'organisations telles que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), la Banque mondiale et le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les rfugis (UNHCR), ainsi que les dbats mens dans des arnes telles que le Forum mondial sur la migration et le dveloppement, nous incitent penser que la migration mrite davantage d'attention de la part des gouvernements, des organisations internationales et de la socit civile12. Pas simplement en raison des importants avantages potentiels que le monde entier pourrait glaner d'une mobilit facilite, mais aussi en raison des risques levs encourus par nombre de migrants. Des risques que l'on pourrait au moins attnuer en partie en laborant de meilleures politiques.



Carte 1.2 Migrants se dplaant vers des rgions porteuses de meilleures opportunits en termes de dveloppement humain
Dveloppement humain et flux migratoires interprovinciaux en Chine, 1995-2000

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Source: PNUD (2008a) et He (2004).




Encadr 1.1 Estimer l'impact des migrations

Des considrations mthodologiques importantes affectent le calcul des avantages individuels et des incidences sur les lieux de vie que l'on rencontre dans l'abondante littrature consacre la migration. Pour obtenir une mesure prcise des impacts, il faudrait tablir une comparaison entre le bien-tre d'un migrant et son bien-tre s'il tait rest sur place. Ce dernier est une inconnue contrefactuelle qu'il n'est pas forcment possible d'infrer de faon adequate partir du statut des non-migrants. Ceux qui migrent l'tranger ont souvent une meilleure ducation et un niveau de revenu initial plus lev que les autres. On peut donc s'attendre ce qu'ils soient plus riches que ceux qui restent. Or, il a t montr que ce phnomne, qui porte le terme technique de slectivit migratoire, touche aussi la migration interne (voir chapitre 2). Les comparaisons de groupes aux caractristiques observables similaires (sexe, ducation, exprience, etc.) peuvent tre plus prcises, mais elles cartent tout de mme des aspects potentiellement importants, comme le comportement face au risque.

Les autres problmes mthodologiques ne manquent pas. La difficult d'identifier les liens de causalit perturbe les estimations de l'impact des envois de fonds sur la consommation des mnages. Comprendre comment la migration affecte les marchs du travail sur le lieu de destination est un autre problme. La plupart des tudes ont tent d'examiner l'impact sur les salaires au niveau rgional ou sur des groupes qualifis particuliers. Ceux-ci peuvent malgr tout tre victimes d'une discrimination l'embauche lie leur choix individuel du lieu d'installation. Un problme cl voqu dans le chapitre 4 est la question de savoir si les comptences des immigrants viennent remplacer ou complter celles des travailleurs locaux. Pour rpondre cette question, il faudrait pouvoir mesurer prcisment ces comptences.

Une approche de plus en plus rpandue consiste exploiter la quasi-randomisation et la randomisation fabrique pour estimer ces impacts. La politique no-zlandaise de la Pacific Access Category a par exemple attribu au hasard un certain nombre de visas, ce qui a permis d'valuer l'impact de la migration en comparant les vainqueurs de cette loterie aux candidats malheureux.

La dimension temporelle joue galement un rle important. La migration a un cot initial lev et les bnfices peuvent tre longs arriver. Par exemple, les avantages sur le march du travail tendent connatre une nette augmentation avec le temps, mesure que les qualifications propres au pays sont acquises et reconnues. La dcision de rentrer pose des complications supplmentaires qui affectent la priode au cours de laquelle les impacts doivent tre mesurs.

Enfin, comme nous le verrons plus en dtail dans le chapitre suivant, une analyse de la migration est confronte des obstacles statistiques majeurs. Mme dans le cas des pays riches, les comparaisons peuvent parfois tre difficiles pour des raisons trs simples, comme la diffrence dans les dfinitions du migrant.

Source : Clemens, Montenegro et Pritchett (2008), McKenzie, Gibson et Stillman (2006).



1.2 Le choix et le contexte : comprendre les motifs de la migration

Les circonstances entourant les dplacements humains sont marques par de fortes variations. Des milliers de Chin ont migr en Malaisie ces dernires annes pour chapper aux perscutions des forces de scurit du Myanmar, mais ils vivent dans la peur constante d'tre reprs par des groupes paramilitaires civils13. On estime plus de 3 000 le nombre de personnes qui se sont noyes dans le dtroit de Gibraltar entre 1997 et 2005, alors qu'elles tentaient d'entrer illgalement en Europe sur des radeaux de fortune14. Ces expriences sont trs loignes de celle des milliers de Tonguiens pauvres qui ont gagn le premier prix d'une loterie leur permettant de s'installer en Nouvelle-Zlande ou des centaines de milliers de Polonais qui ont pu accder des emplois mieux rmunrs au Royaume-Uni grce au rgime de libre circulation des travailleurs instaur dans l'Union europenne en 2004.

Notre rapport aborde diffrents types de migration : interne ou internationale, temporaire ou permanente, ou encore induite par un conflit. On peut s'interroger sur l'utilit d'inclure autant de cas diffrents. Ne s'agit-il pas de phnomnes disparates, aux causes trs diffrentes et aux rsultats intrinsquement distincts ? Ne serait-il pas plus judicieux de limiter notre sujet un seul type de migration et d'en tudier les causes, les consquences et les implications en dtail ?

Ce n'est pas notre avis. Si les grands types de migration humaine varient effectivement beaucoup dans leurs motivations et leurs rsultats, cette diversit se retrouve dans les cas plus spcifiques de chaque type. La migration de la main-d'uvre internationale, par exemple, englobe des situations qui vont des ouvriers tadjiks de l'industrie du btiment de la Fdration de Russie que les conditions conomiques dplorables obligent migrer, dans un pays o la majorit de la population vit avec moins de 2 USD par jour - celle des ingnieurs en informatique d'Asie de l'Est, trs convoits, qui sont recruts par des socits telles que Motorola ou Microsoft.

Les approches conventionnelles ptissent souvent de cette compartimentation. On divise habituellement les migrants selon que leur migration est volontaire ou force, interne ou internationale, temporaire ou permanente, conomique ou non. Initialement conues pour tablir des distinctions lgales qui permettraient de grer les entres et les traitements adopter, ces catgories peuvent finir par jouer un rle prpondrant dans la rflexion sur les concepts et les politiques. Au cours de ces dix dernires annes, des universitaires et des responsables politiques ont commenc remettre en cause ces distinctions, et il est de plus en plus admis que leur prolifration occulte les processus l'origine de la dcision de migrer au lieu de les clairer, ce qui peut avoir des consquences nfastes sur les politiques adopter15.

Dans presque tous les cas de mouvements humains apparat une interaction entre deux forces fondamentales au degr d'influence variable. Il y a d'une part les personnes, les familles et parfois les communauts, qui dcident de migrer de leur plein gr afin de changer radicalement de conditions de vie. D'ailleurs, mme lorsqu'elles sont obliges de partir dans des conditions particulirement dfavorables, les dcisions qu'elles prennent jouent presque toujours un rle crucial. Les recherches menes auprs de rfugis angolais installs dans le Nord-Ouest de la Zambie, par exemple, ont rvl que beaucoup taient motivs par des aspirations similaires celles qui animent les migrants habituellement considrs comme migrants conomiques16. De mme, les Afghans qui fuient les conflits migrent au Pakistan ou en Iran par les mmes voies et les mmes rseaux commerciaux qui servaient il y a plusieurs dcennies la migration de la main-d'uvre saisonnire17.

D'autre part, il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, que les choix soient entirement libres. C'est vident en ce qui concerne ceux qui migrent afin d'chapper des perscutions politiques ou des privations conomiques, mais c'est un point tout aussi essentiel pour la comprhension des dcisions o les contraintes sont moins fortes. Les principaux facteurs lis la structure de l'conomie et de la socit, qui sont spcifiques un contexte mais qui voluent aussi au fil du temps, influent sur la dcision de partir ou de rester. Cette relation dynamique entre les dcisions individuelles et le contexte socioconomique dans lequel elles sont prises (on parle parfois, dans le jargon sociologique, d'interaction entre agents et structure ) est indispensable pour comprendre ce qui dtermine les comportements humains. L'volution de ces facteurs structurels essentiels au fil du temps est voque dans le chapitre 2.



Les principaux facteurs lis la structure de l'conomie et de la socit, qui sont spcifiques un contexte mais qui voluent aussi au fil du temps, influent sur la dcision de partir ou de rester



Prenons le cas des dizaines de milliers d'immigrants indonsiens qui entrent chaque anne en Malaisie. Cet afflux est largement motiv par la grande disparit de revenu entre les deux pays. Mais l'ampleur de la migration a aussi augment rgulirement depuis les annes 1980, alors que l'cart des revenus entre les deux pays n'a cess de crotre et de se resserrer sur la mme priode18. Des processus socioconomiques plus larges ont manifestement jou un rle. L'industrialisation de la Malaisie dans les annes 1970 et 1980 a provoqu un exode rural massif de la population, entranant une grave pnurie de main-d'uvre dans le secteur agricole une poque o la commercialisation de l'agriculture et la forte croissance dmographique produisaient un surplus de main-d'uvre agricole en Indonsie. Les similitudes ethniques, linguistiques et religieuses entre Indonsiens et Malais ont incontestablement facilit la migration19.

La reconnaissance du rle des facteurs structurels dans la dtermination des mouvements humains a profondment influenc les tudes sur la migration. Si les premiers essais de conceptualisation des flux migratoires se sont attachs aux diffrences de niveaux de vie, il est de plus en plus admis depuis quelques annes que ces diffrences n'offrent qu'une explication partielle des schmas de circulation20. En particulier, si les dplacements sont uniquement une affaire de diffrence de revenu, il est difficile d'expliquer pourquoi un grand nombre de migrants ayant russi s'installer dcident de rentrer dans leur pays d'origine au bout de quelques annes. En outre, toujours dans l'hypothse d'une migration exclusivement dtermine par les diffrences de salaire, on pourrait s'attendre des flux importants des pays pauvres vers les riches, et trs peu de mouvements entre pays riches. Or aucun de ces deux schmas ne rsiste l'preuve des faits (chapitre 2).

Les schmas observs ont conduit diffrents axes de recherche. Certains universitaires ont admis qu'en se concentrant sur l'individu, on s'loignait de ce qui est habituellement une dcision, et mme une stratgie, familiale (lorsque certains membres de la famille partent tandis que d'autres restent)21. La ncessit de dpasser l'hypothse de marchs parfaitement concurrentiels s'est elle aussi progressivement impose. C'est le cas en particulier des marchs de crdit dans les pays en dveloppement, qui sont trs imparfaits, alors que les sources de revenu des mnages dpendent frquemment de secteurs aussi instables que l'agriculture. Envoyer au loin un membre de la famille permet celle-ci de se diversifier pour faire face au risque de faibles revenus sur place22. D'autres chercheurs ont soulign combien les caractristiques structurelles et les tendances long terme dans les pays d'origine et de destination (souvent appeles facteurs d'incitation au dpart et d'attraction des migrants ) dterminent le contexte de la migration. Cette dernire peut ainsi rsulter d'une concentration croissante de la possession de biens comme les terres, qui complique la subsistance de la population selon son mode de production traditionnel23. Il a galement t admis que les options la disposition des migrants taient restreintes par des barrires l'entre, ainsi que nous le verrons dans les chapitres 2 et 3, et par le fonctionnement des marchs du travail, comme le prouvent les innombrables cas d'immigrants, tant internes qu'internationaux, orients vers des emplois dvaloriss et moins bien pays.



Encadr  1.2 De l'importance de la migration dans la mesure du progrs

Les tentatives visant mesurer le niveau de dveloppement d'un pays s'appuient sur diffrents indicateurs conus pour saisir le niveau de bien-tre moyen. Si une approche traditionnelle utilisait le revenu par habitant comme indicateur du dveloppement conomique, ce rapport a prfr une mesure plus complte, l'indice du dveloppement humain (IDH). Les deux approches se fondent toutefois sur la mme ide : valuer le bien-tre des personnes rsidant sur un territoire donn.

Comme l'ont rcemment soulign les chercheurs du Centre pour le dveloppement mondial et de l'universit de Harvard, ces approches visant mesurer le dveloppement font passer la situation gographique avant les populations dans leur valuation des progrs d'une socit. Ainsi, si une Fidjienne migre en Nouvelle-Zlande et que cela fait augmenter son niveau de vie, les mesures traditionnelles du dveloppement ne considreront pas cela comme une hausse du dveloppement des Fidji. Au lieu de cela, le bien-tre de cette femme sera pris en compte dans le calcul de l'indice de la Nouvelle-Zlande.

Au cours des recherches ralises pour ce rapport, nous avons considr ce problme en proposant une autre mesure du dveloppement humain. Nous l'appelons le dveloppement humain des peuples (par opposition au dveloppement humain des pays), car il capture le niveau de dveloppement humain de tous ceux qui sont ns dans un pays donn. Par exemple, au lieu de mesurer le niveau moyen du dveloppement humain de la population vivant aux Philippines, nous mesurons le niveau moyen de dveloppement humain de toutes les personnes qui sont nes aux Philippines, indpendamment de leur nouveau lieu de residence. Cette nouvelle mesure a une forte incidence sur notre comprehension du bien-tre humain. Pour 13 des 100 nations pour lesquelles nous avons pu calculer cet indice, l'IDH de la population tait au moins 10 % suprieur l'IDH du pays ; pour neuf autres d'entre elles, la diffrence est comprise entre 5 et 10 %. Pour 11 des 90 populations pour lesquelles nous avons pu calculer les tendances temporelles, l'volution de l'IDH entre 1990 et 2000 s'cartait de plus de 5 % de l'volution moyenne de leur pays. La hausse de l'IDH des Ougandais, par exemple, tait quasiment trois fois suprieure celle de l'IDH de l'Ouganda.

Dans le reste de ce rapport, toutefois, nous conserverons l'approche conventionnelle pour des raisons de traabilit analytique et de comparabilit avec la documentation existante. Pour nous, ces deux mesures ne sont pas tant contradictoires que complmentaires : l'une capture le niveau de vie des gens qui vivent en un lieu donn, et l'autre celui des gens qui sont ns en un lieu donn. Par exemple, si nous analysons le dveloppement humain comme cause des dplacements humains, comme c'est le cas dans la majeure partie de ce rapport, alors la mesure lie au pays est mieux adapte, car elle sert d'indicateur de la variation gographique des niveaux de vie. En revanche, afin d'valuer la russite de diffrentes politiques et institutions en matire de bien-tre des membres d'une socit, il serait plus judicieux d'adopter cette nouvelle mesure.

Source: Ortega (2009) et Clemens et Pritchett (2008)



Mais le point le plus important est que les thories qui s'appuient sur des facteurs purement conomiques ne parviennent pas saisir le cadre social largi dans lequel les dcisions sont prises. Ainsi, les jeunes hommes de la caste infrieure des Kolas dans le centre de la rgion du Gujarat, en Inde, recherchent habituellement des emplois l'usine l'extrieur de leur village afin de rompre avec leurs relations de caste subordonne. Et cela en dpit du fait que les salaires sont parfois infrieurs ce qu'ils auraient gagn chez eux en tant qu'ouvriers agricoles la journe24. chapper aux hirarchies traditionnelles peut constituer une forte incitation partir (chapitre 3).

En outre, les relations entre migration et conomie sont loin d'tre sens unique. Le dplacement de vastes segments de la population peut avoir d'importantes rpercussions conomiques dans les pays d'origine et de destination, comme nous le verrons en dtail dans le chapitre 4. La manire mme de rflchir aux concepts conomiques fondamentaux est influence par les mouvements de personnes, comme on peut le constater au regard des problmes soulevs par le calcul du revenu par habitant et de la croissance conomique (encadr 1.2).

1.3 Dveloppement, libert et mobilit humaine

Notre essai de comprhension des implications des mouvements de population pour le dveloppement humain part de l'ide qui est au centre de l'approche de ce rapport savoir : le concept de dveloppement humain en tant qu'largissement de la libert des personnes vivre leur vie comme elles l'entendent. Ce concept s'inspire des travaux rvolutionnaires que le prix Nobel d'conomie Amartya Sen a raliss sous la direction de Mahbub ul Haq, que l'on connat galement sous le nom d'approche axe sur les capacits et les opportunits , car il met l'accent sur la libert de pouvoir tre et agir comme on le souhaite. Fondement mme de notre rflexion depuis la parution du premier Rapport mondial sur le dveloppement humain en 1990, ce concept a gard toute sa pertinence en ce qui concerne l'laboration de politiques efficaces de lutte contre la pauvret et les privations25. L'approche axe sur les capacits et opportunits s'est rvle un outil puissant pour reconsidrer des questions aussi varies que l'galit des sexes, la scurit humaine et le changement climatique.



Les thories qui s'appuient sur des facteurs purement conomiques ne parviennent pas saisir le cadre social largi dans lequel les dcisions sont prises



Utiliser le prisme de l'largissement des liberts et des capacits humaines a de fortes rpercussions sur notre manire de penser la migration humaine. En effet, avant mme de nous demander si la libert de se dplacer a des consquences importantes sur le revenu, l'ducation ou la sant, par exemple, nous reconnaissons que la migration est l'une des mesures fondamentales que l'on peut entreprendre pour raliser ses choix de vie et projets personnels. En d'autres termes, la capacit se dplacer est une dimension de la libert inhrente au dveloppement, et elle prsente une valeur intrinsque mais aussi potentiellement instrumentale.

La notion selon laquelle la possibilit de changer de lieu de rsidence est un principe de la libert humaine se retrouve dans la philosophie classique de plusieurs traditions intellectuelles : Confucius crivait que l'on reconnat un bon gouvernement au fait que les proches sont contents et ceux qui sont loin viennent d'eux-mmes 26, tandis que, pour Socrate, si quelqu'un veut aller dans une colonie, parce que nous lui dplaisons, nous et la Rpublique, si mme il veut s'tablir quelque part l'tranger, aucun de nous ne s'y oppose et ne le dfend : il peut aller partout o il voudra avec tous ses biens 27. En Angleterre, en 1215, la Magna Carta garantit la libert de sortir de notre royaume, et d'y revenir, librement et en toute sret, tant par la route que par bateau . Plus rcemment, la philosophe amricaine Martha Nussbaum a estim que la mobilit faisait partie d'un ensemble de capacits fonctionnelles fondamentales de l'tre humain sur lesquelles on peut s'appuyer pour valuer la libert relle dont disposent les gens pour mener bien leurs projets et plans de vie28.

Cependant, les cas de socits ayant fortement frein le dveloppement humain en limitant les dplacements abondent dans l'Histoire mondiale. Le systme fodal et l'esclavage taient tous deux fonds sur la restriction physique de la circulation. Plusieurs rgimes rpressifs du XXe sicle reposaient sur le contrle des dplacements internes, comme les Pass Laws en Afrique du Sud pendant l'Apartheid ou le systme de passeport interne des propiska en Russie sovitique. L'abandon de ces restrictions par la suite a contribu dvelopper de faon spectaculaire les liberts dont jouissait la population dans ces pays.

Notre rapport a pour objectif de saisir et d'tudier l'ensemble des conditions qui affectent la dcision des individus, des familles ou des communauts de rester ou de partir. Ces conditions incluent les ressources et les droits dont dispose la population, mais aussi la manire dont les diffrents obstacles (notamment ceux lis aux politiques, aux marchs, la scurit, la culture et aux valeurs) dterminent la possibilit de partir ou non. La capacit des gens choisir l'endroit o ils installent leur foyer est une dimension de la libert humaine que nous appelons mobilit humaine. On en trouvera une dfinition dans l'encadr 1.3, qui reprend galement les autres termes essentiels de ce rapport.



Encadr  1.3 Termes essentiels utiliss dans ce rapport

Indice du dveloppement humain (IDH) : Indice composite mesurant le niveau moyen atteint dans trois dimensions essentielles du dveloppement humain : sant et longvit, accs l'ducation et niveau de vie dcent.

Dvelopp/en dveloppement : Les pays ayant atteint un IDH suprieur ou gal 0,9 sont dits dvelopps, et les autres en dveloppement.

IDH faible/moyen/lev/trs lev : Classification des pays en fonction de la valeur de leur IDH, calcule partir des donnes les plus rcentes. L'intervalle 00.499 correspond un IDH faible ; 0.5000.799 un IDH moyen ; 0.8000.899 un IDH lev ; et suprieur 0.900 un IDH trs lev.

Migration interne : Mouvement de personnes l'intrieur des frontires d'un pays, gnralement mesur partir des frontires des rgions, des districts ou des municipalits.

Migration internationale : Mouvement de personnes franchissant des frontires internationales et entranant un changement du pays de rsidence habituelle.

Migrant : Personne ayant chang de lieu de rsidence, que ce soit en franchissant une frontire internationale ou en se rendant dans une autre rgion, un autre district ou une autre municipalit de son pays d'origine. Un migrant est un migrant considr du point de vue du pays d'origine, alors qu'un immigrant est un migrant vu selon la perspective du pays de destination. Si le terme migrant (par opposition immigrant ) est parfois rserv la migration temporaire, nous n'tablissons pas de distinction de ce type dans ce rapport.

Mobilit humaine : Capacit des individus, des familles ou des groupes de personnes choisir leur lieu de rsidence.

Dplacements humains ou circulation humaine : Acte consistant changer de lieu de rsidence.



La distinction entre liberts et actions est fondamentale dans l'approche axe sur les capacits et opportunits. Parler de la capabilit ou capacit dcider tant du lieu o l'on veut vivre que le fait mme de se dplacer, c'est reconnatre l'importance des circonstances qui permettent ou interdisent aux tres humains de choisir leur lieu de rsidence. Les analyses conventionnelles de la migration sont nombreuses tudier principalement les effets des dplacements sur le bien-tre. Pour notre part, nous ne nous intressons pas uniquement la migration proprement dite, mais aussi la libert dont disposent les gens de dcider de partir ou non. La mobilit est une libert. La migration est l'exercice de cette libert29.

Nous considrons la mobilit humaine comme une libert tant positive que ngative. En d'autres termes, l'absence de restrictions formelles aux mouvements de personnes l'intrieur ou vers l'extrieur des frontires ne donne pas ncessairement aux gens la libert de se dplacer, car il peut leur manquer les ressources conomiques, la scurit et les rseaux ncessaires pour mener une vie dcente dans leur nouveau foyer, ou parce que des obstacles informels comme la discrimination peuvent assombrir fortement les perspectives de russite de l'migration.

Illustrons les implications de cette approche par quelques exemples. Dans le cas du trafic d'tres humains, la migration s'accompagne de types d'exploitation brutaux et dgradants. Par dfinition, le trafic d'tres humains est un exemple de mouvement dans lequel les liberts sont restreintes par la force, l'abus de confiance, voire la violence. Les victimes ne sont gnralement pas libres de dcider d'annuler leur voyage, de chercher un autre emploi une fois arrives destination ou de rentrer chez elles. Elles se dplacent physiquement, mais le font du fait d'une restriction de leur capacit dcider o elles souhaitent vivre. Du point de vue des capacits et opportunits, leur mobilit a diminu au lieu d'augmenter.



Encadr  1.4 Le point de vue des pauvres sur la migration

Ces dernires annes, on s'est tourn avec un intrt croissant vers les mthodes qualitatives, dans le but de comprendre le regard que les populations marques par la pauvret portaient sur leur situation. La Voix des pauvres , une tude de la Banque mondiale publie en 2000, est une rfrence en la matire. Pour prparer le prsent rapport, nous avons commandit des recherches travers les valuations participatives sur la pauvret, des tudes grande chelle qui combinent des mthodologies qualitatives et quantitatives pour tudier la pauvret du point de vue des populations pauvres. Il en ressort que la migration est gnralement dcrite la fois comme une ncessit (elle entre dans la stratgie d'adaptation des familles qui connaissent une extrme pauvret) et une opportunit (c'est un moyen d'augmenter les sources de revenus du foyer et sa capacit accumuler les revenus).

Au Niger, les deux tiers des personnes interroges ont rapport que, pour faire face au manque de nourriture, de vtements ou de revenu, elles avaient quitt leur maison pour chercher des moyens de subsistance ailleurs. Dans certains foyers, des membres partent chercher un travail rmunr pour attnuer en particulier la pression cause par la diminution des rserves de nourriture pendant les pnuries. Ban Na Pieng et Ban Kaew Pad, des villages thalandais, les participants ont dcrit la migration comme un moyen parmi d'autres d'amliorer le statut socioconomique d'une famille. Dans ces communauts, les envois de fonds en provenance de l'tranger permettent ceux qui sont rests d'investir dans la pche commerciale, et ainsi de dvelopper le prestige et l'influence de la famille.

La migration interne saisonnire est le type de dplacement le plus couramment voqu dans les groupes de discussion auxquels participent des pauvres. La migration internationale, quand elle est aborde, est dcrite comme une option de riches. Pour les participants de l'tude en Jamaque, par exemple, les pauvres n'ont pas, comme les riches, des relations qui leur permettent d'acqurir les visas ncessaires pour voyager et travailler l'tranger. De mme, Montserrat, les migrants ont racont que ceux qui jouissaient d'une meilleure ducation et d'une meilleure situation financire ont pu quitter le pays aprs l'ruption de la Soufrire en 1995, mais que les plus pauvres sont rests malgr la dvastation.

Les valuations participatives sur la pauvret donnent un bon aperu du point de vue des pauvres sur la migration, mais ils ne peuvent pas toujours fournir d'informations sur la manire dont les autres ont russi sortir de la pauvret, puisque ces valuations sont par dfinition limites aux personnes qui sont restes pauvres. Une tude plus rcente mene par la Banque mondiale dans 15 pays se penche sur les moyens de sortir de la pauvret. On y apprend que la possibilit de migrer est devenue un thme courant des conversations sur la libert. Au Maroc, les jeunes femmes ont exprim leur frustration vis--vis des restrictions traditionnelles, qui limitent leur capacit voyager sans escorte masculine ou chercher du travail hors de chez elles. Les hommes ont dcrit la possibilit d'migrer la fois comme une libert et une responsabilit, car la libert de partir s'accompagne de la responsabilit d'envoyer des fonds.

Source: Azcona (2009) ; Narayan, Pritchett et Kapoor (2009) ; Banque mondiale (2000) ; Banque mondiale (2003) ; et ActionAid International (2004).



Prenons encore l'exemple d'une personne oblige d'migrer pour viter la menace de perscutions politiques ou en raison de la dtrioration de l'environnement. Dans ce cas, ce sont les circonstances extrieures qui font qu'il lui est plus difficile, voire impossible, de rester chez elle. Ces aspects limitent l'tendue de ses choix et donc sa libert de choisir o elle veut vivre. Le mouvement induit peut tout fait concider avec une dtrioration supplmentaire de ses conditions de vie, mais cela ne signifie pas pour autant que la migration soit la cause de cette dtrioration. En fait, si cette personne n'avait pas pu se dplacer, la situation aurait probablement empir.

S'il est tentant d'estimer que la distinction entre mobilit et dplacement est quelque peu acadmique, il nous faut saisir l'occasion de souligner que la libert de choisir o l'on souhaite vivre s'est avre un thme majeur des recherches visant dterminer ce que les populations pauvres pensaient de la migration (encadr 1.4). En fin de compte, leur point de vue a plus de poids que celui des spcialistes, car ce sont elles qui doivent prendre cette dcision difficile : doit-on prendre le risque de partir ?

1.4 Notre contribution la discussion

Mettre les gens et leur libert au centre du dveloppement a des incidences sur l'tude des dplacements humains. En premier lieu, cela nous oblige comprendre ce qui rend une population plus ou moins mobile. C'est--dire qu'il faut prendre en compte ce qui motive les gens se dplacer et les contraintes qui les incitent partir ou, au contraire, rester. Les choix et les contraintes sont abords dans le chapitre 2, qui tudie les schmas macroconomiques de la migration humaine dans l'espace et dans le temps.

On verra que ces schmas sont dans l'ensemble conformes l'ide selon laquelle les gens se dplacent pour augmenter leurs opportunits, mais que leurs dplacements sont fortement entravs par les politiques sur leur lieu d'origine comme sur leur lieu de destination et par les ressources dont ils disposent. tant donn que les contraintes varient selon les populations, il en rsulte au bout du compte un processus marqu par de fortes ingalits en matire d'opportunits de dpart et de retour.



Si la mobilit a une valeur intrinsque remarquable, sa valeur instrumentale dans l'approfondissement d'autres dimensions du dveloppement humain peut tre tout aussi considrable



Nous tudierons comment ces ingalits sont lies aux politiques dans le chapitre 3. Si, comme nous l'avons soulign dans cette introduction, la mobilit a une valeur intrinsque remarquable, sa valeur instrumentale dans l'approfondissement d'autres dimensions du dveloppement humain peut tre tout aussi considrable. Mais si les gens peuvent effectivement largir leurs liberts en se dplaant et certains y parviennent la latitude dont ils disposent pour cela dpend beaucoup des conditions de leur migration. Dans le chapitre 3, nous nous pencherons sur les rsultats de la migration en fonction des diffrentes dimensions du dveloppement humain, et notamment les revenus et la subsistance, la sant, l'ducation et l'autonomisation. Nous tudierons galement les cas dans lesquels les migrants constatent une dgradation de leur bien-tre au cours de leur dplacement (quand celui-ci est induit par le trafic d'tres humains ou un conflit, par exemple) et dmontrerons que ces situations peuvent souvent trouver leurs origines dans les obstacles la libert des personnes vivre o elles le souhaitent.

L'un des points principaux qui ressort du chapitre 3 est que la migration humaine peut tre synonyme de compromis : les gens pourront connatre une amlioration de certaines de leurs liberts, et la dgradation d'autres. Des millions de travailleurs venus d'Asie et du Moyen-Orient acceptent d'importantes limitations de leurs droits dans les tats du CCG, car elles conditionnent leur permis de travail. Ils sont mieux pays que chez eux, mais ils n'ont pas la possibilit de vivre avec leur famille, d'obtenir un droit de rsidence permanent ou de changer d'employeur. Certains ne peuvent mme pas partir, car leur passeport est confisqu leur entre. Pour beaucoup de personnes dans le monde, la dcision de partir implique de laisser leurs enfants derrire elles. En Inde, les ouvriers saisonniers sont en pratique exclus des lections lorsque les scrutins sont prvus pendant la priode de pointe des dplacements internes30. Les personnes qui vivent ou travaillent dans l'illgalit se voient souvent refuser un grand nombre de droits et services fondamentaux. Elles vivent en outre dans la crainte constante d'tre arrtes ou expulses. Comprendre les effets de la migration exige d'analyser de faon systmatique les diffrents aspects du dveloppement humain, afin de mieux percevoir la nature et l'tendue de ces compromis, ainsi que leurs implications notamment en termes politiques.

On assiste des compromis plus complexes lorsque les migrants influent sur le bien-tre de ceux qui restent. En effet, la perception selon laquelle la migration entrane des pertes pour les habitants des pays de destination est l'origine de nombreux dbats dans les milieux politiques et universitaires, qui sont voqus dans le chapitre 4. Les lments que nous prsentons suggrent clairement que les craintes de rpercussions ngatives sur ceux qui restent (sur le lieu d'origine comme celui de destination) sont souvent exagres. Toutefois, ce sont parfois des proccupations bien relles, et cela a d'importantes consquences sur l'laboration des politiques.

Si la migration est entrave par les politiques et les ressources, mais qu'une meilleure mobilit peut apporter une nette amlioration du bien-tre des migrants tout en ayant souvent des effets positifs sur ceux qui restent, quoi doit ressembler une politique propice aux dplacements humains ? Dans le chapitre 5, nous montrerons qu'elle serait trs diffrente de ce que l'on voit aujourd'hui. Elle doit en particulier tre redfinie afin d'offrir davantage d'opportunits aux ouvriers peu qualifis et d'amliorer le traitement des migrants une fois dans le pays de destination.

Nous ne sommes pas partisans d'une libralisation en bloc de la mobilit internationale, car nous sommes conscients que les habitants des lieux de destination ont le droit de dcider de leur choix de socit et que les frontires sont un moyen pour la population de dlimiter la sphre de ses obligations envers ceux qu'elle considre comme des membres de sa communaut. Mais nous sommes galement convaincus que les gens sont lis entre eux d'une multitude de manires et que leurs obligations morales peuvent s'appliquer diffrents niveaux. Cela vient essentiellement du fait que personne n'appartient une socit ou un groupe unique. Nous ne nous dfinissons pas exclusivement en fonction de notre religion, de notre race, de notre appartenance ethnique ou de notre sexe ; nous nous apprhendons habituellement via les diffrents prismes d'un ensemble d'identits. Comme l'a remarquablement rsum Amartya Sen, un cultivateur hutu de Kigali [] n'est pas seulement un Hutu ; c'est aussi un Kigalien, un Rwandais, un Africain, un cultivateur et un tre humain 31.

Les responsabilits de la justice redistributive se chevauchent et recoupent naturellement les frontires nationales. De ce fait, il n'y a aucune contradiction entre l'ide que les socits peuvent concevoir des institutions destines avant tout gnrer des conditions de vie justes pour ses membres et celle que les membres de cette mme socit ont l'obligation commune de crer un monde juste avec et pour les tres humains extrieurs cette socit. Cette obligation peut s'exprimer de diffrentes manires : cration d'uvres et de fondations caritatives, mise disposition d'une aide au dveloppement, assistance dans l'tablissement d'institutions nationales, ou encore rforme des institutions internationales pour qu'elles rpondent mieux aux besoins des pays pauvres, pour n'en citer que quelques-unes. Toutefois, selon l'analyse qui taye les recommandations du chapitre 5, la rduction des restrictions l'entre des personnes (en particulier des ouvriers peu qualifis et de leur famille) dans les pays plus riches, qu'ils soient dvelopps ou en dveloppement, est un moyen relativement efficace de remplir ces obligations.

Les recommandations politiques de notre rapport ne se fondent pas uniquement sur notre conception de ce que le monde devrait tre. Nous avons conscience que la formulation de politiques propices aux dplacements humains est confronte ce qui peut parfois ressembler une formidable opposition politique une plus grande ouverture. Pourtant, aprs avoir tudi les problmes de faisabilit politique, nous pensons qu'un programme de libralisation conu de manire adquate (c'est--dire destin rpondre aux besoins du march du travail sur les lieux de destination, tout en rglant les questions de l'galit et de la non-discrimination) pourrait susciter beaucoup de soutien de la part des lecteurs et des groupes d'intrt.

Notre analyse s'appuie sur les contributions apportes la rflexion sur le concept de dveloppement humain depuis son apparition dans le RMDH de 1990. Ce rapport consacrait un chapitre entier l'urbanisation et au dveloppement humain, tudiant les checs des politiques destines rduire la migration interne, et concluait ainsi : tant que des diffrences existeront entre les zones rurales et les zones urbaines, les gens continueront d'tre attirs par les villes pour profiter de meilleures coles, de meilleurs services sociaux, de possibilits de salaires plus levs, d'agrments culturels, de nouveaux modes de vie, d'innovations technologiques et de liens avec le monde 32. Comme les autres Rapports mondiaux qui l'ont prcd, celui-ci commence par l'observation que les opportunits sont trs ingalement rparties dans le monde. Nous poursuivons en expliquant que cela a de fortes implications sur la comprhension des causes et des moyens de la migration, et sur la manire dont nous devrions revoir nos politiques pour les rendre plus favorables aux dplacements humains. C'est contre la manire dont les politiques existantes en matire de migration renforcent ces ingalits que nos critiques sont diriges. Comme le notait le RMDH en 1997, si le principe de libralisation du march mondial [n'tait pas] appliqu de manire slective [] la libralisation du march mondial de la main-d'uvre non qualifie aurait atteint les mmes proportions que celles des marchs d'exportation et de capitaux des pays industrialiss 33. En mettant en avant le fait que la migration est un facteur de diversit culturelle et qu'elle enrichit la vie des gens par la circulation des savoir-faire, de la main-d'uvre et des ides, notre dmarche s'inscrit galement dans le prolongement des analyses du RMDH de 2004, qui tait consacr au rle de la libert culturelle dans le monde diversifi d'aujourd'hui34.



La formulation de politiques propices aux dplacements humains est confronte ce qui peut parfois ressembler une formidable opposition politique une plus grande ouverture



Dans le mme temps, l'agenda du dveloppement humain ne cessant d'voluer, il est naturel que certains thmes soient traits diffremment au fil du temps. Ce rapport conteste vivement le point de vue, mis par certains responsables politiques et parfois repris dans les rapports prcdents, selon lequel les mouvements humains doivent tre envisags comme un problme imposant des mesures correctives35. Au contraire, nous considrons que la mobilit est essentielle pour le dveloppement humain et que la migration est une expression naturelle du dsir des gens de choisir comment et o ils veulent vivre.



Nous considrons que la mobilit est essentielle pour le dveloppement humain et que la migration est une expression naturelle du dsir des gens de choisir comment et o ils veulent vivre



Si les effets potentiels positifs d'une mobilit accrue sur le bien-tre de millions de gens de par le monde est le thme principal de ce rapport, il est important de souligner ds le dpart que cette mobilit accrue n'est qu'une composante d'une stratgie plus globale qui viserait amliorer le dveloppement humain. Nous ne prtendons pas qu'elle devrait en tre le dterminant central, ou qu'elle devrait figurer au mme niveau de la hirarchie des capacits que, par exemple, la nourriture ou un abri adquats. Nous ne pensons pas davantage que la mobilit constitue une alternative aux stratgies nationales de dveloppement destines investir dans la population et crer les conditions ncessaires son panouissement sur place. En ralit, les effets potentiels de la mobilit sur l'amlioration du bien-tre des groupes dfavoriss sont limits, car ces derniers sont souvent les moins susceptibles de partir. Cependant, mme si la mobilit humaine n'est pas une panace, ses consquences largement positives sur les migrants comme sur ceux qui restent laissent penser qu'elle devrait occuper une place de choix dans toute stratgie visant apporter des amliorations durables au dveloppement humain dans le monde.

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Le prsent chapitre tudie la migration humaine dans le monde et travers les poques. Le prsent chapitre tudie la migration humaine dans le monde et travers les poques. Les tendances et schmas observs sont conformes l'ide selon laquelle on se dplace pour chercher de meilleures opportunits, mais aussi que la migration est fortement entrave par des barrires, en particulier par les politiques dans les pays d'origine et de destination et par le manque de ressources.
Dans l'ensemble, la part des migrants se rendant dans les pays dvelopps a fortement augment au cours des 50 dernires annes, une tendance qui reflte les carts croissants entre les niveaux d'opportunits. Si ces flux humains devraient ralentir temporairement au cours de la crise conomique actuelle, les tendances structurelles sous-jacentes rapparatront ds que la croissance aura repris ; elles pourraient alors augmenter les incitations la migration au cours des prochaines dcennies.

Les populations en mouvement : qui se dplace, o, quand et pourquoi


L'objectif de ce chapitre est de dpeindre les mouvements humains en termes gnraux ; de donner un aperu des personnes qui se dplacent, comment, pourquoi, o et quand. C'est un tableau complexe et certaines caractristiques chapperont invitablement notre esquisse. Nanmoins, il s'en dgage des similitudes et des points communs frappants qui nous permettent de comprendre les forces qui modlent et qui entravent la migration.

Nous commencerons par tudier les principales caractristiques des dplacements (leur ampleur, leur composition et leurs directions) dans la section 2.1. La section 2.2 se penchera ensuite sur les similitudes et les diffrences qui existent entre les migrations d'hier et d'aujourd'hui. Notre tude suggre que les mouvements sont en grande partie influencs par les contraintes politiques, un thme qui fait l'objet d'une discussion dtaille dans la troisime section (2.3). Enfin, dans la dernire section (2.4), nous nous tournerons vers l'avenir pour essayer d'anticiper l'volution probable des dplacements moyen et long terme, une fois la crise conomique dbute en 2008 termine.

2.1 La migration humaine aujourd'hui

Les dbats sur la migration commencent habituellement par une description des flux entre pays en dveloppement et pays dvelopps, ou par ce que l'on appelle parfois, selon un terme vague et inexact, les flux Sud-Nord . Toutefois, dans la majorit des cas, les mouvements qui se produisent dans le monde n'ont pas lieu entre des pays en dveloppement et des pays dvelopps. Ils n'impliquent mme pas un franchissement de frontire. L'immense majorit des personnes qui se dplacent le font l'intrieur des frontires de leur propre pays.

La mconnaissance de cette caractristique lmentaire des dplacements humains s'explique en grande partie par un manque criant de donnes. Les recherches menes pour ce rapport ont tent de combler ces lacunes en tirant parti des recensements nationaux pour calculer le nombre de migrants internes de faon cohrente dans 24 pays comprenant 57 % de la population mondiale (figure 2.1)1. Mme en retenant une dfinition conservatrice de la migration interne qui ne tiendrait compte que des dplacements entre les plus grandes dmarcations territoriales des pays concerns, le nombre de migrants internes de notre chantillon est six fois plus lev que le nombre d'migrants2. En nous fondant sur les schmas rgionaux qui ressortent de ces donnes, nous estimons qu'il y a environ 740 millions de migrants internes dans le monde, soit quatre fois plus que de migrants internationaux.

En comparaison, le nombre actuel des migrants internationaux (214 millions, soit 3,1 % de la population mondiale) parat faible. Bien entendu, cette estimation mondiale se heurte un certain nombre de questions de mthodologie et de comparabilit, mais nous avons de bonnes raisons de penser que cet ordre de grandeur est juste3. L'encadr 2.1 voque les problmes les plus couramment soulevs concernant les donnes internationales sur la migration, savoir leur dpendance aux recensements et aux donnes des registres dmographiques. La capacit des statistiques officielles saisir la migration illgale, quant elle, est aborde plus loin.

Mme en nous cantonnant aux mouvements internationaux, nous observons que la plupart ne se produit pas entre pays ayant des niveaux de dveloppement trs diffrents. Seules 37 % des migrations dans le monde ont lieu d'un pays en dveloppement vers un pays dvelopp. La plupart du temps, elles surviennent entre pays de mme catgorie de dveloppement : environ 60 % des migrants se dplacent entre des pays dvelopps ou entre des pays en dveloppement (les 3 % restants recouvrant ceux qui quittent un pays dvelopp pour un pays en dveloppement)4.



Figure2.1 Beaucoup plus de personnes se dplacent l'intrieur de leur pays que vers l'extrieur.
Taux de dplacement interne et d'migration, 2000-2002

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Source : Bell et Muhidin (2009) et estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de la base de donnes de Migration DRC (2007).

Notes : toutes les donnes relatives l'migration proviennent de la base de donnes de Migration DRC (2007) et se rapportent aux annes 2000 2002. Les taux de migration interne sont dtermins partir de donnes de recensement recueillies entre 2000 et 2002, sauf pour le Belarus (1999), le Cambodge (1998), la Colombie (2005), le Kenya (1999) et les Philippines (1990).



Cette comparaison repose sur ce qui est invitablement une distinction un peu arbitraire entre les pays qui ont atteint un niveau de dveloppement lev et les autres. Nous dnommons les pays ayant atteint un IDH suprieur ou gal 0,9 (sur une chelle comprise entre 0 et 1) pays dvelopps, et ceux qui n'y sont pas parvenus pays en dveloppement (voir encadr 1.3). Nous utilisons cette dmarcation tout au long de ce rapport, sans chercher juger les mrites des diffrents systmes conomiques ou politiques ou occulter les interactions complexes impliques dans l'augmentation et la prservation du bientre humain. Les pays et territoires ainsi classs comme dvelopps comprennent ceux que l'on inclurait normalement dans cette liste (tous les pays d'Europe de l'Ouest, l'Australie, le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zlande et les tats-Unis), mais aussi d'autres que l'on considre moins souvent comme dvelopps (Hong-Kong en Chine, la Rpublique de Core et Singapour en Asie de l'Est ; le Kowet, le Qatar et les mirats arabes unis dans la rgion du Golfe). Toutefois, la plupart des pays d'Europe de l'Est n'apparaissent pas dans la catgorie des IDH les plus levs, l'exception de la Rpublique tchque et de la Slovnie (voir Tableau statistique H).

Une raison vidente de la faiblesse des flux migratoires entre les pays en dveloppement et les pays dvelopps est que la migration cote cher, et plus cher encore sur les longues distances que sur les courtes. Le cot suprieur des dplacements internationaux s'explique non seulement par les frais de transport, mais aussi par les restrictions que les politiques imposent au franchissement des frontires internationales, que seuls peuvent surmonter ceux qui en ont les moyens, ceux dont les comptences sont recherches dans le nouveau pays d'accueil, ou ceux qui sont prts courir des risques trs levs. Prs de la moiti des migrants internationaux se dplacent dans leur rgion d'origine ; ils sont environ 40 % migrer dans un pays voisin. La proximit entre les pays d'origine et de destination, cependant, n'est pas uniquement gographique : environ 6 migrants sur 10 partent dans un pays o la religion principale est la mme que dans leur pays de naissance, et 4 sur 10 dans un pays o la langue dominante est identique5.



Encadr  2.1 Le dnombrement des migrants illgaux

Les seules estimations compltes du nombre de personnes nes l'tranger dans le monde proviennent du Dpartement des affaires conomiques et sociales des Nations Unies (DAES) ; elles englobent environ 150 tats membres de l'ONU. Ces estimations se basent essentiellement sur des recensements nationaux, qui essaient de comptabiliser le nombre de personnes rsidant dans un pays donn un instant donn, le rsident tant dfini comme quelqu'un qui dispose d'un lieu de vie o il ou elle passe habituellement ses priodes quotidiennes de repos . En d'autres termes, les recensements s'efforcent de dnombrer tous les rsidents, qu'ils soient lgaux ou non.

Il existe cependant de bonnes raisons de souponner que les chiffres des recensements en matire de migration illgale sont largement infrieurs la ralit, car les personnes concernes peuvent viter les agents du recensement de peur qu'ils ne transmettent leurs informations aux autorits. Les propritaires de biens immobiliers peuvent dissimuler le fait qu'ils leur louent illgalement des logements. Et les immigrants peuvent aussi tre plus mobiles, et donc plus difficiles recenser.

Les tudes utilisent diffrentes mthodes statistiques et dmographiques pour valuer l'ampleur de cette sous-estimation. Aux tats-Unis, le Pew Hispanic Center a labor une srie d'hypothses s'appuyant sur les tudes ralises partir des recensements et sur les statistiques dmographiques historiques fournies par le Mexique ; selon lui, 12 % peine des migrants illgaux seraient omis dans les chiffres officiels. D'autres chercheurs ont estim que ce taux de sous-estimation tait de l'ordre, Los Angeles pendant le recensement de 2000, de 10 15 %. Il semble donc que le dnombrement officiel aux tats-Unis omettrait 1 1,5 million de migrants illgaux, soit 0,5 % de la population du pays.

Peu d'tudes ont t ralises en ce sens dans les pays en dveloppement. L'Argentine est une exception : selon une tude rcente, le stock de migrants sous-estim reprsenterait 1,3 % de la population totale. Dans d'autres pays en dveloppement, les taux pourraient tre trs suprieurs. Dans certains pays, comme la Russie, l'Afrique du Sud et la Thalande, on estime que le nombre d'immigrants illgaux reprsente entre 25 et 55 % de la population. Cependant il subsiste une grande incertitude sur le vritable chiffre. Selon les experts en migration interrogs par l'quipe du Rapport mondial, on estime que la migration illgale correspond un tiers en moyenne de l'ensemble de la migration des pays en dveloppement. On peut obtenir la limite suprieure du chiffre de migrants omis par les statistiques internationales en partant de l'hypothse qu'aucun d'eux n'a t compt dans les recensements nationaux (c'est--dire que la sous-estimation serait de 100 %) ; dans ce cas, le nombre de migrants carts des statistiques internationales s'lverait environ 30 millions pour les pays en dveloppement.

Source: ONU (1998), Passel et Cohn (2008), Marcelli et Ong (2002), Comelatto, Lattes et Levit (2003). Voir Andrienko et Guriev (2005) pour la Russie, Sabates-Wheeler (2009) pour l'Afrique du Sud et Martin (2009b) pour la Thalande.



Le schma de ces dplacements inter- et intrargionaux est prsent sur la carte 2.1 : l'paisseur des flches marque leur valeur absolue; la taille de chaque rgion, la proportion de sa population ; et les couleurs de chaque pays, leur catgorie en termes d'IDH. Les mouvements intra-rgionaux sont majoritaires. Pour prendre un exemple frappant, la migration interne l'Asie reprsente prs de 20 % de l'ensemble des dplacements internationaux et est plus importante que la somme totale des mouvements de toutes les rgions destination de l'Europe.

Le fait que les flux des pays en dveloppement vers les pays dvelopps ne reprsentent qu'une part minoritaire de la migration internationale ne signifie pas que les diffrences de niveau de vie n'ont pas d'importance. C'est plutt le contraire : les trois quarts des migrants internationaux partent dans un pays dont l'IDH est plus lev que dans leur pays d'origine ; pour ceux qui sont originaires d'un pays en dveloppement, la proportion dpasse 80 %. Cependant leur destination est moins souvent un pays dvelopp qu'un autre pays en dveloppement offrant un niveau de vie plus lev ou plus d'emplois.



Figure2.2 Les plus pauvres sont ceux qui ont le plus gagner par le biais de la migration
Diffrence entre l'IDH des pays de destination et d'origine, 20002002

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de la base de donnes du Migration DRC (2007).

Note: Les moyennes sont calcules l'aide de rgressions utilisant la densit par la mthode du noyau (densit de Kernel).





Carte 2.1 La majorit des mouvements sont internes aux rgions :
origine et destination des migrants internationaux vers 2000

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de la base de donnes de Migration DRC (2007).


La diffrence du niveau de dveloppement humain entre les pays d'origine et de destination peut tre importante. La figure 2.2 illustre cette diffrence un cart que l'on dsigne du terme vague de bnfices en termes de dveloppement humain de la migration par rapport l'IDH du pays d'origine6. Si les migrants partaient vers des pays ayant le mme niveau de dveloppement humain que leur pays d'origine, l'cart serait nul. Or cette diffrence est positive, et gnralement large dans tous les cas, sauf pour les pays les plus dvelopps. Le fait que les bnfices moyens diminuent mesure qu'augmente le dveloppement humain prouve que ce sont les migrants des pays les plus pauvres qui ont le plus gagner de leur dpart pour l'tranger.

Le fait que les migrants issus des pays faible IDH aient le plus de bnfices retirer de leur migration l'tranger est confirm par des tudes plus systmatiques. En comparant l'IDH des migrants dans les pays d'origine et de destination, les recherches commandites pour ce rapport ont mis en exergue le fait que les diffrences, tant en termes relatifs qu'absolus, taient inversement proportionnelles l'IDH du pays d'origine7. Les migrants issus des pays faible IDH ont effectivement dgag les plus gros bnfices : en moyenne, ils ont vu leur revenu multipli par 15 (pour atteindre 15 000 USD par an), leur taux de scolarisation a doubl (passant de 47 95 %) et leur mortalit infantile a t divise par 16 (elle chute de 112 7 morts pour 1 000 naissances vivantes). l'aide d'enqutes comparables dans plusieurs pays en dveloppement, l'tude a galement dcouvert que l'autoslection, cette tendance selon laquelle les migrants sont plus riches et plus instruits, n'explique qu'une petite partie de ces bnfices. L'analyse des flux migratoires bilatraux entre pays ralise dans le cadre des recherches du prsent rapport a confirm les effets positifs de l'migration sur toutes les composantes du dveloppement humain sur le lieu de destination, tout en rvlant que les diffrences de revenu taient l'explication la plus courante8. Ces schmas sont discuts en dtail dans le chapitre suivant.

Paradoxalement, bien que les gens quittant les pays pauvres aient le plus gagner partir, ce sont eux les moins mobiles. Ainsi, en dpit de l'attention marque dont fait l'objet l'migration de l'Afrique vers l'Europe, 3 % seulement des Africains vivent dans un pays autre que celui de leur naissance, et ils sont moins de 1 % vivre en Europe. Pour certains universitaires, une corrlation des taux d'migration avec les niveaux de dveloppement donnerait un rapport en forme de bosse , car les taux d'migration sont plus faibles dans les pays riches et dans les pays pauvres que dans ceux ayant un niveau de dveloppement modr9. On le constate sur la figure 2.3, qui montre que le taux d'migration moyen dans les pays dont le niveau de dveloppement humain est faible reprsente peine le tiers du taux des pays au niveau de dveloppement lev10. Si l'on restreint la comparaison l'migration des pays dvelopps, le rapport est encore plus important : le taux d'migration moyen des pays dont le niveau de dveloppement humain est faible est infrieur 1 %, contre prs de 5 % dans les pays au niveau de dveloppement humain lev. L'analyse des flux migratoires bilatraux prpare dans le cadre des recherches pour ce projet a confirm que ce schma persiste, mme une fois prises en compte les caractristiques des pays d'origine et de destination telles que l'esprance de vie, la dure de la scolarisation et la structure dmographique11.

On trouve galement des preuves que la pauvret est un obstacle l'migration dans les analyses au niveau des mnages : une enqute mene auprs des mnages mexicains, par exemple, a rvl que la probabilit de migrer augmentait avec le niveau de revenu lorsque les revenus du mnage taient infrieurs 15 000 USD par an (figure 2.3, panel B). Une tude mandate pour ce rapport a rvl qu'au Bangladesh, pendant la monga (saison de croissance des cultures), qui correspond la priode pendant laquelle les ressources en espces de la population sont les plus faibles, une mesure d'incitation financire octroye de manire alatoire a fortement augment la probabilit de migrer12. L'ampleur des consquences tait importante : en donnant aux migrants une somme quivalant une semaine de salaire dans le pays de destination, la propension migrer passait de 14 40 %. Ces rsultats font peser de srieux doutes sur l'ide qui circule souvent dans les cercles politiques, selon laquelle le dveloppement des pays d'origine rduirait les flux migratoires.

Si beaucoup de familles amliorent effectivement leur niveau de vie en migrant, ce n'est pas toujours le cas. Comme nous le verrons au chapitre 3, les dplacements ont souvent des consquences nfastes lorsqu'ils se produisent dans des conditions de choix limit. La migration induite par les conflits et le trafic d'tres humains ne constitue qu'une petite partie de l'ensemble des mouvements humains, mais ils touchent un grand nombre de gens parmi les plus pauvres du monde et suscitent donc des inquitudes particulires (encadr 2.1).



Figure2.3 mais ils migrent tout de mme moins
Taux d'migration par IDH et par revenu

Panel A : Taux moyen dmigration par catgorie d'IDH du pays dorigine

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de la base de donnes de Migration DRC (2007) et ONU (2009e).

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Source: Meza et Pederzini (2006).



Autre lment cl des schmas de l'migration, la relation inversement proportionnelle la taille de la population des pays. Dans les 48 pays comptant moins de 1,5 million d'habitants (qui comprennent 1 pays IDH faible, 21 IDH moyen, 12 IDH lev et 11 IDH trs lev), le taux d'migration moyen est de 18,4 %, bien suprieur la moyenne mondiale de 3 %. Les 13 principaux pays de l'migration sont d'ailleurs tous des petits tats ; le taux d'migration dpasse mme 40 % Antigua-et-Barbuda, la Grenade et Saint-Kitts-Et-Nevis. Le facteur de corrlation simple entre taille du pays et taux d'migration est de - 0,61. Souvent, c'est l'isolement des petits tats qui conduit leurs habitants partir afin de profiter des opportunits offertes ailleurs ; le mme facteur est l'origine de la plupart des exodes ruraux constats l'intrieur des pays. Une analyse de rgression entre pays confirme le plus fort impact de la taille de la population sur l'migration dans les pays loigns des marchs mondiaux : plus un petit pays est loign, plus ses habitants sont nombreux partir13. Les implications de ces tendances sont abordes dans l'encadr 4.4.

Les faits agrgs que nous venons de mentionner nous renseignent sur l'origine et la destination des migrants, mais pas sur ce qu'ils sont. Si d'importantes limitations statistiques empchent de prsenter un profil mondial complet des migrants, les donnes existantes rvlent toutefois quelques schmas intressants.

Environ la moiti (48 %) des migrants internationaux sont des femmes. Cette proportion est reste assez stable au cours des cinq dernires dcennies : elle s'levait 47 % en 1960. Ce schma est trs diffrent de celui du XIXe sicle, poque o la majorit des migrants tait des hommes14. Pourtant, malgr des rfrences rcentes la fminisation de la migration, il semble que la parit numrique ait largement t atteinte depuis longtemps. La stabilit des agrgats cache cependant une forte htrognit au niveau des rgions. Tandis que la part des immigrantes a lgrement augment dans l'Union europenne, passant de 48 52 %, elle a recul de 47 45 % en Asie.

Il est bien videmment possible que la rpartition relativement gale entre migrants et migrantes cache d'importantes disparits dans les circonstances de leur dpart et dans les opportunits qui s'ouvrent eux15. Paralllement, une littrature de plus en plus abondante remet en cause les points de vue conventionnels sur le rle subordonn des femmes dans la dcision de migrer16. Ainsi, une tude qualitative des dcisions prises par les couples pruviens de partir en Argentine a rvl que beaucoup de femmes partaient d'abord seules, parce qu'elles parvenaient plus rapidement trouver un emploi que leur conjoint, qui les rejoignait ensuite avec les enfants17.



Encadr  2.2 Migration induite par un conflit et trafic d'tres humains

De tous les migrants, les individus touches par des conflits et par l'inscurit sont ceux qui peuvent subir les pires consquences en matire de dveloppement humain. Le nombre de personnes qui migrent la suite d'un conflit est norme : dbut 2008, ils taient environ 14 millions de rfugis relever des comptences du HCR ou de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les rfugis de Palestine (UNRWA), c'est--dire peu prs 7 % des migrants internationaux. L'immense majorit des rfugis provient des pays les plus pauvres du monde, et c'est vers ceux-ci qu'ils se dirigent. En Asie et en Afrique, les rfugis reprsentent respectivement 18 et 13 % de l'ensemble des migrants internationaux.

Ils sont encore plus nombreux tre dplacs par la violence et les conflits et rester l'intrieur de leurs frontires. On estime qu'il y a en 2009 environ 26 millions de personnes dplaces dans leur propre pays, dont 4,9 millions au Soudan, 2,8 millions en Irak et 1,4 million en Rpublique dmocratique du Congo.

Il est beaucoup plus difficile de dterminer l'ampleur du trafic d'tres humains. En fait, il n'existe aucune estimation prcise des stocks et des flux de victimes. Cela s'explique notamment par le fait que les donnes sur le trafic humain sont habituellement mlanges celles sur d'autres formes de migration illgale ou d'exploitation des migrants, par les difficults inhrentes distinguer les actes volontaires des actes forcs, et par la nature mme du trafic d'tres humains, qui est une activit criminelle et clandestine. Un grand nombre des chiffres cits frquemment sont contests par les pays concerns, et l'cart est important entre les estimations et les cas avrs.

Source: IDMC (2009b), Carling (2006), Kutnick, Belser et Danailova-Trainor (2007) et de Haas (2007).



Les donnes tmoignent galement de trs importants flux temporaires de personnes. Dans les pays de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE), les migrants temporaires reprsentent habituellement un bon tiers des arrives sur une anne. Toutefois, comme la plupart repartent peu aprs et que d'autres s'orientent vers des arrangements plus permanents, le nombre de personnes bnficiant d'un visa temporaire un instant donn est trs infrieur ce que suggrent les flux agrgs. En effet, 83 % des habitants des pays de l'OCDE ns l'tranger y vivent depuis au moins cinq ans18. Presque tous les migrants temporaires viennent pour des raisons lies au travail. Certains adoptent des arrangements circulatoires : ils entrent et sortent sans cesse de leur pays de destination pour occuper des postes saisonniers ou temporaires ; ils ont alors, de fait, deux lieux de rsidence19.

Il est important de ne pas surestimer les distinctions entre catgories de migrants, dans la mesure o ces derniers passent souvent d'une catgorie l'autre. On comprendra d'ailleurs peut-tre mieux les rgimes de migration d'un grand nombre de pays en les comparant aux portes d'une maison : les migrants peuvent entrer dans une maison par la porte d'entre (quand ils s'installent titre permanent), par une porte latrale (visiteurs et travailleurs temporaires) ou par la porte de service (migrants illgaux). Cependant, une fois dans le pays, ces voies fusionnent souvent ; ainsi, les visiteurs temporaires deviennent des immigrants ou passent dans l'illgalit, les migrants clandestins obtiennent l'autorisation de rester ou ceux qui ont un droit permanent dcident de repartir.

Cette analogie est particulirement utile pour comprendre la migration illgale. Prolonger son sjour est l'une des voies principales par lesquelles les migrants entrent dans l'illgalit, en particulier dans les pays dvelopps. En fait, la distinction entre migration lgale et illgale est souvent beaucoup moins nette qu'on ne le suppose. Par exemple, il est courant d'entrer lgalement dans un pays et d'y travailler sans autorisation20. Dans certains tats insulaires comme l'Australie et le Japon, le prolongement de sjour est le principal canal d'entre illgale ; dans de nombreux pays europens galement, cela reprsente environ les deux tiers de la migration non autorise. Dans les pays de l'OCDE, les rsidences ou statuts de travail illgaux sont souvent l'apanage de travailleurs ayant un faible niveau d'ducation formelle21. Les meilleures estimations du nombre de clandestins aux tats-Unis reprsentent 4 % de la population, soit 30 % de l'ensemble des migrants22. Selon un rcent projet de recherche financ par la Commission europenne, les migrants illgaux reprsentaient en 2005 entre 6 et 15 % du stock total de migrants, soit environ 1 % de la population de l'Union europenne23. Certains sont intgrs aux estimations officielles sur la migration, mais ils sont minoritaires (encadr 2.1).



Qu'ils se produisent l'intrieur d'un pays ou entre des nations, les dplacements sont majoritairement motivs par la recherche de meilleures opportunits



La surreprsentation de personnes qualifies en ge de travailler parmi les populations migrantes constitue l'un des aspects de la slectivit migratoire. Non seulement les migrants ont une capacit de revenu souvent suprieure celle des non-migrants, mais il semblerait aussi qu'ils soient frquemment en meilleure sant et plus productifs que les habitants du pays de destination, ducation quivalente. La slectivit migratoire est habituellement le reflet de l'incidence des barrires conomiques, gographiques et politiques, qui rendent plus difficile la migration des gens moins productifs. C'est particulirement flagrant en termes d'ducation formelle. Les diplms de l'enseignement suprieur, par exemple, constituent 35 % des immigrants en ge de travailler dans l'OCDE, contre seulement 6 % environ de la population active des pays hors OCDE24. Les immigrants des pays en dveloppement vers l'OCDE sont souvent en ge de travailler : cette catgorie englobe par exemple plus de 80 % des migrants originaires d'Afrique subsaharienne25.

Que savons-nous au sujet de la slectivit migratoire dans les pays en dveloppement ? Lorsque le processus migratoire est plus slectif, les personnes en ge de travailler (qui ont une capacit de revenu plus leve que ceux qui n'appartiennent pas la population active) constituent une grande part des migrants. partir des donnes des recensements, nous avons compar le profil d'ge des migrants aux habitants de leur pays d'origine dans 21 pays en dveloppement et 30 pays dvelopps. Une nette diffrence est apparue entre le profil des immigrants des pays dvelopps et celui de leur pays d'origine : ils sont 71 % tre en ge de travailler, contre 63 % de la population de leur pays d'origine, alors que la diffrence est presque ngligeable dans les pays en dveloppement (63 et 62 % respectivement).



Les donnes restent malheureusement trop succinctes. Il est beaucoup plus facile, pour un responsable politique, de compter les mouvements internationaux de chaussures ou de tlphones portables que ceux d'infirmiers ou d'ouvriers en btiment



Les nouvelles donnes sur la migration interne dressent un tableau plus complexe en matire de slectivit migratoire. Au Kenya, par exemple, les recherches commandites ont tabli une relation positive entre les mesures du capital humain et de la migration26, qui tend s'attnuer au fil du temps avec les cohortes successives de migrants27. C'est un rsultat conforme au dveloppement des rseaux sociaux et autres qui facilitent les dplacements. En d'autres termes, des personnes plus pauvres peuvent dcider de prendre le risque de migrer en entendant parler de la russite de leurs prdcesseurs, et elles auront davantage l'assurance de recevoir le soutien dont elles ont besoin pour russir leur tour. D'autres tudes ont permis de mettre jour les profils ducatifs des migrants internes de 34 pays en dveloppement. Ils ont rvl que les migrants taient plus susceptibles que les non-migrants d'avoir achev leurs tudes secondaires, ce qui reflte la fois la slectivit et les meilleurs rsultats des enfants des migrants (chapitre 3)28.

Que savons-nous par ailleurs des relations entre migrations internationale et interne ? La migration interne, et en particulier le fait de quitter le milieu rural pour un milieu urbain, peut constituer une premire tape avant un dpart pour l'tranger, comme l'ont constat certaines tudes menes au Mexique, en Thalande et en Turquie, mais il ne s'agit pas, loin s'en faut, d'un phnomne universel29. L'migration aurait plutt tendance favoriser les dplacements internes dans le pays d'origine. En Albanie, les fonds envoys par la population partie en Grce au dbut des annes 1990 ont contribu financer la migration interne vers les centres urbains ; en Inde, les migrants internationaux de l'tat de Kerala ont libr des emplois dans leur rgion d'origine, et leurs envois de fonds ont dclench un boom de l'industrie du btiment qui a attir des migrants peu qualifis des rgions environnantes30.

Les comparaisons entre migration interne et migration internationale peuvent apporter de prcieux renseignements sur les causes et les implications des dplacements humains. Ainsi, les recherches menes pour ce rapport ont analys la relation entre la taille du lieu d'origine (mesure partir de sa population) et les flux de main-d'uvre qualifie. Elles ont dcouvert que, dans l'ensemble, les schmas taient identiques aux niveaux international et interne. Plus particulirement, les taux d'migration des travailleurs qualifis sont plus levs dans les petites localits que dans les grandes, tout comme on l'a constat au niveau des pays31. Ces schmas refltent l'importance des interactions humaines en tant que moteur de la migration. Qu'ils se produisent l'intrieur d'un pays ou entre des nations, les dplacements sont majoritairement motivs par la recherche de meilleures opportunits, et dans bien des cas (notamment dans ceux qui impliquent une main-d'uvre qualifie) les opportunits seront plus nombreuses dans les lieux o d'autres personnes seront prsentes pour offrir les comptences complmentaires ncessaires. C'est l'une des raisons pour lesquelles les gens gravitent autour des centres urbains, et pour lesquelles les travailleurs indpendants hautement qualifis s'installent souvent dans des villes o leur profession est dj bien implante32.

Mme si nous sommes parvenus dpeindre grands traits les contours de la migration, ce que nous savons n'est rien ct de ce que nous ignorons. Dans ce domaine, les donnes restent malheureusement trop succinctes. Il est beaucoup plus facile, pour un responsable politique, de compter les mouvements internationaux de chaussures ou de tlphones portables que ceux d'infirmiers ou d'ouvriers du btiment. L'essentiel de nos informations provient des recensements, mais ceux-ci ne fournissent pas de sries temporelles sur les flux migratoires qui permettraient de dceler des tendances, ni de donnes cl permettant d'valuer l'impact de la migration, comme celle du revenu ou d'autres caractristiques influant sur les migrants au moment de leur admission. Les registres d'tat civil peuvent donner des sries temporelles de ce type, mais trs peu de pays ont des registres qui s'y prtent. tant donn que les responsables politiques demandent gnralement des informations sur l'admission des migrants en fonction de leur typologie (c'est--dire travailleurs sous contrat, stagiaires, membres de la famille, professionnels qualifis, etc.), les statistiques administratives relatives au nombre de visas et de permis accords aux diffrents types de migrants ne manquent pas. Pourtant aucune de ces sources ne peut rpondre aux questions sur l'impact conomique ou social de la migration internationale.

Des progrs ont t cependant enregistrs ces dernires annes en la matire. L'OCDE, l'ONU, la Banque mondiale et d'autres institutions ont compil et publi des recensements et des bases de donnes administratives qui ont apport de nouveaux clairages sur certains aspects des flux humains internationaux. Mais les donnes publiques ne peuvent pas pour autant rpondre des questions aussi simples que : combien de Marocains ont quitt la France l'anne dernire ? Quels postes occupent les Latino-amricains qui ont obtenu le droit de rsidence aux tats-Unis en 2004 ? Le nombre de Zimbabwens qui se sont rendus en Afrique du Sud a-t-il beaucoup vari ces dernires annes ? Y a-t-il beaucoup de retours ou de migration circulaire au niveau mondial, et quelles sont les caractristiques de ces migrants ? Les donnes sur la migration restent en grande partie fragmentaires, non comparables et difficiles d'accs. Les statistiques sur le commerce et l'investissement, en revanche, sont largement plus dtailles. Beaucoup d'aspects des dplacements humains ne sont tout simplement pas envisags par les responsables politiques.

Si certaines limitations des donnes sont difficiles surmonter (le problme de l'exactitude des estimations sur le nombre de migrants illgaux, par exemple), on peut certainement en lever d'autres. La premire tape logique consiste s'assurer que les bureaux nationaux de statistique respectent les directives internationales, afin que tous les recensements comprennent quelques questions cl sur la migration33. Les enqutes existantes pourraient tre lgrement largies, ou les donnes administratives existantes compiles et diffuses, pour accrotre les informations rendues publiques sur les processus de migration. Ajouter des questions sur le pays de naissance ou le pays de rsidence prcdent dans les recensements nationaux reprsenterait un pas en avant peu onreux pour bien des pays. On pourrait galement rendre publiques les donnes existantes sur la population active, en intgrant le pays de naissance, comme c'est dj le cas au Brsil, en Afrique du Sud, aux tats-Unis et dans d'autres pays. Un autre moyen serait d'inclure des questions standard sur la migration dans les enqutes auprs des mnages dans les pays o la migration a pris de l'ampleur. Toutes ces amliorations mritent l'attention de l'tat et un accroissement de l'aide au dveloppement.



Les mouvements de population ont jou un rle crucial dans la transformation structurelle de lconomie tout au long de lHistoire



2.2 Regard sur le pass

tudions prsent comment la migration humaine a model l'histoire mondiale. Cela permettra d'clairer les diffrences et les ressemblances entre les dplacements d'hier et d'aujourd'hui. Cela rvlera galement le rle de la migration dans la transformation structurelle des socits, les forces qui suscitent ces mouvements et les obstacles qui les freinent. Nous prsenterons ensuite de faon plus dtaille l'volution des dplacements internes et internationaux au XXe sicle, en nous concentrant sur l'aprs-Deuxime guerre mondiale. Il est indispensable d'analyser les tendances de ces 50 dernires annes pour comprendre les facteurs qui ont provoqu les variations rcentes des schmas migratoires et la manire dont ils devraient continuer voluer.

2.2.1 Perspective historique

Contrairement l'opinion rpandue qui veut que la migration internationale soit lie l'essor de la mondialisation et des changes la fin du XXe sicle, les dplacements grande chelle et sur de longues distances taient autrefois la norme. l'apoge de la domination ibrique sur les Amriques, plus d'un demi-million d'Espagnols et de Portugais et prs de 700 000 sujets britanniques ont migr dans les colonies d'Amrique34. Par l'usage brutal de la force, 11 12 millions d'Africains ont t envoys comme esclaves de l'autre ct de l'Atlantique entre le XVe et la fin du XIXe sicle. Entre 1842 et 1900, ce sont environ 2,3 millions de Chinois et 1,3 million d'Indiens qui sont partis s'engager comme ouvriers sous contrat en Asie du Sud-Est, en Afrique et en Amrique du Nord35. la fin du XIXe sicle, dans de nombreux pays, la proportion de rsidents ns l'tranger tait suprieure celle d'aujourd'hui36.

En remontant plus loin dans le temps, on dcouvre que les mouvements humains taient un phnomne omniprsent dans presque toutes les communauts pour lesquelles on dispose de traces historiques ou archologiques. Grce des tests ADN rcents qui ont confirm les preuves fossiles du pass, il est aujourd'hui dmontr

Les mouvements de population ont jou un rle crucial dans la transformation structurelle de l'conomie tout au long de l'Histoire que tous les tres humains descendent d'un anctre commun qui a quitt l'Afrique quatoriale pour le Sud de l'Arabie, via la mer Rouge, il y a environ 50 000 ans37. Si la rencontre de socits diffrentes a souvent provoqu des conflits, la preuve de coexistences pacifiques d'immigrants en terre trangre a galement t apporte. Une ancienne tablette babylonienne datant du XVIIIe sicle avant notre re, par exemple, raconte qu'une communaut de migrants est venue d'Uruk la suite du saccage de la ville et que leurs pratiques culturelles ont rencontr peu de rsistance dans leur nouveau foyer : les prtres taient autoriss habiter dans les mmes quartiers que ceux qui vnraient les dieux locaux38. L'ide selon laquelle les immigrants doivent tre traits avec un minimum de respect figure dans de nombreux textes religieux anciens. Dans l'Ancien Testament, par exemple, on lit : vous traiterez l'tranger en sjour parmi vous comme un indigne du milieu de vous ; quant au Coran, il demande aux fidles de migrer lorsque leurs croyances sont en danger et d'accorder l'amn (le refuge) aux non-musulmans, mme s'ils sont en conflit avec des musulmans39.



Tableau2.1 Cinq dcennies de stabilit des agrgats, avec des variations rgionales
Rpartition rgionale des migrants internationaux, 19602010

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de l'ONU (2009d).

Note: Les estimations ne tiennent pas compte de l'ex-Union sovitique et de l'ancienne Tchcoslovaquie.



Les mouvements de population ont jou un rle crucial dans la transformation structurelle de l'conomie tout au long de l'Histoire, contribuant ainsi largement au dveloppement conomique. Des preuves gntiques et archologiques remontant l're nolithique (9500 3500 av. J.-C.) suggrent que les pratiques agricoles se sont rpandues avec la dispersion des communauts qui avaient matris les techniques culturales40. La forte urbanisation qui dcoula de la Rvolution industrielle britannique (et laquelle elle contribua) tait principalement cause par les dplacements des habitants des campagnes vers les villes41. La part de la population rurale a beaucoup recul dans toutes les conomies qui se sont dveloppes : aux Etats-Unis elle est passe de 79 % en 1820 moins de 4 % en 1980, et plus rapidement encore en Rpublique de Core, o elle a chut de 63 % en 1963 7 % en 200842.

Un autre pisode prsentant de l'intrt pour notre analyse est l'afflux massif d'immigrants europens vers le Nouveau Monde pendant la seconde moiti du XIXe sicle. En 1900, plus d'un million de personnes quittaient l'Europe chaque anne, en qute de conditions plus favorables que la faim et la pauvret qu'elles rencontraient chez elles. L'ampleur de ces migrations est norme selon les normes contemporaines : leur apoge au XIXe sicle, le nombre d'migrants par dcennie reprsentait 14 % de la population irlandaise, 10 % des Norvgiens et 7 % des Sudois et des Britanniques. En comparaison, le nombre d'migrants prsents aujourd'hui dans les pays en dveloppement ne dpasse pas 3 % de la population totale de ces pays. Cet pisode historique a t provoqu en partie par la chute des cots de voyage. Entre le dbut des annes 1840 et la fin des annes 1850, le tarif d'un trajet entre la Grande-Bretagne et New York pour un passager a chut de 77 % en cots rels43. D'autres facteurs ont jou un rle dterminant dans certains cas, comme la Grande famine en Irlande. Ces mouvements de population ont eu des effets mesurables sur les pays d'origine et de destination. Les ouvriers quittaient des rgions o la main-d'uvre tait abondante et peu rmunre pour d'autres o elle tait rare et bien rmunre. Cela a favoris une forte convergence conomique : entre les annes 1850 et la Premire guerre mondiale, en Sude, les salaires rels ont enregistr une hausse de 24 % 58 % par rapport aux salaires des tats-Unis, tandis que, sur la mme priode, les salaires irlandais passaient de 61 % 92 % des salaires britanniques. Selon les historiens de l'conomie, plus des deux tiers de la convergence des salaires entre pays qui est survenue la fin du XIXe sicle peut s'expliquer par l'effet nivelant de la migration44.

Les transferts de fonds et la migration de retour occupaient galement une place importante autrefois. Les transferts de fonds taient effectus par coursier et par virements ou billets via des banques immigrantes, des maisons de commerce, des services postaux et, aprs 1900, par tlgraphe. On estime qu'en 1910 un Britannique moyen migr aux tats-Unis envoyait chez lui le cinquime de ses revenus et qu'environ le quart de la migration europenne de l'poque aux tats-Unis tait financ par les fonds envoys par les migrs dj installs45. Les retours taient souvent la norme : les taux de retour des tats-Unis s'levaient jusqu' 69 % pour la Bulgarie, la Serbie et le Montngro, et 58 % pour l'Italie46. En Argentine, les immigrants italiens taient souvent surnomms golondrinas (hirondelles) en raison de leur tendance rentrer au pays. Un observateur de l'poque note d'ailleurs que les Italiens ne viennent pas coloniser l'Argentine ; ils n'ont pas de maison, pas de moyens de subsistance [] leur seul espoir repose sur de modestes conomies 47.



Encadr 2.3 Tendances migratoires dans l'ex Union sovitique

Avec la dissolution de l'Union sovitique en 1991, en une seule nuit, 28 millions de personnes sont devenues des migrants internationauxsans mme bouger d'un pouce. Cela vient du fait que les statistiques dfinissent les migrants internationaux comme des personnes qui vivent hors de leur pays de naissance. Celles qui s'taient dplaces en URSS avant 1991 taient dsormais classes parmi les trangers. Sans le savoir, elles sont devenues des migrants statistiques .

En un sens, ce nouveau classement est logique. Si une Russe de Minsk vivait dans son pays de naissance en 1990, elle tait techniquement une trangre la fin 1991. Mais interprter l'augmentation subsquente du nombre de migrants comme une augmentation des dplacements internationaux, comme certains l'ont fait, est une erreur. Nous les avons donc exclus, avec les migrants de l'ex-Tchcoslovaquie, du calcul des tendances dans le tableau 2.1.

Les mouvements humains ont-ils augment dans l'ancienne Union sovitique depuis 1991 ? D'un ct, l'assouplissement des contrles des propiska a accru la mobilit humaine. De l'autre, l'rection de frontires nationales a pu limiter les possibilits de circulation. Le tableau se complique davantage avec le fait que beaucoup des mouvements survenus aprs 1991 taient des retours dans les rgions d'origine : les populations d'origine russe, par exemple, sont revenues d'Asie centrale.

Toute tentative de comprhension des tendances dans l'ex-URSS doit utiliser des entits territoriales comparables. L'un des moyens d'y parvenir est d'tudier la migration entre les Rpubliques avant et aprs la dissolution. De la sorte, tous ceux qui se sont dplacs entre deux Rpubliques devenues par la suite des tats indpendants sont considrs comme des migrants internationaux. Les Lettons vivant Saint-Ptersbourg sont ainsi classs parmi les migrants internationaux avant et aprs 1991.

Pour les recherches ralises pour ce rapport, les donnes des recensements sovitiques ont t utilises pour construire une srie de ce type. Avec cette dfinition, la part des habitants ns l'tranger dans les Rpubliques de l'Union sovitique a lgrement augment entre 1959 et 1989, passant de 10 % 10,6 %. Aprs 1990, des tendances divergentes ont merg selon les tats. En Russie, devenue une sorte d'aimant dans la rgion, le stock de migrants est pass de 7,8 9,3 % de la population. En Ukraine et dans les trois pays baltes, leur proportion a recul, avec le dpart d'un grand nombre de personnes nes l'tranger. Dans tous les autres tats de l'ex-Union sovitique, le nombre absolu de migrants a diminu jusqu'en 2000 et, dans la plupart des cas, la part de migrants dans la population galement. Ainsi, alors que 30,3 millions de personnes nes l'tranger vivaient sur le territoire de l'URSS au moment de sa dissolution, leur nombre agrg n'tait plus que de 27,4 millions en 2000, puis de 26,5 millions en 2005, car beaucoup avaient dcid de rentrer.

Source: Heleniak (2009), ONU (2002), Zlotnik (1998) et Ivakhnyuk (2009).



Ces mouvements de population taient rendus possibles par des attitudes et des politiques qui non seulement taient rceptives la migration, mais dans bien des cas l'encourageaient activement. Cela s'applique aux pays d'origine, qui subventionnaient souvent la traverse pour rduire les pressions nationales, comme aux gouvernements de destination, qui invitaient les gens venir consolider les colonies et profiter des ressources naturelles. Ainsi, dans les annes 1880, la moiti environ des migrants pour l'Argentine recevaient une subvention pour payer le voyage, tandis qu'une loi adopte au Brsil en 1850 offrait gratuitement des terres aux migrants48. De faon plus gnrale, la fin du XIXe sicle est marque par l'absence des innombrables mcanismes de contrle des flux internationaux de population qui apparatront par la suite. Jusqu' l'adoption d'une lgislation plus stricte en 1924, par exemple, il n'y avait mme pas de condition de visa pour s'installer dfinitivement aux tats-Unis ; et, en 1905, 1 % peine du million de personnes qui avait travers l'Atlantique pour arriver Ellis Island se voyait refuser d'entrer dans le pays49.



Figure2.4 De plus en plus de migrants viennent des pays en dveloppement
Part des migrants originaires de pays en dveloppement dans diffrents pays dvelopps

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de l'ONU (2006a).



Une diffrence majeure entre la Belle poque et aujourd'hui tient dans l'attitude des gouvernements de destination. Si les sentiments d'hostilit aux immigrants pouvaient tre virulents et conduisaient souvent la mise en place de barrires contre certains types de dplacements, les gouvernements estimaient dans leur majorit qu'il fallait s'attendre des mouvements et que ceux-ci ne pouvaient en fin de compte qu'tre profitables aux socits d'origine et de destination50. C'est d'autant plus remarquable qu'il s'agissait de socits dans lesquelles l'intolrance vis--vis des minorits tait prdominante et beaucoup mieux accepte socialement qu'aujourd'hui51. C'est aussi un rappel utile que les barrires la migration qui caractrisent aujourd'hui de nombreux pays dvelopps ou en dveloppement ne sont pas une ralit aussi immuable qu'on pourrait le supposer au dpart.

2.2.2 Le XXe sicle

Le consensus en faveur de la migration ne devait pas durer. Vers la fin du XIXe sicle, de nombreux pays instaurrent des restrictions l'entre. Les raisons taient variables, allant de la diminution des terres inexploites aux pressions du march du travail, en passant par l'influence des opinions publiques. Dans des pays comme l'Argentine et le Brsil, la politique bascula avec la disparition des subventions ; en Australie et aux tats-Unis, avec l'imposition de restrictions l'entre52. Malgr l'introduction de ces limitations, les estimations du dbut du XXe sicle indiquent que la proportion de migrants internationaux dans la population mondiale tait identique, voire suprieure, celle d'aujourd'hui. C'est tout fait tonnant compte tenu des cots de transport relativement levs de l'poque53.

Rien dans le domaine des politiques migratoires n'a approch, ne serait-ce que de loin, la libralisation multilatrale rapide des changes de marchandises et des mouvements de capitaux observe dans la priode de l'aprs-Deuxime guerre mondiale54. Certains pays signrent des accords bilatraux ou rgionaux pour rpondre des pnuries de main-d'uvre spcifiques, comme le Programme Bracero destin aux ouvriers agricoles mexicains, sign par les tats-Unis en 1942 pour encadrer 4,6 millions de contrats de travail pendant 22 ans55, l'Accord de passage assist entre le Royaume-Uni et l'Australie en 1947, et la foule d'accords sur les mouvements de main-d'uvre et autres programmes de Gastarbeiter (travailleurs invits) en Europe56. Mais l'enthousiasme initial pour ces derniers s'est attnu dans les annes 1970. Les tats-Unis ont renonc leur Programme Bracero en 1964, et la plupart des pays d'Europe occidentale qui s'taient fortement appuys sur les programmes de Gastarbeiter cessrent tout recrutement pendant le choc ptrolier des annes 197057.

L'absence de libralisation est cohrente avec la stabilit observe dans la proportion mondiale des migrants. Comme on le voit dans le tableau 2.1, cette proportion (qui exclut l'ex-Tchcoslovaquie et l'ex-Union sovitique pour des raisons de comparabilit voir plus loin) est passe de 2,7 2,8 % entre 1960 et 2010. Les donnes rvlent nanmoins un dplacement remarquable des lieux de destination. La part des pays dvelopps a plus que doubl, passant de 5 % plus de 12 %58. Une hausse plus forte encore (de 5 39 % de la population) touche les pays du CCG, qui connaissent une croissance rapide lie au ptrole. Dans le reste du monde, cependant, la fraction de population ne l'tranger reste stable ou recule. Ces dclins les plus marqus sont observs en Amrique latine et dans les Carabes, o la migration internationale a diminu de plus de 50 %, mais sont aussi vidents en Afrique et dans le reste de l'Asie.

Il est toutefois important de noter que ces tendances ne tiennent pas compte de deux groupes de pays pour lesquels il est difficile d'tablir des sries temporelles comparables sur la migration internationale, savoir les tats de l'ex-Union sovitique et les deux composantes de l'ancienne Tchcoslovaquie. L'indpendance de ces nouvelles nations a provoqu une hausse artificielle du nombre de migrants, qu'il ne faut pas interprter comme une augmentation relle de la prvalence des mouvements internationaux (encadr 2.3)59.

D'o proviennent les migrants rcents vers les pays dvelopps ? Nous ne disposons pas d'un tableau complet des flux bilatraux au fil du temps, mais la figure 2.4 montre l'volution de la proportion des immigrants venus de pays en dveloppement dans huit conomies dveloppes aux donnes comparables. Dans tous les cas sauf un (le Royaume-Uni), la part des migrants issus de pays en dveloppement dpasse les 10 %60. Dans de nombreux pays d'Europe, ce glissement est li l'augmentation du nombre de migrants originaires de pays d'Europe de l'Est, classs parmi les pays en dveloppement au regard de leur IDH. Ainsi, au cours des annes 1960, 18 % seulement des immigrants originaires de pays en dveloppement qui entraient en Allemagne arrivaient d'Europe de l'Est, contre 53 % quarante ans plus tard.

Dans les pays en dveloppement, le tableau est plus mitig, mme si les donnes sont limites. Nous pouvons comparer l'origine des migrants aujourd'hui et il y a plusieurs dcennies pour quelques pays, ce qui rvle des contrastes intressants (figure 2.5). En Argentine et au Brsil, la diminution de la proportion de personnes nes l'tranger provient de la chute de l'immigration en provenance des pays d'Europe les plus pauvres, car ces derniers ont connu une croissance spectaculaire aprs la guerre, alors que l'Amrique latine a en grande partie stagn. En revanche, l'augmentation du taux d'immigration au Costa Rica est cause par l'afflux d'migrants nicaraguayens, et la baisse du taux du Mali par la chute de l'migration du Burkina Faso, de la Guine et de la Mauritanie.



Figure2.5 Origines et tendances de la migration vers les pays en dveloppement
Migrants en pourcentage de la population totale de diffrents pays, 1960annes 2000

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir du Minnesota Population Center (2008) et des recensements nationaux des annes indiques.





Figure2.6 Les taux de migration interne ne connaissent qu'une lgre hausse
Tendances de l'intensit des migrations internes vie dans diffrents pays, 1960annes 2000

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Source: Bell et Muhidin (2009).



De nombreux pays ont enregistr une hausse de la migration interne, comme on le constate sur la figure 2.6. Cependant cette tendance est loin d'tre uniforme. Dans les 18 pays pour lesquels nous disposons d'informations comparables au fil du temps, on observe une tendance la hausse dans 11 pays (en moyenne 10 % en 10 ans), aucune tendance dans quatre d'entre eux et un recul dans deux pays dvelopps. Le taux moyen d'augmentation pour ce groupe de pays s'tablit autour de 7 % en une dcennie. Nos recherches ont cependant rvl aussi que la part de migrants rcents (c'est--dire qui se sont dplacs au cours des cinq dernires annes) n'a pas augment dans la plupart des pays de notre chantillon, ce qui indique une stabilisation possible des schmas de migration interne.

On peut s'attendre une stabilisation, voire une baisse, des flux migratoires internes dans les pays dvelopps IDH lev, o les dplacements taient autrefois associs une urbanisation rapide aujourd'hui stabilise. Cependant, dans nombre de pays en dveloppement, l'urbanisation n'a pas ralenti et devrait continuer. D'ailleurs, selon les estimations du DAES des Nations unies, la part de la population mondiale vivant en milieu urbain devrait plus que doubler d'ici 2050, et passer de 40 plus de 60 % en Afrique. L'urbanisation est dclenche notamment par la croissance dmographique naturelle des zones urbaines, qui s'ajoute aux dplacements depuis les zones rurales et la migration internationale. Bien qu'il soit difficile de dterminer la contribution prcise de ces diffrentes sources, il est clair que la migration est un facteur important dans de nombreux pays61.

L'urbanisation peut tre synonyme de difficults majeures pour les citadins et pour les pouvoirs publics chargs de l'amnagement et des services urbains. La plus visible de ces difficults sont les 2 milliards de gens, soit 40 % des habitants des villes, qui devraient vivre dans des bidonvilles d'ici 203062. Comme on le sait, les conditions de vie y sont souvent dplorables; l'accs des eaux traites et des installations sanitaires y est trs limit et les droits fonciers y sont insuffisamment assurs. Comme nous le verrons dans les chapitres 4 et 5, il est important que les autorits urbaines locales assument leurs responsabilits l'gard des rsidents et qu'elles disposent des fonds ncessaires pour relever ces dfis, car les plans et programmes locaux peuvent jouer un rle crucial dans l'amlioration de la situation.

Pour rsumer, la priode qui s'est ouverte depuis les annes 1960 a t marque par la concentration croissante des migrants dans les pays dvelopps, dans un contexte de stabilit gnrale de la migration. Comment expliquer ces tendances? D'aprs nos recherches, trois facteurs principaux (l'volution des revenus, les changements dmographiques et la rduction des cots de transport) ont contribu favoriser les dplacements, qui se sont heurts dans le mme temps un obstacle de plus en plus important : l'lvation des barrires administratives et lgales.

Associes la hausse gnrale des revenus dans le monde, les diffrences de revenus entre les rgions expliquent en grande partie les schmas migratoires. L'volution des ingalits en matire de revenu montre des carts remarquables entre la plupart des rgions dveloppes et celles en dveloppement, mme si les rgions de l'Asie orientale-Pacifique et du Sud de l'Asie enregistrent de leur ct une lgre convergence (figure 2.7, panel A)63. La Chine fait figure d'exception dans le schma gnral d'absence de convergence : son revenu national par habitant a augment, passant de 3 14 % de la moyenne des pays dvelopps entre 1960 et 200764. Dans l'ensemble, les donnes soulignent que l'incitation financire la migration des pays pauvres vers les pays riches a fortement augment65.

Une abondante littrature a tent d'expliquer cette divergence de revenus, invoquant tour tour le rle de la main-d'uvre, de l'accumulation du capital, du progrs technologique, des politiques conomiques et des institutions66. Quelle que soit la cause ultime, la diffrence des taux de croissance dmographique constitue sans nul doute l'un des facteurs cls. On sait qu'entre 1960 et 2010 la composition dmographique et spatiale de la population mondiale a volu : sur les 2,8 milliards d'individus qui se sont ajouts la population mondiale en ge de travailler, 90 % proviennent des pays en dveloppement. La main-d'uvre devenant beaucoup plus abondante dans les pays en dveloppement, les carts de salaire se sont creuss. Cela signifie qu'il est devenu plus intressant d'migrer vers les pays dvelopps, et les schmas de dplacements ont volu en consquence, malgr, on le verra, la mise en place de fortes barrires l'admission. Paralllement, le niveau de revenu moyen a augment au niveau mondial, comme l'indique le panel B de la figure 2.7 ( l'exception de certaines rgions en dveloppement qui ont connu des priodes de recul). La pauvret tant un obstacle important aux dplacements, l'augmentation du revenu moyen a rendu plus ralisables les trajets sur de longues distances. En d'autres termes, avec la hausse des revenus, les pays plus pauvres sont remonts sur la bosse migratoire , augmentant parmi leurs ressortissants le nombre de candidats la migration vers les pays dvelopps.

Les rcentes baisses des cots de transport et de communication ont galement favoris les dplacements. Le prix rel d'un voyage en avion a diminu de 60 % entre 1970 et 2000, et le cot des communications a pour sa part quasiment disparu67 : le cot rel d'un appel tlphonique de 3 minutes entre l'Australie et le Royaume-Uni est pass de prs de 350 USD en 1926 0,65 USD en 2000 ; et avec l'arrive de la tlphonie par Internet il est aujourd'hui pratiquement nul68. Compte tenu des ces volutions il est plus facile que jamais de se rendre et de s'y tablir dans des contres lointaines.

Ces facteurs inciteraient penser que la migration internationale a enregistr une forte croissance au cours des dernires dcennies. Cependant, cette possibilit a t limite par l'augmentation des barrires politiques aux dplacements, notamment en ce qui concerne l'entre de candidats peu qualifis. Examinons prsent plus en dtail le rle que ces barrires jouent dans la dfinition et la limitation des mouvements d'aujourd'hui.

2.3 Politiques et migration

Depuis l'mergence des tats modernes au XVIIe sicle, le systme juridique international est tabli sur deux grands principes : la souverainet et l'intgrit territoriale. Dans ce systme, qui intgre une srie de normes et de contraintes imposes par le droit international, les gouvernements rgentent leurs frontires nationales et exercent leur droit d'y restreindre l'entre. Cette section aborde les diffrents moyens par lesquels les politiques gouvernementales dterminent le nombre de personnes autorises entrer, la provenance de ces gens et le statut qui leur est accord.



Tableau2.2 Les responsables politiques disent s'efforcer de maintenir les niveaux d'immigration actuels

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Source: ONU (2008b).





Figure2.7 L'cart s'est creus entre les revenus dans le monde :
Tendances du PIB rel par habitant, 19602007

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial partir de Banque mondiale (2009b) et Heston, Summers et Aten (2006).



Si l'on compte une multitude d'analyses qualitatives nationales des politiques, en particulier dans les pays dvelopps, d'importantes limitations statistiques empchent de comparer les politiques entre les pays. Les mesures sont difficiles en elles-mmes, car les rgles peuvent prendre des formes varies et tre appliques de faon diffrente et des degrs divers, ce qui donne des rsultats qu'il n'est gnralement pas possible de quantifier. la diffrence de la plupart des aspects des politiques conomiques, par exemple, les bureaux nationaux de statistique ne mesurent pas les effets des politiques relatives la migration d'une manire uniforme pour l'ensemble des pays. La plupart des chiffres utiliss dans ce rapport ont t dvelopps par des centres de recherche internationaux et des organisations non gouvernementales (ONG), et non par des institutions nationales publiques.

Les mesures qui englobent le plus grand nombre de pays et la plus longue priode proviennent d'une enqute mene priodiquement par le DAES auprs des responsables politiques ; les gouvernements y exposent leur position et leur rponse la migration. Cette tude concerne 195 pays et reflte le point de vue des responsables politiques sur le niveau d'immigration et sur leur volont d'abaisser, de maintenir ou d'augmenter celui-ci l'avenir. Bien qu'il s'agisse d'une autovaluation et qu'elle indique davantage des intentions officielles qu'une pratique avre, plusieurs schmas intressants s'en dgagent (tableau 2.2). En 2007, 78 % environ des gouvernements interrogs estimaient que leur niveau d'immigration tait satisfaisant, contre 17 % qui le jugeaient trop lev et 5 % trop faible. Un tableau similaire merge de leur description des politiques qu'ils ont adoptes. Dans les deux cas, les gouvernements des pays dvelopps semblent tre plus stricts que ceux des pays en dveloppement.

Ces schmas indiquent un cart considrable entre les politiques qui ont la faveur des opinions publiques dans la plupart des pays, savoir des restrictions l'immigration plus strictes, et les politiques rellement appliques, qui autorisent une immigration importante dans les faits69. Si les explications de cet cart sont complexes, il est vraisemblable que diffrents facteurs entrent en jeu.

Le premier est que l'opposition l'immigration est moins monolithique qu'il n'y parat de prime abord, et que les lecteurs ont souvent un point de vue mitig sur la question. Comme nous l'indiquons plus loin, dans de nombreux pays les inquitudes au sujet des effets nfastes sur l'emploi ou sur les impts se mlent la conscience que la tolrance d'autrui et la diversit ethnique sont des valeurs positives. Deuximement, les groupes organiss comme les syndicats, les organisations du patronat et les ONG peuvent avoir une forte influence sur la formulation des politiques publiques ; or ces groupes-l plaident rarement en faveur de limitations strictes de l'immigration. Troisimement, beaucoup de gouvernements tolrent implicitement la migration illgale, ce qui suggre que les responsables politiques ont conscience des cots sociaux et conomiques levs des mesures de rpression. Aux tats-Unis, par exemple, les employeurs ne sont pas obligs de vrifier l'authenticit des papiers d'immigration, mais ils doivent dduire les taxes fdrales salariales de la paie des migrants. Par ce biais, les travailleurs immigrs clandestins fournissent environ 7 milliards d'USD par an au Trsor amricain70.

Dans le cadre de ce rapport, nous avons cherch combler les lacunes existantes en collaborant avec des experts nationaux de la migration et avec l'OIM dans le but d'valuer les politiques en matire de migration dans 28 pays71. Les principales valeurs ajoutes par cet exercice sont la prise en compte des pays en dveloppement (la moiti de l'chantillon), qui taient jusque-l habituellement exclus de ces valuations, et la richesse des informations que nous avons recueillies sur des points tels que les rgimes d'admission, les traitements et les droits, ainsi que leur mise en application.

La comparaison des politiques migratoires des pays dvelopps et en dveloppement met en vidence aussi bien des diffrences frappantes que des ressemblances. La plupart des restrictions habituellement notes (et critiques) dans les pays dvelopps se retrouvent galement dans une grande partie des pays en dveloppement (figure 2.8). Les rgimes des deux groupes sont davantage favorables aux travailleurs hautement qualifis : 92 % des pays en dveloppement et 100 % des pays dvelopps de notre chantillon sont prts accueillir des migrants qualifis titre temporaire ; les chiffres pour la migration qualifie permanente tombent 62 et 93 %, respectivement. Dans ce mme chantillon, ils sont 38 % de pays en dveloppement et 50 % de pays dvelopps s'opposer la migration permanente d'ouvriers non qualifis72.

Des rgimes temporaires sont en vigueur depuis longtemps et la plupart des pays dlivrent ce type de permis. Ces programmes dictent des rgles sur la limitation dans le temps de l'admission, du sjour et de l'emploi des travailleurs trangers. Les visas H1B aux tats-Unis, par exemple, accordent une admission temporaire aux travailleurs hautement qualifis qui peut durer jusqu' six ans ; en revanche, les visas H2B rservs aux travailleurs saisonniers peu qualifis sont limits trois ans. De mme, la politique de Singapour en matire d'immigration comprend des Employment Passes pour les professionnels qualifis et un permis de travail ou R-Pass pour les travailleurs peu ou pas qualifis73. Parmi les pays compris dans notre valuation, les pays en dveloppement taient beaucoup plus disposs proposer des rgimes temporaires aux travailleurs peu qualifis.

Les rgles relatives au changement de statut des visas et au regroupement familial varient normment selon les pays74. Certains programmes temporaires offrent un moyen d'obtenir une rsidence de longue dure, voire permanente, et autorisent les travailleurs trangers venir accompagns de leurs ayants-droit. Les visas H2B des tats-Unis en sont un exemple, mme si leur nombre annuel est trs limit et que les ayants-droit ne sont pas autoriss travailler. D'autres gouvernements interdisent explicitement le changement de statut et le regroupement familial, ou bien y mettent des conditions strictes.



Figure2.8 Hautement qualifis bienvenue, peu qualifis circulez !
Ouverture l'immigration lgale dans les pays dvelopps par rapport aux pays en dveloppement, 2009

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Source: Klugman et Pereira (2009).





Il existe de fortes variations dans l'application des lois relatives la migration selon les pays



Les programmes pour travailleurs temporaires ou kafala (qui signifie littralement prendre en charge en arabe75) des pays du CCG sont un cas part. Ils prvoient que les travailleurs migrants trangers reoivent un visa d'entre et un permis de rsidence uniquement s'ils sont parrains par un ressortissant du pays d'accueil. Le khafeel, ou employeur parrain, est responsable financirement et lgalement du travailleur ; il signe d'ailleurs un papier cet effet au ministre du Travail76. En cas de violation du contrat par l'employ, celui-ci doit aussitt quitter le pays ses propres frais. Les programmes dits de kafala sont restrictifs diffrents gards, et notamment le regroupement familial. Les violations des droits de l'homme (y compris le non-paiement des salaires et l'exploitation sexuelle du personnel de maison) sont bien documentes, en particulier pour la part croissante d'migrants originaires du sous-continent indien77.

Ces dernires annes, certains pays de la rgion ont fait quelques pas dans le sens d'une rforme de leurs rgimes d'immigration. L'Arabie saoudite a ainsi adopt rcemment une srie de mesures facilitant le transfert des employs des socits fournissant des services (d'entretien, par exemple) aux administrations publiques78. D'autres initiatives ont galement t mises en uvre pour surveiller les conditions de vie et de travail des travailleurs trangers. Aux mirats arabes unis, le ministre du Travail a mis en place une ligne tlphonique ouverte 24 heures sur 24 pour recevoir les plaintes du grand public. En 2007, les autorits ont inspect 122 000 tablissements et inflig des amendes pour prs de 9 000 infractions relatives aux droits des travailleurs et la lgislation sur les conditions de travail. Toutefois des propositions de rforme plus ambitieuses ont chou, comme la proposition d'abolir le systme des kafala au Bahren dbut 2009, en raison semble-t-il de l'intense opposition politique des milieux d'affaires79.

Dans certains pays dvelopps, comme l'Australie, le Canada et la Nouvelle-Zlande, la prfrence pour les travailleurs hautement qualifis se traduit par la mise en uvre d'un systme points. La formule prend en compte des caractristiques telles que l'ducation, la profession, la comptence linguistique et l'ge. Si cela confre une certaine objectivit ce qui peut parfois ressembler un processus de slection arbitraire, beaucoup de pays dvelopps accueillent de nombreux diplms du suprieur, qu'ils aient ou non instaur un systme points80.

Ces systmes points sont peu rpandus dans les pays en dveloppement. Parmi les restrictions formelles l'entre, on compte des conditions telles qu'une offre d'emploi pralable et, dans certains cas, des quotas. L'un des aspects sur lesquels les pays en dveloppement paraissent relativement restrictifs est le regroupement familial. Environ la moiti des pays de notre chantillon interdit aux familles des immigrants temporaires de les rejoindre pour travailler, contre un tiers des pays dvelopps.

Le regroupement familial et la migration maritale reprsentent une part importante de l'immigration dans presque tous les pays de l'OCDE. Dans certains pays d'ailleurs, les mouvements associs aux liens familiaux sont majoritaires, comme en France et aux tats-Unis, o ils constituent respectivement 60 et 70 % de la migration annuelle. S'il est courant d'tablir une distinction entre regroupement familial et migration de main-d'uvre, il est important de noter que les migrants familiaux ont souvent soit l'obligation soit la possibilit d'obtenir l'autorisation de travailler.

Bien entendu, la politique dclare peut s'carter de sa pratique. Il existe de fortes variations dans l'application des lois relatives la migration selon les pays. Aux tats-Unis, des recherches ont rvl que le degr de rpression aux frontires varie en fonction du cycle conomique : il augmente pendant les rcessions et s'assouplit lors des reprises81. En Afrique du Sud, les expulsions ont plus que doubl entre 2002 et 2006, sans que la lgislation ait t modifie, car les forces de police se sont montres plus actives82. D'aprs notre valuation, si les pays en dveloppement paraissent un peu moins susceptibles d'appliquer de manire stricte le contrle aux frontires et de dtenir les contrevenants, il semble que les fouilles et les descentes des forces de l'ordre y soient au moins aussi frquentes que dans les pays dvelopps, ce qui peut s'expliquer par une capacit institutionnelle plus faible. Les pays en dveloppement sont moins susceptibles de mettre en place des rgles d'entre la frontire ou de collecter des informations sur la lgalit des statuts (figure 2.9). Mme en cas de dtection, ils seraient plus susceptibles de ne rien faire ou d'infliger une simple amende aux migrants illgaux, alors que les pays dvelopps recourraient davantage l'emprisonnement ou l'expulsion. Dans certains pays, les tribunaux prennent en compte les questions d'unit familiale et la solidit des liens de l'immigrant avec le pays d'accueil lors des procdures d'expulsion83. On trouvera de plus amples dtails sur le rle de la mise en application des politiques d'immigration dans le chapitre 5.

Une des questions qui ressort des rgles relatives l'entre et au traitement des immigrants, et que l'on peut approfondir en examinant les donnes transnationales, concerne la prsence ou non d'un compromis dit le nombre contre les droits . Il est possible que les pays n'ouvrent leurs frontires plus d'immigrants que si l'accs certains droits fondamentaux est limit. Cela peut arriver si, par exemple, on estime que l'immigration revient trop cher, de sorte que ni les lecteurs ni les responsables ne la soutiendront84. Les donnes sur le traitement des immigrants nous permettent d'tudier la question de faon empirique. L'Unit d'intelligence conomique (EIU) a cr un indice d'accessibilit concernant 61 pays (34 dvelopps et 27 en dveloppement) qui rsume la politique officielle en termes de facilit d'embauche, de conditions d'obtention des papiers, de facilit du regroupement familial et des programmes d'intgration officiels des migrants. L'Index des politiques d'intgration des migrants (MIPEX) mesure pour sa part les politiques visant intgrer les migrants dans six secteurs : la rsidence de longue dure, le regroupement familial, la citoyennet, la participation politique, les mesures de lutte contre la discrimination et l'accs au march du travail.

D'aprs notre analyse, il n'y a pas de relation systmatique entre les diffrentes mesures des droits et du nombre des migrants (figure 2.10). La comparaison l'aide de l'indice de l'EIU (panel A), qui compte un chantillon plus large de pays dvelopps et en dveloppement, reflte essentiellement l'absence de corrlation entre le nombre de migrants et leur accs aux droits fondamentaux, ce qui laisse penser que les diffrents rgimes rgissant cet accs sont compatibles avec un nombre lev ou faible de migrants. Restreindre notre analyse l'chantillon plus slectif des pays concerns par le MIPEX nous permet d'exploiter les donnes de l'OCDE, qui distinguent la proportion d'immigrants ayant un faible niveau d'ducation formelle et originaires des pays en dveloppement. Une fois encore, aucune corrlation vidente ne ressort (panel B). Ainsi, des pays comme la Pologne et l'Irlande comptent des proportions trs faibles d'ouvriers peu qualifis provenant de pays en dveloppement, pourtant ils obtiennent des scores mdiocres en termes de MIPEX. Nous avons galement dcouvert que les pays qui ont vu augmenter leur part d'immigrants au fil des ans n'ont pas limit les droits qu'ils leur accordaient85. En Espagne, par exemple, la proportion d'immigrants est passe de 2 11 % entre 1980 et 2005 ; pendant la mme priode, le Gouvernement espagnol a largi la fourniture de soins mdicaux urgents et non-urgents aux migrants illgaux86.



Figure2.9 La mise en application varie
Interventions et procdures l'gard des migrants illgaux en 2009

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Source: Klugman et Pereira (2009).





Figure2.10 Les preuves transnationales infirmeraient plutt l'hypothse nombres contre droits
Corrlations entre accs et traitement

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Source: ONU (2009d), The Economist Intelligence Unit (2008), ODCE (2009a) et Migration Policy Group et British Council (2007).



Des rsultats semblables se dgagent de notre valuation des politiques, qui a permis de distinguer les diffrentes composantes des politiques en matire de migration. S'il y avait l'indication d'une corrlation, il s'agissait en fait souvent de l'inverse de ce que suggrait l'hypothse nombre contre droits . Les donnes rvlent qu'en gnral, entre autres mesures, les pays en dveloppement ont une part mdiane moins leve de travailleurs ns l'tranger et une protection moindre des droits des migrants. Les pays dvelopps, qui comptent davantage de migrants, tendent galement poser des rgles qui veillent un meilleur traitement des immigrants. Par exemple, l'Inde arrive en dernire place de notre valuation pour la prestation de droits et services aux migrants internationaux, mais la proportion d'immigrants est infrieure 1 % de sa population; la premire place on trouve le Portugal, alors que sa proportion d'immigrants atteint 7 %.

Les politiques propices la migration ne sont pas dtermines uniquement au niveau national. Les accords supranationaux, qui peuvent tre de nature bilatrale ou rgionale, peuvent avoir une incidence majeure sur les flux migratoires. Des accords rgionaux ont t signs selon diffrentes unions politiques, comme la Communaut conomique des tats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Union europenne et le March commun du Sud (MERCOSUR) ; parmi les exemples d'accords bilatraux, on citera le Trans-Tasman Travel Arrangement sign par l'Australie et la Nouvelle-Zlande. Ces accords ont eu des effets notables sur les flux migratoires entre les pays signataires. Ils sont plus susceptibles de favoriser la libert de circulation lorsque les tats membres concerns connaissent une situation conomique similaire et lorsqu'il existe de fortes motivations politiques ou autres l'intgration socioconomique. Pour les pays figurant dans notre valuation, environ la moiti des accords spciaux de mobilit des pays dvelopps concernaient d'autres pays dvelopps, et plus des deux tiers des accords des pays en dveloppement d'autres pays en dveloppement. On trouve galement des exemples o la mobilit est accorde uniquement certains travailleurs, par exemple les plus hautement qualifis. Ainsi, le systme migratoire de l'Accord de l'ibre-change nord-amricain (ALENA) est rserv aux ressortissants du Canada, du Mexique et des tats-Unis diplms de l'universit qui bnficient d'une offre d'emploi dans un autre tat membre. L'encadr 2.4 prsente brivement les accords multilatraux relatifs aux dplacements humains.



Encadr 2.4 Gouvernance mondiale de la mobilit

l'exception d'une convention bien tablie sur les rfugis, il manque la mobilit internationale un rgime multilatral obligatoire. L'OIT dispose depuis longtemps de conventions sur les droits des travailleurs migrants, mais elles sont trs peu ratifies (chapitre 5). L'OIM a largi son rle historique de rapatriement des rfugis aprs les guerres pour endosser une mission plus gnrale visant amliorer la gestion de la migration ; ce faisant, elle a augment le nombre de ses membres. Toutefois, elle est extrieure au systme des Nations Unies et reste fortement oriente sur la fourniture de services aux tats membres en fonction des projets qu'ils soumettent. Selon l'Accord gnral sur le commerce des services (AGCS) de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), une centaine d'tats membres se sont engags autoriser l'admission temporaire des ressortissants trangers fournissant des services, mais il s'agit principalement de visas de visite d'affaires d'une dure maximale de 90 jours ou de mutations dure dtermine internes aux entreprises qui concernent des professionnels hautement qualifis.

Le manque de coopration multilatrale en matire de migration a t attribu plusieurs facteurs connexes. la diffrence des ngociations commerciales, au cours desquelles les pays ngocient sur la rduction rciproque des barrires leurs exportations mutuelles, les pays en dveloppement sont dans une position plus dfavorable sur le plan des migrations. La plupart des migrants des pays dvelopps se rendent dans d'autres pays dvelopps ; leurs gouvernements imposent donc peu de pression l'ouverture de canaux d'entre dans les pays en dveloppement. Cette asymtrie, laquelle s'ajoute le caractre politiquement sensible de la question de la migration dans les tats d'accueil, empche ces derniers d'adopter une position forte dans les ngociations internationales. Les dbats internationaux sont galement marqus par le manque de coopration des pays d'origine. Ces obstacles ont jusque prsent rsist aux efforts des organisations internationales et des rares gouvernements favorables la coopration et aux engagements internationaux obligatoires.

La poursuite de la libralisation est actuellement prvue dans le Cycle de Doha consacr aux ngociations commerciales, qui s'est ouvert en 2000 mais a t interrompu depuis. Les engagements existants pris en vertu de l'AGCS sont limits et portent uniquement sur les travailleurs hautement qualifis. L'Accord exclut galement les mesures affectant les personnes physiques qui cherchent accder au march du travail d'un Membre [et] les mesures concernant la citoyennet, la rsidence ou l'emploi titre permanent . Il ne s'applique pas davantage la migration permanente : la plupart des members de l'OMC limitent cinq ans la prsence des prestataires de services dans leur pays.

Lors du Cycle de Doha, il est apparu que les pays en dveloppement voulaient libraliser la circulation des personnes physiques, alors que les pays industriels prfraient le commerce des services. On peut juger que l'importance de l'AGCS en matire de migration de main-d'uvre ne vient pas de la hausse relativement modeste de la mobilit qu'il a permise jusqu' prsent, mais plutt de la cration d'un cadre institutionnel qui servira de futures ngociations. Toutefois, de meilleures avances pourraient voir le jour si l'OMC adoptait une approche plus intgrante et plus oriente sur les populations, qui permettrait d'augmenter la participation des autres parties prenantes et relierait plus troitement les rgimes lgaux existants en matire de protection des droits de l'homme.

Source : Castles et Miller (1993) ; Neumayer (2006) ; Leal-Arcas (2007) ; Charnovitz (2003), p.243 ; Mattoo et Olarreaga (2004) ; Matsushita, Schoenbaum et Mavroidis (2006) ; Solomon (2009) ; et Opeskin (2009).



Cependant, il peut y avoir de grandes diffrences entre la lettre de ces accords et ce qui est rellement appliqu, en particulier dans les pays o l'tat de droit est limit. Par exemple, malgr des clauses octroyant des droits exhaustifs d'entre, de rsidence et d'installation dans l'accord que la CEDEAO a sign en 1975 (qui devait tre mis en uvre en trois phases sur une priode de 15 ans), seule la premire phase du protocole, la suppression des visas obligatoires pour les sjours de moins de 90 jours, a t mene terme. Les raisons de la lenteur de l'application vont des incohrences entre le protocole et les lois, rglementations et pratiques nationales aux conflits de frontire, voire aux guerres ouvertes, qui provoquent souvent l'expulsion des ressortissants trangers87.

On observe galement des restrictions aux mouvements humains l'intrieur des nations et leur sortie. L'une des sources de donnes relatives ces restrictions est l'ONG Freedom House, qui a recueilli des renseignements sur les restrictions formelles et informelles aux voyages internes et l'tranger dans le cadre de son valuation de l'tat de la libert dans le monde88. Les rsultats sont frappants quand on sait que la Dclaration universelle des droits de l'homme garantit le droit de circuler librement l'intrieur de son pays, de quitter son pays et d'y revenir : plus d'un tiers des pays du monde imposent d'importantes restrictions ces liberts (tableau 2.3).



Tableau2.3 Plus d'un tiers des pays imposent des restrictions la libert de se dplacer

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Source: Freedom House (2009).



Des restrictions formelles aux dplacements internes existent ainsi dans beaucoup de pays longtemps marqus par la centralisation, comme le Blarus, la Chine, la Mongolie, la Russie ou le Viet Nam89. Ces restrictions sont onreuses, prennent du temps et sont lourdes entretenir, tout comme les barrires informelles, quoiqu' un degr moindre. Bien qu'une grande partie de la population de ces pays puisse voyager sans les papiers appropris, elle dcouvre par la suite qu'il n'est pas possible d'accder certains services ou emplois sans eux. Dans plusieurs pays, la corruption est un obstacle majeur aux dplacements internes. Les points de contrle o l'on exige des pots-devin sont monnaie courante sur les routes locales de certaines parties de l'Afrique subsaharienne. En Cte d'Ivoire, par exemple, les habitants des rgions du Nord contrles par les groupes rebelles taient rgulirement harcels et devaient payer entre 40 et 60 USD lorsqu'ils tentaient de se rendre dans le Sud et les rgions contrles par le Gouvernement90. Des exemples de corruption ont galement t signals au Myanmar, en Russie et au Viet Nam, o les pots-de-vin sont indispensables pour que les demandes de changement de lieu de rsidence soient traites. Dans plusieurs pays du Sud de l'Asie, les migrants vivant dans les bidonvilles urbains sont constamment confronts des menaces d'vacuation, d'expulsion et de demande de loyers de la part d'agents du gouvernement91. Les dplacements internes sont galement entravs par les rglementations et les procdures administratives, qui empchent les migrants d'accder aux services publics et aux droits lgaux accords aux autres habitants (chapitre 3).

Les pays peuvent limiter les sorties de territoire de leurs ressortissants de plusieurs manires, qui vont de l'interdiction formelle aux barrires implicites que constituent les frais et les conditions administratives. Des frais de passeport exorbitants peuvent priver une personne pauvre de la possibilit de quitter son pays par voie lgale : une tude rcente a rvl que les frais de passeport dpassaient 10 % du revenu annuel par habitant dans 14 pays92. Dans beaucoup de pays, un ddale de procdures et de rglementations, souvent exacerbes par la corruption, provoque des retards excessifs et fait grimper le cot du dpart. En Indonsie, par exemple, les migrants doivent se rendre dans d'innombrables administrations afin d'obtenir les papiers ncessaires pour partir. On notera sans surprise que ces restrictions la sortie sont corrles ngativement aux taux d'migration93.

Quelques rares pays posent des restrictions formelles l'migration. Appliques le plus strictement Cuba et en Rpublique populaire dmocratique de Core, elles sont en vigueur en Chine, en rythre, en Iran, au Myanmar et en Ouzbkistan94. L'rythre, par exemple, impose des visas de sortie ses ressortissants et aux trangers et refuserait des visas de sortie aux enfants dont les parents (qui vivent l'tranger) n'ont pas pay l'impt de 2 % sur les revenus trangers95. L'migration des femmes est restreinte dans 20 pays (dont le Myanmar, l'Arabie saoudite et le Swaziland), et huit autres imposent des restrictions lies l'ge pour les voyages des citoyens ayant l'ge du service militaire96.

2.4 L'avenir : la crise et l'aprscrise

L'avenir de l'conomie mondiale est une proccupation majeure des responsables politiques. Comme tout le monde, nous n'avons pas de boule de cristal, mais nous pouvons tudier l'impact et les consquences de la crise actuelle afin d'identifier les tendances probables des prochaines dcennies. Les tendances dmographiques, en particulier, devraient continuer jouer un rle important dans la dfinition des incitations la migration entre rgions du monde, comme cela a t le cas au cours des cinquante dernires annes. Mais de nouveaux phnomnes, comme le changement climatique, pourraient aussi entrer en ligne de compte, et leurs effets seront beaucoup plus difficiles prvoir.

2.4.1 La crise conomique et les perspectives de reprise

Beaucoup de gens souffrent aujourd'hui des consquences de la pire rcession conomique qu'ait connue le monde depuis la fin de la Deuxime guerre mondiale. Les prvisions disponibles au moment de la rdaction ce rapport faisaient tat d'une dcroissance du PIB mondial d'environ 1 % en 2009, marquant la premire baisse de la production mondiale depuis 60 ans97. La contraction prvue cette anne dans les pays dvelopps est encore plus importante, approchant les 4 %. Cependant, l'optimisme initial selon lequel les conomies mergentes seraient peut-tre capables d'viter la crise financire est assombri par les preuves croissantes qu'elles sont ou seront elles aussi fortement touches. Les pays asiatiques, en particulier, souffrent de l'effondrement de la demande de leurs produits d'exportation, tandis que la hausse des cots des financements extrieurs a des consquences nfastes en Europe centrale et de l'Est. Les pays d'Afrique luttent contre l'effondrement des prix des matires premires, le tarissement des capitaux en espces, le fort recul des transferts de fonds et l'incertitude quant aux futurs flux d'aide au dveloppement. Certaines des plus grandes conomies mergentes, comme le Brsil et la Russie, vont tre affectes par une croissance ngative, tandis que d'autres, notamment la Chine et l'Inde, enregistreront de forts ralentissements98.

Les rcessions n'ont habituellement pas d'impact majeur sur les tendances conomiques de long terme99. Cependant il est prsent vident que celle-ci n'est pas une rcession ordinaire. De ce fait, il est probable qu'elle aura des rpercussions durables, voire permanentes, sur les revenus et les offres d'emploi, qui devraient varier de faon ingale selon qu'il s'agit de pays en dveloppement ou dvelopps100. Ainsi, la rcession dclenche en 1980 par l'augmentation des taux d'intrt par la Rserve fdrale amricaine n'a dur que 3 ans aux tats-Unis, mais la crise de l'endettement qui s'en est suivi a provoqu une priode de stagnation que l'on a appel la dcennie perdue en Afrique et en Amrique latine, dans la mesure o les changes des pays de ces rgions ont recul de 25 et 37 % respectivement. Il est probable que la forte chute du prix des matires premires, qui fait suite leur ascension vers des niveaux record en 2008, conduira au mme scnario.



Figure2.11 Le chmage augmente dans les destinations prfres des migrants
Taux de chmage dans diffrents pays de destination, 20072010

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* Prvisions

Source: Consensus Economics (2009a,b).



La crise financire s'est rapidement transforme en crise de l'emploi (figure 2.11). Le taux de chmage au sein de l'OCDE devrait atteindre 8,4 % en 2009101. Ce niveau est dj dpass aux tats-Unis, o prs de six millions d'emplois ont t dtruits entre dcembre 2007 et mai 2009, portant le nombre total de chmeurs 14,5 millions102. En Espagne, le taux de chmage tait dj de 15 % en avril 2009 et culminait 28 % parmi les immigrants103. Les lieux les plus touchs par la crise jusqu' prsent sont ceux o vivent la majorit des migrs : les conomies les plus dveloppes. La corrlation ngative entre le nombre d'immigrants et la croissance conomique suggre que les migrants devraient tre le plus durement affects non seulement dans les pays de l'OCDE, mais aussi dans le Golfe, l'Est de l'Asie et l'Afrique du Sud (figure 2.12)104.

Une crise de l'emploi est gnralement une mauvaise nouvelle pour les migrants. Tout comme les conomies tendent faire appel des trangers en priode de pnurie de main-d'uvre, ce sont les immigrants qu'elles commencent par licencier en priode de rcession. Cela est d en partie au fait que les migrants ont gnralement le profil typique des travailleurs les plus vulnrables aux rcessions : ils sont plus jeunes, moins instruits et moins expriments, ils tendent travailler comme ouvriers temporaires, et ils sont concentrs dans les secteurs cycliques105. Mme en considrant l'ducation et le genre, une analyse de la population active en Allemagne et au Royaume-Uni a rvl que les migrants taient beaucoup plus susceptibles de perdre leur emploi en priode de rcession que les non-migrants106. En exploitant les donnes trimestrielles sur le PIB et le chmage de 14 pays d'Europe entre 1998 et 2008, il s'est avr que le taux de chmage des immigrants dans les pays ayant connu des rcessions avait tendance augmenter plus rapidement que celui des autres groupes. Au sein de l'OCDE, les migrants sont concentrs dans des secteurs extrmement cycliques qui ont t le plus gravement touchs par les pertes d'emploi, notamment la fabrication, le btiment, les finances, l'immobilier, l'htellerie et la restauration, des secteurs qui emploient plus de 40 % des immigrants dans presque tous les pays revenu lev de l'OCDE107. La diminution des envois de fonds effectus par les migrants devrait avoir des consquences nfastes pour les familles dans les pays d'origine, comme nous le verrons plus en dtail dans le chapitre 4.



Figure2.12 Les migrants vivent dans les pays les plus touchs par la rcession
Emplacement des immigrants et projection des taux de croissance du PIB en 2009

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de Consensus Economics (2009a,b,c,d) et ONU (2009d).





Figure2.13 La population en ge de travailler va augmenter dans les rgions en dveloppement
Projections de la population en ge de travail par rgion, 20102050

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Source: Calculs de l'quipe du Rapport mondial, partir de ONU (2009e).



Plusieurs facteurs entrent en jeu pour dterminer dans quelle mesure la crise affecte et affectera les mouvements de population. Citons notamment les perspectives immdiates sur place et l'tranger, la perception des risques selon que l'on migre, que l'on reste sur place ou que l'on rentre, et le nombre de barrires supplmentaires qui ne devraient pas manquer de se mettre en place. Plusieurs grands pays de destination ont lanc des mesures d'incitation au retour (primes, billets, avantages sociaux forfaitaires) et augment les restrictions l'entre et au sjour. Certains gouvernements dcouragent le recrutement l'tranger et limitent le nombre de visas allous, en particulier pour les ouvriers peu qualifis, mais aussi pour les travailleurs qualifis. Dans certains cas, ces mesures sont considres comme des ractions court terme aux circonstances et ont pris la forme d'ajustements marginaux plutt que d'interdictions pures et simples (ainsi l'Australie prvoit-elle de rduire le contingent annuel de migrants qualifis de 14 %)108. Mais une grande part des annonces et des dispositions ont aussi une ambition dmagogique. Aux tats-Unis, par exemple, les indemnits d'incitation conomique limitent les embauches en vertu du visa H1B aux socits bnficiant du Plan Paulson109 ; la Rpublique de Core a cess d'mettre des visas via son systme de permis de travail et la Malaisie a annul plus de 55 000 visas destins des Bangladeshis afin d'amliorer les perspectives d'emploi de la population locale110.

Certains signes du recul de la migration vers les pays dvelopps sont apparus en 2008, avant que la crise n'clate. Au Royaume-Uni, les demandes de cartes d'assurance nationale dposes par des trangers ont chut de 25 %111. Les donnes qui ressortent des enqutes ralises par le Bureau de recensement des tats-Unis indiquent un recul de 25 % du nombre de Mexicains migrant aux tats-Unis pour l'anne qui s'est acheve en aot 2008112. Ces tendances devraient se maintenir en 2009 et en 2010, pendant que la crise bat son plein, ce qui se traduit par une hausse du chmage national. Il existe cependant des raisons de se montrer sceptique, quant l'mergence d'une importante migration de retour. Comme l'a montr l'exprience des programmes europens de travailleurs invits dans les annes 1970, l'ampleur des flux de retour est influence par les perspectives de radmission dans le pays d'accueil, la gnrosit du systme de scurit sociale du pays d'accueil, les besoins des membres de la famille et la situation au pays ; tout cela inciterait plutt les migrants rester sur place en attendant la fin de la rcession.



Selon les prvisions actuelles, la population mondiale devrait augmenter d'un tiers au cours des quatre prochaines dcennies



Il n'est pas encore certain que la crise aura un impact structurel majeure sur les schmas migratoires. Les rcessions prcdentes montrent que les rsultats peuvent varier. Une tude historique de plusieurs pays (l'Argentine, l'Australie, le Brsil, le Canada, les tats-Unis et le Royaume-Uni) a rvl que la baisse des revenus nationaux entre 1850 et 1920 avait conduit au resserrement des restrictions de l'immigration113. Selon plusieurs universitaires, la crise ptrolire de 1973, prmisse d'une longue priode de stagnation conomique, de chmage structurel et de diminution de la demande de main-d'uvre non qualifie en Europe, a eu une incidence sur les schmas migratoires cause de l'mergence d'un Moyen-Orient plus riche comme nouveau carrefour de destination114. Pendant les annes 1980, l'effondrement de l'alternative des importations mexicaines a dclench un exode massif vers les tats-Unis, que la rforme amricaine de l'immigration en 1986 a involontairement acclr115. Au contraire, il y a peu de preuves que la crise financire qui a frapp l'Est de l'Asie la fin des annes 1990 ait eu un impact durable sur les flux migratoires internationaux116.

ce stade, il est impossible de prdire avec certitude le type et l'ampleur des changements structurels qui mergeront de la crise actuelle. Pour certains, l'origine de la crise et sa forte concentration sur certains secteurs des pays dvelopps pourraient renforcer la position des pays en dveloppement, en particulier en Asie, voire conduire une configuration radicalement diffrente de l'conomie mondiale117. Cependant, il y a galement des raisons de croire la rsurgence des tendances structurelles et conomiques d'avant la crise ds le retour de la croissance. C'est certainement le cas des processus plus long terme, comme celui des tendances dmographiques, qui se maintiendront quelle que soit la direction prise par la rcession.

2.4.2 Tendances dmographiques

Selon les prvisions actuelles, la population mondiale devrait augmenter d'un tiers au cours des quatre prochaines dcennies. Cette hausse devrait presque exclusivement concerner les pays en dveloppement. La population devrait dcrotre dans un pays sur cinq (dont l'Allemagne, le Japon, la Rpublique de Core et la Fdration de Russie), alors que dans un pays sur six (tous en dveloppement et situs en Afrique sauf pour trois d'entre eux) elle devrait plus que doubler au cours des 40 prochaines annes. Sans la migration, la population des pays dvelopps atteindrait son point culminant en 2020, avant de reculer de 7 % au cours des trois dcennies suivantes. La tendance manifeste du dernier demi-sicle (baisse du pourcentage de population vivant en Europe et hausse en Afrique) devrait continuer118.

Le phnomne de vieillissement de la population devrait continuer de s'tendre progressivement. D'ici 2050, dans le monde entier et sur tous les continents sauf en Afrique, il devrait y avoir plus de personnes ges (ges d'au moins 60 ans) que d'enfants (de moins de 15 ans). C'est la consquence logique de la baisse des taux de mortalit et de fcondit que l'on rencontre dans la plupart des pays en dveloppement ; ce phnomne bien connu est appel transition dmographique . D'ici 2050, l'ge moyen des pays en dveloppement sera de 38 ans, contre 45 ans dans les pays dvelopps. Mme cet cart de sept ans aura des effets marqus. La population mondiale en ge de travailler devrait augmenter de 1,1 milliard d'ici 2050, alors qu'elle devrait lgrement reculer dans les pays dvelopps, mme en supposant que les flux migratoires actuels se maintiennent dans le mme temps. Au cours des 15 prochaines annes, les arrivants dans la population active des pays en dveloppement seront plus nombreux que l'ensemble des personnes en ge de travailler vivant actuellement dans les pays dvelopps (figure 2.13). Comme par le pass, ces tendances accentueront la pression sur les salaires et augmenteront les incitations se dplacer pour les employs potentiels des pays pauvres ou chercher des ouvriers l'tranger pour les employeurs des pays riches.

Ce processus affecte le ratio de dpendance, c'est--dire le nombre de personnes ges et de jeunes par rapport la population en ge de travailler (tableau 2.4). Pour 100 personnes en ge de travailler dans les pays dvelopps, on en compte actuellement 49 qui ne soient pas en ge de travailler, rparties peu prs pour moiti entre enfants et personnes ges. Par contre, dans les pays en dveloppement, ce ratio est plus lev (il est de 53), mais les trois quarts sont des enfants. Au cours des 40 prochaines annes, quand les effets de la baisse des taux de fcondit se feront sentir et que la proportion d'enfants diminuera mesure qu'ils arriveront en ge de travailler, le ratio de dpendance devrait rester peu prs stable dans les pays en dveloppement, pour atteindre 55 en 2050. En revanche, la proportion de personnes ges devrait fortement augmenter dans les pays dvelopps, de sorte qu'il y aura 71 personnes n'tant pas en ge de travailler pour 100 travailleurs potentiels, un chiffre beaucoup plus lev qu'aujourd'hui. Ces ratios de dpendance augmenteraient beaucoup plus rapidement sans les niveaux modrs d'immigration inclus dans ces scnarios : si les pays dvelopps se fermaient entirement toute nouvelle immigration, le ratio atteindrait 78 en 2050.

Comme on le sait, ce scnario pose problme aux pays dvelopps, qui devront payer plus pour s'occuper de leurs enfants et de leurs personnes ges. Les systmes publics de soins et d'ducation sont financs par les impts prlevs sur la population active ; or, si la part de contribuables potentiels diminue, il deviendra plus difficile de maintenir les mmes niveaux de dpenses.

Ces tendances dmographiques plaident en faveur d'un assouplissement des barrires l'entre des immigrants. Toutefois, nous ne suggrons pas que la migration soit la seule solution possible ces difficults. Une plus forte pnurie de main-d'uvre peut entraner un glissement vers la spcialisation dans des industries de capital de haute technologie, et des innovations technologiques peuvent tre imagines pour des services qui exigeaient traditionnellement beaucoup de main-d'uvre, comme les soins aux personnes ges. La prennit des systmes de retraite et de soins peut galement tre envisage, au moins en partie, en reculant l'ge de la retraite et en augmentant les contributions la scurit sociale119. La hausse des ratios de dpendance est un phnomne qui touchera tt ou tard tous les pays en transition dmographique, et les migrants vieilliront eux aussi. Cependant l'abondance croissante de main-d'uvre dans les pays en dveloppement suggre que nous entrons dans une priode o la hausse de la migration vers les pays dvelopps profitera non seulement aux migrants et leur famille, mais aussi, de plus en plus, aux populations des pays de destination.

2.4.3 Facteurs lis l'environnement

L'environnement peut tre un facteur puissant de migration humaine. Des pastoralistes nomades, qui s'adaptent aux conditions de pture favorables offertes par la pluie, aux populations dplaces par des catastrophes naturelles comme le tsunami de dcembre 2004 ou l'ouragan Katrina, l'tat de l'environnement a toujours t intimement li aux mouvements des populations et des communauts tout au long de l'Histoire de l'humanit. Pour certains, le rchauffement incessant de la Terre devrait bientt provoquer des exodes massifs.



Tableau2.4 Rapports de dpendance en hausse dans les pays dvelopps et stables dans les pays en dveloppement
Prvisions des rapports de dpendance des pays dvelopps par rapport aux pays en dveloppement, 20102050

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Source: ONU (2009e).



On s'attend ce que les changements climatiques accroissent le stress environnemental des terres dj marginales et acclrent la frquence des dangers naturels. L'mission permanente de gaz effet de serre serait associe l'volution des schmas des prcipitations, l'avance de la dsertification, l'intensification des orages et l'lvation du niveau de la mer, des phnomnes qui ont tous des implications sur les dplacements humains120. L'volution des schmas des prcipitations, par exemple, aura une incidence sur la disponibilit de l'eau, et par consquent sur la production de nourriture, ce qui pourrait conduire une hausse des prix de l'alimentation et un accroissement du risque de famine.



La hausse des ratios de dpendance est un phnomne qui touchera tt ou tard tous les pays en transition dmographique



Selon les estimations actuelles, plusieurs rgions en dveloppement seront fortement affectes par les changements climatiques, mme si l'ventail des estimations reste assez large et qu'une forte incertitude entoure les prdictions. Au pire, les rcoltes lies l'agriculture pluviale en Afrique du Sud pourraient avoir diminu de moiti d'ici 2020 en raison de la scheresse121. moyen terme, la fonte des glaciers pourrait causer la diminution du courant fluvial, ce qui aurait des consquences graves sur l'agriculture irrigue, notamment autour de grands massifs comme l'Himalaya.

La monte du niveau de la mer affectera en particulier les habitants des rgions ctires. Un scnario suggre que 145 millions de personnes sont menaces si le niveau s'levait d'un mtre, dont 75 % vivent dans l'Est et le Sud de l'Asie122. Dans certains cas, la monte des eaux obligera dplacer des communauts entires. Le Gouvernement des Maldives envisage par exemple d'acheter des terres dans d'autres pays pour assurer sa survie, compte tenu de la probabilit que l'archipel se retrouve submerg123.

Plusieurs estimations du nombre de personnes qui seraient obliges de migrer par suite des changements climatiques ont t avances ; elles vont de 200 millions 1 milliard124. Malheureusement, ces chiffres sont rarement tays par des recherches fiables. La plupart du temps, ils reprsentent la population expose aux risques d'vnements climatiques majeurs et ne tiennent pas compte des mesures adaptatives que peuvent adopter les individus, les communauts et les gouvernements125. Il est donc difficile de savoir si ces estimations ncessairement brutes favorisent ou entravent un dbat public rationnel.

Les effets des changements climatiques sur les tablissements humains dpendent en partie de la manire dont ils surviennent, sous forme d'vnements discrets ou d'un processus continu. Les vnements discrets surviennent souvent de faon inattendue et spectaculaire, obligeant la population s'exiler rapidement vers des lieux plus srs. En revanche les processus continus sont associs des changements lents, comme la monte du niveau de la mer, la salinisation ou l'rosion des surfaces agricoles et l'accroissement de la pnurie d'eau. Dans bien des cas, cette volution continue conduit les communauts dvelopper leurs propres stratgies d'adaptation, qui peuvent notamment inclure la migration, qu'elle soit saisonnire ou permanente. Dans ces conditions, les dplacements prennent habituellement la forme d'une diversification des revenus dans le mnage : certains membres de la famille partent, les autres restent sur place126. On observe ce schma, par exemple, dans les foyers thiopiens touchs par des scheresses graves et rcurrentes127.

Compte tenu de l'incertitude entourant la manire dont voluera le climat (de faon discrte ou continue), l'ampleur et le type des adaptations et des migrations qui en dcouleront sont difficiles prdire. En outre, les facteurs lis l'environnement ne sont pas les seuls dterminer les dplacements ; ils sont associs aux opportunits de subsistance et aux rponses apportes par les politiques publiques. Il arrive souvent que les catastrophes naturelles ne provoquent pas l'migration des groupes les plus vulnrables, car les plus pauvres n'ont gnralement pas les moyens de se dplacer, et les catastrophes naturelles limitent encore leur capacit pour cela. Des tudes empiriques ralises au Mexique ont rvl que les effets de l'volution des prcipitations sur les schmas migratoires taient dtermins par les conditions socioconomiques et par la capacit financer le dplacement128. Les recherches menes dans le cadre de ce rapport sur les schmas migratoires au Nicaragua pendant l'ouragan Mitch ont mis en exergue le fait que les familles rurales des deux quintiles les moins riches taient moins susceptibles de partir que les autres au lendemain de l'ouragan129.

Plus fondamentalement, ce qui se produira demain est influenc par la manire dont nous consommons et utilisons nos ressources naturelles aujourd'hui. C'tait le message principal du Rapport mondial sur le dveloppement humain de 2007/2008, intitul La lutte contre le changement climatique : un impratif de solidarit humaine dans un monde divis : il est possible d'viter les risques de catastrophes naturelles pour les gnrations futures, condition que la communaut internationale agisse ds maintenant. On peut rpondre la demande croissante d'nergie dans les pays en dveloppement, o tant de gens sont encore privs de l'accs l'lectricit, tout en rduisant les missions totales de CO2. Pour cela, il faut tendre l'utilisation des technologies de faible consommation qui existent dj dans les pays dvelopps aux pays en dveloppement, tout en crant la prochaine gnration de technologies encore plus conomiques et en permettant aux pays en dveloppement d'adopter directement ces solutions prfrables. Paralllement, il convient de rationaliser la consommation d'lectricit dans les pays dvelopps. Parmi les options politiques encourageant le passage un mlange privilgiant des nergies conomiques, citons les incitations orientes vers le march, les nouvelles normes en matire d'missions de CO2, les recherches visant dvelopper de nouvelles technologies et une meilleure coopration internationale130.

2.5 Conclusions

Trois conclusions majeures ressortent de l'analyse des tendances mondiales des dplacements humains ralise dans ce chapitre. Premirement, les mouvements refltent en grande partie le besoin d'amliorer ses moyens de subsistance. Deuximement, ils sont entravs par des barrires politiques et conomiques, qu'il est beaucoup plus difficile de surmonter pour les populations pauvres que pour les personnes plus aises. Troisimement, la pression lie la hausse des flux devrait augmenter dans les dcennies venir, compte tenu des tendances conomiques et dmographiques divergentes.

En fin de compte, la manire dont ces facteurs structurels affecteront les flux migratoires l'avenir dpendra de faon critique de la position adopte par les responsables politiques, en particulier dans les pays d'accueil. l'heure actuelle, les responsables politiques des pays prsentant une forte population migrante font face des pressions contradictoires : un niveau aigu de rsistance de l'opinion publique concernant la hausse de l'immigration, d'une part, et de solides raisons conomiques et sociales d'allger les barrires l'entre, d'autre part.

Comment les politiques volueront-elles au cours des prochaines dcennies ? Prendront-elles un chemin qui nous permettra de profiter des bnfices potentiels de la mobilit, ou la pression populaire l'emportera-t-elle ? La crise conomique fera-t-elle apparatre des barrires protectionnistes contre l'immigration, ou sera-t-elle l'occasion de repenser le rle de la migration en tant que facteur d'avances conomiques et sociales ? L'Histoire et l'exprience contemporaine donnent des exemples contradictoires. Une forte pnurie de main-d'uvre a incit les Amriques accueillir trs favorablement la migration au XIXe sicle et a permis une croissance rapide du dveloppement conomique, en dpit d'une intolrance et d'une xnophobie rpandues. certains gards, la situation est analogue aujourd'hui dans les tats du CCG. Toutefois, la tendance accuser les trangers des maux de la socit augmente pendant les rcessions conomiques. Les rcents incidents dans diffrents pays (Russie, Afrique du Sud, Royaume-Uni, entre autres) peuvent prsager d'une radicalisation croissante et d'un rejet des trangers131.



Les mouvements refltent en grande partie le besoin d'amliorer ses moyens de subsistanceils sont entravs par des barrires politiques et conomiques



Cependant, aucun de ces rsultats n'est prdtermin. Les dirigeants et les mesures prises pour modifier la nature des dbats publics peuvent faire une diffrence cruciale. L'volution des comportements l'gard des migrants internes pendant la Grande dpression aux tats-Unis en est un exemple frappant. la suite d'une grande scheresse au sud de la rgion amricaine du Midwest, on estime que 2,5 millions de personnes ont migr vers de nouvelles terres agricoles dans les annes 1930. Ils y rencontrrent une rsistance froce de la part de certains rsidents, qui considraient les arrivants comme une menace pour leur emploi et leurs sources de revenu. C'est dans ce contexte que John Steinbeck a crit Les raisins de la colre, l'un des plus brillants rquisitoires jamais crits contre les mauvais traitements et l'intolrance dont sont victimes les migrants internes. Le roman de Steinbeck dclencha un dbat national, qui amena le Congrs amricain enquter sur le sort des travailleurs migrants ; en 1941, dans une dcision historique, la Cour Suprme dclarait finalement qu'il tait interdit aux tats de gner la libre circulation de la population l'intrieur des tats-Unis132.

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Les opportunits que les pays riches offrent aux migrants peuvent se traduire par des gains importants. Mais elles dpendent des ressources de chacun en termes de comptences, de moyens financiers et de rseaux et se heurtent divers obstacles. Les politiques et les lois qui influent sur la dcision de migrer psent galement sur le processus de migration et ses consquences. En gnral, ces obstacles restreignent les choix et limitent les bnfices de la migration, surtout pour les personnes peu qualifies.

Migrants : gagnants ou perdants ?


La perspective de bnficier d'un meilleur accs l'emploi, l'ducation, aux droits civiques et politiques, la scurit et la sant incite migrer. Dans la majorit des cas, les migrants amliorent leurs conditions de vie, parfois mme dans des proportions considrables. Les gains potentiels sont plus levs pour les personnes qui quittent un pays pauvre pour un pays riche, mais elles ne reprsentent qu'une faible part du total des flux migratoires. Les donnes disponibles indiquent que celles qui migrent vers des pays mergents ou en dveloppement, ou qui changent de rgion au sein d'un mme pays, tendent galement amliorer leur sort.

Pourtant, la migration n'exerce pas ncessairement un effet positif direct sur le bien-tre du migrant. De nombreux facteurs contextuels dterminent les impacts spcifiques de cette entreprise risque, aux consquences incertaines. Les diffrents aspects du processus de mobilit interne et internationale, tels que les causes immdiates de la dcision de migration, ainsi que les ressources et les capacits initiales des personnes, influent fortement sur ses rsultats. Souvent, les personnes contraintes de s'enfuir en abandonnant leur demeure et leurs biens se lancent dans l'aventure avec une libert limite et trs peu de ressources. De mme, celles qui partent pour chapper une crise conomique locale, une scheresse ou d'autres causes de pauvret sans issue ignorent probablement leurs chances de s'en sortir. Elles savent seulement qu'il leur est impossible de rester. Mme les migrants qui finissent par russir s'engagent souvent dans cette entreprise avec des moyens trs restreints et une incertitude leve.

Les conditions de la migration, non seulement exercent une profonde influence sur ses consquences en terme de dveloppement humain, mais dterminent aussi les ressources qui permettront de survivre au dracinement. Les personnes qui se rendent dans une ambassade pour demander un visa, qui achtent un billet d'avion et qui s'inscrivent dans une universit au Royaume-Uni, par exemple, parviennent destination en bien meilleur tat que celles qui ont confi leur sort des trafiquants et arrivent sans papiers, sans argent et asservies d'une manire ou d'une autre. La distance parcourue (gographique, culturelle et sociale) a aussi son importance. Se rendre dans un pays dont on ne parle pas la langue dvalorise immdiatement les connaissances et les qualifications.

Nous examinerons dans le prsent chapitre les consquences de la migration sur les migrants, les raisons de l'ingalit de rpartition des bnfices et celles pour lesquelles certains gagnent et d'autres perdent. Les gains, mme levs, peuvent ncessiter d'accepter de perdre quelque chose en change, par exemple ses droits civiques. Il faut galement tenir compte des cots de la migration. Nous aborderons ces impacts successivement et mettrons en vidence les principales conclusions tires d'une littrature abondante et d'une longue exprience.

Le chapitre 4, qui traite de l'effet de la migration sur les non-migrants dans les lieux de dpart et de destination, fait pendant celui-ci. Ces points de vue diffrents sont, bien videmment, inextricablement lis : les migrants qui ont russi tendent faire profiter de leur succs les personnes restes dans le pays ou la rgion d'origine, tandis que les politiques des lieux de destination influent autant sur le sort des non-migrants que des migrants. Les retombes sur le pays d'origine et le pays d'accueil sont troitement lies. La mobilit socioconomique dans le pays d'accueil et la capacit emprunter l'ascenseur social dans le pays d'origine constituent souvent les deux faces d'une mme mdaille.



Figure3.1 Les migrants ont des revenus beaucoup plus levs que ceux qui restent
Revenu annuel des migrants dans les pays de destination de l'OCDE et PIB par habitant dans les pays d'origine, par catgorie d'IDH du pays d'origine

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Source: Ortega (2009).





Figure3.2 Immenses bnfices en termes de salaire pour les migrants hautement qualifis
carts des salaires professionnels moyens pour diffrents couples de pays, 20022006

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Source: Molina et Yaez (2009).



3.1 Revenus et subsistance

Rappelons d'emble qu'il est extrmement difficile d'estimer les impacts de la migration, comme l'indiquait l'encadr 1.1. Du fait des caractristiques de base probablement diffrentes des migrants et des non-migrants, toute comparaison directe risque de s'avrer trompeuse et l'identification des relations de cause effet reste problmatique.

Cela tant, les revenus et la consommation constituent les impacts de la migration les plus aiss quantifier. Nous commencerons par ceux-ci, avant d'aborder les cots de la migration, qu'il convient de soustraire de ses bnfices bruts.

3.1.1 Impacts sur le revenu brut

Les faits montrent systmatiquement que leLes faits montrent systmatiquement que les gains de revenu moyens sont trs importants pour les migrants. Les tudes commandites ont tabli des diffrences de revenus importantes entre les personnes restes au pays et celles qui s'expatrient dans des pays de l'OCDE, notamment en provenance de pays faible indice du dveloppement humain (IDH) (figure 3.1). Aux tats-Unis, les travailleurs migrants gagnent environ quatre fois plus que dans leur pays en dveloppement d'origine1, tandis que les personnes originaires d'les du Pacifique installes en Nouvelle Zlande voient leur salaire net rel multipli par trois2. Les chiffres fournis par divers pays indiquent une augmentation des gains de revenus au fil du temps, mesure que la matrise croissante de la langue amliore l'intgration au march du travail3.

Les personnes qui migrent dans des pays de l'OCDE ne sont pas les seules amliorer leur sort. Ainsi, les migrants thalandais de Hong Kong (Chine) et de Taiwan (province chinoise) peroivent un salaire au moins quatre fois suprieur celui des travailleurs peu qualifis de leur pays d'origine4. Au Tadjikistan, quand le salaire mensuel moyen n'tait que de 9 USD, des gains saisonniers de 500 700 USD en Russie permettaient de couvrir les dpenses annuelles d'un mnage dans la capitale, Dushanbe5. Mais ces gains moyens sont rpartis de manire ingale et il convient galement de soustraire des gains bruts, les cots de la migration.

Les gains peuvent tre levs pour tous les migrants, quel que soit leur niveau de qualification. la fin des annes 1990, par exemple, les ingnieurs en logiciels indiens gagnaient 30 % de moins que leurs homologues amricains. Ceux qui ont russi s'installer aux tats-Unis en ont tir des bnfices consquents6. La figure 3.2 illustre les carts de salaires ajusts en fonction de la parit de pouvoir d'achat entre professionnels trs qualifis dans plusieurs paires de pays. Un mdecin ivoirien peut multiplier ses revenus par six en travaillant en France. Au-del des salaires, de nombreuses personnes sont souvent motives par des facteurs tels que des perspectives d'avenir plus favorables pour leurs enfants, une scurit accrue et un environnement de travail plus agrable7.

L'accs des opportunits d'amlioration des revenus et de diversification des moyens de subsistance s'observe galement chez les migrants internes. Des tudes commandites ont rvl que les migrants internes en Bolivie bnficiaient de gains de revenu rel substantiels : multiplication par quatre pour les travailleurs faible niveau d'ducation ayant quitt la campagne pour la ville (figure 3.3). On observe galement que, dans 13 pays sur 16, les migrants internes gagnaient davantage que les non-migrants8. Au Brsil et au Panama, une srie d'tudes axes sur l'ducation a fait apparatre des gains de revenus pour les groupes indignes qui migrent9. Les tudes menes dans plusieurs pays suggrent que la migration interne a permis de nombreux mnages de sortir de la pauvret, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

La segmentation des marchs du travail dans les pays en dveloppement influe sur le sort des migrants, parfois en raison de contraintes administratives, comme dans le systme du hukou en Chine (encadr 3.1) et celui du ho khau au Viet Nam. Mais elle est galement trs rpandue dans d'autres rgions, dont l'Asie du Sud, l'Afrique et l'Amrique latine, non pas en raison d'obstacles lgislatifs, mais de normes sociales et culturelles profondment enracines10. Ainsi, en Inde, les migrants issus de l'exode rural sont employs principalement dans des secteurs tels que le btiment, la fabrication de briques, le textile et l'industrie minire, synonymes d'efforts physiques extnuants et de conditions de vie et de travail trs dures. En Mongolie, ils travaillent en gnral dans des activits informelles temporaires, pnibles et sans protection juridique11. En Asie, les migrants rcents peu qualifis des rgions rurales occupent souvent les chelons sociaux et professionnels les plus bas de la socit urbaine et sont traits comme des trangers.



Figure3.3 Gains de revenus substantiels pour les migrants internes en Bolivie, en particulier chez les moins instruits
Rapport entre salaires de destination et salaires d'origine des migrants internes boliviens, 2000

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Source: Clemens (2009b), Commander, Chanda, Kangasniemi, et Winters (2004), Vujicic, Zurn, Diallo, Adams, et Dal Poz (2004).



Comme nous l'avons vu au chapitre 2, la plupart des migrants des pays faible indice du dveloppement humain vivent et travaillent dans d'autres pays indice du dveloppement humain faible ou moyen, en partie en raison de barrires l'entre souvent plus basses et de cots de migration moins levs. Dans ce contexte, les conditions de vie ont de fortes chances d'tre plus dures que dans les pays riches et ils sont confronts aux risques d'exploitation et d'expulsion.

Les emplois proposs aux femmes migrantes des pays en dveloppement sont largement cantonns aux soins aux personnes et au travail domestique rmunr, ainsi qu'au secteur informel12. Il n'est pas rare qu'elles se retrouvent piges dans des enclaves. Par exemple, New York, il est apparu que les femmes dominicaines et colombiennes travaillant pour des socits diriges par des Hispaniques touchaient de faibles salaires, ne bnficiaient quasiment d'aucune prestation sociale et ne pouvaient esprer que des opportunits de carrire limites, ce qui renforait leurs handicaps sociaux13. On a observ des rsultats similaires chez les travailleuses migrantes chinoises14. La plupart des Pruviennes et des Paraguayennes d'Argentine (69 et 58 % respectivement) travaillent pour de faibles rmunrations et sur une base informelle dans le secteur du service la personne15. Les migrantes sont confrontes des difficults encore plus grandes quand elles n'ont pas droit aux protections normales des travailleurs, comme c'est le cas des employes domestiques dans les tats du CCG16. En dpit de l'volution des pratiques dans certains pays (tels que l'Arabie Saoudite et les mirats Arabes Unis), les migrants n'ont pas le droit d'adhrer des syndicats locaux et mme quand cela est autoris, ils peuvent se heurter la rsistance et l'hostilit d'autres travailleurs17. Des ONG dispensent parfois des services et une protection aux migrants, mais leur couverture tend tre limite.



Encadr 3.1 Chine : Politiques et rsultats de la migration interne

Prenant modle sur le systme sovitique du propiska, bien que ses racines remontent des temps reculs, le systme de dclaration de rsidence chinois requiert la dlivrance d'un permis (hukou) pour accder aux terres arables dans les rgions agricoles et aux prestations sociales et aux services publics dans les villes. Jusqu'au milieu des annes 1980, sa gestion trs stricte interdisait tout dplacement sans hukou. Depuis, la Chine a libralis les dplacements, mais conserv le systme du hukou.

Comme pour d'autres rformes, la Chine a privilgi depuis le milieu des annes 1980 une approche progressive et partielle. Les gens ont le droit de travailler hors de leur lieu officiel de rsidence sans hukou, mais l'accs aux prestations sociales, aux services publics ou aux emplois du secteur formel leur est refus. Un systme migratoire deux niveaux, analogue au systme de points en vigueur dans certains pays dvelopps, a t conu : les changements de rsidence permanente sont autoriss aux personnes ayant suivi des tudes, mais les migrants ruraux, moins forms, ne peuvent prtendre qu' une autorisation de rsidence temporaire. De nombreux conseils municipaux ont propos un hukou tampon bleu aux immigrs fortuns ayant les moyens d'effectuer des investissements importants.

Les chiffres indiquent que le maintien du systme du hukou a limit les gains en termes de dveloppement humain pour les migrants internes et leur famille, sous les aspects suivants :

Gains de revenus. En 2004, les migrants ruraux-urbains gagnaient en moyenne 780 RMB (94 USD) par mois, soit trois fois le revenu agricole rural moyen. Cependant, du fait de la segmentation engendre par le systme du hukou, les migrants temporaires trouvent en gnral des emplois relativement mal pays et l'incidence de la pauvret dans ce groupe est le double de celle des rsidents urbains avec hukou.

Conditions de travail. Les migrants peu qualifis tendent occuper des emplois informels, sans protection, ni prestations adquates. Selon une enqute mene dans trois provinces, les migrants travaillent 50 % de plus que les natifs et sont souvent recruts sans contrat crit. Moins de 1 sur 10 bnficie d'une assurance retraite et maladie, contre une couverture moyenne de 70 % dans l'ensemble de la Chine. Les risques professionnels sont levs : les migrants reprsentaient environ 75 % des 11 000 accidents du travail mortels en 2005 dans les secteurs notoirement dangereux de l'exploitation minire et du btiment.

Accs aux services. Les enfants qui migrent avec un statut temporaire paient des frais supplmentaires et n'ont pas le droit de frquenter les coles d'lite. On estime que 14 20 millions d'enfants migrants ne sont pas scolariss. Quasiment nul chez les locaux, leur taux d'abandon en cours de cycle primaire et secondaire dpasse 9 %. L'accs aux services mdicaux de base est limit. Mme Shangha, l'une des villes les plus avances en termes de fourniture de services sociaux aux migrants, seuls deux tiers de leurs enfants taient vaccins en 2004, contre la totalit des enfants ns sur place. Quand les migrants tombent malades, le cot des soins en ville les oblige souvent rentrer se faire soigner dans leur rgion rurale d'origine.

Participation. Des obstacles institutionnels marginalisent de nombreux migrants sur leurs lieux de destination. Ils disposent de peu de canaux pour exprimer leurs centres d'intrt et protger leurs droits chez leurs employeurs. Prs de 8 sur 10 sont privs de syndicat, de comit d'entreprise, d'inspection du travail ou d'une autre organisation du travail, contre un cinquime des personnes nes sur place. Les longues distances entravent aussi la participation : selon une enqute mene auprs de migrants de la ville de Wuhan, seuls 20 % ont vot la dernire lection de leur village, principalement parce qu'ils vivent trop loin des bureaux de vote.

Les discussions sur une rforme du hukou sont soi-disant en cours et certains gouvernements rgionaux ont pouss plus loin la libralisation de leurs systmes. Les rformes lgislatives de 1997 ont nettement amlior les droits de tous les travailleurs, migrants compris, et des mesures visant fournir des retraites portables aux travailleurs immigrs ont t annonces en 2008. D'autres signes de changement sont observs par exemple Dongguan (Guangdong), o les migrants sont maintenant appels nouveaux rsidents et o le Bureau d'administration des logements en location et des migrants a t rebaptis Bureau du service des rsidents .

Source: Avenarius (2007), Gaige (2006), Chan, Liu et Yang (1999), Fan (2002), Meng et Zhang (2001), Cai, Du et Wang (2009), Huang (2006), Ha, Yi et Zhang (2009b), Fang et Wang (2008), Mitchell (2009).



La discrimination sur le march du travail peut constituer un obstacle majeur pour les migrants. Elle apparat clairement dans le faible taux de rappel des candidats au nom de famille consonance trangre18. Pourtant, la situation est souvent complexe et les origines ethniques, le sexe et le statut juridique peuvent aussi entrer en ligne de compte. Au Royaume-Uni, certaines tudes ont constat une discrimination l'embauche des migrants en termes de faibles taux d'emploi et de rmunration, alors que d'autres ont montr que les personnes d'origine chinoise, indienne et irlandaise tendaient obtenir des emplois au moins quivalents ceux des travailleurs britanniques blancs19. Notre analyse de l'Enqute sociale europenne 2006 rvle que la vaste majorit des migrants (plus de 75 %) de cette rgion n'avaient pas le sentiment de souffrir de discrimination. Cependant, dans l'Enqute sur les valeurs dans le monde, portant sur un chantillon de pays beaucoup plus reprsentatif, les personnes nes sur place approuvaient largement l'affirmation : Les employeurs devraient accorder la priorit aux natifs du pays en priode de pnurie d'emplois , avec toutefois des diffrences considrables selon les pays (voir la section 4.2.5).

leur arrive, de nombreux migrants se heurtent au refus des employeurs de prendre en compte leurs comptences et leurs diplmes ou tats de service20. Ajout la barrire linguistique et d'autres obstacles sociaux, cela se traduit pour eux par des salaires trs infrieurs ceux de rsidents locaux ayant des qualifications similaires21. La porte de ce problme semble varier selon les branches d'activit. Par exemple, les socits informatiques tendent se montrer plus souples en la matire que les organismes du secteur public, souvent plus ferms. L'impossibilit d'exploiter pleinement leurs comptences peut coter cher aux nouveaux immigrs. Selon des estimations rcentes du Migration Policy Institute, aux tats-Unis, jusqu' 20 % des migrants dtenteurs d'un diplme universitaire sont chmeurs ou occupent des emplois peu qualifis. Au Canada, en dpit du systme de points, on estime que ce problme cote l'conomie 1,7 milliards de dollars amricains par an22. Face cette situation, le gouvernement canadien a mis en place des programmes visant acclrer la reconnaissance des diplmes et des tats de service obtenus l'tranger.

Les salaires ne constituent pas la seule source de revenus. Dans les pays dots de systmes de scurit sociale, les transferts sociaux (allocations chmage, assistance sociale, retraites) abaissent le taux de pauvret des groupes dfavoriss. Le fait que les familles de migrants bnficient ou non de ces programmes dpend de la conception et des rgles du systme. La gnrosit de ces programmes diffre clairement selon les pays : leur couverture tend tre plus restreinte dans les pays en dveloppement, du fait de contraintes budgtaires. La plupart de ces pays disposant de systmes limits, la question de l'galit d'accs ne se pose pas. Nous nous intressons donc ici aux pays dvelopps.



leur arrive, de nombreux migrants se heurtent au refus des employeurs de prendre en compte leurs comptences et leurs diplmes ou tats de service



Notre valuation des politiques a montr que presque tous les pays dvelopps de l'chantillon autorisaient l'accs aux allocations chmage et familiales aux migrants permanents. En revanche, la probabilit d'accs aux aides est moindre pour les dtenteurs d'un statut temporaire. Certains pays, dont l'Australie et la Nouvelle Zlande, ont impos des priodes d'attente avant de donner accs diverses prestations. Et pour viter la dpendance vis--vis de l'aide sociale, certains pays comme la France et l'Allemagne exigent des demandeurs de regroupement familial de prouver qu'ils peroivent un revenu stable et suffisant pour entretenir tous les membres de leur famille sans compter sur les aides de l'tat.

La Luxembourg Income Study et l'tude europenne sur les revenus et les conditions de vie permettent d'estimer les effets des transferts sociaux sur la pauvret des familles avec enfants23. Dans les 18 pays de l'chantillon, la probabilit de pauvret est plus leve chez les familles migrantes que chez celles nes sur place. Sur la base des revenus avant transferts sociaux, le taux de pauvret chez les enfants dpasse 50 et 40 % dans les familles de migrants en France et au Royaume-Uni respectivement. L'effet de redistribution du bien-tre social dans ces pays est important, puisque les transferts divisent ces taux par plus de deux, la fois pour les enfants migrants et ceux ns localement (figure 3.4)24. l'inverse, aux tats-Unis, l'effet de rduction de la pauvret des transferts sociaux sur les familles locales et migrantes est ngligeable du fait de la taille relativement globalement faible de ces transferts. Paralllement, il convient de noter qu'en Australie, en Allemagne et aux tats-Unis, les taux de pauvret des revenus sont beaucoup plus bas qu'en France et au Royaume-Uni, ce qui laisse entendre que le march du travail de ces pays est plus favorable aux familles de migrants.



Figure3.4 La pauvret est plus leve chez les enfants migrants, mais les transferts sociaux peuvent aider
Effets des transferts sur la pauvret infantile dans diffrents pays, 19992001

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Source: Smeeding, Wing, et Robson (2008).



3.1.2 Cots financiers de la migration

En gnral, les gains de revenu brut signals dans la littrature ne tiennent pas compte des cots financiers de la migration. Ces cots ont plusieurs origines : frais officiels d'obtention des papiers et des autorisations, versements des intermdiaires, frais de voyage et dans certains cas, pots de vin. Ces cots s'avrent levs, les frais encourus par les travailleurs peu qualifis tant souvent levs par rapport aux salaires qu'ils percevront probablement l'tranger, surtout dans le cas de contrats temporaires25.

Les personnes dpourvues de papiers de base peuvent supporter des cots substantiels. On estime que 48 millions d'enfants dans le monde, souvent de familles trs pauvres, ne possdent pas d'acte de naissance, principalement en raison du cot de l'obtention de ces documents et de facteurs du mme ordre tels que l'loignement du bureau de dclaration26.

La lenteur des formalits de demande et, dans certains pays, le versement de pots de vin pour l'accs aux services de routine, peuvent alourdir fortement le cot de la demande de papiers essentiels et de documents de voyage de base27. En Rpublique dmocratique du Congo, les demandeurs de passeport doivent payer jusqu' 500 USD (70 % du revenu annuel moyen) en pots de vin28. L'Azerbadjan, l'Inde et l'Ouzbkistan font partie des pays rputs pour la capacit limite de leur bureaucratie et la corruption lie l'mission de documents de voyage29.

Les intermdiaires remplissent une fonction spcifique sur le march mondial du travail. Ils aident surmonter le dficit d'information et satisfaire aux exigences administratives (par exemple, disposer d'une offre d'emploi avant de demander un visa). Il arrive aussi qu'ils prtent de l'argent pour couvrir les cots immdiats du dpart. Ils sont trs nombreux : on dnombre prs de 1 500 agences de recrutement officielles aux Philippines et prs de 2 000 en Inde30. Le cot des services d'intermdiaires varie considrablement, mais dpasse souvent le revenu par habitant du pays d'origine (figure 3.5).

L'exemple de l'Indonsie illustre les carts de cots en fonction de la destination : la migration en Malaisie ou Singapour cote environ six mois du salaire escompt, contre une anne entire pour Taiwan (figure 3.6). Les plafonds lgaux des commissions encaisses par les recruteurs sont rarement respects et les migrants paient souvent beaucoup plus31. Le diffrentiel entre les salaires du pays d'origine et ceux attendus l'tranger constitue peut-tre le principal dterminant du prix des services d'intermdiaires. Quand les emplois sont relativement rares, les intermdiaires capables d'en fournir facturent des surcots. Il existe des cas d'abus et de fraude, par exemple lorsque les futurs migrants paient des frais de recrutement levs pour s'apercevoir ensuite ( destination) que le contrat de travail n'existe pas ou qu'il a t modifi unilatralement ou bien quand la scurit des personnes et les conditions de travail subissent de graves violations32. Certains migrants rapportent que les employeurs confisquent leurs passeports, maltraitent leurs salaris et leur refusent l'accs aux soins mdicaux33.

La lourdeur et la complexit des rglementations et le montant des frais officiels peuvent encourager l'irrgularit. En Russie, la procdure administrative de demande d'autorisation de recrutement d'un travailleur tranger est rpute pour sa lenteur et sa corruption, ce qui provoque frquemment son non-respect et des pratiques d'emploi irrgulires34. Singapour, les employeurs de migrants peu qualifis doivent payer une taxe, qu'ils dduisent ensuite du salaire des travailleurs35. Des accords entre la Thalande, le Cambodge et le Laos (Rpublique dmocratique populaire lao) fixent des frais de recrutement quivalents 4-5 mois de salaire. Le temps de traitement moyen des demandes est d'environ quatre mois et une retenue de 15 % est applique aux salaires jusqu' ce que le migrant reparte dans son pays d'origine. Les passeurs de ces couloirs, quant eux, facturent l'quivalent d'un mois de salaire. Compte tenu de ces diffrences de cot, il n'est pas surprenant que 26 % seulement des travailleurs migrants de Thalande aient t dclars en 200636.

3.2 Sant

Cette section passe en revue les impacts de la migration sur la sant des migrants. Un meilleur accs aux services, notamment de sant, peut tre l'une des principales motivations migrer. Parmi les meilleurs bacheliers de Tonga et de Papouasie Nouvelle Guine, la sant et l'ducation des enfants sont des motifs de migration cits plus souvent que le salaire , avec une frquence presque gale pour la scurit des biens et des personnes 37. Nanmoins, les liens entre migration et sant sont complexes. La sant des migrants dpend de leurs antcdents avant la migration, du processus de migration lui-mme et des circonstances de leur installation. Les gouvernements des pays de destination effectuant souvent un criblage rigoureux des demandeurs de visas de travail, les heureux lus tendent tre en bonne sant38. Nanmoins, les ventuels besoins de sant spcifiques des migrants en situation irrgulire demeurent non traits.



Figure3.5 Les cots de la migration sont souvent levs
Cots des intermdiaires dans diffrents couloirs, par rapport au revenu par habitant, 20062008

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Source: Du Bangladesh vers le Golfe, Malek (2008) ; Migration des infirmires chinoises vers l'Australie, Zhiwu (2009) ; Migration des travailleurs philippins vers Singapour, TWC (2006); Viet Nam vers Japon, van Thanh (2008).





Figure3.6 Les cots de la migration peuvent tre trs suprieurs aux revenus mensuels esprs
Cots de la migration par rapport au salaire espr des ouvriers indonsiens peu qualifis dans diffrents pays de destination, 2008

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Source: The Institute for ECOSOC Rights (2008).



L'installation dans des pays dvelopps peut amliorer l'accs aux tablissements et aux professionnels de sant, ainsi qu' des facteurs sanitaires favorables tels que l'eau potable, l'hygine, la rfrigration, de meilleures informations mdicales et, surtout peut-tre, des revenus plus levs. Les donnes indiquent que les familles de migrants ont moins d'enfants et que ceux-ci sont en meilleure sant que si elles taient restes au pays39. Une tude rcente mene aux tats-Unis partir des donnes d'un panel, qui suit les mmes personnes dans le temps, rvle une amlioration notable de la sant au cours de la premire anne suivant l'immigration40.

L'tude que nous avons commandite a fait apparatre une division par 16 de la mortalit infantile (de 112 7 dcs pour 1 000 naissances) chez les migrants des pays faible IDH (figure 3.7). Bien videmment, ces gains s'expliquent en partie par l'auto-slection41. Nanmoins, l'importance des diffrences laisse supposer qu'il aurait t trs difficile d'obtenir les mmes rsultats dans le pays d'origine. titre comparatif, comme indiqu dans le RMDH 2006, les familles du quintile le plus riche du Burkina Faso prsentaient un taux de mortalit infantile d'environ 150 dcs pour 1 000 naissances.

Compte tenu de la mauvaise qualit des services de sant, de l'eau et de l'hygine dans les rgions rurales, il ressort sans surprise des tudes que les personnes qui abandonnent les campagnes pour les centres urbains augmentent nettement leurs chances de survie par rapport aux ruraux42. L'ampleur de cet effet a t corr-le la dure du sjour, elle-mme associe des revenus plus levs, ainsi qu' une amlioration des connaissances et des pratiques. Le fait que les migrants utilisent parfois davantage les services de sant que les citadins de souche tend montrer que la disponibilit de ces services a peut-tre t la motivation principale de leur dpart. Cependant, les liens entre l'urbanisation et la sant varient : une tude plus large a rvl que la situation des migrants internes tait pire que celle des personnes nes dans les villes en raison de leur dsavantage socioconomique. L'tude que nous avons commandite a montr quant elle que l'esprance de vie des migrants internes n'tait suprieure celle des non-migrants que dans la moiti des pays tudis43.



Figure3.7 Les enfants des migrants ont de bien meilleures chances de survivre
Mortalit infantilit dans les pays d'origine par rapport au pays de destination, par catgorie d'IDH du pays d'origine, recensement en 2000 ou dernier cycle de recensement

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Source: Ortega (2009).



Des tudes dtailles menes dans plusieurs pays de l'OCDE ont tabli que l'avantage sanitaire initial pour les migrants tend se dissiper au fil du temps44. Ce rsultat semble indiquer l'adoption de comportements de sant et de styles de vie plus pauvres, ainsi que, pour certains, l'exposition aux conditions de travail, de logement et d'environnement dfavorables, qui caractrisent souvent les groupes faibles revenus dans les pays industrialiss. La sparation de la famille et des rseaux sociaux, la prcarit de l'emploi et la fragilit des conditions de vie peuvent exercer un impact ngatif sur la sant. Dans plusieurs tudes, des migrants ont signal une incidence plus leve du stress, de l'anxit et de la dpression que les rsidents45, ces rsultats tant corrls l'aggravation des conditions conomiques, aux barrires linguistiques, l'irrgularit du statut et une arrive rcente. l'inverse, d'autres tudes ont rvl des effets positifs de la migration sur la sant mentale du fait de l'amlioration des opportunits conomiques46.

Les mauvaises conditions de logement et les mtiers risque, souvent pires pour les migrants en situation irrgulire, peuvent augmenter les accidents et provoquer des maladies47. Les ingalits en matire de sant et de statut entre les groupes de migrants vulnrables et les populations natives dans les pays dvelopps sont bien documentes48. Les problmes de sant des enfants migrants peuvent aussi tre accentus par leur type d'emploi, dangereux et/ou pouvant donner lieu des abus49. En Inde, par exemple, de nombreux migrants internes exercent des mtiers risque dans le btiment, tandis que les conditions de travail de l'industrie du cuir exposent de nombreux travailleurs immigrs des problmes respiratoires et des infections dermatologiques50. Pourtant, ces emplois sont bien pays par rapport ceux de la rgion d'origine et les entretiens mens dans l'tat rural du Bihar indiquent qu'ils sont trs recherchs51.

L'accs aux soins mdicaux varie selon le type de migrants52. Il est souvent meilleur pour les immigrs permanents que pour les migrants temporaires et encore plus limit pour les migrants en situation irrgulire (figure 3.8). Leur dplacement prive parfois les migrants internes de l'accs aux services de sant, si l'ligibilit est lie une autorisation de rsidence, comme en Chine. l'inverse, les immigrs permanents, surtout les plus qualifis, tendent bnficier d'un accs relativement satisfaisant. Dans certains pays, comme le Portugal et l'Espagne, les soins mdicaux sont accessibles tous les migrants, quel que soit leur statut juridique. Dans les mirats Arabes Unis, la couverture varie selon le pays, mais Abu Dhabi et Duba possdent tous deux des programmes d'assurance obligatoires auxquels les employeurs doivent cotiser pour leurs salaris. Au Canada, tous les rsidents ont droit l'assurance maladie nationale et ce sont les autorits provinciales dcident de la qualit de rsident.



En pratique, la difficult d'accs aux services de sant rsulte de contraintes financires autant que du statut et des diffrences culturelles et linguistiques



En pratique, la difficult d'accs aux services de sant rsulte de contraintes financires autant que du statut et des diffrences culturelles et linguistiques53, surtout pour les migrants en situation irrgulire. En France, en Allemagne et en Sude, le devoir de signalement du traitement d'un migrant en situation irrgulire peut provoquer la mfiance des patients l'gard des prestataires de soins et empcher les migrants de se faire soigner54. Dans les tats du CCG, les migrantes clibataires enceintes sont expulses55.

Dans les pays de destination moins riches, on observe une tension entre l'idal - donner accs aux soins aux migrants en situation irrgulire - et la ralit des contraintes de ressources. En Afrique du Sud, de nombreux trangers indiquent se voir refuser l'accs aux mdicaments antirtroviraux contre le SIDA par les tablissements de sant, sous prtexte qu'ils ne sont pas du pays ou ne dtiennent pas de pice d'identit nationale56. Sachant que l'Afrique du Sud possde l'un des taux de prvalence du VIH les plus levs au monde, avec un accs aux antirtroviraux certes en progression, mais nanmoins encore limit, il n'est pas surprenant que les migrants en situation irrgulire ne soient pas considrs comme prioritaires. Mais on trouve des exemples plus positifs dans d'autres rgions du monde. La Thalande, par exemple, dispense un traitement antirtroviral aux migrants du Cambodge et de Myanmar, avec le soutien du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Elle assure galement l'accs l'assurance maladie aux immigrs et fournit actuellement des efforts en direction des migrants en situation irrgulire.



Figure3.8 Les migrants temporaires et illgaux ont rarement accs aux services de sant
Accs aux soins mdicaux selon le statut des migrants dans les pays dvelopps, par rapport aux pays en dveloppement, 2009

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Source: Klugman et Pereira (2009).



3.3 ducation

Outre sa valeur intrinsque, l'ducation joue un rle dterminant dans l'amlioration du potentiel de revenus et la participation sociale. Elle peut apporter les comptences linguistiques, techniques et sociales qui facilitent l'intgration conomique et sociale, ainsi que des gains de revenus intergnrationnels. La migration a de fortes probabilits d'amliorer l'accs l'ducation, surtout chez les enfants. De nombreuses familles s'expatrient prcisment dans le but de faire entrer leurs enfants dans des coles de meilleure qualit et/ou d'un niveau plus avanc. Dans de nombreuses rgions rurales des pays en dveloppement, l'ducation s'arrte l'cole primaire et l'enseignement est de moins bonne qualit que dans les villes, deux arguments supplmentaires justifiant l'exode rural57. De mme, la migration internationale aux fins d'ducation, dite migration scolaire, est en hausse58.

La prsente section s'intresse aux niveaux de scolarisation dans le pays d'origine et celui de destination, au degr d'accessibilit des coles publiques aux enfants migrants et leurs rsultats par rapport aux enfants ns sur place.

Les taux d'inscription l'cole peuvent changer pour plusieurs raisons quand une famille se dplace. La hausse des revenus joue un rle, mais d'autres facteurs interviennent aussi, tels que la prsence d'enseignants et d'coles, la qualit des infrastructures et le cot du transport. La comparaison des taux d'inscription constitue un point de dpart naturel de la mesure des gains en termes d'ducation. Elle dessine une image frappante des avantages de la migration (figure 3.9), surtout pour les enfants des pays faible IDH. Mais il convient ici de formuler deux rserves devenues habituelles : d'une part, ces rsultats prsentent un risque de surestimation d la slection positive et, d'autre part, l'inscription en elle-mme ne garantit, ni la qualit de l'enseignement, ni les rsultats favorables de la scolarisation59.

L'importance d'une stimulation prcoce du dveloppement physique, cognitif et affectif de l'enfant, ainsi que des programmes de dveloppement de la petite enfance (DPE), est bien connue60. Une tude allemande indique que le DPE peut mettre sur un pied d'galit les enfants migrants et les enfants ns sur place de milieu socioconomique identique61. Cependant, du fait des normes traditionnelles, des barrires linguistiques et culturelles et, parfois, d'un statut juridique incertain, ces enfants ont en gnral moins de chances de participer des programmes formels de DPE, en dpit des efforts des autorits europennes et amricaines en faveur des enfants migrants62. La Thalande compte parmi les pays en dveloppement qui cherchent largir le DPE informel aux migrants, dans ses rgions frontalires du nord. D'autres pays proposent des dispositifs similaires, l'image de la Rpublique dominicaine pour les enfants hatiens, par exemple.

Dans certains pays, les enfants migrants n'ont pas accs aux coles publiques ou leurs parents doivent payer des frais plus levs. Notre valuation des politiques a rvl que l'accs immdiat la scolarisation de tous les types de migrants (permanents, temporaires, humanitaires et en situation irrgulire) est plus probable dans les pays dvelopps (figure 3.10). Pourtant, un tiers des pays dvelopps de notre chantillon, dont Singapour et la Sude63, n'autorise pas l'accs l'ducation aux enfants en situation irrgulire, ainsi que plus de la moiti des pays en dveloppement de l'chantillon, dont l'gypte et l'Inde. Quelques cas spcifiques : dans les mirats Arabes Unis, les enfants migrants en situation irrgulire n'ont pas accs aux services d'ducation. En Belgique, l'ducation est gratuite et constitue un droit pour tous, mais n'est pas obligatoire pour les enfants en situation irrgulire. En Pologne, la scolarisation des enfants est un droit et est obligatoire entre 6 et 18 ans, mais il n'est pas possible de prendre en compte les enfants en situation irrgulire dans les demandes de financement, ce qui peut inciter les coles refuser de les inscrire64.

La pauvret et la discrimination (formelle et informelle) peuvent empcher l'accs des services de base. Mme si les enfants en situation irrgulire ont le droit de frquenter une cole publique, des obstacles leur inscription peuvent se dresser. Dans plusieurs pays (France, Italie, tats-Unis, par exemple), la crainte du signalement de la situation irrgulire s'avre dissuasive pour l'inscription scolaire65. En Afrique du Sud, prs d'un tiers des enfants trangers d'ge scolaire n'est pas inscrit pour plusieurs raisons, dont l'incapacit payer les frais, le transport, les uniformes et les livres, ainsi que l'exclusion par les administrateurs des coles, tandis que ceux qui vont l'cole affirment rgulirement faire l'objet de commentaires xnophobes de la part des enseignants ou d'autres lves66.



Figure3.9 Les avantages en matire d'ducation sont plus nombreux pour les migrants provenant de pays faible IDH
Taux de scolarisation brut dans les pays d'origine par rapport au pays de destination, par catgorie d'IDH du pays d'origine, recensement en 2000 ou dernier cycle de recensement

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Source: Ortega (2009).

Note : Les taux bruts combins de scolarisation intgrent l'ducation primaire, secondaire et suprieure.





Figure3.10 Les migrants ont davantage accs l'ducation dans les pays dvelopps
Accs l'ducation publique selon le statut des migrants dans les pays dvelopps, par rapport aux pays en dveloppement, 2009

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Source: Klugman et Pereira (2009).





Encadr 3.2 Enfants migrants indpendants

On considre souvent que le trafic d'tres humains et la demande d'asile reprsentent la plus grosse part de la migration indpendante des enfants. Cependant, les faits observs depuis de nombreuses annes confirment que les enfants s'expatrient aussi pour trouver du travail et suivre des tudes. La Convention des droits de l'enfant les reconnat comme des agents, des dcisionnaires, des initiateurs et des acteurs sociaux de plein droit. Cependant, les rponses de la littrature et des politiques la mobilit des enfants se sont largement centres sur le bien-tre et la protection contre les abus, tendant ngliger les politiques d'inclusion, de facilitation et de lutte contre la discrimination.

Comme pour les autres types de mobilit, les effets de la migration indpendante des enfants dpendent du contexte. Certaines tudes ont dcouvert un lien significatif, chez les enfants ruraux, entre la non-scolarisation et la tendance migrer pour travailler, tandis que d'autres tablissent une relation positive entre migration et ducation. Une tude rcente base sur les donnes du recensement d'Argentine, du Chili et d'Afrique du Sud montre que les conditions de logement des enfants migrants indpendants se dgradent destination, alors que les enfants migrants dpendants bnficient du mme type de logement que les non-migrants. Un cinquime des enfants migrants indpendants internationaux gs de 15 17 ans vivant dans ces pays est employ, contre moins de 4 % des enfants dpendants non migrants. Beaucoup vivent avec des membres de leur famille ou leurs employeurs, mais le logement et la scurit sont souvent des sujets de proccupation importants. Les enfants migrants individuels n'ont pas toujours la mme aptitude que les adultes changer d'emploi, ont plus de difficults obtenir des papiers, mme s'ils y ont droit, ils risquent davantage de subir la violence de leurs employeurs ou de se faire arrter par la police et se font plus facilement tromper par leurs employeurs et d'autres personnes.

Source: Bhabha (2008) et Yaqub (2009).



Deux groupes se heurtent aux difficults les plus grandes : les enfants qui migrent seuls, souvent en situation irrgulire (encadr 3.2), et ceux qui migrent temporairement avec leurs parents l'intrieur d'un pays en dveloppement ou vers un autre pays en dveloppement. Le premier groupe a peu de chance d'accder l'ducation du fait de son isolement social et culturel, de la difficult et du danger de son travail, de son extrme pauvret, de sa mauvaise sant et des barrires linguistiques67. Quant au second, des tudes qualitatives menes au Viet Nam et au Pakistan ont montr que la migration saisonnire perturbe l'ducation68. Par exemple, les enfants de la minorit vietnamienne Rac Lai, qui accompagnent leurs parents dans des rgions de montagnes isoles la saison des moissons, ne frquentent pas l'cole pendant cette priode69.

Mme si les enfants migrants accdent de meilleures coles que s'ils taient rests au pays, leurs rsultats aux examens ne se dmarquent pas toujours favorablement de ceux de leurs pairs ns sur place. Dans les 21 pays de l'OCDE et les 12 autres couverts par le Programme for International Student Assessment70, valuant les rsultats dans les matires scientifiques, les lves migrants tendaient obtenir de moins bons scores que les enfants ns sur place. Cependant, en Australie, en Irlande, en Nouvelle Zlande, en Isral, Macao (Chine), dans la Fdration de Russie et en Serbie, les lves ns l'tranger obtiennent d'aussi bons rsultats que leurs pairs natifs du pays. De la mme manire, les lves d'un mme pays d'origine ont obtenu des rsultats diffrents dans des pays pourtant voisins : les lves migrants turcs obtiennent de meilleurs rsultats en mathmatiques en Suisse qu'en Allemagne, par exemple71. La deuxime gnration (enfants de migrants ns dans le pays de destination) fait en gnral encore mieux, hormis des exceptions telles que le Danemark, l'Allemagne et les Pays-Bas.

Le handicap ducatif des enfants de familles migrantes est imputable en partie au faible niveau d'tudes et au revenu modeste des parents. Les enfants dont les parents ont quitt l'cole avant la fin du cycle secondaire, comme c'est souvent le cas des mnages migrants en France, en Allemagne, en Suisse et aux tats-Unis, courtent gnralement leur parcours scolaire. Cependant, si de nombreuses familles migrantes vivent loin de leurs parents et de leurs rseaux sociaux, une tude consacre aux enfants migrants dans huit pays dvelopps a montr qu'ils ont en gnral davantage de chances de grandir avec leurs deux parents que les enfants locaux72. Cette observation contredit certains auteurs, selon lesquels les enfants migrants sont souvent dsavantags par l'absence d'un parent.

Dans les pays de l'OCDE, hormis quelques exceptions telles que le Danemark, la Grce, les Pays-Bas et le Portugal, les lves migrants frquentent des coles dont les enseignants et les ressources ducatives sont de qualit similaire celles que frquentent les lves ns sur place. Quand la qualit des coles que frquentent les enfants migrants est infrieure aux normes nationales, la raison en tient souvent davantage aux niveaux de revenus locaux en gnral qu'au statut de migrant en particulier. Des tudes sur la sgrgation scolaire aux tats-Unis indiquent que les enfants de familles migrantes qui frquentent des coles de quartiers dfavoriss habits par des minorits obtiennent des scores plus bas aux tests73. Des tudes menes aux Pays-Bas et en Sude rvlent que les enfants de migrants regroups et spars des autres sont moins performants l'cole74. Mme s'ils bnficient des mmes matriels et quipements scolaires que les autres, les lves migrants peuvent avoir besoin de services spciaux, tels que l'apprentissage de la langue locale.



Encadr 3.3 Migrants de deuxime gnration

Les migrants sont souvent motivs par la perspective d'une vie meilleure pour leurs enfants. De fait, leurs enfants peuvent constituer un groupe de population cl, exigeant l'attention des dcideurs politiques. Par exemple, ils reprsentent plus de 40 % de la population d'ge scolaire Bruxelles, la moiti New York et prs des deux tiers dans le comt de Los Angeles.

L'accs une bonne ducation est essentiel pour leurs perspectives d'avenir. Les faits montrent que les enfants de migrants russissent en gnral mieux que leurs parents, sans pour autant rattraper tout fait les enfants de non-migrants, mme aprs prise en compte des caractristiques socioconomiques. Il existe nanmoins des exceptions, telles que l'Australie et le Canada, o les rsultats scolaires des enfants migrants sont proches de ceux des lves ns sur place, voire suprieurs. Les pays dont les systmes ducatifs se caractrisent par une rpartition prcoce des lves par niveaux, tels que l'Allemagne et les Pays-Bas, semblent prsenter les carts de rsultats scolaires les plus importants.

Le sort des enfants de migrants sur le march du travail tend aussi diffrer selon les pays et les groupes. Des rsultats rcents suggrent qu'ils ont un taux d'emploi suprieur celui des migrants du mme groupe d'ge, mais qu'ils sont dsavantags par rapport aux non-migrants. Dans certains pays europens, les taux de chmage des jeunes sont plus levs chez les enfants de migrants. L'accs limit aux rseaux informels et la discrimination (fonde sur l'origine ou la classe sociale) peuvent contribuer ces disparits.

Certains enfants d'immigrs se heurtent au racisme, souvent li la pnurie d'emplois. Des tudes menes aux tats-Unis, par exemple, ont voqu un risque d'assimilation segmente (limitation des contacts, des rseaux et des aspirations des enfants d'immigrs leur propre groupe ethnique), variable selon les groupes. Les risques d'chec scolaire, d'emprisonnement et de grossesse non dsire s'avrent ainsi suprieurs pour les enfants adolescents d'immigrs mexicains. Les mmes tudes indiquent que les ressources conomiques et sociales de la famille et de la communaut peuvent aider surmonter ces risques et viter la naissance d'une sous-classe de jeunes rebelles.

Source: Crul (2007), OCDE (2007), Castles et Miller (1993), Portes et Zhou (2009).



Nous nous intressons notamment la scolarisation du fait de sa capacit amliorer les perspectives d'avenir des gnrations futures. L'encadr 3.3 prsente certains faits indiquant dans quelle mesure cela se vrifie.

3.4 Autonomisation, droits civiques et participation

Le changement de rgion ou de pays est susceptible d'influer, non seulement sur le bien-tre matriel, mais aussi sur le pouvoir de ngociation, le respect de soi et la dignit. L'autonomisation, au sens de la libert d'agir pour atteindre ses objectifs propres et parvenir au bien-tre personnel, peut tre favorise par la migration75. Mais de toute vidence, la rception dans le pays d'accueil joue un rle important, surtout si les migrants se heurtent une hostilit des natifs pouvant escalader jusqu' la violence.

Le dveloppement humain s'intresse toutes les capacits, y compris les liberts sociales, impossibles exercer en l'absence de garanties politiques et civiques. Elles font partie de la dimension de la libert que certains philosophes appellent les bases sociales du respect de soi 76. Tout aussi importantes que les gains de revenus, elles y sont parfois associes, mais des obstacles sociaux, de classe et raciaux profondment enracins les entravent souvent. L'attitude ngative l'gard de la migration de nombreux pays peut affaiblir chez les migrants le sentiment de dignit et de respect de soi. Ce phnomne n'a rien de nouveau : au XIXe sicle, les Irlandais ont fait l'objet des mmes prjugs au Royaume-Uni que les Chinois en Australie.

Le dplacement peut permettre aux femmes rurales de gagner en autonomie, parce que leur passage des campagnes aux villes les loigne des autres membres de leur famille et de leurs amis, les conduisant accepter un travail salari en dehors de leur foyer77. Des tudes qualitatives menes en quateur, au Mexique et en Thalande ont montr ces effets d'autonomisation. Les femmes interroges jugeaient impensable le retour l'ancien mode de vie rural78. On a galement observ chez les femmes turques immigres une participation accrue au march du travail et une plus grande autonomie79. Les femmes ne sont pas les seules remettre en cause leurs rles traditionnels quand elles quittent leur lieu d'origine : les jeunes hommes migrants se sentent eux aussi en droit de dfier les structures patriarcales de la famille80.

Cependant, ces consquences positives ne sont pas systmatiques. Certaines communauts de migrants, prisonnires d'une sorte de dformation temporelle, se cramponnent aux pratiques culturelles et sociales prdominantes dans leur pays d'origine au moment de la migration, mme si les choses y ont chang depuis81. Ou bien elles dveloppent des ides et des pratiques rsolument conservatrices pour s'isoler de la culture du pays d'accueil. Cette attitude peut conduire l'alination et, parfois, l'extrmisme. La dynamique entre traditions culturelles et communautaires, situation socioconomique et politiques publiques est complexe. Une microanalyse rcente portant sur dix pays d'Amrique latine a rvl que les migrants internes d'origine indigne continuaient faire l'objet de discrimination dans les villes, malgr un meilleur accs aux services par rapport leur rgion rurale82. Une autre tude a montr qu'en Argentine, les Boliviennes subissaient des pratiques discriminatoires, ne pouvaient prtendre qu' des opportunits d'emploi limites et demeuraient aux chelons infrieurs de la socit83.



Figure3.11 Le droit de vote est gnralement rserv aux ressortissants
Droits de vote aux lections locales selon le statut des migrants dans les pays dvelopps, par rapport aux pays en dveloppement, 2009

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Source: Klugman et Pereira (2009).



La participation et l'engagement civique constituent des aspects importants de l'autonomisation. Notre analyse base sur l'Enqute sur les valeurs mondiales laisse entendre que les personnes d'origine immigre sont plus enclines collaborer diverses associations civiques. Par rapport aux personnes sans parent migrant, elles ont plus de probabilits de faire partie d'organisations sportives, de loisirs, artistiques et professionnelles, et auront tendance leur faire davantage confiance. Une tude suggre galement que la participation la vie politique crot avec la matrise de la langue du pays d'accueil, la dure du sjour, l'ducation reue dans le pays de destination, la connexion aux rseaux sociaux et aux marchs du travail, ou encore lorsqu'il existe moins de barrires institutionnelles l'inscription sur les listes lectorales et au vote84.

Les facteurs institutionnels psent aussi, surtout les droits civiques et lectoraux. Notre valuation des politiques montre que le droit de vote aux lections nationales tait largement rserv aux citoyens, bien que plusieurs pays dvelopps autorisent les trangers voter dans les lections locales (figure 3.11). L'Index des politiques d'intgration des migrants (MIPEX), qui value les opportunits de participation la vie publique des migrants en termes d'associations collectives, de droit de vote et de candidature aux lections locales et de soutien apport leurs associations, a constat que les politiques d'Europe occidentale taient plus favorables la participation que celles d'Europe centrale, orientale et du sudest. En Sude, tout rsident lgal vivant dans le pays depuis trois ans peut voter aux lections rgionales et locales et se prsenter aux lections locales. En Espagne, les trangers peuvent voter aux lections locales s'ils sont enregistrs comme rsidents auprs de leur autorit locale.

De nombreuses personnes partent pour bnficier, entre autre, d'une scurit physique et personnelle accrue et se rendent dans des pays o le droit est mieux respect et o le gouvernement doit rendre des comptes. C'est le cas, bien videmment, des nombreux rfugis qui tentent d'chapper un conflit, mme si leur situation juridique demeure fragile dans l'attente d'une dcision sur leur demande d'asile. Notre analyse des dterminants des flux migratoires entre plusieurs paires de pays montre que le niveau de dmocratie exerce un effet positif important sur l'arrive de migrants85.

Pourtant, mme les pays aux traditions juridiques fortes sont mis rude preuve quand la police a pour mission de routine d'appliquer la lgislation sur l'immigration. Comme nous l'avons vu au chapitre 2, les pays n'adoptent pas tous des mthodes d'application identiques. Dans certains, les migrants en situation irrgulire seront considrs comme des cibles faciles par des fonctionnaires corrompus. En Afrique du Sud, souvent, dans l'espoir d'extorquer des pots de vin, la police dtruit ou refuse d'admettre certains documents pour justifier l'arrestation86. Les migrants mongoles en Rpublique Tchque affirment galement devoir payer des amendes lors de raids de la police, mme s'ils sont en situation rgulire87. En Malaisie, les migrants ont parfois subi des mesures informelles d'application de la loi, qui ont conduit des plaintes pour abus de pouvoir (encadr 3.4).

Comme nous le verrons au chapitre 4, les rsidents des lieux de destination craignent souvent les impacts conomiques, scuritaires et culturels de l'immigration. Dans certains cas, leurs inquitudes se transforment en xnophobie. Cette situation est plus probable l o des extrmistes entretiennent un climat de peur et d'inscurit. Des flambes de violence se produisent alors l'encontre des immigrs, comme en Malaisie et en Afrique du Sud en 2008 et en Irlande du Nord en 2009, lourdes de consquences pour les personnes concernes et les socits dans leur ensemble88. L'exprience montre que ces explosions se produisent en gnral dans les pays ou les rgions o des vides politiques permettent des acteurs locaux sans scrupules de manipuler les tensions sociales sous-jacentes89.

Bien que l'intolrance dbouche souvent sur la rsistance au contact social, les faits montrent, non sans ironie, que des contacts sociaux accrus entre migrants et non-migrants peuvent accrotre le niveau de tolrance l'gard des groupes de migrants et contrer les prjugs existants90. De toute vidence, les politiciens modrs, les pouvoirs publics et les ONG ont un rle crucial jouer dans la conception et la mise en uvre de politiques et de services facilitant l'intgration et vitant l'escalade des tensions. L'existence d'une lgislation ne suffit pas : elle doit s'accompagner de leadership, de responsabilit et d'un dbat public fond sur des faits (chapitre 5).



Encadr 3.4 Mcanismes d'application de la loi en Malaisie

Figurant parmi les conomies les plus dynamiques du Sud-Est asiatique, la Malaisie a attir de nombreux travailleurs immigrs (environ 7 % de la population en 2005 selon les chiffres officiels). Fin 2008, le pays comptait prs de 12 millions de salaris, soit environ 44 % des 27 millions de rsidents, dont environ 2,1 millions d'immigrs lgaux venant du Bangladesh, d'Indonsie et d'autres pays d'Asie. Le gouvernement malais a fait preuve de tolrance l'gard de l'immigration non autorise, mme s'il a aussi parfois coupl les rgularisations l'interdiction de nouvelles arrives et un durcissement de l'application de la loi.

Depuis 1972, le Malaysia's People's Volunteer Corps (Ikatan Relawan Rakyat ou RELA) apporte son aide l'application des lois, y compris celles sur l'immigration. Les quelque 500 000 bnvoles du RELA ont le droit de pntrer dans les entreprises et les domiciles sans mandat, de porter des armes feu et de procder des arrestations sur autorisation des dirigeants de leur association. Les militants pro-migrants leur reprochent d'tre devenus des miliciens, de falsifier les preuves pour justifier l'arrestation des immigrs et d'employer trop souvent la force dans la conduite de leurs activits. Le gouvernement a rcemment annonc son intention de mettre fin aux abus et cherche actuellement des moyens d'amliorer le RELA en assurant la formation de ses membres.

Source: Crush et Ramachandran (2009), Vijayani (2008), Migration DRC (2007).



3.5 Comprendre les consquences des incitations ngatives

Certaines personnes partent parce que la chance leur sourit : elles obtiennent la carte verte la loterie ou bien un ami ou un parent les aide saisir une nouvelle opportunit en ville. Mais beaucoup d'autres quittent leur pays pour fuir des situations difficiles : effondrement conomique et turbulences politiques au Zimbabwe, guerre au Soudan, catastrophes naturelles telles que le tsunami en Asie. Migrer dans ces circonstances les expose des risques, accrot leur vulnrabilit et rode leurs capacits. Dans ce cas, videmment, les consquences ngatives qu'elles subissent ne sont pas imputables la migration en soi, mais plutt ses raisons sous-jacentes. La prsente section se penche sur les consquences de trois grands motifs de migration : conflits, dplacements induits par le dveloppement et trafic d'tres humains.



Les conflits contemporains entranent de plus en plus souvent de vastes mouvements de populations, y compris le dplacement dlibr de civils, utilis comme arme



3.5.1 Inscurit

En gnral, les personnes qui fuient l'inscurit et la violence s'exposent des consquences dsastreuses en termes de dveloppement humain. Nanmoins, la migration les protge contre les maux bien pires qu'elles subiraient assurment en restant chez elles. Les rfugis bnficient de plusieurs formes de protection, en particulier ceux couverts par la Convention sur les rfugis de 1951, qui dfinit les critres d'asile des pays signataires et les droits associs, sous le mandat de l'UNHCR. Cette protection a permis des millions de personnes de s'installer dans de nouveaux environnements srs.

Les conflits contemporains entranent de plus en plus souvent de vastes mouvements de populations, y compris le dplacement dlibr de civils, utilis comme arme91. Si certains parviennent s'enfuir dans des pays lointains d'Amrique du Nord, d'Europe occidentale et d'Australasie, par exemple, la plupart des personnes dplaces restent dans leur pays d'origine ou sont envoyes dans des pays voisins. Mme si les camps n'abritent qu'un tiers environ des personnes dplaces par des conflits92, ils sont devenus le symbole des souffrances des populations des rgions pauvres en guerre. La population du Darfour, au Soudan, en est un exemple rcent. Elle a fui ses villages aprs les attaques ayant dtruit son btail et ses rcoltes, ses puits et ses maisons, pour rejoindre ce qui tait dj la plus importante population dplace dans le monde, suite la guerre dont le sud du pays est le thtre depuis plusieurs annes.

Les pauvres et les indigents qui fuient les zones de combat s'exposent des risques graves. Le conflit affaiblit ou dtruit toute forme de capital et les gens, coups de leurs sources de revenus, de leurs services et de leurs rseaux sociaux existants, deviennent encore plus vulnrables. Aprs la fuite, ceux qui ont chapp aux menaces physiques les plus directes se voient confronts des difficults effrayantes. L'inscurit et l'hostilit locale comptent parmi leurs problmes majeurs, surtout dans les camps et autour93. En priode de guerre civile, les personnes dplaces dans leur propre pays peuvent tre confrontes au harclement du gouvernement et l'animosit des populations locales.

Il convient nanmoins de garder l'esprit que les conflits et l'inscurit ne motivent qu'une faible partie des flux migratoires totaux. En effet, ils ne reprsentent qu'environ un dixime des migrations internationales et environ un vingtime des migrations internes. Toutes les rgions ne sont pas loges la mme enseigne : l'Afrique a t la plus touche, puisque 13 % environ de la migration internationale sur ce continent est due des conflits arms. La carte 3.1 indique les lieux de conflits et les principaux flux de personnes dplaces au sein des pays africains et entre des pays du continent. La situation qu'elle dpeint est sombre, mais nous tenons souligner que, dans sa vaste majorit, la migration en Afrique n'est pas lie aux conflits et que la plupart des Africains partent pour les mmes raisons que les autres94.

L'inscurit n'est pas le seul problme des personnes dplaces. Un autre dfi de taille les attend, surtout si elles ne possdent pas de papiers d'identit : essayer de gagner un revenu dcent95. Des tudes de cas commandites96 dans six pays ont montr que l'Ouganda tait le seul de ces pays o les rfugis ont lgalement le droit de se dplacer librement, d'accepter du travail et d'accder des terres. Environ 44 % de la population des camps d'Ouganda en ge de travailler avaient un emploi, contre moins de 15 % dans les cinq autres pays. Mais mme si les personnes dplaces sont autorises travailler, les emplois sont souvent rares.

Les consquences en termes de dveloppement humain pour les personnes contraintes de partir du fait de l'inscurit varient considrablement. Bien que les Principes directeurs sur le dplacement interne de l'ONU aient jou un rle sensibilisateur, les personnes dplaces dans leur propre pays, dont 80 % de femmes et d'enfants, ne bnficient pas des mmes droits lgaux que les rfugis97. Environ la moiti des 26 millions de dplacs internes dans le monde bnficie du soutien de l'UNHCR, de l'OIM et d'autres institutions, mais l'aide internationale est souvent entrave au nom de la souverainet. En 2007, au Myanmar, au Soudan et au Zimbabwe, plus de 500 000 victimes des crises chappaient l'aide humanitaire, soit plus de 1 500 000 personnes au total98. Mme dans les cas les moins extrmes, la malnutrition, l'accs trs limit de l'eau propre et aux soins mdicaux, l'absence de papiers et de droits de proprit sont monnaie courante chez les dplacs internes. Certains gouvernements ont pourtant men des actions concertes pour amliorer les droits et les conditions de vie de leurs populations dplaces99.

La situation des rfugis internationaux varie galement, mais le tableau est parfois sombre, surtout dans les conflits de longue dure, comme en Palestine. Ces cas reprsentent environ la moiti de tous les rfugis. L'analyse que nous avons commandite a confirm des rsultats globalement faibles en termes de dveloppement humain, ainsi qu'une certaine htrognit entre les groupes et les pays. On constate une incidence de la violence sexuelle et contre les femmes. Paradoxalement cependant, au Burundi et au Sri Lanka, les femmes sont parvenues l'autonomisation en adoptant des rles sociaux de protection de la famille et de gnration de revenu, nouveaux pour elles100.

Dans les camps de rfugis, les indicateurs d'ducation et de sant sont parfois suprieurs ceux des populations locales environnantes. Notre enqute a rvl que la proportion de naissances assistes par du personnel mdical qualifi dans les camps tudis au Npal, en Tanzanie et en Ouganda tait beaucoup plus leve que dans la population globale de ces pays. De mme, les indicateurs d'ducation, tels que le taux bruts d'inscription dans les coles primaires et le rapport nombre d'lves/enseignants, taient meilleurs chez les rfugis des camps que dans la population gnrale (figure 3.12). Ces rsultats refltent les effets de l'aide humanitaire dans les camps, mais aussi le faible niveau des conditions et des indices du dveloppement humain prvalant dans les pays d'accueil de la majorit des rfugis.

Comme indiqu plus haut, la plupart des rfugis et des dplacs internes n'arrivent jamais dans les camps ou y sjournent peu de temps. Par exemple, moins d'un tiers des rfugis palestiniens vit dans des camps grs par l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les rfugis de Palestine (UNRWA)101. En moyenne, les personnes qui s'installent dans les centres urbains semblent plus jeunes et mieux formes, pouvant ainsi obtenir de meilleurs rsultats en termes de dveloppement humain que celles qui vivent dans les camps. D'autres, en gnral les plus fortunes, pourront partir dans des pays lointains et riches, parfois dans le cadre de programmes spciaux des pouvoirs publics.



Carte 3.1 Les conflits, moteur des dplacements en Afrique
Conflit, instabilit et mouvement de populations en Afrique

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Source: UNHCR (2008) et IDMC (2008).
Notes: Cette carte illustre les flux de rfugis partir des donnes officielles du HCR. Elle ne tient pas compte des flux importants lis aux situations d'instabilit, comme par exemple dans le cas des Zimbabwens migrant vers l'Afrique du Sud.


Seule une minorit de demandeurs d'asile parvient obtenir le statut de rfugi ou le droit de rsidence et ceux dont la demande est refuse se retrouvent dans des situations prcaires102. Leurs conditions de vie dpendent des politiques du pays de destination. D'aprs notre valuation des politiques, les pays dvelopps autorisent les migrants humanitaires accder aux services d'urgence, mais limitent l'accs aux services prventifs. Les pays en dveloppement de notre chantillon imposent des restrictions encore plus strictes l'accs aux services de sant publique (figure 3.8).

Trouver des solutions long terme viables, telles que le retour durable ou la russite de l'intgration locale, s'avre trs ardu. En 2007, on estimait que 2,7 millions de dplacs internes et 700 000 rfugis, soit 10 et 5 % environ de ces deux groupes respectivement, taient retourns dans leur rgion d'origine103. Le cas des Palestiniens illustre peut-tre mieux que tout autre les difficults que rencontrent les rfugis dans les situations de conflit de longue dure, d'inscurit latente et d'absence quasi totale d'opportunits conomiques locales104.



Figure3.12 Le taux de scolarisation des rfugis est souvent suprieur celui des communauts d'accueil dans les pays en dveloppement
Taux brut de scolarisation dans l'enseignement primaire : rfugis, populations d'accueil et principaux pays d'origine, 2007

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Source: de Bruijn (2009), UNHCR (2008) et UNESCO Institute for Statistics (2008b).



Dans d'autres cas, plusieurs pays en dveloppement et dvelopps sont parvenus l'intgration progressive des rfugis aux communauts locales, parfois par le biais de la naturalisation, mme si ces populations demeurent souvent relativement dsavantages, surtout en termes d'intgration au march du travail105.

3.5.2 Dplacement induit par le dveloppement

Les consquences du dplacement peuvent galement tre ngatives quand il dcoule de projets de dveloppement. La construction de grands barrages pour alimenter des villes en eau, gnrer de l'lectricit ou ouvrir des zones d'irrigation en aval constitue un exemple classique de cette situation, de mme que l'expansion agricole, qui prive les pasteurs de leurs parcours riverains traditionnels lorsque ceux-ci sont dvelopps au profit de cultures commerciales irrigues. Les projets d'infrastructure, tels que les routes, voies ferres ou aroports, et les activits du secteur de l'nergie (mines, centrales lectriques, prospection et extraction ptrolires, pipelines) comptent parmi les autres responsables possibles. Grs en amont plutt que par les communauts locales, les parcs naturels et les rserves forestires peuvent contraindre les populations au dpart.

En gnral, ces types d'investissement se traduisent par des opportunits supplmentaires pour la plupart des gens, parce qu'ils s'accompagnent de technologies aptes augmenter les rendements et favorisent l'ouverture de liaisons avec les marchs et de l'accs l'nergie et l'eau, entre autres106. Cependant, les modes de conception et d'apport des investissements sont cruciaux. Ds les annes 1990, les rpercussions ngatives potentielles de ces interventions sur les minorits directement concernes taient connues et faisaient l'objet de vives critiques sur le plan de la justice sociale et des droits de l'homme107. Particulirement virulente, la Commission mondiale des barrages dclarait : Pour les personnes dplaces du monde entier, l'appauvrissement et la perte d'autonomie ont t la rgle plutt que l'exception 108 et que ces consquences taient encore pires pour les populations indignes et tribales dplaces par les grands projets.

La perte de biens, le chmage, la servitude en raison de dettes, la faim et la dsintgration culturelle comptent parmi les impacts observs dans les communauts indignes. De multiples exemples de cette nature sont abondamment documents ailleurs109. L'India Social Institute estime que le dveloppement a dplac environ 21 millions de personnes dans le pays, dont beaucoup appartiennent aux castes et aux groupes tribaux rpertoris. Au Brsil, la construction du barrage de Tucuru a dplac environ 25 000 30 000 personnes et profondment boulevers le style de vie et les moyens de subsistance des groupes indignes Parakan, Asurini et Parkatj. La planification dficiente de la rinstallation a fractionn les communauts et les a contraintes dmnager plusieurs fois, souvent dans des rgions dpourvues de l'infrastructure ncessaire pour rpondre aux besoins d'une population immigre croissante (attire par des emplois dans le btiment) et des personnes dplaces par le projet110.

Ce problme a t trait dans le document Principes directeurs du dplacement interne, mentionn ci-dessus. Ces principes stipulent que les autorits doivent tudier, ds l'tape de planification, toutes les options viables susceptibles d'viter le dplacement. Si celui-ci s'avre invitable, elles doivent le justifier par des arguments convaincants et expliquer pourquoi il y va de l'intrt public. Elles doivent rechercher le soutien et la participation de toutes les parties prenantes et, si possible, laborer des accords stipulant les conditions d'indemnisation et comprenant un mcanisme de rsolution des litiges. Dans tous les cas, le dplacement ne doit pas menacer la vie, la dignit, la libert ou la scurit et doit inclure des dispositions long terme pour assurer aux personnes dplaces des conditions adquates de logement, de scurit, de nutrition et de sant. Il convient de prter une attention particulire la protection des populations indignes, des minorits, des petits agriculteurs et des pasteurs.

Ces principes peuvent aider informer les planificateurs des problmes sociaux, conomiques, culturels et environnementaux que les projets de dveloppement grande (et petite) chelle sont susceptibles de gnrer. L'intgration de ce type d'analyse aux processus de planification, pratique par certains organismes majeurs de financement du dveloppement, notamment la Banque mondiale avec sa Politique de rinstallation involontaire, a constitu un progrs important111. Ces politiques prvoient le droit d'appel par les parties lses, par le biais de panels d'inspection et d'autres mcanismes. Ce type d'approche peut avoir des rsultats favorables sur le dveloppement humain de la majorit de la population, tout en attnuant les risques supports par la minorit dplace, mais il est loin de rsoudre toutes les difficults.



Avant tout, le trafic d'tres humains est synonyme de privation de libert et de violation des droits de l'homme lmentaires



3.5.3 Trafic d'tres humains

Les images associes au trafic d'tres humains glacent souvent le sang et l'attention tend se focaliser sur ses connexions avec l'exploitation sexuelle et conomique, le crime organis et la violence. Outre ses effets ngatifs sur les individus, le trafic d'tres humains peut priver de respect des groupes entiers. En dpit de l'intrt croissant que suscite ce phnomne, il est encore impossible d'en valuer avec certitude l'chelle ou la part dans les mouvements de population internes et transfrontaliers (chapitre 2).

Avant tout, le trafic d'tres humains est synonyme de privation de libert et de violation des droits de lhomme lmentaires. Les personnes prises dans un rseau de trafiquants se voient souvent dpouilles de leurs documents de voyage et isoles afin de rendre leur vasion difficile, voire impossible. Beaucoup se retrouvent dans des situations de servitude pour dettes, dans des lieux o les barrires linguistiques, sociales et physiques rduisent nant leurs tentatives de demande d'aide. Elles peuvent aussi hsiter s'identifier du fait des sanctions lgales ou des poursuites pnales qu'elles encourent. Les personnes contraintes de se prostituer par les trafiquants courent galement un risque lev d'infection par le VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles112.

L'un des principaux obstacles l'valuation des impacts du trafic d'tres humains rside dans les donnes disponibles. La base de donnes du module de lutte contre la traite de l'OIM regroupe moins de 14 000 cas, ce qui ne constitue pas un chantillon reprsentatif, de mme que pour celle de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC)113. Ces donnes, ainsi que les tudes et les rapports existants, suggrent que la plupart des victimes du trafic d'tres humains sont des jeunes femmes de minorits ethniques. Ce fait est confirm par d'autres sources, telles qu'une tude mene dans le sud-est de l'Europe, qui a rvl que les jeunes et les minorits ethniques des rgions rurales de pays sortant d'un conflit constituaient des proies faciles pour les trafiquants, car ils connaissaient souvent des situations aigus d'exclusion du march du travail et de perte d'autonomie114. Cependant, cette image est dforme par la possibilit que les hommes soient moins disposs se signaler, par crainte qu'on leur refuse le statut de victime. Outre l'exclusion sociale et conomique, la violence et l'exploitation dans le milieu familial ou la communaut d'origine augmentent la vulnrabilit aux trafiquants. Sans oublier la crdulit face aux promesses de salaires mirobolants l'tranger.



Plus gnralement, l'amlioration des opportunits et une meilleure connaissance des risques dans le pays d'origine sont assurment les armes les plus efficaces contre le trafic d'tres humains



L'exploitation sexuelle est la forme la plus couramment identifie de trafic d'tres humains (environ 80 % des cas de la base de donnes de l'ONUDC), l'exploitation conomique constituant l'essentiel des 20 % restants. Le travail servile, la servitude domestique, le mariage forc, l'ablation d'organes, la mendicit, ainsi que l'adoption et la conscription illicites, ont t rapports pour les femmes, les hommes et les enfants victimes de trafic.

Paralllement au manque de pouvoir et de ressources des individus concerns, les retombes ngatives de la traite en termes de dveloppement humain dpendent aussi en partie du cadre juridique des pays de destination. Les contrles restrictifs l'immigration placent souvent les groupes marginaliss en situation irrgulire et les privent donc de l'accs au march du travail formel et aux protections dispenses par l'tat aux citoyens et aux travailleurs immigrs en situation rgulire115. Plus gnralement, l'amlioration des opportunits et une meilleure connaissance des risques dans le pays d'origine sont assurment les armes les plus efficaces contre le trafic d'tres humains. Pouvoir dire non aux trafiquants constitue la meilleure dfense.

La difficult distinguer le trafic d'tres humains d'autres formes d'exploitation, ainsi que la complexit de la dfinition des pratiques d'exploitation, compliquent davantage encore la question des droits des victimes. L'application de la loi pose parfois problme. Une interprtation trs large de la notion de trafic d'tres humains, englobant toutes les femmes immigres qui travaillent dans l'industrie du sexe, peut servir justifier leur harclement et leur expulsion et les rendre encore plus vulnrables l'exploitation. Une fois identifies, elles sont presque toujours renvoyes dans leur pays d'origine ou orientes vers des programmes d'aide sous condition de cooprer avec les forces de l'ordre.

Les initiatives de lutte contre le trafic d'tres humains se sont multiplies ces dernires annes. Diverses interventions visant rduire la vulnrabilit des communauts sources potentielles, telles que des campagnes de sensibilisation et des projets de subsistance, ont t lances. Des programmes d'aide ont galement dispens des conseils et de l'aide juridique, ainsi qu'un soutien au retour et la rintgration dans le pays d'origine. Certains de ces programmes ont port leurs fruits, comme le recours au thtre et aux histoires personnelles pour sensibiliser les communauts en thiopie et au Mali, ou des campagnes de communication de masse en porte porte, comme en Rpublique dmocratique du Congo116. En revanche, d'autres initiatives ont eu des rsultats contre-productifs, parfois mmes dsastreux, notamment des restrictions prjudiciables des droits des femmes. Au Npal, par exemple, des messages de prvention dcourageaient les jeunes filles et les femmes de quitter leur village, tandis que des campagnes de sensibilisation au VIH stigmatisaient celles qui revenaient117. Les initiatives de lutte contre le trafic d'tres humains soulvent clairement des problmes trs complexes et difficiles, qu'il convient de traiter avec prcaution.

La ligne de dmarcation entre trafiquants d'un ct, recruteurs et passeurs de l'autre est parfois floue. Par exemple, le secteur du recrutement comprend de multiples chelons de sous-agents informels. Ces sous-agents, qui travaillent pour le compte de recruteurs lgitimes, peuvent diluer la responsabilit et augmenter les cots. Les risques de dtention et d'expulsion sont levs. Dans certains cas, les cots du passage en fraude comprennent les pots de vin encaisss par des douaniers corrompus et la fabrication de faux papiers118.

3.6 Impacts globaux

Nous avons tudi les impacts spcifiques de la migration sur les revenus, la sant et l'ducation, ainsi que son influence sur l'autonomisation, et analys les consquences ngatives des dplacements forcs. Les diffrences d'IDH constituent un moyen simple de se faire une ide des changements globaux.

Notre tude documentaire a dgag des diffrences moyennes d'IDH trs importantes entre migrants internes et internationaux et non-migrants. Nous avons constat que l'IDH des migrants vers les pays de l'OCDE tait suprieur de 24 % en moyenne celui des personnes restes dans leur pays d'origine respectif119. Mais les gains levs ne sont pas l'apanage de ceux qui s'installent dans des pays dvelopps : nous avons galement relev des diffrences substantielles entre migrants internes et non-migrants120. La figure 3.13 montre que dans 14 des 16 pays couverts par cette analyse, l'IDH des migrants internes est suprieur celui des non-migrants.

Dans certains cas, les diffrences sont considrables. L'IDH des migrants internes de Guine, par exemple, est suprieur de 23 % celui des non-migrants, soit un point de moins seulement que celui des migrants vers les pays de l'OCDE. Imaginons que ces migrants constituent eux seuls un pays : ils devanceraient d'environ 25 rangs les non-migrants sur l'chelle mondiale de l'IDH.

Il existe deux exceptions majeures au schma global d'amlioration du bien-tre engendr par la mobilit interne : au Guatemala et en Zambie, la situation des migrants internes s'avre pire que celle des non-migrants. Ces deux cas mettent en vidence les risques de la migration. Au Guatemala, la plupart des migrants ont t pousss au dpart par la violence et la guerre civile qui svissaient pendant les annes 1980 et au dbut des annes 1990, tandis qu'en Zambie, il s'agit de personnes victimes d'une pauvret urbaine extrme aprs les chocs conomiques successifs qui ont secou le pays au cours des 20 dernires annes. Dans certains autres cas, tels que la Bolivie et le Prou, le rsultat global apparemment marginal en terme de dveloppement humain, en dpit de gains de revenus importants, suggre que le mauvais accs aux services fait obstacle au bien-tre. Cependant, ces exceptions confirment la rgle, savoir que la migration s'avre une opration gagnante pour la plupart des migrants.



Figure3.13 Nets avantages en matire de dveloppement humain pour les migrants internes
Rapport entre l'IDH estim des migrants et celui des non migrants dans diffrents pays en dveloppement, 19952005

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Source: Harttgen et Klasen (2009).



Les rsultats concernant les migrants internationaux sont tays par leur sentiment personnel de bien-tre (figure 3.14). En 2005, notre analyse des rsultats d'une enqute mene dans 52 pays a rvl des niveaux de bonheur et de sant trs similaires chez les migrants et les non-migrants : 84 % des migrants se dclaraient heureux (contre 83 % des non-migrants), tandis que 72 % s'estimaient en bonne ou trs bonne sant (contre 70 % des non-migrants). Seuls 9 % n'taient pas satisfaits de leur vie (contre 11 % de non-migrants). Le pourcentage de migrants s'avouant heureux ou trs heureux s'est avr le plus lev dans les pays dvelopps. Des pourcentages similaires de rpondants trangers ou ns sur place, soit plus de 70 %, se jugeaient libres et aptes choisir leur vie 121.



Figure3.14 Les migrants sont en gnral aussi heureux que la population locale
Niveau de bonheur rapport par les migrants et la population locale dans le monde, 2005/2006

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Source : Estimations de l'quipe de Rapport mondial partir des donnes de WVS (2006).



3.7 Conclusions

Il est difficile de rsumer de manire simplifie les effets complexes des mouvements de population. Les rsultats gnraux prsents dans ce chapitre soulignent le rle de la migration dans l'accroissement des liberts humaines, dcrit au chapitre 1. Nous avons vu que les personnes qui partent souhaitent gnralement amliorer leurs chances, sous certains aspects au moins, et qu'elles peuvent en tirer des gains trs importants. Mais nous avons galement vu que ces gains sont limits par les politiques des pays d'origine et d'accueil, ainsi que par les contraintes auxquelles les personnes et leur famille sont confrontes. Les effets bnfiques de la migration s'avrent ainsi trs fluctuants en fonction des diffrences d'opportunits et de contraintes observes. Les personnes dont le bien-tre se dgrade pendant ou aprs le processus de migration (conflits, trafic d'tres humains, catastrophes naturelles, etc.) subissent des contraintes qui les empchent de choisir librement leur vie.

Un aspect essentiel en ressort : la mobilit humaine ncessite parfois des compromis. Les migrants peuvent gagner dans certaines dimensions de la libert et perdre dans d'autres. Cependant, de meilleures politiques peuvent attnuer et mme compenser les pertes, comme le montre le dernier chapitre.

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Les mouvements migratoires ont de multiples impacts sur les personnes qui ne migrent pas impacts qui influencent srieusement les effets globaux de la migration. Ce chapitre tudie ces impacts dans les pays d'origine et les pays d'accueil, tout en soulignant leurs corrlations. Les familles dont certains membres sont partis s'installer ailleurs dans le pays ou l'tranger ont tendance en tirer des bnfices directs, mais il peut aussi y avoir des avantages plus grands, mme si un dpart entrane toujours une perte pour la communaut d'origine. Concernant les impacts pour les pays de destination, d'aucuns s'imaginent souvent que ceux-ci sont ngatifs ils redoutent que les nouveaux arrivants leur prennent leurs emplois, encombrent les services publics, crent des tensions sociales et augmentent mme la criminalit. Or, les faits montrent que ces inquitudes populaires sont exagres et souvent infondes. Pourtant, ce ressenti a de l'importance, il justifie une investigation prudente qui aidera orienter les discussions sur les politiques.

Impacts dans les pays d'origine et de destination


Parmi les personnes qui ne migrent pas mais peuvent subir les effets de la migration, se trouvent les familles des migrants et les communauts des lieux d'origine ainsi que de destination. Les multiples impacts de la migration dans ces diffrents lieux sont essentiels pour faonner les effets globaux sur le dveloppement humain. Ce chapitre traite chacun de ces impacts de manire spcifique.

Dans les pays d'origine, les impacts peuvent tre considrs du point de vue des revenus et de la consommation, de l'ducation et de la sant et, plus largement, des processus culturels et sociaux. Ces impacts sont pour la plupart positifs, mais il est intressant d'tudier plus avant les inquitudes des communauts d'accueil, qui ont le sentiment de perdre quelque chose chaque dpart. Notre examen des faits montre que ces impacts sont complexes, spcifiques au contexte et susceptibles d'voluer avec le temps. La nature et l'tendue de ces impacts dpendent des personnes qui migrent, de la manire dont elles se rendent l'tranger et de leur propension maintenir le contact, lequel peut prendre la forme de transferts de fonds, de connaissances et d'ides ou de l'intention dclare de revenir un jour. tant donn que les migrants ont tendance venir en grand nombre de rgions prcises (par exemple du Kerala en Inde ou de la province du Fujian en Chine), les impacts sur les communauts locales peuvent tre plus prononcs que les rpercussions nationales. Pourtant, le flux d'ides peut galement avoir des effets considrables sur les normes sociales et les structures de classes sociales et se rpercuter plus long terme sur la communaut dans son ensemble. Certains de ces impacts sont gnralement considrs de manire ngative, mais une perspective largie indique qu'il convient de nuancer ce point de vue. Sous cet clairage, nous examinerons galement dans quelle mesure les plans nationaux de dveloppement, comme les stratgies de rduction de la pauvret (SRP), refltent et encadrent les efforts des pays en dveloppement pour promouvoir les avantages de la migration.

Les milieux universitaires et les mdias ont port une grande attention aux impacts de la migration sur les pays de destination. Une croyance rpandue prtend que ces impacts sont ngatifs les nouveaux arrivants volent nos emplois s'ils trouvent un travail, vivent aux crochets du contribuable s'ils n'en trouvent pas, encombrent les services publics dans des secteurs comme l'ducation et la sant, crent des tensions sociales avec la population locale ou d'autres groupes d'immigrants et augmentent mme les comportements criminels. Nous avons tudi les nombreuses publications empiriques sur le sujet et force est de constater que ces craintes sont exagres et souvent infondes. Toutefois, ces impressions comptent, car elles modulent le climat politique dans lequel sont prises les dcisions concernant l'admission et le traitement des migrants ; les peurs peuvent en effet attiser le feu de l'hostilit envers les migrants et permettre aux extrmistes politiques de gagner en pouvoir. L'histoire ancienne et contemporaine montre en effet que les priodes de rcession sont propices l'hostilit. Nous concluerons ce chapitre en nous attaquant l'pineuse question de l'opinion publique, qui impose des contraintes aux options politiques tudies dans le dernier chapitre.

4.1 Impacts dans les pays d'origine

Gnralement, seule une petite proportion de la population totale d'un pays migre. Les pays qui font exception ceux dont de nombreux natifs habitent l'tranger sont souvent de petits tats, comme les nations des Carabes (Antigua-et-Barbuda, Grenade et Saint-Kitts-et-Nevis), o la proportion peut dpasser les 40 %. Plus cette proportion est leve, plus les effets sur la population qui reste auront de chances d'tre tendus et profonds. Bien que la discussion ciaprs se concentre sur les pays en dveloppement, il est important de garder l'esprit que, comme nous l'avons montr au chapitre 2, les taux d'migration des pays faible IDH sont les plus faibles de tous les groupes pays.



Malgr ces avantages pcuniaires, la sparation est en rgle gnrale une dcision douloureuse, qui induit un fort cot motionnel pour le migrant comme pour ceux qu'il laisse derrire lui



En rgle gnrale, les impacts les plus forts dans les pays d'origine sont ressentis dans les foyers dont l'un des membres a migr. Cependant, c'est toute la communaut, la rgion ou mme la nation qui peut tre affecte. Examinons prsent ces impacts.

4.1.1 Effets au niveau des foyers

Dans de nombreux pays en dveloppement, la migration est une stratgie familiale destine amliorer non seulement les perspectives de celui qui s'en va, mais galement celles de la famille largie. En approuvant le dpart de l'un des siens, la famille peut esprer bnficier des revenus que le migrant percevra lorsqu'il sera tabli des transferts de fonds qui, souvent, dpassent largement les frais initiaux ou les revenus auxquels le migrant aurait pu prtendre dans son pays d'origine. Ces transferts peuvent leur tour tre utiliss pour financer de gros investissements, ainsi que les besoins de consommation immdiats.

Malgr ces avantages pcuniaires, la sparation est en rgle gnrale une dcision douloureuse, qui induit un fort cot motionnel pour le migrant comme pour ceux qu'il laisse derrire lui. Comme le dcrit le pote philippin Nadine Sarreal :

Tes bien-aims de l'autre ct de cet ocan Prendront leur petit-djeuner et tenteront de ne pas regarder L o tu aurais d t'asseoir Les repas dsormais partags entre cinq Et non six ne comblent pas le vide.1

Le fait que tant de parents, d'poux et de partenaires soient prts assumer ces cots donne une ide de l'ampleur des avantages qu'ils imaginent en tirer.

Les transferts de fonds sont essentiels pour amliorer la vie de millions de gens dans les pays en dveloppement. De nombreuses tudes empiriques ont confirm la contribution positive des transferts de fonds internationaux sur le bien-tre, la nutrition, l'alimentation, la sant et les conditions de vie des mnages dans les pays d'origine2. Cette contribution est dsormais bien admise dans la littrature relative la migration et se reflte dans les donnes de plus en plus prcises sur les transferts internationaux, qui sont publies par la Banque mondiale, entre autres (voir la carte 4.1). Mme les personnes qui migrent en raison d'un conflit peuvent tre transmetteurs de fonds nets, comme l'illustrent diffrents pisodes de l'histoire en Bosnie-Herzgovine, en Guine-Bissau, au Nicaragua, au Tadjikistan et en Ouganda, o les transferts ont permis des communauts entires affectes par la guerre de survivre3.

Dans certains couloirs de migration internationaux, le cot des transferts d'argent a tendance baisser avec le temps, ce qui reprsente un avantage vident pour les personnes qui envoient ou reoivent ces fonds4. De rcentes innovations ont galement contribu rduire les cots au niveau national, comme par exemple au Kenya (voir encadr 4.1). Grce cette rduction du cot des transferts, les familles qui dpendaient auparavant de leurs parents et amis proches ou qui utilisaient des intermdiaires informels pour effectuer des transferts, par exemple le chauffeur de bus local, dcident prsent d'envoyer des fonds en passant par une banque, une socit de transfert de fonds ou mme leur tlphone portable.

L'une des principales fonctions des transferts consiste diversifier les sources de revenu et protger les familles en cas de coup dur, par exemple la maladie ou des chocs plus graves dus au ralentissement conomique ou aux alas climatiques5. Des tudes menes dans des pays aussi divers que le Botswana, le Salvador, la Jamaque et les Philippines ont montr que les migrants ragissent aux alas climatiques en augmentant le montant de leurs transferts, bien qu'il soit difficile de dterminer si cela sert effectivement d'assurance sociale. Parmi les exemples rcents, on peut citer l'ouragan Jeanne en Hati (2004), le tsunami en Indonsie et au Sri Lanka et le tremblement de terre de 2005 au Pakistan6. Dans plusieurs pays pauvres, l'augmentation des transferts a permis de couvrir environ 20 % des dgts provoqus par l'ouragan7 tandis que, aux Philippines, ce sont environ 60 % des baisses de revenus rsultant des inondations qui ont t compenses8. Au Salvador, la destruction des rcoltes suite aux intempries a augment de 24 % la probabilit des foyers d'envoyer l'un des leurs aux tats-Unis9.



Carte 4.1 Les transferts circulent principalement des rgions dveloppes vers les rgions en dveloppement
Flux de transferts internationaux, 2006-2007

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Source: Estimations de l'quipe du Rapport mondial, partir de la base de Ratha et Shaw (2006) et Banque mondiale (2009b).


Les migrants peuvent apporter ce type de protection si leurs revenus sont suffisants et ne varient pas en mme temps que ceux de leur famille. Cela dpend de la nature et de l'tendue des catastrophes, ainsi que de la localisation du migrant. Par exemple, les transferts ne peuvent pas fournir de garantie contre les effets de la rcession conomique mondiale actuelle puisque, presque partout, les travailleurs migrants ptissent des suppressions de postes, au moment mme o leurs familles ont le plus besoin d'aide (encadr 4.2). Les transferts de fonds en direction des pays en dveloppement devraient ainsi chuter, passant de 308 milliards de dollars en 2008 293 milliards de dollars en 200910.

Mme lorsque le volume de transferts est important, les consquences directes sur la rduction de la pauvret dpendent du milieu socio-conomique des personnes ayant migr. En Amrique latine, par exemple, une tude rcente a rvl qu'au Mexique et au Paraguay, les foyers recevant des fonds se situent principalement au bas de l'chelle des revenus et de l'chelle des diplmes, tandis que l'inverse s'observe au Prou et au Nicaragua11. De manire plus gnrale, cependant, la possibilit de partir l'tranger tant limite pour les personnes peu qualifies, cette restriction signifie que les envois de fonds ne sont pas directement dirigs vers les familles les plus pauvres12, ni les pays les plus pauvres13. Prenons l'exemple de la Chine : les migrants n'tant gnralement pas issus des foyers les plus pauvres, l'impact de la migration interne sur l'ensemble de la pauvret est limit (rduction estime 1 %), bien que cela se traduise dans la ralit par une rduction de presque 12 millions du nombre de pauvres14. Dans le mme temps, des migrants sont bien issus de foyers pauvres et des fonds importants sont parfois envoys des personnes qui ne sont pas membres de leur famille, ce qui augmente les avantages, comme c'est le cas Fidji et en Jamaque, par exemple15.



Encadr  4.1 Comment le tlphone portable peut rduire le cot des transferts d'argent : le cas du Kenya

Pour de nombreuses personnes habitant les zones rurales des pays en dveloppement, les cots de rception d'un transfert d'argent demeurent levs : les bnficiaires doivent gnralement parcourir de longues distances pour se rendre dans une capitale rgionale ou nationale et y toucher leur argent ; ou alors, les fonds doivent tre remis en mains propres par un intermdiaire qui peut se mnager une confortable commission.

La diffusion rapide du tlphone portable ces dix dernires annes a conduit au dveloppement de systmes de transfert d'argent novateurs dans plusieurs pays. Au Kenya, par exemple, le grand oprateur de tlphonie mobile Safaricom s'est associ des donateurs pour piloter un systme ayant abouti au lancement de M-PESA ( paiement par mobile ), en 2007. Tout propritaire d'un tlphone portable peut ainsi dposer de l'argent sur un compte et l'envoyer un autre utilisateur de portable, grce aux agents M-PESA rpartis dans tout le pays.

Une rcente tude mene auprs des utilisateurs kenyans a rvl qu'en peine deux ans, M-PESA s'est rapidement tendu. Le systme est dsormais utilis par quelque six millions de personnes, soit 17 % de la population sur les 26 % qui possdent un tlphone portable et repose sur un rseau de plus de 7 500 agents. En quelques manipulations et pour un moins d'un dollar, il est possible d'effectuer un transfert entre le port de Mombasa et Kisumu, sur les rives du lac Victoria, ou entre Nairobi, au sud, et Marsabit, au nord villes deux jours de bus l'une de l'autre. la mi-2008, le volume d'argent envoy avait atteint 8 % du PIB, le plus souvent sous forme de multiples transactions de montant relativement faible.

Source: Jack et Suri (2009).



Les effets de la migration interne sur la rduction de la pauvret, qui ont t dmontrs par des tudes menes dans divers contextes nationaux, peuvent tre encore plus significatifs. Dans les tats de l'Andhra Pradesh et du Madhya Pradesh, en Inde, le taux de pauvret des foyers dont l'un des membres a migr a baiss de moiti environ entre 2001-02 et 2006-0716 et des rsultats similaires ont t relevs au Bangladesh17. D'importants bnfices ressortent galement de donnes de panel rsultant du suivi d'individus dans la rgion du Kagera (Tanzanie) entre 1991 et 200418. Les recherches effectues pour le prsent rapport, qui s'appuient sur des donnes de panel et limitent le biais de slection, se sont penches sur le cas de l'Indonsie entre 1994 et 2000 et celui du Mexique entre 2003 et 2005. En Indonsie, o presque la moiti des foyers comptait un migrant interne, le taux de pauvret des non-migrants est rest relativement stable sur cette priode (marque par la crise financire en Asie de l'Est), en passant de 40 % 39 %, mais il a rapidement baiss pour les migrants, de 34 % 19 %. Au Mexique, o environ 9 % des foyers comptaient un migrant interne, le taux de pauvret sur la priode (durant laquelle a eu lieu la rcession de 2001-2002) a fortement augment pour les non-migrants, passant de 25 % 31 %, mais trs peu pour les migrants, de 29 % 30 %. Dans ces deux pays, les foyers comptant un migrant reprsentaient au dpart moins de la moiti des deux premiers quintiles, mais avec le temps, cette proportion a augment presque deux tiers19.

L'un des facteurs de migration qui semble jouer sur les flux de transferts est le sexe. Les donnes suggrent que les femmes ont tendance renvoyer chez elles une plus grande part de leurs revenus et de manire plus rgulire, bien que leurs salaires infrieurs impliquent souvent des montants absolus moins levs20.

Il existe galement un facteur temporel ces flux. Avec le temps, les rpercussions des transferts peuvent considrablement largir les effets sur la pauvret et les ingalits21. Les pauvres peuvent y gagner lorsque les transferts sont effectus pour gnrer de l'emploi au niveau local, dans la construction de maisons par exemple, ou pour crer ou agrandir des entreprises22. Des tudes ont montr que les destinataires des fonds font preuve d'un esprit d'entreprise plus important et d'une plus grande propension marginale investir que les foyers ne comptant pas de migrant23. Toutefois, les bnfices de l'investissement peuvent mettre des annes se concrtiser pleinement ; ils sont complexes et loin d'tre automatiques. Ce dcalage peut s'expliquer par les dlais dans l'envoi de fonds, le temps que les migrants s'adaptent leur nouvel environnement, ou par le contexte politique et conomique dans le pays d'origine, qui peut freiner ou dissuader les transferts24. Enfin, les fonds envoys peuvent en venir constituer un capital pour financer de nouvelles migrations, des annes aprs le dpart du premier membre de la famille.

Certains commentateurs sous-estiment l'importance des transferts de fonds au motif qu'ils financent partiellement des dpenses de consommation. Cette critique est errone, pour deux raisons majeures. Tout d'abord, la consommation a une valeur intrinsque et, souvent, des effets long terme comparables ceux de l'investissement, surtout dans les communauts pauvres. L'amlioration de la nutrition et d'autres postes de consommation augmente considrablement le capital humain, et donc les futurs revenus25. De mme, les dpenses de scolarit constituent souvent une priorit pour les familles qui reoivent des fonds, car elles accroissent les perspectives de revenus de la gnration suivante. Ensuite, la plupart des formes de dpenses, notamment en biens et services forte intensit de main-d'uvre, comme la construction de logements ou autres, bnficieront l'conomie locale et peuvent avoir des effets multiplicateurs26. Tous ces effets sont positifs.

Il apparat que les familles dont l'un des membres a migr ont plus de chances d'envoyer leurs enfants l'cole, en utilisant l'argent des transferts pour payer les frais et autres cots. Il s'ensuit une rduction du travail des enfants. D'autant plus que, une fois l'cole, les enfants de migrants ont davantage de chances de terminer leur scolarit, puisque de meilleures perspectives lies la migration ont un impact sur les normes et les incitations sociales27. Au Guatemala, la migration interne et la migration internationale se traduisent par des dpenses d'ducation accrues (respectivement 45 % et 48 %), notamment aux niveaux scolaires suprieurs28. Dans le Pakistan rural, la migration temporaire peut tre lie des taux de scolarisation plus levs et une baisse de plus de 40 % du taux d'abandon scolaire, les filles tant plus concernes que les garons29. Dans l'enqute que nous avons commande, des rsultats similaires ont t obtenus au Mexique, o les enfants vivant dans des familles qui comptent un migrant interne ont 30 % 45 % plus de chances d'tre dans une classe correspondant leur ge30.



Encadr  4.2 La crise de 2009 et les transferts de fonds

La crise conomique de 2009, qui s'est amorce dans les principaux pays de destination avant d'acqurir une envergure mondiale, a eu pour effet de comprimer les flux montaires vers les pays en dveloppement. De nombreuses preuves indiquent dj une baisse significative de ces flux vers les pays qui dpendent fortement de ces transferts, notamment le Bangladesh, l'gypte, le Salvador et les Philippines.

L'exposition la crise des pays et des rgions varie en fonction de son impact sur les transferts. Les envois de fonds vers les pays d'Europe de l'Est et d'Asie centrale devraient essuyer la plus forte baisse, tant en valeur relative qu'en valeur absolue, refltant en partie le retournement de l'expansion rapide qui avait suivi l'largissement de l'Union europenne et l'essor conomique de la Fdration de Russie. En Moldavie et au Tadjikistan, o la part des envois d'argent dans le PIB est la plus leve au monde (45 % et 38 %, respectivement), les flux devraient reculer de 10 % en 2009. Le Salvador connat un recul significatif de ses transferts, qui reprsentent 18 % du PIB.

Environ trois-quarts des envois de fonds vers l'Afrique subsaharienne proviennent des tats-Unis et d'Europe, rgions fortement touches par le ralentissement conomique (chapitre 2). Reste voir si ces sources afficheront plus ou moins de rsilience que l'aide officielle au dveloppement et les investissements privs.

Source: Ratha et Mohapatra (2009a, b).





Figure4.1 La rcession mondiale devrait affecter les flux de transferts
Projection des tendances en matire de flux de transferts vers les rgions en dveloppement, 20062011

image

*Estimation **Prvisions

Source: Ratha et Mohapatra (2009b) et The Economist Intelligence Unit (2009).

Note : Ces groupes rgionaux incluent tous les pays en dveloppement, selon la classification des Bureaux rgionaux du PNUD. Pour obtenir la liste complte des pays de chaque rgion, voir Classification des pays dans l'Annexe statistique.



La perspective de partir peut inciter investir dans l'ducation31. C'est ce que suggre la thorie et ce qui se vrifie dans la pratique, pour certains pays. L'migration des Fidjiens en vue d'occuper des emplois trs qualifis en Australie, par exemple, a encourag la poursuite d'tudes suprieures Fidji. Cet impact est tellement important ou manifeste que, avec un tiers de la population fidjienne ayant migr ces trois dernires dcennies et une surreprsentation des travailleurs qualifis chez les migrants, le nombre absolu de travailleurs indo-fidjiens qualifis a fortement augment32. Plusieurs gouvernements, dont celui des Philippines, ont dlibrment cherch promouvoir le travail l'tranger, en partie pour favoriser la gnration de comptences chez eux33.



La perspective de partir peut inciter investir dans l'ducation



L'impact des perspectives de migration sur les incitations la scolarisation dpend du contexte et desdites perspectives. Au Mexique, par exemple, o la migration est le plus souvent peu qualifie et irrgulire, les garons sont plus susceptibles d'abandonner l'cole pour choisir cette option34. D'aprs l'tude des donnes du recensement chinois que nous avons commandit, les investissements scolaires rpondent, dans les zones rurales, la ncessit d'acqurir des comptences pour trouver du travail en dehors de la province. Ainsi, lorsque les migrants internes font des tudes secondaires, cela encourage gnralement les enfants restant dans la communaut poursuivre des tudes suprieures, tandis que, dans les provinces o les migrants n'ont pour la plupart pas t plus loin que le collge, les taux d'achvement de la scolarit sont moindres35.

Les mouvements migratoires peuvent avoir des consquences sur la sant des personnes restant au pays, grce leurs effets sur la nutrition, les conditions de vie, l'augmentation des revenus et la transmission du savoir et des pratiques. Des donnes montrent qu'une hausse des revenus et une meilleure connaissance de la sant attribuables la migration ont une influence positive sur les taux de mortalit infantile et juvnile36. Toutefois, du moins au Mexique, on a dcouvert que les rsultats long terme sur la sant peuvent tre ngatifs, car les soins de sant prventifs (p. ex. l'allaitement et les vaccinations) sont moindres lorsqu'au moins un parent a migr37. Cela peut tre li la charge de travail accrue et/ou aux niveaux de connaissance infrieurs observs dans les familles monoparentales ou comptant moins d'adultes. En outre, lorsque des maladies infectieuses sont susceptibles d'tre contractes dans les pays d'accueil, le retour au pays peut prsenter des risques significatifs pour la sant des familles restes sur place. Le risque de contracter le VIH ou d'autres maladies sexuellement transmissibles peut tre particulirement lev38.

Malgr les avantages potentiels en matire de consommation, de scolarisation et de sant, les enfants peuvent tre motionnellement affects par le processus de migration. Ainsi, une mre paraguayenne sur cinq vivant en Argentine a un enfant en bas ge vivant au Paraguay39. Les tudes portant sur les consquences possibles de cette situation ont rvl que celles-ci dpendent de l'ge de l'enfant au moment de la sparation (le choc peut tre plus important dans les premires annes de la vie), de la proximit et de l'attitude de l'adulte qui la charge de l'enfant est confie et du caractre permanent ou provisoire de la sparation40. Ces dernires annes, l'avnement des communications faciles et bon march, via le tlphone portable ou Skype, a facilit la sparation des membres d'une famille et fortement contribu maintenir des liens et des relations.

Les mouvements migratoires peuvent modifier les relations entre les sexes dans le pays d'origine41. Lorsque ce sont les femmes qui partent, les rles traditionnels peuvent voluer, notamment ceux qui ont trait aux soins des enfants et des anciens42. Lorsque ce sont les hommes qui partent, les femmes des zones rurales peuvent gagner en autonomie : des tudes de terrain conduites en quateur, au Ghana, en Inde, Madagascar et en Moldavie ont montr que, lorsque les hommes migrent, les femmes des zones rurales participent davantage la prise de dcisions au sein de la communaut43. Par ailleurs, les normes sociales en vigueur dans le pays d'accueil du migrant par exemple le mariage plus tardif, une fcondit moindre, les plus grandes ambitions des filles en matire d'ducation ou leur participation la main-d'uvre peuvent tre transmises son pays d'origine. Ce processus de diffusion peut tre acclr lorsque le foss social et culturel entre le pays d'origine et le pays d'arrive est important44. C'est ce que de rcentes dcouvertes ont confirm concernant le transfert des normes de fcondit aux familles largies et amis rests au pays : avoir moins d'enfants devient la norme nationale dans les deux pays45.

Dans l'ensemble, cependant, les donnes relatives aux consquences sur la rpartition traditionnelle des rles sont mitiges. Par exemple, lorsque la vie des femmes de migrants restes la maison se cantonne principalement au mnage, l'ducation des enfants et aux travaux agricoles, les choses risquent peu d'voluer si ce n'est que la charge de travail augmente. L'autorit acquise peut tre provisoire si les hommes ayant migr reprennent leur rle de chef de famille leur retour, comme il a t observ en Albanie et au Burkina Faso, par exemple46.

La transmission des normes peut s'tendre la participation aux affaires civiques. De rcentes tudes menes en Amrique latine ont montr que les personnes davantage impliques dans les rseaux internationaux de migrants participent plus volontiers aux affaires locales de la communaut, approuvent plus facilement les principes dmocratiques et sont plus critiques l'gard de la performance conomique de leur propre pays47.

4.1.2 Effets conomiques aux niveaux communautaire et national

Au-del des impacts directs sur les familles dont l'un des membres est parti, la migration peut avoir de plus grands effets. Les processus d'volution sociale et culturelle rsultant des mouvements migratoires peuvent avoir des impacts significatifs sur l'esprit d'entreprise, les normes communautaires et les transformations politiques impacts souvent ressentis au fil des gnrations. Par exemple, le Kenya et, de fait, la majeure partie de l'Afrique, vont peut-tre voir leur prsent et leur avenir changer aprs que le pre de Barack Obama a dcid, il y a cinquante ans, d'aller tudier aux tats-Unis. La plupart de ces effets sont trs positifs. Toutefois, la migration des comptences hors des communauts d'origine est une proccupation qui doit tre traite.

Depuis longtemps, des craintes sont souleves quant aux dommages occasionns l'conomie des pays d'origine par le dpart des personnes qualifies, bien que le dbat se soit quelque peu nuanc ces dernires annes48. Ces proccupations refont rgulirement surface dans un ensemble de petits tats et de pays pauvres, mais touchent dsormais aussi des pays comme l'Australie, qui voit nombre de ses diplms partir l'tranger. Ces dernires dcennies, cette question a fait natre un ensemble de propositions qui seront examines au chapitre 5. Un aspect sous-jacent important, cependant, est que la mobilit est normale et courante, mme dans les socits prospres (chapitre 2). Les personnes qualifies, comme n'importe qui d'autre, migrent en rponse un manque peru d'opportunits chez elles et/ou l'existence de meilleurs dbouchs ailleurs, pour elles comme pour leurs enfants. Toute tentative de rduire ces mouvements sans en traiter les causes structurelles sous-jacentes sera probablement vaine. Il existe galement des raisons de penser que les consquences de la migration des comptences sont moins nfastes pour les communauts d'origine que ce que l'on croit souvent, comme le montre l'encadr 4.3.



Les consquences de la migration des comptences sont moins nfastes pour les communauts d'origine que ce que l'on croit souvent



L'une des proccupations courantes est que le dpart de jeunes valides entrane des pnuries de main-d'uvre et une baisse de la production, en particulier dans le secteur agricole49. En Indonsie, par exemple, les communauts ont d faire face des pnuries de main-d'uvre dans les fermes coopratives50. Pour autant, dans de nombreux pays en dveloppement, l'exode de la main-d'uvre agricole peut accaparer une bonne part de la transformation structurelle. Et, dans la mesure o c'est le manque de capital, et non pas de main-d'uvre, qui freine la croissance dans la plupart des pays en dveloppement, les transferts de fonds peuvent reprsenter une importante source d'investissement rural.

Les mouvements migratoires peuvent constituer une puissante force en faveur de la convergence des salaires et des revenus entre les rgions d'origine et d'accueil. En effet, ds lors que la mobilit augmente entre deux rgions, les marchs du travail sont de plus en plus intgrs et les carts de salaires deviennent plus difficiles maintenir. De nombreux faits historiques, examins au chapitre 2, ayant amlior la mobilit ont galement contribu la rduction des disparits salariales entre les pays. Les ingalits au sein des pays voluent en suivant un schma en forme de cloche : les progrs dans certains domaines augmentent les richesses, et donc les ingalits, ce qui encourage la migration, laquelle tend son tour rduire progressivement les ingalits. Des tudes ont associ une grande mobilit de la main-d'uvre l'intrieur d'un pays avec des disparits de revenu interrgionales au Brsil, en Inde, en Indonsie et au Mexique51.

Autre fait intressant, les taux d'migration de travailleurs qualifis sont bien plus levs chez les femmes que chez les hommes dans la plupart des pays en dveloppement52. Les femmes diplmes dans le tertiaire ont au moins 40 % plus de chances que leurs homologues masculins d'migrer vers des pays de l'OCDE, en partant de pays aussi divers que l'Afghanistan, la Croatie, le Ghana, le Guatemala, le Malawi, la Papouasie-Nouvelle-Guine, l'Ouganda, le Togo et la Zambie. Quoique cette tendance puisse rsulter de divers facteurs, les barrires structurelles et/ou culturelles la russite professionnelle dans le pays d'origine semblent tre l'explication la plus probable53.



Encadr  4.3 Impacts des flux de comptences sur le dveloppement humain

L'migration de personnes titulaires de diplmes universitaires a fait l'objet d'une grande attention populaire et universitaire, en particulier parce que la pnurie de comptences se fait cruellement sentir dans de nombreux pays pauvres. Les donnes suggrent qu'il est stratgiquement plus efficace d'amliorer les conditions de travail locales pour inciter les travailleurs rester dans leur pays que d'imposer des restrictions au dpart.

L'migration de personnes titulaires de diplmes universitaires a fait l'objet d'une grande attention populaire et universitaire, en particulier parce que la pnurie de comptences se fait cruellement sentir dans de nombreux pays pauvres. Les donnes suggrent qu'il est stratgiquement plus efficace d'amliorer les conditions de travail locales pour inciter les travailleurs rester dans leur pays que d'imposer des restrictions au dpart.

Le cot social associ l'migration des talents ne doit pas tre surestim. Lorsque le taux de chmage est lev chez les diplms, comme c'est souvent le cas dans les pays pauvres, le cot d'opportunit des dparts peut tre ngligeable. En effet, si un travailleur trs productif mais modestement rmunr quitte une communaut, cela reprsente une perte importante ; si un travailleur de mme comptence mais non productif part, la communaut n'est gure affecte. Si, par exemple, un enseignant est souvent absent de son poste, les consquences directes de son dpart ne seront probablement pas importantes. Les sources d'inefficacit et de gaspillage sous-jacentes doivent certes tre traites, mais il faut aussi tudier, dans le dbat sur la fuite des comptences, les problmes que posent les professionnels qui ne sont d'aucune utilit dans leur communaut.

Le cot social associ l'migration des talents ne doit pas tre surestim. Lorsque le taux de chmage est lev chez les diplms, comme c'est souvent le cas dans les pays pauvres, le cot d'opportunit des dparts peut tre ngligeable. En effet, si un travailleur trs productif mais modestement rmunr quitte une communaut, cela reprsente une perte importante ; si un travailleur de mme comptence mais non productif part, la communaut n'est gure affecte. Si, par exemple, un enseignant est souvent absent de son poste, les consquences directes de son dpart ne seront probablement pas importantes. Les sources d'inefficacit et de gaspillage sous-jacentes doivent certes tre traites, mais il faut aussi tudier, dans le dbat sur la fuite des comptences, les problmes que posent les professionnels qui ne sont d'aucune utilit dans leur communaut.

Enfin, un nombre significatif d'migrants qualifis finit par rentrer environ la moiti d'entre eux, selon une estimation rcente, gnralement au bout de cinq ans. De rcentes tudes ont galement soulign l'importance croissante des migrations circulaires mesure que les rseaux transnationaux grandissent.

Source : Clemens (2009b), Banerjee et Duflo (2006), Javorcik, Ozden, Spatareanu et Neagu (2006), Rauch (1999), Felbermayr et Toubal (2008), Findlay et Lowell (2001) et Skeldon (2005).



La migration des personnes qualifies ne se fait pas seulement vers l'tranger, mais galement l'intrieur des frontires, puisque ces personnes partent pour trouver de meilleurs dbouchs, comme l'illustre la figure 4.2 qui compare les mouvements migratoires au Brsil, au Kenya, aux Philippines et aux tats-Unis par rapport aux niveaux internationaux. Les schmas migratoires des travailleurs qualifis sont tonnamment trs similaires au sein des pays et entre les pays. En particulier, le fait qu'une plus forte proportion de travailleurs qualifis quitte les petits tats est rapprocher d'une tendance analogue davantage migrer depuis de petites localits. Cela suggre que les options politiques examines lors des dbats sur le dveloppement local par exemple le renforcement des incitations et l'amlioration des conditions de travail peuvent galement tre pertinentes pour l'laboration de politiques lies au dpart l'tranger de professionnels qualifis. Plus largement, les consquences conomiques de la migration au niveau national dans les pays d'origine sont complexes et, pour la majeure partie d'entre elles, difficiles mesurer. Des rseaux peuvent merger et faciliter la diffusion des connaissances, des innovations et des comportements, et ainsi promouvoir le dveloppement moyen et long termes. Les preuves anecdotiques ne manquent pas pour dmontrer que les migrants favorisent les activits productives dans leur pays d'origine grce au transfert de technologies, au rapatriement de comptences accrues, aux meilleures conditions de travail et aux pratiques amliores de gestion54. Le gouvernement chinois entretient des liens avec ses ressortissants tudiant l'tranger afin de promouvoir l'excellence acadmique dans ses universits. En Inde, les argonautes , ces jeunes diplms ayant contribu l'essor des hautes technologies dans le pays au dbut des annes 2000, ont intgr dans leurs emplois les ides, les expriences et les fonds qu'ils avaient glans aux tats-Unis et ailleurs55. De mme, le modle de l'industrie informatique a volu mesure que les entreprises ont de plus en plus externalis leur production en Inde ou se sont tablies dans ce pays. La migration a eu dans ce cas d'importants effets externes et dynamiques, qui ont profit aux travailleurs comme l'industrie du pays d'origine.

Le dveloppement des industries nouvelles via les rseaux internationaux de professionnels qualifis peut tre rapide et imprvisible. Il peut aussi gnrer des niches, mme si les niveaux de dveloppement global restent faibles par ailleurs, et dpend fondamentalement de l'ouverture du march et du contexte politique dans le pays d'origine. Il apparat que les pays comme la Rpublique islamique d'Iran, le Viet Nam et la Fdration de Russie, qui reposent sur des systmes plus ferms, ont moins bnfici des crations d'entreprises dans le secteur des hautes technologies par leurs travailleurs qualifis se trouvant l'tranger que l'Inde et Isral, par exemple56.

Presque toutes les macro-tudes quantitatives sur les effets de la migration au niveau national se sont intresses plus avant l'chelle et la contribution des transferts de fonds. En 2007, le volume des transferts officiellement enregistrs vers les pays en dveloppement a reprsent environ quatre fois le volume de l'aide au dveloppement officielle57. cette chelle, les transferts sont susceptibles de fortement contribuer aux recettes en devises provenant d'autres sources dans chaque pays. Au Sngal, par exemple, les transferts en 2007 ont t douze fois suprieurs l'investissement direct tranger. Dans un ensemble de petits tats pauvres, les transferts reprsentent une part non ngligeable du PIB, jusqu' 45 % au Tadjikistan. Dans les vingt pays qui reoivent le plus de transferts, cette proportion tait suprieure 9 % en 2007 et, dans plus de vingt pays en dveloppement, les transferts ont dpass les recettes gnres par les principales exportations de matires premires.

Toutefois, deux grandes rserves doivent tre formules quant ces observations. Tout d'abord, la grande majorit de ces flux ne va pas vers les pays les plus pauvres. En 2007, moins de 1 % des transferts estims a t envoy dans les pays ayant les plus faibles IDH. Pour ceux-ci, les transferts ne reprsentent donc que 15 % environ de l'aide au dveloppement officielle qu'ils peroivent. En revanche, en Amrique latine et dans les Carabes, les transferts ont reprsent en 2007 environ 60 % du volume combin de l'investissement direct tranger et de l'aide. Ensuite, les tudes ayant cherch dterminer l'impact des transferts sur la croissance long terme du pays bnficiaire suggrent que cet impact est gnralement faible, bien que les avis soient partags58. Cela dcoule en partie du fait que l'impact des transferts sur le dveloppement dpend en dfinitive des structures institutionnelles locales59.



Figure4.2 Les travailleurs qualifis migrent de manire similaire au sein des pays et entre les pays
Population et part des travailleurs qualifis migrant aux niveaux interne et international

image

Source: Clemens (2009b).

Note : Les proportions sont reprsentes l'aide de rgressions utilisant la densit par la mthode du noyau (densit de Kernel).





Les ides, les pratiques, les identits et le capital social qui sont transmis aux familles et aux communauts d'origine sont appels transferts sociaux



D'aucuns se sont inquits que les transferts gnrent une forme de maldiction des ressources , qui contribue une apprciation non souhaite de la devise et qui, partant, entrave la comptitivit. L encore, cependant, les donnes sont mitiges60. En outre, les transferts bnficient aux personnes et aux familles et sont donc plus largement distribus que les recettes tires des ressources naturelles, qui ne sont perues que par les gouvernements et une poigne d'entreprises et tendent exacerber la corruption. Un aspect macroconomique positif des transferts de fonds est qu'ils ont tendance tre moins volatils que l'aide au dveloppement ou l'investissement direct tranger, mme s'ils restent soumis aux fluctuations conomiques, comme nous avons pu le voir en 2009 (encadr 4.2)61.

En gnral, le dveloppement par transferts de fonds ne constitue pas une stratgie de croissance solide. l'instar des flux d'aide trangre, les transferts ne peuvent, eux seuls, liminer les contraintes structurelles qui psent sur la croissance conomique, les changements sociaux et la meilleure gouvernance qui caractrisent de nombreux pays ayant un faible niveau de dveloppement humain. Cela dit, pour certains petits tats, en particulier ceux qui font face aux enjeux supplmentaires de l'isolement, la mobilit peut faire partie intgrante d'une stratgie globale efficace pour le dveloppement humain (encadr 4.4).

4.1.3 Effets sociaux et culturels

La mobilit peut avoir de profondes rpercussions sur les hirarchies sociales, de classes et ethniques des communauts d'origine si les groupes de statut infrieur parviennent accder des sources de revenus substantiellement plus importantes. Tel est le cas, par exemple, des Mayas au Guatemala62 et des Haratin, groupe de mtayers principalement noirs, au Maroc63. Ces changements sont les bienvenus et peuvent mettre fin aux formes d'ingalit hrditaire de caste fondes sur la parent, la couleur de peau, le groupe ethnique ou la religion, qui entranent un accs ingal la terre et aux autres ressources.

Les ides, les pratiques, les identits et le capital social qui sont transmis aux familles et aux communauts d'origine sont appels transferts sociaux64. Ces transferts peuvent avoir lieu lors de visites et grce aux communications, qui progressent rapidement. Les impacts sur la dynamique des sexes sont visibles dans le village dominicain de Miraflores, o deux tiers des familles ont envoy l'un des leurs Boston dans les annes 1990 ; le rle des femmes a alors volu, non seulement Boston, o elles travaillaient l'extrieur, mais en Rpublique dominicaine, o elles ont bnfici d'une rpartition plus gale des tches mnagres et d'une plus grande autonomie, de manire gnrale. On peut galement citer l'exemple des Pakistanais du centre islamique de Nouvelle-Angleterre (tats-Unis), o les femmes prient et grent la mosque aux cts des hommes. Des volutions analogues ont t rapportes Karachi, au Pakistan, o certaines femmes prfrent encore les approches traditionnelles, tandis que d'autres tentent de crer de nouveaux espaces o elles peuvent prier et tudier ensemble. Les transferts sociaux lis la migration ont galement un impact sur la sant. Du fait de leur exprience l'tranger, les migrants qui rendent visite leur famille d'origine ou rentrent au pays peuvent y rapporter certaines pratiques, par exemple l'habitude de boire de l'eau potable, de ne pas vivre dans les mmes pices que les animaux ou de pratiquer un bilan de sant annuel.

Toutefois, les consquences sociales et culturelles de la migration ne sont pas toujours positives. En effet, on peut citer en contre-exemple l'expulsion vers l'Amrique centrale de jeunes vivant aux tats-Unis, qui est mise en relation avec l'exportation des gangs et des cultures de gang65. Malgr l'absence de donnes et d'analyses dtailles, un rcent rapport rgional rvle que la distinction entre les gangs forms localement (les pandillas) et ceux imports des tats-Unis (les maras), n'est pas toujours claire66. Dans chaque cas, des programmes ciblant les individus et les communauts en danger, dans l'optique d'empcher la violence des jeunes et des gangs, sont ncessaires, de mme qu'une coopration intergouvernementale, ainsi qu'un soutien et un financement accrus de programmes de rintgration67.



Encadr 4.4 Mobilit et perspectives de dveloppement pour les petits tats

Comme mentionn au chapitre 2, il est frappant de constater que les pays affichant les plus forts taux d'migration sont de petits tats. Ces taux concident souvent avec le sous-dveloppement. Pour les pays les plus pauvres, l'inconvnient majeur pos par leur petitesse est, entre autres, la surdpendance une seule matire premire ou un seul secteur et la vulnrabilit aux chocs exognes. Les petits pays ne peuvent pas facilement tirer parti des conomies d'chelle dans l'activit conomique et dans la fourniture de biens publics et doivent souvent supporter des cots de production et des prix la consommation levs. Dans le cas des petits tats insulaires, l'isolement est un facteur supplmentaire qui augmente les cots et les dlais de transport et rend difficile de se faire une place sur les marchs extrieurs. Ces facteurs sont autant d'incitations l'migration.

Les avantages financiers associs la migration sont relativement importants pour les petits pays. En 2007, les transferts de fonds se sont levs 233 dollars amricains par habitant, contre 52 dollars amricains en moyenne pour les pays en dveloppement. Les flux annuels les plus importants par rapport au PIB sont observs dans les Carabes, o ils reprsentent 8 % du PIB. Toutefois, tant donn que la plupart des petits tats ne font pas partie des pays dont la part des transferts dans le PIB est la plus importante, ils ne sont pas particulirement exposs aux chocs lis cette ressource. Par ailleurs, les avantages de la migration pour les petits tats vont bien au-del de la valeur montaire des transferts. Le fait de migrer ouvre des opportunits de travail qui peuvent amliorer l'intgration avec les ples conomiques. La migration de travail peut tre un moyen d'quilibrer les besoins conomiques des deux lieux d'origine et de destination, d'offrir des dbouchs aux travailleurs peu qualifis et d'optimiser les avantages pour le pays d'origine grce au rapatriement de comptences et d'ides. Dans la mesure o la petitesse concide avec la fragilit et, dans certains pays, l'instabilit, la migration peut constituer une soupape de scurit pour attnuer le risque de conflit, ainsi qu'une stratgie de diversification plus long terme.

Certains petits tats ont intgr l'migration leurs stratgies de dveloppement, essentiellement pour relever le dfi de la cration d'emplois. Notre examen des SRP a montr que de nombreux petits tats (Bhoutan, Cap-Vert, Dominique, Guine-Bissau, Sao Tom et Principe et Timor oriental) mentionnent des lments positifs de la migration internationale en termes d'impacts sur le dveloppement et/ou la rduction de la pauvret. L'un des objectifs du Document de stratgie de rduction de la pauvret du Timor oriental (DSRP) (2003) tait de mettre au point un plan de dpart l'tranger de mille travailleurs par an. Pour autant, d'autres pays (Djibouti, Gambie, Guyane et Maldives) estiment que l'migration ne pose que des problmes. Certains y voient des impacts ngatifs, comme l'exposition une baisse des transferts (Cap-Vert) et l'accroissement des ingalits (Bhoutan). La SRP de la Dominique considrait l'migration la fois comme une cause de la pauvret et comme un facteur contribuant la rduction de cette pauvret.

Les petits tats peuvent faire de la migration un lment stratgique de leurs efforts de dveloppement et ce, de plusieurs manires, certaines impliquant des accords rgionaux. Certains pays se concentrent sur l'emploi temporaire l'tranger, d'autres mettent l'accent sur la cration de comptences, parfois de concert avec leurs voisins. L'le Maurice a activement encourag le travail temporaire l'tranger comme manire d'acqurir des comptences et un capital pouvant tre utiliss par les migrants pour monter leur propre affaire une fois rentrs chez eux. Avec l'aide de plusieurs donateurs, le gouvernement a mis en place un programme d'assistance technique et financire pour les migrants de retour. Au Lesotho, le plan de dveloppement Lesotho Development Vision 2020 se focalise sur la cration d'emplois dans le pays en attirant des investissements directs trangers, tout en reconnaissant le rle du travail l'tranger, notamment dans l'Afrique du Sud voisine. La SRP du pays tablit des mesures de rforme qui incluent l'automatisation et la dcentralisation des services d'immigration, la cration d'un guichet unique pour le traitement efficace des permis d'immigration et de travail, ainsi que des mesures anti-corruption au sein du ministre de l'Immigration. Les stratgies de dveloppement peuvent prvoir des mesures plus larges pour rpondre aux enjeux de l'isolement. Dans le Pacifique Sud, par exemple, les universits rgionales et la formation professionnelle ont facilit la mobilit et plusieurs tats ont sign des accords de migration avec leurs voisins.

Les migrants originaires de petits pays ont en gnral des profils similaires aux autres migrants, en ce sens qu'ils ont tendance possder plus de comptences et de ressources que ceux qui restent. Maurice, par exemple, le taux d'migration totale est de 12,5 %, mais d'environ 49 % chez les diplms. Dans l'ensemble, pourtant, il n'existe aucune diffrence significative au niveau de l'offre nette de comptences entre les petits pays et les grands pays, offre que l'on mesure au nombre de mdecins pour 10 000 habitants. Si l'on considre de simples moyennes, le nombre de mdecins est en fait plus lev dans les petits tats, de l'ordre de 23 pour 10 000, contre 20 pour 10 000 en moyenne dans l'ensemble des pays.

Source : Luthria (2009), Winters et Martin (2004), Black et Sward (2009), Seewooruthun (2008), gouvernement du Lesotho (2004), Winters, Walmsley, Wang et Grynberg (2003), Amin et Mattoo (2005), Koettl (2006) et Pritchett (2006).





On observe parfois l'mergence d'une culture de la migration : la migration internationale s'associe la russite personnelle, sociale et matrielle



Pour de nombreux jeunes du monde entier, vivre un temps l'tranger est considr comme une tape normale de la vie et marque le passage l'ge adulte. Des enqutes conduites sur le terrain en Jordanie, au Pakistan, en Thalande et au Viet Nam ont montr que la migration est un moyen d'lever le statut social d'une famille au sein de la communaut locale. Il n'est donc pas tonnant que la probabilit de migrer augmente chez ceux qui ont des liens avec des personnes vivant dj l'tranger.

On observe parfois l'mergence d'une culture de la migration : la migration internationale s'associe la russite personnelle, sociale et matrielle, tandis que la sdentarit devient synonyme d'chec68. mesure que les rseaux sociaux se dveloppent, cette culture s'enracine et la migration devient la norme, en particulier pour les jeunes et les valides. C'est ce que l'on observe dans des pays soumis une migration grande chelle, comme les Philippines, ainsi que l'Afrique occidentale et l'Afrique du Sud. Au Nigeria, une tude a montr que deux tudiants en licence sur cinq prfreraient quitter le pays en qute d'un statut social plutt que de chercher un emploi bien rmunr chez eux69. C'est ce que l'on constate galement au niveau des migrations internes : une rcente tude thiopienne suggre que le changement de prfrences et d'ambitions induit par l'ducation pourrait inciter les gens quitter les zones rurales, quel que soit le potentiel de revenu offert par la migration70. Cette culture peut prendre son propre lan autoreproducteur, comme chez les Irlandais qui continuaient de migrer en plein essor du Tigre celtique.

En Afrique occidentale, la migration n'est gnralement pas qu'un simple instrument de mobilit conomique, elle est galement considre comme un processus au cours duquel un garon peut atteindre sa maturit71. Pour certains groupes au Mali, en Mauritanie et au Sngal, la migration est un rite de passage : c'est grce aux connaissances et l'exprience acquises en voyageant que les jeunes adolescents deviennent des hommes72. Dans le village sonink de Kounda, au Mali, la mobilit diffrencie les hommes et les femmes73. La masculinit implique la libert de bouger, tandis que les femmes du village restent en grande partie la maison. Les hommes qui ne partent pas et restent conomiquement dpendants de leurs parents sont considrs comme des jeunes immatures et les femmes les surnomment tenes, un mot pjoratif qui signifie tre englu . Au Mali, on dit que migrer, c'est aller en aventure . Pour les Soninks, tre en aventure signifie tre sur la voie de l'ge adulte .

L'impact des mouvements migratoires sur la rpartition des revenus et les ingalits sociales est principalement une question de slection savoir, qui migre (voir chapitre 2)74. En gnral, les flux montaires associs aux migrations internationales ont tendance tre dirigs vers les plus riches, tandis que, sur le long terme du moins, les transferts de fonds effectus par les migrants internes ont tendance tre plus galitaires75. Ce type de schma s'est vrifi au Mexique et en Thalande, par exemple76. L'tude sur la Chine que nous avons commandite a galement rvl que les ingalits apparaissent d'abord au niveau des transferts internes avant de s'estomper77.

Si ce sont les plus aiss qui ont tendance partir, alors une rponse approprie consiste assurer l'accs aux services de base et aux opportunits dans le pays d'origine, ainsi qu' faciliter la mobilit des pauvres. Comme nous le verrons au chapitre 5, les pauvres ne devraient pas tre obligs de se dplacer pour pouvoir esprer envoyer leurs enfants dans de bonnes coles : ils devraient en avoir la possibilit chez eux, en plus de la possibilit de partir.

Ces dernires dcennies, les transferts de fonds collectifs destins des associations et d'autres groupes communautaires de la ville natale ont augment78. Ces fonds sont gnralement utiliss dans des projets d'infrastructures de base, comme la construction de routes et de ponts, la mise en place de systmes d'eau potable et d'coulement, le fonage de puits, l'installation de lignes lectriques et tlphoniques et d'autres travaux publics, comme la construction d'une glise locale ou la remise en tat d'un terrain de football. Parfois, ces projets sont cofinancs, l'exemple le plus connu tant le programme mexicain Tres Por Uno, destin augmenter les envois de fonds collectifs en garantissant aux associations de migrants que, pour chaque peso investi dans des projets de dveloppement local, les autorits fdrales, municipales et locales en investiront trois. Quoi qu'il en soit, le montant des fonds collectifs envoys ne reprsente qu'une fraction des sommes individuelles envoyes aux familles, aussi l'impact potentiel de tels programmes sur le dveloppement ne doit-il pas tre surestim79. Par exemple, on estime que, depuis 1990, les Philippins vivant aux tats-Unis ont fait don de 44 millions de dollars d'aide financire et matrielle des organismes caritatifs aux Philippines, un montant quivalent seulement 0,04 % du PIB en 200780.

La mobilit peut avoir un impact sur la vie sociale et politique du pays d'origine au sens large. Les migrs et leurs descendants peuvent revenir au pays et se retrouver directement impliqus dans des activits civiques et politiques. Sinon, l'investissement dans des entreprises, des visites frquentes dans le pays et/ou des initiatives collectives peuvent influencer les schmas de participation de la population locale. Au Liban, par exemple, de nouvelles forces politiques se sont formes, en particulier aprs l'accord de Ta'ef, sign en 1989, au fur et mesure que les migrants de retour dpensaient ce qu'ils avaient gagn l'tranger pour s'engager en politique81.

De plus en plus de donnes indiquent que les migrants ont stimul l'volution des institutions politiques de leur pays d'origine. Il s'avre que la rforme dmocratique progresse bien plus rapidement dans les pays en dveloppement ayant envoy davantage d'tudiants dans les pays dmocratiques82. Les connaissances et les ambitions ramenes de France par un groupe de Marocains ont permis au gouvernement local de leur rgion natale de mettre en place des investissements d'infrastructure de base83. Mais, si l'migration ne sert que de soupape de scurit pour vacuer la pression socio-politique, la volont de rformer de l'lite politique en place est restreinte84.

De mme qu'ils enrichissent le tissu social de leur pays d'adoption, les migrants peuvent jouer un rle d'acteur du changement politique et social s'ils retournent chez eux avec de nouvelles valeurs, ambitions et ides forges par leurs expriences l'tranger. Parfois, cela prend la forme d'un soutien la guerre civile, comme ce fut le cas de la diaspora sri lankaise, mais, la plupart du temps, l'engagement est plus constructif85. Des exemples contemporains connus incluent Ellen Johnson-Sirleaf, prsidente du Liberia et premire femme Chef d'tat en Afrique, ou Joaquim Chissano, ancien prsident du Mozambique et dsormais vtran respect de la politique. Reconnaissant les avantages potentiels de l'engagement de la diaspora, des gouvernements ont entam une politique active de main tendue86. Ainsi, le Maroc et la Turquie ont tendu aux migrants les droits politiques et conomiques et autoris la double nationalit87. Cependant, il reste dterminer si ces politiques d'engagement bnficient effectivement aux non-migrants ou si elles ne font que subventionner un groupe d'lite l'extrieur du pays. En amliorant son climat d'investissement, l'le Maurice (actuellement premier pays africain de l'indice Doing Business de la Banque mondiale) a galement fait revenir les migrs ; des schmas similaires ont t observs en Inde et en Turquie, pour ne citer qu'eux.



De plus en plus de donnes indiquent que les migrants ont stimul l'rvolution des institutions politiques de leur pays d'origine



4.1.4 Mobilit et stratgies nationales de dveloppement

Jusqu' prsent, les stratgies nationales de dveloppement et de rduction de la pauvret dans les pays en dveloppement ont eu tendance ne pas reconnatre le potentiel de la mobilit, ni intgrer la dynamique de celle-ci dans la planification et le suivi-valuation. Cela est en partie d aux autres priorits auxquelles sont confronts ces pays, qui vont de l'amlioration des systmes de fourniture de services la promotion d'une croissance grande chelle, en passant par la construction d'infrastructures de base.

Les points de vue nationaux sur les liens entre mobilit et dveloppement peuvent tre consults dans les rcents Rapports nationaux sur le dveloppement humain. Les faits en retenir sont rsums dans l'encadr 4.5.

Afin de nous faire une ide des rapports entre les stratgies nationales de dveloppement et la migration dans un nombre largi de pays, nous avons commandit une tude visant valuer le rle des mouvements migratoires dans les Stratgies nationales de rduction de la pauvret (SRP). Ces stratgies sont des dclarations d'objectifs et de politiques de dveloppement, labores par les pays pauvres dont les opinions sont souvent ignores dans les dbats sur la migration. Les SRP ont ceci d'intressant qu'elles impliquent galement la contribution des acteurs de la socit civile, ou des partenariats avec ceux-ci, et sont conues pour se fonder sur des valuations quantitatives et participatives de la pauvret et pour matrialiser le sens donn aux priorits gouvernementales88. Elles sont galement importantes dans la mesure o les partenaires internationaux se sont engags aligner leur aide sur celle de ces stratgies nationales, compte tenu de l'importance de la prise en main du dveloppement par le pays.



Encadr  4.5 Mobilit et dveloppement humains : perspectives de quelques pays en dveloppement

De rcents Rapports nationaux sur le dveloppement humain (RNDH), notamment ceux d'Albanie du Mexique et du Salvador ont tudi les consquences de la mobilit sur le dveloppement. Dans d'autres pays, le RNDH s'est pench sur la manire dont la mobilit influence des aspects prcis du dveloppement, comme le rle de la socit civile (gypte), le dveloppement rural (Ouganda), la croissance conomique (Moldavie), la cohsion sociale (Cte d'Ivoire) et les ingalits sociales (Chine).

Le RNDH du Mexique identifie les ingalits comme tant le facteur le plus dterminant des flux migratoires et la migration comme un facteur qui modifie l'offre d'opportunits pour autrui, notamment pour ceux qui restent. D'aprs l'Enqute nationale sur l'emploi, le migrant mexicain lambda est lgrement plus instruit que la moyenne et peroit des revenus intermdiaires, mais est originaire d'une municipalit marginalise ; les principaux facteurs de motivation sont donc un ensemble initial d'aptitudes, conjugu une absence d'opportunits. Le rapport montre que les impacts globaux de la migration sur le dveloppement humain au Mexique sont complexes et qu'ils dpendent du profil et des ressources des diffrents groupes. Par exemple, alors que la migration tend rduire les ingalits d'ducation, surtout chez les filles, elle peut galement dcourager les investissements dans des tudes suprieures dans les communauts o la plupart des migrants se rendent l'tranger pour occuper des emplois peu qualifis.

Un tableau diffrent nous est propos par le Salvador, o les migrants reprsentent 14 % de la population et o l'impact de la migration s'observe davantage au niveau macroconomique. La rcente acclration de la migration est considre comme un facteur qui a contribu la transition du pays vers une conomie de services, qui s'est lourdement repose sur les transferts de fonds et sur une mosaque de petits commerces spcialiss dans la fourniture de biens et de services aux migrants et leurs familles, notamment des produits dits nostalgiques et des services de communication. Le rapport suggre que la migration confre davantage de mobilit sociale aux personnes relativement pauvres, grce leurs rapports l'conomie mondiale.

Source : PNUD (2000; 2004Aa; 2005a,b; 2006a; 2007c,e; 2008c).



ce jour, la SRP du Bangladesh est peut-tre celle qui traite de la manire la plus complte les rapports entre migration et dveloppement. Les SRP les plus rcentes en Albanie, au Kirghizistan et au Sri Lanka mettent en avant les questions lies la migration. De nombreux pays africains reconnaissent le rle des transferts de fonds, des avantages du retour et de la migration circulaire des expatris qualifis, ainsi que la valeur des transferts de connaissances par ces personnes. Plusieurs stratgies sont destines attirer des investissements en faveur du dveloppement en provenance des membres aiss de la diaspora.

Autrefois, les analyses du traitement des mouvements migratoires internationaux dans les SRP s'appuyaient en partie sur le nombre d'occurrences du mot migration 89. Une mthode certes simple, mais peu pertinente. Il est toutefois frappant de constater qu'il n'existe dans les SRP aucune corrlation significative entre le nombre de rfrences la migration et les diverses donnes indiquant son ventuelle importance pour le dveloppement national, comme par exemple la part de la population vivant l'tranger, la quantit de transferts de fonds et le taux d'urbanisation90.

Les SRP ont prsent une large palette de politiques lies aux migrations mme si, bien souvent, ces politiques ne reposent pas de manire explicite sur des analyses antrieures. Dans de nombreux cas, l'tat des connaissances sur les relations entre une initiative propose et l'impact escompt pour le dveloppement se rvle insuffisant, ce qui souligne la ncessit de disposer de meilleures donnes et analyses.

En gnral, les SRP admettent la complexit de la migration internationale et reconnaissent aussi bien ses avantages opportunits de dveloppement et rduction de la pauvret que ses ventuelles consquences ngatives. Certaines tendent mettre l'accent sur les points positifs. Ainsi, en thiopie, au Npal, au Sngal et en Ouzbkistan, les SRP les plus rcentes envisagent l'migration comme une opportunit, sans en mentionner les inconvnients ventuels. Les stratgies les plus rcentes insistent sur le rle des transferts de fonds, notamment celles du Bangladesh, de la Rpublique dmocratique du Congo, du Ghana, de la Rpublique dmocratique populaire lao, du Liberia, du Pakistan, du Timor oriental et de l'Ouzbkistan.

Plusieurs stratgies orientent leurs politiques vers la migration. Une distinction peut tre tablie entre les politiques largement proactives/facilitatrices et celles qui privilgient les notions de rgulation/contrle (tableau 4.1). La lutte contre le trafic, la prvention des migrations clandestines, ainsi que la modernisation et le renforcement des services d'immigration et de douanes sont souvent voqus. Il est frappant de constater la manire dont certaines de ces politiques font cho celles qui sont prconises par les gouvernements des pays riches.

Pour rsumer, mme si le cadre de SRP n'est gnralement pas destin traiter de la politique migratoire en soi, il pourrait se rvler utile pour intgrer les questions de migration et de dveloppement. Il faudra, pour incorporer cette dimension dans une stratgie de gestion globale du dveloppement, investir dans des donnes et des analyses, sans oublier de consulter les diverses parties prenantes. Ces enjeux sont discuts plus loin dans le chapitre 5.

4.2 Effets sur les lieux de destination

Les dbats sur la migration s'attardent souvent sur les impacts conomiques et sociaux sur les pays d'accueil riches. Le prsent rapport a dlibrment cherch rtablir l'quilibre en commenant par voquer les migrants et leurs familles, puis en se concentrant sur les pays dont ils sont originaires. Toutefois, cela ne veut pas dire que les impacts sur les habitants des communauts d'accueil n'ont pas d'importance.

Dans de nombreux pays dvelopps, la part de migrants dans la population totale a rapidement augment depuis cinquante ans. On estime prsent que ce pourcentage est deux chiffres dans plus d'une dizaine de pays de l'OCDE91. Comme voqu au chapitre 2 et dtaill dans le tableau statistique A, c'est en Ocanie qui inclut l'Australie et la Nouvelle-Zlande que cette proportion est la plus leve (16 %), suivie de l'Amrique du Nord (13 %) et de l'Europe (8 %). En revanche, elle se situe entre 1 % et 2 % seulement dans les trois principales rgions en dveloppement, savoir l'Afrique, l'Asie et l'Amrique latine-Carabes. Les pays enregistrant les pourcentages les plus levs se trouvent parmi les tats du Conseil de coopration du Golfe et en Asie du Sud-Est, avec 63 % au Qatar, 56 % aux mirats arabes unis, 47 % au Kowet et 40 % Hong-Kong (Chine). Les impacts rels et perus de l'immigration sont cruciaux, ne seraitce que parce que ces perceptions influencent le climat sociopolitique dans lequel les rformes politiques sont dbattues et dcides.

Nous commencerons cette section par une analyse des impacts conomiques de l'immigration dans son ensemble, avant de nous focaliser sur le march du travail et les aspects budgtaires. Pour chaque type d'impact, il existe d'importantes questions de rpartition : des bnfices globaux existent, mais ils ne sont pas rpartis de manire quilibre.

4.2.1 Impacts conomiques

L'impact de la migration sur le taux de croissance totale des pays de destination a fait l'objet de nombreuses discussions, mais il est difficile d'effectuer une mesure fiable. Les donnes et les complexits mthodologiques posent en effet problme, d'autant plus qu'il faut distinguer les effets directs des effets indirects et dterminer leur chelonnement dans le temps (voir encadr 1.1).



Tableau4.1 Les SRP reconnaissent les impacts multiples de la migration
Mesures politiques concernant la migration internationale dans les SRP

image

Source: Adapt de Black et Sward (2009).

Remarque : 84 stratgies de rduction de la pauvret tudies.





Les migrants peuvent gnrer des avantages conomiques plus larges, notamment des taux d'innovation plus levs



La thorie conomique prvoit des gains totaux significatifs rsultant des mouvements migratoires, tant pour les migrants que pour les pays de destination. C'est parce que la migration, comme le commerce international, permet aux personnes de se spcialiser et de tirer parti de leurs atouts relatifs. La plupart des avantages reviennent aux individus qui migrent, mais certains bnficient aux rsidents des pays de destination, ainsi qu'aux habitants des pays d'origine, grce aux flux financiers ou autres. D'aprs l'tude commande pour le prsent rapport, les estimations fondes sur un modle d'quilibre gnral de l'conomie mondiale indiquent que les pays de destination capteraient environ un cinquime des bnfices si le nombre de migrants augmentait de 5 % dans les pays dvelopps, ce qui reprsenterait 190 milliards de dollars92.

Afin de complter notre examen des tudes par pays, nous avons commandit une tude en vue d'tablir un nouvel ensemble de donnes sur les flux et les stocks migratoires, avec des donnes annuelles cohrentes sur la nature des emplois, les heures travailles, l'accumulation de capital et l'volution des lois sur l'immigration dans 14 pays de destination faisant partie de l'OCDE et dans 74 pays d'origine sur la priode 1980-200593. Notre tude a montr que l'immigration accrot l'emploi, qu'il n'existe aucune preuve d'un effet d'viction sur les autochtones et que l'investissement constitue une suite logique. Ces rsultats signifient que, court terme, la croissance dmographique rsultant des migrations augmente le PIB rel par habitant dans une proportion d'un pour un (c'est--dire que si la population s'accrot de 1 % grce l'immigration, le PIB augmente de 1 %). Ce chiffre est raisonnable, tant donn que, dans la plupart des cas, les flux migratoires annuels ne reprsentent qu'une fraction de point de pourcentage de la population active du pays d'accueil. En outre, ces flux sont largement prvisibles, ce qui signifie qu'un ajustement complet des investissements par habitant est possible, mme court terme.

Au niveau de chaque pays, du moins ceux de l'OCDE, des rsultats similaires ont t trouvs ( savoir que la migration accrue a des consquences neutres ou positives sur le revenu par tte). Par exemple, des simulations effectues aprs l'largissement de l'Union europenne en 2004 indiquent que les niveaux de production au Royaume-Uni et en Irlande, deux pays ayant autoris l'arrive grande chelle de travailleurs originaires des nouveaux tats membres de l'Europe de l'est, devraient tre de 0,5 % 1,5 % plus levs au bout de dix ans environ94. Dans les pays o les migrants reprsentent une part plus leve de la population et de la force de travail les pays du Conseil de coopration du Golfe, par exemple , on peut s'attendre ce que les contributions totales et sectorielles l'conomie soient plus importantes. Malheureusement, il n'existe pas d'analyse empirique dtaille.

Les migrants peuvent gnrer des avantages conomiques plus larges, notamment des taux d'innovation plus levs. Dans un certain nombre de pays de destination, on a observ que les gains de productivit sont imputables aux contributions des tudiants et des scientifiques trangers la base de connaissances. Les donnes concernant les tats-Unis montrent que, entre 1950 et 2000, les migrants qualifis ont donn un coup de fouet l'innovation : une augmentation de 1,3 % de la part des immigrs dans le nombre de diplms universitaires a induit une hausse massive de 15 % du nombre de brevets par habitant, grce notamment aux contributions remarques des diplms en science et en ingnierie et ce, sans aucune consquence ngative pour l'activit d'innovation de la population locale95.

En matire de comptences, les pays se font donc explicitement concurrence au niveau mondial et la part de diplms parmi les migrants varie en consquence96. Les tats-Unis, en particulier, sont capables d'attirer des talents trangers grce la qualit de leurs universits et de leurs infrastructures de recherche, ainsi qu' une rglementation sur les brevets avantageuse97. En Irlande et au Royaume-Uni, la part de migrants ayant tudi dans le tertiaire dpasse les 30 %, tandis qu'en Autriche, en Italie et en Pologne, elle est infrieure 15 %98. Les pays qui offrent des conditions d'entre plus souples et des volutions de carrire plus prometteuses attirent plus facilement les migrants, tandis que les restrictions portant sur la dure de sjour, les conditions d'obtention de visa et l'volution de carrire, comme c'est le cas en Allemagne, restreignent l'intrt. Cela a entran des dbats sur un projet de carte bleue ou de permis de travail europen une ide ayant reu un premier soutien de la part du Parlement europen et l'approbation du Conseil europen99. Singapour et Hong-Kong (Chine) ont des politiques explicites d'accueil de professionnels trangers hautement qualifis. Ces politiques vont de l'autorisation pour les immigrants de faire venir leur famille, en facilitant la rsidence permanente au bout d'une certaine priode (deux ans Singapour, sept Hong-Kong (Chine)), la possibilit de naturalisation100.

Des programmes ayant vocation attirer des travailleurs qualifis peuvent tre conus via un systme gnral de points, en fonction de l'apprciation de la situation de l'emploi et/ou des exigences des employeurs (chapitre 2). Il peut tre difficile de mettre en place une approche centralise de la planification de la main-d'uvre, surtout face aux changements structurels et aux crises conomiques. Les systmes de points, qui ont l'avantage de la simplicit, sont utiliss par les gouvernements des pays de destination pour encourager la venue de migrants hautement qualifis ou attirer des travailleurs en cas de pnurie sur le march du travail national, comme par exemple le programme australien de migration qualifie.

Les mouvements migratoires peuvent stimuler l'emploi et les activits au niveau local, mais de tels effets risquent d'tre spcifiques chaque contexte. Les migrants ont galement un impact sur le niveau et la composition de la demande des consommateurs, par exemple en matire de produits dits nostalgiques ou de biens et services disponibles localement proximit du logement et du lieu de travail. L'tude que nous avons commandite sur ce type d'impacts en Californie a mis jour des faits suggrant qu'un afflux d'immigrants durant la dcennie 1990 dans certaines rgions prcises (choisies pour capter le vivier potentiel de clients pour diffrentes entreprises) tait positivement li une croissance de l'emploi plus leve dans certains secteurs, en particulier dans les services ducatifs. L'effet sur la composition de la demande tait quant lui mitig : une grande proportion de migrants tait associe quelques entreprises de petite taille et commerces de dtail indpendants, mais davantage de grands discounters. Dans le mme temps, conformment aux attentes, l'tude a montr qu'une immigration accrue induisait une plus grande diversit ethnique dans le secteur de la restauration101.



L'impact agrg de l'immigration sur le salaire des travailleurs locaux peut tre positif ou ngatif, mais relativement faible court et long termes



4.2.2 Impacts sur le march du travail

Les impacts de la migration sur l'emploi et les salaires des pays de destination sont controverss, en particulier dans les pays enregistrant de faibles niveaux de scolarisation. Les enqutes d'opinion montrent que l'on s'inquite beaucoup d'une hypothtique baisse des salaires provoque par l'immigration102. Les dbats universitaires sur la question sont anims, notamment aux tats-Unis. Il est pourtant frappant de constater que la plupart des tudes empiriques menes dans l'OCDE tirent des conclusions similaires, savoir que l'impact agrg de l'immigration sur le salaire des travailleurs locaux peut tre positif ou ngatif, mais relativement faible court et long termes103. En Europe, les tudes portant sur plusieurs ou un seul pays montrent que l'impact de la migration sur le salaire moyen de la population locale est faible, voire nul104.

Dans le mme temps, il faut reconnatre que la raction des salaires face l'immigration ne sera probablement pas rpartie galit parmi tous les travailleurs et sera la plus prononce l o les travailleurs ns sur place concurrencent les immigrants. Les dbats ont prcis que ce n'est pas seulement de nombre total de migrants qui importe, mais galement la combinaison de leurs comptences. Le type de comptences apportes par les migrants joue sur les opportunits de salaires et d'emploi de diffrents segments de la population locale, parfois de manire subtile. Si les aptitudes des travailleurs migrants compltent celles des travailleurs locaux, alors ces deux groupes en tireront bnfice105. Si ces comptences sont exactement les mmes, alors la concurrence sera accrue et les travailleurs locaux y perdront probablement. Toutefois, il ne s'agit pas d'une conclusion absolue : souvent, les rsultats sont mitigs, avec des gagnants et des perdants dans les deux groupes. L'valuation de ces impacts est problmatique, car il est difficile de mesurer le degr auquel les comptences de diffrents groupes sont complmentaires ou se substituent les unes aux autres, notamment entre diffrents pays106.



Les migrants peuvent favoriser la participation de la main-d'uvre chez les femmes des communauts locales



Un exemple saisissant de complmentarit est la manire dont les migrants peuvent favoriser la participation de la main-d'uvre chez les femmes des communauts locales107. L'existence de systmes de garde des jeunes enfants peut librer les jeunes mres et leur permettre de sortir chercher un emploi. Il existe, sur le plan documentaire, un consensus selon lequel les migrants peu qualifis compltent gnralement la force de travail locale en Europe108. Cela peut tre en partie imputable au fait que les migrants sont plus mobiles que les travailleurs locaux, comme en Italie, par exemple109. Mais surtout, les immigrs sont souvent disposs accepter les emplois dont les locaux ne veulent plus garde d'enfants, soins aux personnes ges (trs demands dans les socits vieillissantes), travaux domestiques, restauration, htellerie et autres emplois du secteur de l'accueil.

Comme nous l'avons indiqu, l'impact moyen relativement faible sur la paie peut masquer de considrables carts entre diffrents types de travailleurs locaux. Il existe une vaste documentation empirique consacre l'impact de l'immigration sur la rpartition des salaires dans les pays dvelopps. Aux tats-Unis, l'impact estim sur le salaire des travailleurs non qualifis varie entre -9 % et +0, 6%110. Les locaux ayant un faible niveau de scolarisation peuvent cependant avoir un avantage sur les migrants, non seulement au niveau de la langue, mais galement de la connaissance des institutions, des rseaux et des technologies du pays, ce qui leur permet de se spcialiser dans des tches complmentaires et mieux rmunres111.

L'imparfaite substituabilit entre main-d'uvre trangre et main-d'uvre locale est confirme par de rcentes donnes qui suggrent que les travailleurs les plus affects par l'arrive de nouveaux immigrants sont les anciens immigrs. Ils sont les premiers ressentir le moindre ajustement du march du travail, puisque les nouveaux arrivants les concurrencent. Au Royaume-Uni, par exemple, la concurrence accrue entre les migrants au dbut des annes 2000 a pu creuser de 6 % l'cart entre le salaire des locaux et celui des migrants112.

Bien que les donnes concernant les consquences sur l'emploi soient moins compltes, elles suivent globalement un schma similaire. Des enqutes dtailles n'ont pas pu tablir de relation systmatique entre immigration et chmage. Cette lacune est en partie attribuable la segmentation du march du travail, puisque les trangers peu qualifis acceptent des emplois peu attractifs pour les locaux, ce qui permet ces derniers de se tourner vers d'autres secteurs et d'autres emplois. En Irlande et au Royaume-Uni, les afflux massifs lis l'largissement de l'Union europenne n'ont pas entran de dplacement des travailleurs locaux, pas plus qu'ils n'ont augment le chmage. De rcentes expriences en Europe sous-tendent donc l'ide que les travailleurs migrants n'ont pas d'impact important sur l'emploi des locaux. Une tude europenne a rvl qu'une augmentation de 10 % de la part des immigrs dans l'emploi total diminuerait l'emploi des rsidents de 0,2 % 0,7 %113.

Ces rsultats conomtriques doivent galement tre interprts la lumire des faits concernant les inconvnients migratoires sur le march du travail, qui ont t examins au chapitre 3. Ici comptent les facteurs lgaux et institutionnels, tant dans leur conception que dans leur mise en application. Si les travailleurs immigrs chappent l'ensemble des arrangements formels qui protgent les salaires et les conditions de travail, il pourrait bien s'ensuivre une comptition injuste avec les travailleurs locaux. On peut prvoir un rsultat similaire lorsque des personnes sont exclues des syndicats ou lorsque la mise en application de la rglementation laisse dsirer. Mme dans les pays o le march du travail est bien rgul, les travailleurs irrguliers ont souvent tendance passer inaperus la noyade des pcheurs de coques chinois dans la baie de Morecambe (Royaume-Uni) fut un cas mdiatis d'absence d'application des normes de sant et de scurit. Une rcente tude britannique a montr que des tendances structurelles plus gnrales, en particulier l'utilisation de contrats de travail intrimaires (temporaires), qui sont synonymes de droits rduits pour les travailleurs, sont des facteurs significatifs qui influencent les rmunrations et les conditions de travail des trangers. De nombreux chiffres font tat de salaires infrieurs au minimum lgal, notamment pour les jeunes immigrs114.

Dans les conomies mergentes et en dveloppement, les preuves empiriques des impacts de l'immigration sur le march du travail sont rares. Une tude rcente sur la Thalande, qui s'est employe dterminer si les salaires sont plus faibles dans les lieux enregistrant de fortes concentrations de migrants, a montr qu'une hausse de 10 % du nombre de migrants rduisait le salaire des Thalandais locaux d'environ 0,2 %, mais ne diminuait pas l'emploi ou la migration interne115. Des simulations effectues pour Hong-Kong (Chine) ont rvl que mme des augmentations plus importantes du nombre de nouveaux immigrants (de l'ordre de 40 %) ne baisseraient pas les salaires de plus de 1%116. Dans la mesure o ces immigrants ne peuvent trouver du travail que sur le march informel, leur arrive aura un plus grand impact sur les autochtones qui travaillent eux-mmes dans la clandestinit. Dans de nombreux pays en dveloppement, le travail informel est omniprsent, aussi les migrants sont-ils susceptibles de rejoindre un segment dj large du march.

4.2.3 Urbanisation rapide

Une croissance urbaine rapide, qui peut-tre en partie attribuable la migration interne, peut poser de srieux problmes. Alors que certains peuvent tre attirs par les plus nombreux dbouchs qu'offrent les villes, il est vrai que les services et quipements locaux peuvent avoir supporter une forte pression. C'est ce que l'on peut observer dans de grandes villes comme Calcutta et Lagos, ainsi que dans une multitude de villes moyennes, de Colombo Nairobi, en passant par Guayaquil. De nombreux migrants arrivant avec leur famille dans des pays en dveloppement finissent dans des taudis ou des bidonvilles, en gnral la priphrie des grandes villes. Les rsidents de ces zones font souvent face des cots de service levs. Ils sont galement soumis aux risques d'inondations et de glissements de terrain, sans parler du harclement livr par les autorits, ainsi que des violences, des vols ou des extorsions de la part de criminels.

Lorsque cette tendance est provoque par une baisse du niveau de vie et l'insuffisance des services d'assistance dans les lieux d'origine, le taux de migration vers les centres urbains peut excder la demande en main-d'uvre et la prestation de services117. Dans ces conditions, il en rsulte un chmage structurel et un sous-emploi levs. De plus, lorsque les autorits locales sont mal prpares la croissance dmographique et font face des contraintes institutionnelles et financires, cela risque de se traduire par une hausse rapide des disparits de revenus et de confort social, accompagne d'une segmentation urbaine entre des zones relativement prospres et sres, dotes de services de qualit, et des zones interdites o les conditions de vie se dgradent. En revanche, lorsque la population est attire en ville par les possibilits d'emploi, les bnfices nets sont susceptibles de s'accrotre, dans la mesure o la concentration d'ides, de talents et de capitaux a des retombes positives. Cela a par exemple t observ en Rpublique de Core118.



Lorsque la population est attire en ville par les possibilits d'emploi, les bnfices nets sont susceptibles de s'accrotre, dans la mesure o la concentration d'ides, de talents et de capitaux a des retombes positives



Ces scnarios contradictoires soulignent l'importance d'une bonne gouvernance urbaine, que l'on peut dfinir comme la somme des nombreuses manires dont les individus et les institutions publiques et prives planifient et grent la vie de la ville. Les aspects les plus importants de la gouvernance urbaine pour les immigrants sont, entre autres : des ressources financires adquates, devant souvent tre gnres par la fiscalit locale, des politiques de tarification quitable pour les services et les quipements sociaux de base, l'extension des services aux zones habites par les immigrs, une rglementation impartiale du secteur informel, des services de proximit et d'assistance (cours de langue, par exemple) destins aux trangers et la responsabilit politique, au moyen de mcanismes tels que la reprsentation au niveau des autorits locales, la publication de normes de performance pour les principaux services, ainsi que des audits indpendants rguliers et la publication de comptes municipaux.

Les tudes de terrain fournissent des indications utiles sur la manire dont les autorits d'une ville traitent les flux de population et les enjeux plus gnraux de la pauvret urbaine. Les rsultats suggrent que la dcentralisation et la dmocratisation peuvent donner davantage d'occasions aux pauvres de faire pression et d'obtenir des avantages progressifs, du moins en termes de fourniture d'infrastructures119. Le fait d'avoir une voix et que cette voix soit entendue semble protger les pauvres des pires excs de la mauvaise gouvernance, en particulier du harclement et de l'limination des commerants informels120. L'argument d'Amartya Sen concernant les effets positifs des processus dmocratiques et de la presse libre trouve manifestement des chos121.



Un migrant dont l'enfant frquente une cole publique peut fournir des services de garde qui faciliteront l'accs l'emploi d'une femme qualifie et tous deux paient des impts



Il est clair, toutefois, que certaines municipalits ont utilis des leviers qui ont eu des rpercussions ngatives pour les migrants. Ainsi, une tude des expriences d'urbanisation en Asie, commandite pour le prsent rapport, montre qu'un certain nombre de gouvernements continuent de poursuivre des politiques destines ralentir l'immigration. Elle a rvl que plusieurs pays ont vacu des bidonvilles par la force et repouss les pauvres vers des zones priphriques dpourvues de tout service122. Dhaka, au Bangladesh, quelque 29 zones de taudis, o vivaient 60 000 personnes, ont t dtruites par les autorits dbut 2007. Jakarta, en Indonsie, la politique de ville ferme exige des migrants qu'ils prsentent une preuve d'emploi et de logement, ce qui rend difficile la possibilit de sjourner lgalement, tandis qu'une loi adopte en septembre 2007 rend illgaux les campements de squatteurs en bord de rivire ou de route. Parfois, ce type d'intervention peut conduire des arrestations, comme au Bangladesh avec les expulsions d'Agargoan et d'autres campements123. Il semble que les expulsions massives soient plus courantes lorsque la dmocratie et la responsabilit politique sont faibles, comme le dmontrent les destructions de bidonvilles qui ont eu lieu en 2005 autour de Harare, au Zimbabwe.

Pour finir, les perceptions populaires chez les locaux en Europe et aux tats-Unis, ainsi qu'en Afrique du Sud, par exemple, associent les migrants aux augmentations de prix sur certains marchs privs, comme celui de la location immobilire. notre connaissance, aucune tude n'tablit l'existence d'un tel fait.

4.2.4 Impacts budgtaires

Il est un moyen populaire de mesurer l'impact de la migration, sans pour autant en reflter les vritables consquences conomiques et sociales, qui consiste tudier la perception des changements que la migration apporte la situation budgtaire du gouvernement124. Dans tout le spectre politique, les mmes inquitudes sont souvent partages quant aux effets de la migration sur l'tat-providence. Notre analyse de l'enqute European Social Survey de 2002 suggre que jusqu' 50 % de la population europenne s'inquitent de la charge budgtaire nette que reprsentent les migrants, les plus inquiets ayant tendance tre moins bien instruits, plus gs et/ou sans emploi. Ces proccupations sont trs fortes en Rpublique tchque, en Grce, en Hongrie et en Irlande, beaucoup moins en Italie, au Luxembourg, au Portugal et en Sude. D'aucuns s'inquitent de la hausse des cots, d'autres de la durabilit face une cohsion sociale rduite. Certains gouvernements ont cherch rpondre ces proccupations en imposant des priodes d'attente avant de pouvoir prtendre certains avantages, comme par exemple en Australie, en Nouvelle-Zlande et au Royaume-Uni.

Les immigrants prennent-ils plus qu'ils ne donnent ou l'inverse ? C'est une question extrmement polmique qui, selon nous, a accapar d'une manire injustifie l'attention des opinions publiques. Il est dj difficile d'estimer l'utilisation des services publics par les migrants et le calcul des contributions fiscales qu'ils paient en retour ne fait qu'ajouter un degr supplmentaire de complexit. Un migrant dont l'enfant frquente une cole publique peut fournir des services de garde qui faciliteront l'accs l'emploi d'une femme qualifie et tous deux paient des impts.

Dans la pratique, il existe un cart important entre les pays au niveau de l'existence et de la gnrosit des avantages sociaux et au niveau de l'admissibilit des migrants. Des tudes conduites aux tats-Unis, qui proposent peu d'avantages sociaux pour un pays riche, ont trouv des carts d'estimation, mais la tendance gnrale reste la mme : les migrants de la premire gnration ont tendance gnrer des cots budgtaires nets, tandis que les gnrations suivantes produisent de larges excdents budgtaires125. Dans le mme temps, les impts acquitts par les migrants peuvent ne pas atteindre les niveaux de services qui leur sont fournis par le gouvernement. Lorsque le nombre d'immigrs est sous-estim et que les transferts budgtaires vers les autorits locales sont effectus en fonction du nombre d'habitants ou des besoins, il peut arriver que les localits qui supportent les charges les plus lourdes pour tendre les services de base aux immigrs manquent aussi des ressources adquates pour ce faire.

Les collectivits locales reprsentent en gnral une part significative des dpenses totales du gouvernement et ont souvent la charge de financer les services de base, dont ceux destins aux migrants. Selon le Fonds montaire international126, la part des dpenses effectues en 2007 par les autorits locales des pays dvelopps allait de 63 % au Danemark 6 % en Grce. Cette part est importante dans un certain nombre d'autres grands pays de destination, notamment la Fdration de Russie (51 %) et l'Afrique du Sud (47 %). Mais il existe des exceptions, comme par exemple la Thalande, o cette part est infrieure 15 %. Ainsi, en fonction de la structure des finances publiques, les migrants pourraient imposer des cots budgtaires nets au niveau gouvernemental tout en tant contributeurs nets aux recettes publiques. Par exemple, le cot des services ducatifs et de sant, qui peuvent inclure des programmes spciaux de type cours de langue, peut tre pris en charge par les collectivits locales, alors que l'impt sur le revenu revient au gouvernement central.

Aux tats-Unis, les questions budgtaires semblent influencer les prfrences de diffrents groupes en matire de politiques d'immigration. Une tude a montr que les locaux ont tendance tre favorables la rduction de l'immigration lorsqu'ils vivent dans des tats comptant de fortes populations de migrants et faisant preuve de gnrosit dans les avantages sociaux consentis127. Cette opinion est plus prononce chez les locaux qui ont un potentiel de revenu lev et qui se trouvent dans les tranches d'imposition suprieures. Des rsultats similaires ont t obtenus sur un chantillon de plus de vingt pays en Europe128.

Dans les pays qui disposent d'un systme d'imposition progressive et de prestations sociales, les immigrs peu qualifis, les rfugis et les personnes admises dans le pays au titre d'un programme de regroupement familial sont associs des cots budgtaires nets plus levs. Dans certains pays europens, les immigrants, outre leur contribution dmographique au pays, apparaissent plus dpendants des programmes sociaux que les locaux, mais ce n'est certainement pas le cas dans tous les pays129. La diffrence provient, du moins partiellement, de la relative gnrosit des systmes de protection sociale.



Qu'ils soient positifs ou ngatifs, les impacts budgtaires nets de l'immigration sont relativement ngligeables



Durant la rcession de 2008-09, la monte du chmage et les difficults rencontres par les migrants devraient se traduire par des cots supplmentaires pour les finances publiques, mme si le degr de concrtisation dans les faits reste observer. Les facteurs dterminants dans chaque pays seront la proportion de migrants dans les sans-emploi et la structure des allocations chmage, en particulier les rgles d'admissibilit. Mme dans les pays disposant d'un systme de protection sociale bien dvelopp, l'accs des migrants ces avantages peut tre limit. Une rcente tude a prdit que, parmi les pays europens, l'Estonie, la France et la Lettonie risquaient d'avoir faire face une charge financire plus lourde cause du cot des avantages sociaux obtenus par les migrants durant le ralentissement de 2009, tandis que l'Autriche, la Finlande, l'Allemagne, l'Irlande et l'Espagne enregistreraient des hausses moins marques130. Dans de nombreux pays en dveloppement, la question de l'augmentation des cots budgtaires en priode de rcession n'est gnralement pas souleve, car les avantages sociaux ne sont tout simplement disponibles pour personne.

La migration est parfois vante comme une solution une crise financire imminente conjugue au vieillissement rapide dans de nombreux pays dvelopps (chapitre 2). Ceci ncessiterait que les migrants soient des contributeurs nets au systme budgtaire, court et moyen termes. Les cots long terme, lorsque les migrants prennent leur retraite, doivent galement tre pris en compte. Ces deux facteurs impliquent la ncessit soit d'augmenter continuellement l'immigration, soit, de manire plus raliste, d'augmenter les contributions de scurit sociale des migrants de plus en plus nombreux qui travaillent, tout en introduisant des changements structurels dans la conception des systmes de scurit sociale et de retraite.

Qu'ils soient positifs ou ngatifs, les impacts budgtaires nets de l'immigration sont relativement ngligeables. Si l'on rassemble les diffrents impacts en matire de PIB, la plupart des estimations pour les tats-Unis et l'Europe chiffre l'impact budgtaire net de l'immigration autour 1 % du PIB131. Ce taux est par exemple de 0,65 % au Royaume-Uni132. Ces estimations indiquent que les consquences budgtaires de l'immigration ne doivent pas constituer un facteur dterminant lors de l'laboration des politiques publiques.



La seule prsence de nouveaux arrivants aux histoires diffrentes peut constituer un dfi, surtout dans les socits traditionnellement homognes



Certains gouvernements des pays de destination imposent le paiement de droits supplmentaires aux migrants, en vertu du principe selon lequel les individus qui peroivent des avantages bien suprieurs ceux dont bnficie le contribuable local devraient davantage contribuer. En 1995, le Canada a introduit un droit de rsidence permanente quivalent 838 dollars amricains et exigible avant l'mission d'un visa (mais remboursable si le candidat voit sa demande refuse ou n'y donne pas suite). Depuis, plusieurs amendements ont cherch attnuer les impacts ngatifs en instaurant une option de prt, davantage de souplesse dans le calendrier de paiement, l'exemption de ces frais pour les rfugis, les personnes protges et les enfants charge, puis une division par deux du montant de ces droits, en 2006. En sus de ces droits, il existe des frais de gestion de 430 dollars pour les adultes (86 dollars pour les personnes charge). Toutefois, au Canada comme dans d'autres cas similaires, il n'y a aucun rapport direct entre les recettes gnres par ces droits et le financement des programmes d'intgration. Le Royaume-Uni a rcemment impos un droit d'tablissement d'un montant plus symbolique de 50 livres sterling (93 dollars). Ces deux exemples semblent plus aller dans le sens de l'apaisement des craintes populaires que vers la gnration de recettes pour couvrir les cots budgtaires.

4.2.5 Perceptions et proccupations sur la migration

Dans nombre de pays, les questions migratoires prtent controverse. La seule prsence de nouveaux arrivants aux histoires diffrentes peut constituer un dfi, surtout dans les socits traditionnellement homognes. De manire gnrale, trois types de proccupations corrles peuvent tre distingues, savoir la scurit et la criminalit, les facteurs socio-conomiques et les facteurs culturels133. Nous terminerons ce chapitre en abordant tour tour chacun de ces aspects.

Suite aux attentats terroristes de 2001 aux tats-Unis, les questions de scurit sont devenues une priorit de l'agenda politique. L'un des principaux problmes tant alors l'association, relle ou prsume, d'trangers dloyaux, ainsi que la menace du terrorisme. De telles peurs sont loin d'tre nouvelles, puisqu'elles se sont manifestes plusieurs reprises pour gnrer un sentiment anti-immigrs dans l'histoire. Citons en exemple les Chinois d'Indonsie, souponns de subversion politique en faveur de la Chine communiste des annes 1960, ou encore les minorits ethniques russes des tats baltes, souponnes d'avoir sap l'indpendance nouvellement acquise de ces pays aprs l'effondrement de l'Union sovitique au dbut des annes 1990. Ces proccupations s'apaisent normalement avec le temps, mais refont rgulirement surface sous de nouvelles formes en priode d'instabilit et de changement politique.

Les proccupations d'ordre scuritaire drivent galement des liens perus entre l'immigration et la criminalit, souvent voques dans les dbats populaires sur la migration. Nous avons dcouvert que plus de 70 % des personnes ayant rpondu l'European Social Survey de 2002 pensaient que les trangers aggravaient la criminalit dans un pays, un taux passant plus de 85 % en Allemagne, en Rpublique tchque et en Norvge. Comme l'illustre le film Le Parrain, les strotypes associant les immigrants la criminalit ont longtemps t propags par les mdias populaires, qui voquent souvent des violences perptres par diffrents groupes d'immigrants, notamment la mafia italienne, les triades chinoises et les gangs d'Amrique centrale, comme la Mara Salvatrucha, au Salvador.

Les donnes ne confirment pas ces strotypes. Elles rvlent nanmoins des carts significatifs dans les taux de criminalit chez les immigrants, selon les pays. Les donnes du recensement amricain de 2000 montrent que, dans chaque groupe ethnique, les taux d'incarcration des jeunes hommes sont infrieurs chez les immigrants, mme les moins duqus. En moyenne, chez les hommes de 18 39 ans (qui composent la grande majorit de la population carcrale), le taux d'incarcration des locaux tait de 3,5 % en 2000, soit cinq fois plus que les 0,7 % d'trangers134. Des tudes antrieures concernant les tats-Unis avaient relev des chiffres similaires135. En revanche, la situation est beaucoup plus htrogne en Europe. Les donnes du Conseil de l'Europe portant sur 25 pays montrent qu'en moyenne, il y a au moins deux fois plus de personnes d'origine trangre dans les prisons que de personnes de souche. Une tude mene sur six pays europens a rvl qu'en Autriche, en Allemagne, au Luxembourg, en Norvge et en Espagne, les taux d'infraction sont plus levs chez les trangers, ce qui n'est pas le cas en Grce, par exemple136.

La crainte de voir les immigrants mettre mal le statut socio-conomique des populations locales a t mesure de faon empirique. Comme nous l'avons indiqu, les effets peuvent tre positifs pour certains individus ou groupes et ngatifs pour d'autres mais, quoi qu'il en soit, ils sont rarement trs prononcs. Cependant, la rcession conomique de 200809 a caus un grand choc de nombreux travailleurs des pays d'accueil (ou autres), peut-tre le pire depuis la Grande Dpression amricaine des annes 1930. Alors que rien ne laisse entendre que ce choc ait pu tre provoqu par la main-d'uvre immigre, il a tout de mme raviv la rhtorique anti-immigration, au moment o les travailleurs locaux cherchent un moyen de conserver leur propre emploi. Les gouvernements sont soumis une pression colossale et, souvent, ne parviennent pas y rsister. Les points de vue voluent, mme lorsque les trangers avaient jusqu'alors t largement bien accepts par l'opinion publique par exemple au Royaume-Uni avec les Europens de l'Est, malgr l'exprience russie d'afflux importants durant l'essor conomique137.

L'opinion publique sur l'immigration est conditionne par l'offre en matire d'emploi. Dans la plupart des 52 pays couverts par la dernire enqute World Values Survey, la majorit des personnes interroges approuvaient les mesures de restriction l'immigration, mais nombre d'entre elles soulignaient que ces restrictions devaient tre clairement lies l'offre en matire d'emploi (figure 4.3)138. Les estimations dmographiques et conomiques prsentes au chapitre 2 suggrent que, une fois la page de la rcession tourne, les particularits structurelles conduiront recrer de l'emploi et donc offrir de nouvelles opportunits aux migrants.

Mme en temps normal, beaucoup pensent que la prfrence devrait aller la population locale (figure 4.4). Notre analyse de rgression a montr que cette opinion tait plus rpandue chez les personnes plus ges, ayant des revenus plus faibles, vivant dans de petites villes ou n'tant pas issues de l'immigration. Toutefois, il est intressant de noter que la population a davantage tendance dfendre un traitement galitaire des migrants dans les pays qui comptent un nombre relativement lev d'trangers.



Figure4.3 L'opinion sur l'immigration dpend du nombre d'emplois disponibles
Attitudes l'gard de l'immigration et du nombre d'emplois disponibles

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Source: Kleemans et Klugman (2009).





Figure4.4 Quand les emplois sont en nombre limit, la prfrence va la population locale
Opinion publique concernant les prfrences en matire d'emploi, par catgorie d'IDH des pays de destination, 2005/2006

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Source: Kleemans et Klugman (2009).



Les inquitudes conomiques et scuritaires peuvent parfois se renforcer les unes les autres, dans ce qui devient un cercle vicieux. Les migrants marginaliss du fait, par exemple d'un statut provisoire ou irrgulier ou d'un fort taux de chmage peuvent adopter des comportements antisociaux ou criminels, confirmant ainsi les craintes de la population locale en matire d'inscurit. Si un tel climat attise les discriminations sur le march du travail et dans l'laboration des politiques, ces migrants peuvent alors se dtourner de leur nouvelle socit pour revenir l'ancienne, par exemple en formant des gangs ou d'autres organisations antisociales qui font poser une menace sur les populations locales. Ce type de pathologie a t observ chez certains jeunes Maghrbins en France et certains groupes originaires d'Amrique centrale aux tats-Unis.

Lorsque le dsavantage sur le march du travail conduit l'exclusion sociale, les rpercussions sur la cohsion sociale peuvent tre fulgurantes. Une rcente tude mene dans sept pays dvelopps a mis l'accent sur les obstacles la socialisation rencontrs par les enfants issus de familles immigres139. Ces familles sont souvent concentres dans certaines zones, par exemple dans des localits urbaines aux revenus particulirement faibles. Ce phnomne ne fait qu'encourager la sgrgation ducative et socio-conomique : le fait d'habiter dans un quartier sgrgu limite les contacts avec la population locale et cette sparation est renforce par la frquentation d'coles qui sont de facto sgrgues. Dans une tude que nous avons commande sur l'identit des immigrants latinos aux tats-Unis, il est suggr que les politiques d'immigration restrictives et une opinion publique de plus en plus dfavorable avec le temps, conjugues des rsultats mitigs pour le dveloppement humain, ont modifi la perception identitaire de la population. Cette tude, fonde sur des entretiens avec des immigrs et leurs enfants originaires de plusieurs pays d'Amrique latine, indique que les trangers vivent des expriences formatrices qui font natre une solidarit de groupe, mais qui encouragent un rejet de l'identit amricaine, li aux ralits du march du travail en priode d'accroissement des ingalits140.

Les possibles impacts de l'immigration sur le climat politique suscitent galement certaines inquitudes141. Cependant, dans la plupart des pays, la taille relative de la population de migrants est trop modeste pour avoir un effet direct sur la politique lectorale nationale, d'autant que les migrants proviennent d'horizons divers et ont des points de vue politiques distincts. Dans tous les cas, les migrants ne sont gnralement pas autoriss voter lors des scrutins nationaux. Leur influence peut tre plus significative aux lections locales, o l'octroi du droit de vote aux immigrants de la premire gnration est plus frquent142. Avec le temps, mesure que progresse l'assimilation conomique, sociale et culturelle, l'impact des migrants sur les schmas de vote est de moins en moins prvisible143.

Enfin, s'ils sont en nombre suffisant, les migrants peuvent nuancer la diversit culturelle d'une socit et littralement changer le visage d'une nation. Plusieurs pays aujourd'hui trs prospres ont historiquement t fonds par des migrants. L'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zlande et les tats-Unis ont toujours accueilli de trs nombreux migrants, par vagues successives en provenance de divers pays, et ont gnralement trs bien russi les absorber et leur insuffler un sentiment commun d'appartenance la nouvelle nation, en dpit des disparits culturelles144. Dans les pays qui s'enorgueillissent d'une indpendance de longue date et d'un puissant sentiment d'identit nationale, l'arrive d'trangers peut poser davantage de problmes.

Naturellement, certains attributs sociaux sont plus facilement adopts par les locaux que par les autres. Par exemple, beaucoup de socits acceptent facilement de nouvelles cuisines (les plus rsistants tant probablement les Franais et les Italiens, qui pensent dj tout connatre en la matire). Cela confirme la thorie de Paul Krugman, selon laquelle un got pour la varit, conjugu des conomies d'chelle, explique plus que tout autre facteur les rouages du commerce international. Cela dit, certains trouvent plus difficile d'ouvrir la porte de nouvelles coutumes religieuses ou sociales, comme le port du voile par les femmes et le systme des dots.

quelques spcificits prs, les faits montrent que la population est gnralement tolrante envers les minorits et voit d'un bon il la diversit ethnique (figure 4.5). Les personnes moins bien duques, plus ges et non issues de l'immigration sont moins susceptibles d'apprcier la diversit ethnique145. Paralllement, plus de 75 % des personnes ayant rpondu l'enqute World Values Survey de 2005-2006 ne voyaient aucune objection au fait d'avoir un migrant pour voisin. Ces attitudes indiquent qu'il y a possibilit de parvenir un large consensus pour garantir un meilleur traitement des migrants, option politique que nous tudierons dans le prochain chapitre.

L'inscurit et les ractions ngatives se profilent lorsque les communauts de migrants sont juges avoir des normes et des structures sociales diffrentes et concurrentes, menaant implicitement la culture locale. quoi s'ajoute l'ide que les identits ethniques se livrent concurrence et varient considrablement dans leur engagement envers l'tat-nation, ce qui donne un jeu somme nulle entre la reconnaissance de la diversit et l'unification de l'tat. Pourtant, les individus peuvent avoir et ont de multiples identits qui sont complmentaires en termes d'thnicit, de langue, de religion, de race et mme de citoyennet (chapitre 1). Ainsi, lorsque les migrants s'intgrent plus pleinement et plus diffusment leur pays d'adoption, qui a son tour se diversifie, ils ont davantage de chances d'tre considrs comme des lments qui enrichissent la socit et introduisent des traits culturels complmentaires.

4.3 Conclusions

Ce chapitre a tudi les impacts de la mobilit sur les personnes qui ne migrent pas. Nous avons commenc par les lieux d'origine et nous sommes concentrs sur les pays en dveloppement (bien que les taux rgionaux d'migration soient de loin les plus levs en Europe et les plus faibles en Afrique). Les plus grands impacts sont observs au niveau des foyers dont certains membres sont partis et ces impacts sont largement positifs en termes de revenus, de consommation, d'ducation et de sant. Cependant, les consquences sur la pauvret sont limites, car les personnes qui partent ne sont gnralement pas les plus pauvres. Des effets sur la communaut au sens large et au niveau national peuvent galement tre observs, bien que ces schmas soient gnralement complexes, spcifiques au contexte et susceptibles d'voluer.

Compte tenu de la rcession mondiale de 200809, il est particulirement important d'valuer l'impact de la migration sur les communauts et les pays d'accueil. Il n'existe aucune preuve d'impacts ngatifs sur l'conomie, le march du travail ou le budget, alors que les bnfices ne sont plus dmontrer dans des domaines comme la diversit sociale et la capacit d'innovation. Les craintes autour des migrants sont gnralement exagres.



Figure4.5 La diversit ethnique n'est pas une valeur rare
Opinion publique sur la valeur de la diversit ethnique par catgorie d'IDH des pays de destination

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Source: Kleernans et Klugman (2009).



Ces rsultats, conjointement ceux du chapitre prcdent, suggrent la possibilit de crer des cercles vertueux au moyen de mesures politiques qui amliorent et largissent les avantages de la mobilit. Les contributions conomiques et sociales des migrants s'en trouveraient ainsi renforces, tant dans les pays et les communauts de destination que dans ceux d'origine.

Les politiques publiques auxquelles sont soumises les personnes qui migrent jouent un grand rle dans la construction de leur avenir. Il est dans l'intrt des migrants que ces politiques soient bien conues, mais aussi des communauts qu'ils quittent et des autres rsidents de leur pays d'adoption. C'est cette question que nous nous aborderons dans le dernier chapitre de ce rapport.

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Ce dernier chapitre propose des rformes dont le but est de favoriser la mobilit des personnes ce qui contribuera conforter les liberts humaines. l'heure actuelle, beaucoup de migrants n'ont, au mieux, que des droits prcaires et un avenir des plus incertains. Le dsquilibre observ entre les restrictions l'entre des travailleurs migrants et la forte demande en main-d'uvre peu qualifie a besoin d'tre corrig. Nous proposons donc un paquet de rformes destines amliorer la situation des migrants et de leur famille, de leur communaut d'origine et de leur lieu d'accueil. La conception, le calendrier et l'acceptabilit des rformes sont subordonns l'valuation raliste des conditions conomiques et sociales, ainsi qu' la prise en compte de l'opinion publique et des contraintes politiques.

Politiques pour l'optimisation des rsultats en matire de dveloppement humain


L'analyse prcdente a dmontr que le dveloppement humain avait grand avantage favoriser l'mergence de politiques amliores en faveur des migrants, profitant tous les groupes concerns par la migration. Il faut adopter une vision courageuse pour concrtiser ces avantages, une vision qui prenne la forme d'une rforme pour ses rsultats bnfiques tout en tenant compte des contraintes et des enjeux sous-jacents.

Nous avons galement dmontr que les politiques d'immigration qui ont prdomin dans de nombreux pays de destination ces dernires dcennies se caractrisent majoritairement, d'une part, par le dni et la procrastination et, d'autre part, par des contrles plus intenses aux frontires et des sjours clandestins plus nombreux. Cela n'a fait qu'aggraver la situation de ceux qui ne peuvent se prvaloir d'aucun statut lgal et, surtout par ces temps de rcession, a sem doute et frustration parmi les populations.

Les facteurs de migration parmi lesquels l'ingalit des chances et les rapides transitions dmographiques devraient persister tout au long des dcennies venir. Dans un modle dmographique disproportionn, il apparat que, depuis 1950, neuf diximes de la croissance de la main-d'uvre mondiale ont t gnrs dans des pays en dveloppement, alors que la main-d'uvre des pays dvelopps est vieillissante. Ces tendances incitent les gens migrer, mais les canaux migratoires lgaux ouverts aux travailleurs peu qualifis demeurent trs restreints. Des projections dmographiques ralises jusqu'en 2050 indiquent que ces tendances vont se poursuivre, en dpit du tassement de la demande de main-d'uvre provisoirement induit par la crise conomique actuelle. Il apparat donc ncessaire de repenser la politique applique aux restrictions d'entre des travailleurs peu qualifis, qui s'accorde mal avec la demande sous-jacente pour cette main-d'uvre. Ce chapitre s'intresse aux mesures que les gouvernements peuvent prendre pour se prparer la reprise de la croissance, avec toutes les tendances structurelles qu'elle suppose en sous-main.

Notre proposition consiste en un paquet de rformes, avec des rsultats projets moyen et long terme. Ce paquet est articul autour de six grands piliers . Pris individuellement, ces piliers ont certes beaucoup apporter, mais, conjointement articuls, ils offrent les meilleures chances de maximiser les impacts de la migration sur le dveloppement humain :

  1. Libraliser et simplifier les canaux lgaux permettant aux personnes de chercher du travail l'tranger.
  2. Garantir les droits fondamentaux des migrants.
  3. Rduire les frais de transaction associs la migration.
  4. Amliorer les rsultats pour les migrants et les communauts de destination.
  5. Tirer des bnfices de la mobilit interne.
  6. Intgrer la mobilit au sein des stratgies nationales de dveloppement.

Notre proposition suppose de nouveaux processus et de nouvelles normes pour rgir les migrations, mais n'a nullement vocation prescrire de quelconques taux d'admission, lesquels doivent tre dtermins pays par pays.

Notre programme d'action est largement ax sur les rformes requises plus long terme pour optimiser les bnfices de la migration, sans oublier pour autant les grands enjeux poss court terme. Dans le sillage de ce qui parat tre la plus grave crise conomique mondiale depuis la Grande Dpression amricaine, le chmage est en passe d'atteindre des niveaux record dans de nombreux pays. Beaucoup de migrants se retrouvent ainsi doublement exposs : ils ne subissent plus seulement la menace du chmage, de l'inscurit et de la marginalisation sociale, mais sont aussi trs souvent accuss d'tre la cause mme de ces problmes. Il est important de ne pas faire un bouc missaire de l'actuelle rcession, qui doit plutt tre vue comme une opportunit pour instituer une nouvelle donne notamment en faveur des migrants une nouvelle donne qui bnficie aux travailleurs chez eux et l'tranger tout en les protgeant contre un retour de flamme protectionniste. Il faudra une vision politique et des responsables engags pour forger cette nouvelle donne et la vendre au grand public1.



Un dialogue franc et ouvert est une condition indispensable pour faire progresser le dbat public sur la migration



Un dialogue franc et ouvert est une condition indispensable pour faire progresser le dbat public sur la migration. Dans ce dbat, les avantages de la migration ne doivent pas tre excessivement mis en avant et les inquitudes suscites par les effets redistributifs en particulier parmi les travailleurs peu qualifis doivent tre reconnues et prises en compte. L'conomie politique des rformes est directement aborde ci-aprs.

tant donn la nature mondiale du prsent rapport et la diversit des parties concernes gouvernements des pays d'origine, de destination et de transit, donnateurs et organisations internationales, secteur priv, socit civile (dont les groupes de migrants et les associations de la diaspora), milieux universitaires et mdias , les orientations politiques que nous prconisons s'tablissent invitablement un niveau gnral. Notre intention est de nourrir le dbat autour de l'examen, de l'adaptation et de la mise en uvre de ces recommandations. Au niveau des pays, il conviendra de voir pratiquer une analyse nettement plus dtaille pour garantir une parfaite adaptation aux circonstances locales et tablir une ligne de partage entre les ralits politiques et les contraintes pratiques.

5.1 Un paquet de rformes concevoir

Nous allons maintenant tudier plus avant les politiques d'entre voques plus haut. Nous nous sommes limits certaines initiatives et pratiques choisies du vaste ventail d'options qui a t tudi et mis en uvre de par le monde2. En dfinissant un agenda prioritaire, nous avons choisi de nous intresser spcifiquement aux plus dfavoriss, conscients toutefois de la ralit des contraintes politiques et des invitables compromis. Dans la mesure du possible, nous illustrons nos propos par des exemples de bonnes pratiques.

5.1.1 Libraliser et simplifier les canaux lgaux

Des barrires trop restrictives l'entre empchent les gens de migrer et condamnent des millions d'autres qui choisissent malgr tout de le faire un quart du nombre total des migrants, environ la clandestinit. Il s'ensuit un climat d'incertitude et de frustration, tant dans la communaut des migrants que dans le reste de la population, en particulier en ces temps de rcession.

Lorsque la croissance repartira, la demande de main-d'uvre trangre rebondira galement, puisque les conditions dmographiques et conomiques qui ont amorc cette demande seront toujours prsentes. Le besoin de personnes en ge de travailler dans les pays dvelopps est largement structurel et durable par nature, et non temporaire. La mme rgle vaut pour les emplois forte rotation de main-d'uvre dans des secteurs comme la sant, la construction, le tourisme et l'industrie alimentaire. Si la demande de main-d'uvre s'inscrit long terme, alors, du point de vue la fois des migrants et de leurs communauts et socits de destination, il est prfrable de laisser les gens entrer lgalement. Et, dans la mesure o les migrants peuvent trouver et conserver un emploi, il vaut mieux leur offrir la possibilit de prolonger leur sjour, plutt que de les freiner avec des permis temporaires. Plus les gens restent longtemps l'tranger, plus ils ont de chances, eux et leurs enfants, de dvelopper leur mobilit sociale et conomique. Lorsque la prsence des migrants est nie ou ignore par les gouvernements d'accueil, le risque de segmentation s'en trouve grandement accru, non seulement sur le march du travail mais aussi dans la socit au sens large. C'est l'un des enseignements qui a t clairement mis en vidence par l'exprience allemande des travailleurs trangers temporaires. Nous l'observons de nouveau aujourd'hui dans des pays de destination aussi varis que les tats du CCG, la Russie, Singapour, l'Afrique du Sud et la Thalande.

Cela dit, en quoi peuvent consister la libralisation et la simplification des canaux migratoires ? Il y a deux grandes voies o la rforme apparat tout aussi souhaitable que faisable : les programmes saisonniers ou circulaires et l'entre des travailleurs non qualifis, assortie de conditions de prolongation. Le problme dlicat du traitement rserver aux personnes en situation irrgulire constitue un troisime volet, avec son lot de possibilits de changement tudier. Dans chacun des cas, la conception spcifique de nouvelles mesures devra tre discute et dbattue au niveau national par le biais de processus politiques visant quilibrer les intrts distincts (section 5.2). tant donn que les travailleurs hautement qualifis sont gnralement bienvenus dans la plupart des pays, les rformes doivent se concentrer sur la circulation des personnes n'ayant pas de diplmes suprieurs.

La premire voie, dj explore par un certain nombre de pays, vise dvelopper des structures pour autoriser un travail vritablement saisonnier dans des secteurs comme l'agriculture et le tourisme. Ici, la planification et la mise en uvre des rformes impliquent plusieurs lments cls, parmi lesquels la consultation des gouvernements des pays d'origine, l'implication des syndicats et des employeurs, les garanties salariales de base, la protection de la sant et de la scurit, et l'autorisation des visites rptes. Ces lments sont la pierre angulaire des programmes qui sont appliqus avec succs au Canada depuis des dcennies, par exemple, et qui ont t plus rcemment introduits en Nouvelle-Zlande (encadr 5.1). Les travailleurs relevant d'un rgime formel de ce type jouissent gnralement d'une meilleure protection que les travailleurs clandestins. Sur le plan du dveloppement humain, c'est l'un de leurs principaux avantages.

La seconde voie, qui suppose des rformes davantage fondamentales, consiste multiplier le nombre de visas pour les travailleurs peu qualifis en rponse la demande des employeurs. Ces visas peuvent tre au dpart temporaires ce qui est d'ailleurs le cas actuellement. Leur dlivrance peut tre subordonne une promesse d'embauche ou, pour le moins, une certaine exprience professionnelle ou la volont de travailler dans un secteur rput tre en pnurie de main-d'uvre.

Pour ouvrir et dvelopper les canaux lgaux d'entre, des dcisions doivent tre prises sur les sujets suivants :

Fixer numriquement les flux d'entre annuels. Ces chiffres doivent tre adapts aux conditions locales, ce qui peut se faire de plusieurs manires. Les chiffres peuvent tre calculs partir de la demande des employeurs par exemple, un individu doit faire valoir une offre d'embauche avant son arrive ou des recommandations d'une commission technique, ou tout autre organe de la sorte, sur la base de projections de la demande et de propositions de syndicats, d'employeurs et de groupes communautaires. Au Royaume-Uni, le Migration Advisory Committee, institu la fin 2007 pour prodiguer des conseils sur la dsignation des professions en pnurie de main-d'uvre , constitue cet gard un bon exemple. Les inconvnients que pose la condition des promesses d'embauche sont les suivants : la dcision est de fait dlgue aux employeurs individuels, les frais de transaction peuvent tre plus levs pour les migrants individuels et la transfrabilit de l'emploi peut devenir problmatique. Il convient par ailleurs de faire acte de prudence concernant les besoins en main-d'uvre trangre dclars par les employeurs. Ces besoins peuvent se prsenter parce que des migrants souhaitent travailler davantage et/ou parce qu'ils sont plus qualifis. Les employeurs ne doivent pas se servir de la main-d'uvre migratoire comme d'un stratagme pour se drober leurs obligations lgales, qui leur imposent de protger la sant et la scurit de leurs employs et de garantir des normes minimales dans leurs conditions de travail des principes qui doivent s'appliquer tous les travailleurs, quelle que soit leur origine.



Les employeurs ne doivent pas se servir de la main-d'uvre migratoire comme d'un stratagme pour se drober leurs obligations lgales



Transfrabilit de l'emploi. Lorsqu'ils sont attachs des employeurs spcifiques, les travailleurs ont plus de mal trouver de meilleures opportunits professionnelles, ce qui se rvle la fois conomiquement inefficace et socialement non souhaitable. Notre valuation des politiques a rvl que les gouvernements autorisent gnralement la transfrabilit de l'emploi pour les migrants permanents hautement qualifis, mais pas pour les travailleurs temporaires peu qualifis. Il y a cependant des signes de changement. Les mirats arabes unis ont rcemment mis en uvre des programmes de parrainage en transfrabilit de l'emploi, en rponse des plaintes pour abus dposes par des migrants3. La rforme de la main-d'uvre immigre rcemment promulgue en Sude, dcrite l'encadr 5.1, constitue peut-tre l'exemple le plus complet ce jour de cette transfrabilit de l'emploi et des avantages sociaux : les permis de travail sont transfrables et les migrants qui perdent leur emploi, pour quelque raison que ce soit, ont un dlai de trois mois pour trouver un nouveau travail avant que leur visa ne soit annul4. Un employeur qui recrute l'tranger cherchera gnralement imposer une certaine priode de non-transfrabilit mais, mme en ce cas, il y a toujours moyen d'assurer une certaine flexibilit, par exemple en permettant au migrant ou un autre employeur qui souhaite l'embaucher de payer une commission pour rembourser l'employeur d'origine de ses frais de recrutement.



Encadr 5.1 Ouverture de canaux lgaux Sude et NouvelleZlande

Deux pays ont rcemment promulgu des rformes qui pousent les lignes directrices proposes dans ce rapport, mme s'il est encore trop tt pour valuer leur incidence.

Fin 2008, la Sude a promulgu une vaste rforme de la main-d'uvre migratoire. Venue du Parlement sudois, l'initiative avait commenc par la dsignation d'une commission parlementaire charge de proposer des changements. l'poque, le pays connaissait une croissance conomique rapide, couple d'importantes pnuries de main-d'uvre. Les dbats parlementaires et mdiatiques ont essentiellement port sur les risques de dlocalisation des travailleurs locaux, cherchant dterminer s'il fallait ou non autoriser les demandeurs d'asile postuler. Un programme a alors t conu, la satisfaction des syndicats qui redoutaient une rduction des salaires et une dgradation des conditions de travail.

Ce programme dispose, entre autres lments, que les employeurs soient les premiers juges des besoins (auto-valuation), la Commission sudoise pour l'immigration ayant pour fonction de garantir la cohrence avec les conventions collectives et d'couter les commentaires des syndicats. La transfrabilit de l'emploi est autorise l'issue d'un dlai de deux ans et, si des travailleurs changent d'emploi au cours de cette priode initiale, ils doivent solliciter un nouveau permis de travail. La dure est initialement de deux ans, extensible quatre ans, aprs quoi un droit de sjour permanent peut tre octroy. Ds le premier trimestre d'application de ce programme, pas moins de 24 000 demandes ont t dposes, ce qui reprsente environ 15 % de tous les nouveaux arrivants en Sude.

En Nouvelle-Zlande, le Recognised Seasonal Employer Scheme (RSE, Rgime reconnu des employeurs saisonniers ) a t lanc en avril 2007 dans le cadre du programme gouvernemental de croissance et d'innovation afin de venir en aide aux industries de l'horticulture et de la viticulture, qui rencontraient de gros problmes pour trouver de la main-d'uvre pendant les pics saisonniers. Ce rgime fixe chaque anne, le nombre d'emplois saisonniers.

Le RSE a t conu pour viter quelques-uns des inconvnients du cycle de travail temporaire faible salaire, qui taient jugs ingrables par les employeurs et par les travailleurs eux-mmes, dont nombre d'entre eux taient des migrants illgaux. La transition vers le RSE a permis de dlester le systme de ses travailleurs clandestins et a mis de nouveaux employeurs en relation avec le gouvernement. Au cours de la priode de transition, les employeurs ont t autoriss conserver leurs travailleurs qui rsidaient dj en Nouvelle-Zlande pendant une priode limite et sous certaines conditions.

Le principal objectif du gouvernement de Nouvelle-Zlande et des mouvements syndicaux condition indispensable l'acceptation publique tait de parvenir ce que les employeurs recrutent et forment d'abord des travailleurs nozlandais, avant d'aller chercher l'tranger. Cependant, ce rgime ouvre aux pays du Pacifique un march permanent qui abonde en main-d'uvre peu qualifie, condition toutefois qu'ils mettent en place des processus adquats de slection et de facilitation et qu'ils dispensent des aides au retour. Les travailleurs ont la possibilit d'tre mieux forms et correctement rmunrs, tout en enrichissant leur exprience et leurs contacts. Jusqu' prsent, il n'a t signal aucun problme majeur.

Le RSE n'est pas un programme bas cots. Il ne sera conomiquement viable que si les industries concernes peuvent y gagner en productivit et en qualit, c'est--dire si elles peuvent compter sur un groupe connu d'ouvriers pour qu'il revienne chaque anne travailler dans les vergers et les vignobles.

Source : Gouvernement de Sude (2008) et Banque mondiale (2006a)



Droit de solliciter une prolongation et passerelles vers la permanence. Ce droit sera laiss au pouvoir d'apprciation du gouvernement d'accueil et, en l'tat actuel des choses, est gnralement soumis un ensemble de conditions spcifiques. Cependant, la prolongation de permis temporaires est aujourd'hui possible dans de nombreux pays dvelopps (ex. : Canada, Portugal, Sude, Royaume-Uni et tats-Unis) et dans certains pays en dveloppement (ex. : quateur et Malaisie). Le renouvellement illimit des permis peut faire l'objet d'accords bilatraux. Certains pays accordent la possibilit aux migrants temporaires d'acqurir le statut permanent aprs plusieurs annes de sjour rgulier (ex. : en Italie au bout de six ans, au Portugal et au Royaume-Uni au bout de cinq ans). Cette possibilit peut tre subordonne, par exemple, aux antcdents professionnels du migrant et l'absence de condamnations pnales5.

Dispositions pour faciliter la circularit. La libert de se dplacer entre le pays d'accueil et le pays d'origine peut apporter son lot d'avantages aux migrants et leurs pays d'origine. Ici encore, cette libert de circulation peut tre subordonne la discrtion du gouvernement ou certaines conditions. La transfrabilit des prestations sociales accumules constitue un autre avantage susceptible de favoriser la circularit.

Il n'est pas de discussion sur l'immigration sans la question du statut illgal des migrants. Diverses approches ont t appliques par les gouvernements pour traiter cette question. Des campagnes d'amnistie sont annonces et dployes pour des priodes limites cette approche a t pratique dans diffrents pays d'Europe, mais aussi d'Amrique latine. Des migrants peuvent aussi se voir attribuer un statut lgal par le jeu de mcanismes administratifs discrtionnaires par exemple, en fonction de leurs liens familiaux, comme c'est le cas aux tats-Unis. Les retours forcs au pays d'origine sont galement pratiqus. Toutes ces mesures prtent controverse. L'encadr 5.2 synthtise quelques rcentes expriences de rgularisation6.

Les rgularisations dites gagnes , telles qu'elles ont t tentes dans un certain nombre de pays, ouvrent peut-tre la voie la plus viable en la matire7. Elles offrent aux migrants clandestins un permis provisoire qui leur permet de vivre et de travailler dans le pays d'accueil, initialement pour une dure limite, mais qui peut tre prolonge ou devenir illimite moyennant diffrents critres remplir, tels que la matrise de la langue, un emploi stable et l'assujettissement l'impt. Il n'y a pas vritablement d'amnistie initiale, les migrants tant plutt autoriss, sous conditions, transiter jusqu' l'obtention d'un droit de sjour complet. Cette approche a le mrite d'tre potentiellement accepte par la socit.

Les expriences europennes varies suggrent que les principaux ingrdients d'une rgularisation russie sont, entre autres, l'implication des organisations de la socit civile, des associations de migrants et des employeurs dans la planification et la mise en uvre des programmes, la protection des migrants contre le risque d'expulsion pendant le processus de rgularisation et la dfinition des critres clairs et prcis d'admissibilit (par exemple, dure du sjour, antcdents professionnels et liens familiaux)8. Dans la pratique, toutefois, ce modle se heurte de longs dlais d'excution. Avec des procdures localement administres, comme en France, les diffrences de traitement d'un lieu l'autre peuvent poser problme.

Les retours forcs sont particulirement controverss. Leur nombre a vivement augment dans certains pays, dpassant les 350 000 aux tats-Unis et les 300 000 en Afrique du Sud pour la seule anne 2008. Intensment promus par les gouvernements des pays riches, les retours forcs figurent galement dans les partenariats pour la mobilit mis en place par l'Union europenne9. Beaucoup d'tats d'origine cooprent avec des pays de destination en signant des accords de radmission certains d'entre eux, par exemple l'Afrique du Sud, se sont toutefois refuss les signer.



Encadr  5.2 Expriences de la rgularisation

La plupart des pays europens ont mis en uvre, un degr ou un autre, des programmes de rgularisation, mme si leurs motivations diffrent et si, dans certains cas, le principe mme de la rgularisation n'est pas reconnu (Autriche et Allemagne). Une rcente tude a estim qu'en Europe, plus de 6 millions de personnes en situation irrgulire avaient demand acqurir un statut lgal entre 1997 et 2007, avec un taux d'acceptation de 80 %. Les chiffres varient grandement d'un pays l'autre, l'Italie se situant en premire position (1,5 million), suivie de l'Espagne et de la Grce.

Les programmes de rgularisation ne sont pas restreints l'OCDE. Un pacte rgional en Amrique latine, MERCOSUR, signifie que l'Argentine, par exemple, permet tout citoyen sans antcdents criminels qui en fait partie d'obtenir un permis de sjour permanent. En Afrique du Sud, des initiatives sont en cours pour rgulariser des Zimbabwens clandestins, en commenant par la dlivrance de permis de sjour temporaire leur donnant accs aux soins de sant et l'ducation ainsi que le droit de sjourner et de travailler pendant au moins six mois. En Thalande, 135 000 migrants ont t rgulariss dbut 2008 mme si, dans le pass, une hausse des taux d'expulsion a toujours suivi les vagues de rgularisation.

Les dbats pour et contre la rgularisation font rage. Les bnfices pour le pays de destination sont lis la scurit et l'tat de droit, tandis que les individus et les familles qui sont rgulariss peuvent tre mieux placs pour faire face l'exclusion sociale et conomique. Parmi les inconvnients, on arguera que la rgularisation encourage les flux migratoires futurs, affaiblit les programmes officiels d'admission et multiplie les demandes frauduleuses. Quoi qu'il en soit, les avantages de la rgularisation sont troitement corrls au contexte. Par exemple, aux tats-Unis, de nombreux immigrants clandestins paient dj des impts, de sorte que les bnfices en termes de revenus y sont bien infrieurs que dans les pays qui disposent d'une importante conomie parallle. Les tudes conduites sur diverses expriences nationales ont eu tendance conclure que les impacts socio-conomiques de la rgularisation taient mitigs, car les impacts positifs escompts sur les salaires, la mobilit et l'intgration ne se sont pas toujours matrialiss.

Source : CIDPM (2009), Cerrutti (2009) et Martin (2009b).



Que devrait-il en tre des politiques d'application pour qu'elles soient humaines ? La plupart des gens considrent qu'il faut imposer des sanctions en cas d'infraction au contrle des frontires et aux rgles du travail et que les retours forcs ont tout fait leur place, aux cts des rgularisations discrtionnaires, dans l'arsenal de politiques. Mais la mise en uvre de ce systme de sanction pose d'importants problmes, notamment lorsque les individus concerns vivent et travaillent dans le pays depuis de longues annes et dont certains membres de leur famille sont en situation rgulire. Par exemple, un sondage rcemment conduit auprs de Salvadoriens expulss a rvl qu'un quart d'entre eux vivait aux tats-Unis depuis plus de vingt ans et qu'environ un cinquime travaillait au moment de leur expulsion, souvent avec des enfants ns aux tats-Unis10. Dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni, les mdias se sont parfois fait l'cho de cas de menaces d'expulsion semblant particulirement inhumaines.



Lorsque des individus en situation irrgulire sont identifis, les procdures appliques doivent tre conformes aux principes de l'tat de droit et que les droits fondamentaux des personnes soient respects



Il importe videmment que, lorsque des individus en situation irrgulire sont identifis, les procdures appliques soient conformes aux principes de l'tat de droit et que les droits fondamentaux des personnes soient respects. Il convient aussi d'tablir la responsabilit des employeurs qui engagent des travailleurs en situation irrgulire. Cette question fait l'objet de dbats aux tats-Unis, par exemple. La mise en place de processus formels pour dterminer si des individus ont ou non le droit lgal de sjourner dans le pays est clairement prfrable aux expulsions sommaires ou de masse, telles qu'on a pu les observer dans le pass (ex. : l'expulsion par la Malaisie de travailleurs clandestins indonsiens au dbut 2005)11, mme si certains aspects de procdure, comme le droit de se faire assister d'un avocat, peuvent parfois entraner des dpenses publiques qui sont vues d'un mauvais il dans les pays en dveloppement. Au Royaume-Uni, le Prison Inspectorate a publi un rapport sur l'volution des dtentions d'immigrs ( Immigration Detention Expectations ) fond sur les normes internationales en matire de droits humains. Mais une simple publication ne suffit pas, naturellement, imposer le respect des normes. Dans certains pays, des ONG s'emploient amliorer les conditions de vie dans les camps de dtention la Croix-Rouge ukrainienne en est un exemple. La rcente directive de l'Union europenne sur les procdures de retour semble marquer un pas vers la transparence et l'harmonisation des rglementations, puisqu'elle invoque spcifiquement des procdures normalises pour expulser des personnes en situation irrgulire ou pour leur octroyer un statut lgal dfinitif. Cependant, cette directive a t critique, juge insuffisante pour garantir le respect des droits humains12.

5.1.2 Garantir les droits fondamentaux des migrants

Le prsent rapport s'intresse en particulier la mobilit au travers de l'expansion des liberts. Mais tous les migrants ne parviennent pas jouir de toutes les liberts que leur promet la migration. Selon le pays d'o ils viennent et le pays o ils se rendent, les migrants se retrouvent souvent contraints de troquer une forme de libert contre une autre, la plupart du temps pour avoir de plus hauts revenus en travaillant dans un pays qui ne respecte pas les droits humains fondamentaux. Les migrants qui manquent de ressources, de rseaux de soutien, d'informations et de moyens de recours sont ceux qui ont le plus perdre, d'autant plus lorsqu'ils sont exposs la discrimination raciale ou d'autres formes de discrimination. La situation peut devenir particulirement difficile pour ceux qui n'ont pas de statut lgal et pour ceux qui migrent dans des pays dots de faibles structures de gouvernance et de responsabilit.

Les rfugis constituent une catgorie distincte de migrants du fait de leur besoin de protection internationale. Ils ont des droits spcifiques noncs dans la Convention de 1951 sur les rfugis et les Protocoles de 1967, ratifis par 144 tats (figure 5.1)13. Ces accords confrent une protection essentielle aux personnes qui fuient l'tranger dans le but d'chapper la perscution.

De faon plus gnrale, les six principaux traits internationaux relatifs aux droits de l'homme, qui ont t ratifis par 131 pays du monde, contiennent tous de puissantes clauses de non-discrimination qui garantissent l'applicabilit de nombreuses dispositions aux migrants14. Ces instruments sont universels et s'appliquent aussi bien aux ressortissants nationaux qu'aux ressortissants trangers, qu'ils se trouvent sur le territoire national ou l'tranger et qu'ils soient en situation rgulire ou irrgulire. Leurs dispositions les plus pertinentes concernent le droit l'galit devant la loi et le droit ne pas faire l'objet de discrimination pour des raisons de race, d'origine ou autre. De fait, ces instruments imposent d'importantes contraintes lgales l'action tatique15.

Rcemment, des protocoles contre le trafic et la traite d'tres humains, fonds sur des instruments existants, ont rapidement gagn les faveurs des gouvernements du monde, avec 129 ratifications16. Ces protocoles, qui cherchent criminaliser le trafic, visent davantage liminer la criminalit organise qu' faire progresser les droits de l'homme des victimes (essentiellement des femmes)17. Bon nombre d'tats ont promulgu ces principes dans leur lgislation nationale : sur 155 tats examins en 2008, 80 % avaient tabli un dlit particulier de trafic de personnes et plus de la moiti avait cr une unit de police spcialise dans la lutte contre ce trafic18. Tout progrs sera naturellement le bienvenu dans ce domaine, mme si certains observateurs ont not que la svrit accrue des politiques d'immigration avait aussi pour consquence de promouvoir le trafic et la traite19.

En revanche, la srie de conventions de l'OIT adoptes tout au long du XXe sicle, dans le but de promouvoir des normes minimales en faveur des travailleurs migrants, n'a gure rencontr de succs. Les causes sont multiples, l'une d'elles tant la difficult de concilier l'envergure et le caractre exhaustif de ces conventions avec la volont de prserver un pouvoir discrtionnaire tatique absolu dans ces affaires. En 1990, la Convention internationale de l'ONU pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (CPRMW) a ritr les principes fondamentaux des traits de droits humains, mais est aussi alle plus loin, par exemple en proposant une dfinition largie de la discrimination, en instaurant des mcanismes plus puissants contre l'expulsion collective et arbitraire et en garantissant aux migrants lgaux le droit de vote et d'ligibilit. Malheureusement, cette convention ne compte ce jour que 41 signataires, dont seulement cinq sont des pays en excdent d'immigration et dont aucun ne figure dans la tranche suprieure en termes d'IDH (figure 5.1).

Si l'on se penche sur la figure 5.1 pour examiner les profils migratoires des pays signataires, il apparat que la plupart de ces pays ont des taux d'immigration et d'migration infrieurs 10 %. Parmi les pays dont la part de la population immigre ou migre excde 25 %, les taux de signature restent faibles seuls 3 pays sur 64 ont sign la CPRMW, par exemple, et 22 ont sign les six principaux traits relatifs aux droits de l'homme. Mme dans les pays dont l'excdent d'migration reprsente plus de 10 % de leur population qui ont pourtant intrt signer, ne serait-ce que pour protger leurs travailleurs l'tranger , les taux de ratification de la CPRMW demeurent bas. Depuis prs de vingt ans qu'existe la CPRMW, seuls 20 % des pays forte migration l'ont signe, alors que la moiti des pays a ratifi les six grands traits relatifs aux droits de l'homme et que 59 % sont signataires du protocole contre le trafic, pourtant bien plus rcent.

Les pays qui n'ont pas ratifi la CPRMW n'en demeurent pas moins obligs de protger leurs travailleurs immigrs, mme si c'est par le biais d'autres grands traits relatifs aux droits de l'homme. Les organes de surveillance de l'application des traits mis en place en vertu des conventions existantes peuvent dsormais s'appuyer sur les examens rgulirement pratiqus par le HCR. Une rcente analyse des dlibrations de ces organes sur dix ans indique que certaines dispositions d'autres grands traits de droits humains peuvent rvler des problmes et protger les droits des migrants, et ne s'en sont d'ailleurs pas prives au fil du temps20. Mme si chaque pays cherche invariablement se prsenter sous son meilleur jour en termes de droits de l'homme, les organes de surveillance des traits peuvent, en dpit du manque de mcanismes d'excution, exercer une certaine influence en accusant et en jetant l'opprobre, en dnonant les cas et abus les plus manifestes et en imposant des pressions morales ou politiques.



Figure5.1 Ratification limite de la convention sur les droits des migrants :
Ratification de diffrents accords par catgorie d'IDH en 2009

image

Source: ONUDC (2004) et ONU (2009b)





La question du respect des droits fondamentaux des migrants l'tranger relve avant tout de la responsabilit des gouvernements d'accueilLes employeurs, les syndicats, les ONG et les associations de migrants ont galement un rle jouer



Garantir les droits des migrants est un appel rcurrent dans tous les forums mondiaux, comme l'attestent les dclarations formules par des organisations de la socit civile lors du Forum mondial de 2008 sur la migration et le dveloppement de Manille. Pourtant, il est clair que le principal problme n'est pas pos par l'absence de cadre lgal pour la protection des droits puisqu'il existe bel et bien une srie de conventions, de traits et de dispositions en droit coutumier , mais plutt par la relative inefficacit de leur mise en uvre. Dans cet esprit, l'OIT a conu en 2005 un Cadre multilatral pour les migrations de main-d'uvre, nonant des instructions et des bonnes pratiques dans un cadre non contraignant, qui prserve le droit souverain des tats dterminer leurs propres politiques migratoires. Ce type d'approche non contraignante permet de niveller les diffrences inhrentes aux tats et autorise une mise en uvre graduelle21.

Mme si les gouvernements n'ont pas spcialement envie de signer des conventions officielles, il n'y a aucune raison valable qui les empche de nier des droits aussi fondamentaux que les droits suivants :

  • galit de rmunration pour un travail de valeur gale, dcence des conditions de travail et protection de la sant et de la scurit ;
  • Droit d'organisation et de ngociation collective ;
  • Droit de ne pas faire l'objet de dtention arbitraire et droit une procdure rgulire en cas d'expulsion ;
  • Droit de ne pas tre soumis un traitement cruel, inhumain ou dgradant ;
  • Retour au pays d'origine.

Ces droits devraient tre garantis paralllement aux droits de l'homme fondamentaux que sont la libert, la scurit des personnes, la libert d'opinion et la protection contre le travail forc et le trafic d'tres humains.

L'un des arguments avancs contre la garantie de ces droits fondamentaux est qu'elle rduit forcment le nombre de personnes autorises immigrer lgalement. Mais, comme nous l'avons dmontr au chapitre 2, il n'y a pas l de troc possible et cet argument ne se justifie aucunement sur le plan moral.

La question du respect des droits fondamentaux des migrants l'tranger relve avant tout de la responsabilit des gouvernements d'accueil. Certains gouvernements de pays d'origine, comme l'Inde et les Philippines, ont essay d'imposer des salaires minimaux pour leurs migrants, mais leurs efforts sont rests vains du fait de leur manque de comptence juridique sur ces questions. Les gouvernements d'origine peuvent toutefois apporter une aide en informant les migrants de leurs droits et responsabilits par le biais de centres de ressources migratoires et de services d'orientation pralable sur ce qui les attend l'tranger.

Les services consulaires peuvent avoir un rle important jouer en canalisant les rclamations et les recours possibles, tandis que des accords bilatraux peuvent dfinir des principes directeurs. Quoi qu'il en soit, les efforts collectifs et coordonns dploys par les pays d'origine pour amliorer les normes ont plus de chances d'aboutir que les efforts nationaux individuels.

Les employeurs, les syndicats, les ONG et les associations de migrants ont galement un rle jouer. Les employeurs sont la principale source de violation des droits fondamentaux leur comportement revt donc une importance cruciale. Certains employeurs se sont efforcs de donner le bon exemple en rdigeant des codes de conduite et en s'associant au programme de responsabilit sociale des entreprises en faveur des droits des travailleurs migrants, qui s'intresse en particulier aux situations o n'existe aucun mcanisme efficace d'application du droit du travail22. Les mesures la disposition des syndicats et des ONG sont les suivantes, entre autres : informer les migrants sur leurs droits, travailler en plus troite collaboration avec les employeurs et les responsables officiels pour garantir le respect de ces droits, syndiquer les travailleurs immigrs et promouvoir leur rgularisation. Une ONG active dans ce domaine est le Collectif de dfense des travailleurs trangers dans l'agriculture (CODESTRAS), qui s'efforce d'amliorer la situation des travailleurs saisonniers dans le sud de la France par des campagnes de sensibilisation, d'information et d'aide juridique23.

Le rle des syndicats est particulirement important. Au fil du temps, les syndicats n'ont eu de cesse d'accorder toujours plus d'attention aux droits des migrants. Le World Values Survey de 20052006, qui couvre 52 pays, suggre que les taux de syndicalisme sont plus levs chez les personnes qui ont un contexte migratoire : 22 % de celles qui ont un parent migrant sont membres d'un syndicat, contre 17 % pour les autres. Cette diffrence est particulirement prononce dans les pays faible IDH24.

Enfin, les migrants peuvent eux-mmes modifier la manire dont les communauts et socits de destination peroivent l'immigration. Parfois, une opinion publique ngative peut tre due des incidents passs, impliquant des comportements illgaux vis--vis de migrants. Avec des socits et des communauts plus ouvertes et inclusives, o chacun autochtones et migrants comprend et respecte la loi et poursuit des formes pacifiques de participation et, le cas chant, de protestation, les migrants peuvent attnuer le risque de ractions ngatives. La socit civile et les autorits locales peuvent d'ailleurs y contribuer en apportant un soutien aux rseaux et aux communauts de migrants25.

5.1.3 Rduire les frais de transaction associs la migration

Tout dplacement d'un pays l'autre entrane invitablement des frais de transaction. La distance complique naturellement la recherche d'un emploi quivalent, la fois au sein des pays et, surtout, l'tranger, du fait du manque d'information, des barrires de la langue et de la diversit des cadres rglementaires. Ces disparits exigent des services d'intermdiation et de facilitation. tant donn l'ampleur des diffrences de revenus entre les pays faible IDH et les pays fort IDH, il n'est gure surprenant qu'un march se soit ouvert aux agents qui sont en mesure de trouver l'tranger des emplois adapts la main-d'uvre locale et d'aider les candidats la migration se frayer un chemin parmi les restrictions administratives associes aux migrations internationales.



La rationalisation des dmarches administratives dans les pays d'origine constitue un facteur important pour rduire les obstacles aux migrations lgales



Dans les actuels rgimes migratoires, les cots majeurs sont gnralement induits par l'obligation administrative d'avoir obtenu une proposition d'emploi ferme de la part d'un employeur tranger avant de partir. En Asie, notamment, de nombreux travailleurs migrants ont recours aux services d'agents commerciaux pour obtenir des promesses d'embauche et prendre toutes les dispositions pratiques. La plupart de ces agents sont d'honntes courtiers qui empruntent les circuits lgaux, mais quelques-uns manquent d'informations pertinentes sur les employeurs et/ou les travailleurs ou se livrent un trafic illicite de personnes travers les frontires.

Ce march des services d'intermdiation peut toutefois tre problmatique. Dans le pire des cas, il peut entraner le trafic et des annes de servitude, d'abus, d'actes de violence et, parfois mme, la mort. Le problme le plus courant est la chert de ces services, en particulier pour les travailleurs peu qualifis. L'intermdiation gnre souvent un surplus de profit pour les recruteurs, de par les restrictions d'entre couples la forte demande de main-d'uvre peu qualifie des travailleurs qui manquent souvent d'informations pertinentes et d'un vritable pouvoir de ngociation. Les cots semblent aussi tre dgressifs, augmentant mesure que dcrot le niveau de qualification par exemple, peu d'infirmires migrantes paient des frais de recrutement, alors que la plupart des aides mnagres en acquittent. Les migrants asiatiques qui se rendent dans les tats du Golfe paient gnralement en frais de recrutement et autres frais divers 25 % 35 % de ce qu'ils peuvent gagner en deux ou trois ans de travail26. Dans certains cas, la corruption impose encore des frais supplmentaires. Les rglementations administratives extensives peuvent tre contre-productives, en ce sens qu'elles risquent plus d'exposer les migrants la corruption et d'offrir aux intermdiaires, officiels et autres agents de quoi huiler les rouages du systme.

Les gouvernements peuvent aider de plusieurs manires rduire les frais de transaction pour les migrants travailleurs. Six grands axes mritent ainsi d'tre considrs en priorit :

Ouvrir des corridors et imposer des rgimes autorisant la libre circulation. Grce au MERCOSUR, par exemple, les travailleurs boliviens peuvent se rendre presque librement en Argentine, ce qui leur permet d'largir leurs rseaux sociaux et, partant, d'tre mieux informs sur les offres d'emploi. La mme dynamique a t observe en acclr aprs l'largissement de l'Union europenne en 2004. Un autre exemple nous est fourni par les facilits d'entre consenties aux travailleurs saisonniers la frontire mexique-guatmaltque.

Rduire le cot et faciliter la dlivrance des documents officiels, comme les certificats de naissance et les passeports. La rationalisation des dmarches administratives dans les pays d'origine constitue un facteur important pour rduire les obstacles aux migrations lgales27. Une analyse des corridors migratoires au niveau des pays est ncessaire pour identifier les types de frais pralables et leurs montants, des frais qui peuvent aller des multiples allers-retours la capitale afin de se faire dlivrer un passeport, jusqu'aux frais imposs par d'autres obligations pralables au dpart, comme les examens mdicaux, les formalits de police, les assurances et les garanties bancaires. Les migrants candidats au programme mexico-canadien se rendent en moyenne six fois la capitale une obligation qui a incit le gouvernement offrir une bourse pour couvrir les frais de dplacement (il et pourtant t plus efficace de rationaliser simplement les formalits administratives)28. Certains frais procdent des obligations imposes par les pays de destination. Par exemple, la Rpublique de Core exige que les migrants apprennent la langue avant leur arrive : la formation linguistique permet certes d'accrotre les revenus et de promouvoir l'intgration, mais elle grve aussi les budgets des migrants avant mme qu'ils n'arrivent dans le pays29. Plusieurs pays se sont employs acclrer les formalits pour les migrants, avec diffrents degrs de russite (encadr 5.3).



Encadr 5.3 Rduire les formalits : un dfi pos aux gouvernements et aux partenaires

Un exemple notable de dploiement rationalis en dpit des lourdeurs administratives est celui offert par l'Administration philippine de l'emploi l'tranger, qui rgit tous les rouages du recrutement et collabore troitement avec d'autres organismes pour protger ses travailleurs l'tranger. L'Indonsie a essay de suivre cet exemple en instituant l'Agence nationale pour le placement et la protection des travailleurs migrants indonsiens (BNP2TKI) en 2006, mais ses efforts ont t saps par une capacit bureaucratique insuffisante et par une mdiocre coordination intergouvernementale. D'autres pays ont tent de s'atteler au problme des dlais et des cots, mais trs peu ont russi. Au Gabon, le gouvernement a institu un temps d'attente de 3 jours maximum pour la dlivrance des passeports, mais les dlais restent longs et les procdures ardues. De la mme manire, le gouvernement de Myanmar a rcemment promulgu une politique autorisant la dlivrance de passeports en l'espace d'une semaine, mais la persistance des rclamations indique que les retards et les pots-de-vin restent courants.

Les programmes d'aide au dveloppement pourraient soutenir et financer des amliorations administratives pour le traitement des dossiers, avec des dlais plus courts et des cots infrieurs. Les gouvernements pourraient ainsi offrir leurs ressortissants, des prix raisonnables, des documents de voyage en bonne et due forme. Le Bangladesh, qui prsente un taux d'enregistrement des naissances de moins de 10 %, a tabli un partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) dans ce domaine.

Source : Agunias (2008), Tirtosudarmo (2009), Dpartement d'tat amricain (2009e), Koslowski (2009) et UNICEF (2007).



Autonomisation des migrants, par un accs l'information, des droits de recours l'tranger et des rseaux sociaux plus forts. Ces derniers, en particulier, ont beaucoup faire pour combler le foss de l'information entre les travailleurs migrants et les employeurs, puisqu'ils peuvent limiter le recours coteux aux services d'agences de recrutement et offrir aux migrants un plus vaste ventail d'opportunits d'emploi30. En Malaisie, des rseaux migratoires permettent aux Indonsiens de prendre connaissance d'offres d'emploi avant mme qu'elles ne soient diffuses sur le march local31. Pareillement, l'amlioration des tlcommunications aide les candidats l'migration en Jamaque mieux s'informer32. Des centres d'information, comme le centre pilote lanc en 2008 par l'Union europenne Bamako, au Mali, peuvent fournir aux candidats migrants des informations prcises (mais souvent dcevantes !) sur les opportunits d'emploi et d'tude l'tranger.

Rgulation des recruteurs privs pour prvenir les abus et les fraudes. Les interdictions ont tendance ne pas fonctionner, en partie parce que dans les pays de destination, elles ne s'appliquent pas aux recruteurs des pays d'origine33. Pourtant, il est des rglementations qui peuvent tre efficaces, par exemple celle qui impose la responsabilit solidaire des employeurs et des recruteurs, et qui peut aider prvenir les fraudes. Aux Philippines, les agences de recrutement sont traites comme des co-employeurs , solidairement et individuellement responsables de tout manquement un contrat. Toute agence coupable d'infraction risque de perdre sa licence, mme si elle peut souvent viter cette suspension en s'acquittant d'une amende. L'autorgulation dans les associations professionnelles et les codes de conduite constituent d'autres moyens de promouvoir des normes thiques. Les associations professionnelles peuvent collecter et diffuser des informations sur les agences douteuses et sur les meilleures pratiques. Il existe beaucoup d'associations de la sorte en Asie du Sud-Est, mais aucune n'a acquis l'envergure des organes d'autorgulation que l'on trouve dans les pays dvelopps. La plupart de ces associations se contentent en effet de veiller ce que les politiques migratoires gouvernementales restent favorables l'industrie du recrutement comme, par exemple, au Bangladesh, aux Philippines et au Sri Lanka34. Ces associations pourraient toutefois en venir, au fil du temps, jouer un rle plus actif pour garantir la qualit des services et, au besoin, censurer leurs membres trop laxistes.

Administration directe du recrutement par des organismes publics. Au Guatemala, par exemple, l'OIM administre un programme qui envoie des travailleurs agricoles saisonniers au Canada sans qu'ils n'aient rien dbourser. Mais il y a dbat sur le rle des organismes publics. Dans la plupart des pays pauvres, les agences nationales de l'emploi ont dj beaucoup de mal trouver sur leur territoire des emplois adapts aux comptences des travailleurs et c'est quasiment mission impossible l'tranger35. Certains accords bilatraux, comme ceux signs par la Rpublique de Core, imposent aux migrants de recourir aux services des organismes publics en incitant les recruteurs et les travailleurs dnoncer les pratiques de tarifs excessifs et le manque de transparence. Les frais imposs par les recruteurs publics sont parfois infrieurs, mais les cots en termes de dlais d'excution peuvent tre importants et dtourner des canaux lgaux les candidats la migration36.

Coopration intergouvernementale. Cet lment a un rle important jouer. Le processus de Colombo et le Dialogue d'Abou Dhabi sont deux rcentes initiatives intergouvernementales conues pour traiter, entre autres, du problme des cots de transaction par voie de coopration. Le Dialogue d'Abou Dhabi, qui s'est tenu pour la premire fois en janvier 2008, a runi plus d'une dizaine de sources et plusieurs pays de destination dans le Golfe et en Asie du Sud-Est, sous l'gide commune des mirats arabes unis et de l'OIM. Il vise dvelopper des partenariats stratgiques entre les pays d'origine et les pays de destination autour du thme de la main-d'uvre contractuelle temporaire, le but tant, entre autres, de dvelopper et de partager les connaissances sur les tendances du march de l'emploi, de prvenir le recrutement illgal et de promouvoir des mesures d'assistance et de protection des travailleurs contractuels. Des consultations ministrielles doivent avoir lieu tous les deux ans. Un projet pilote a ensuite t dploy pour tester et identifier, l'initiative des gouvernements de l'Inde, des Philippines et des mirats arabes unis, les meilleures pratiques sur diffrents aspects de la migration temporaire et circulaire, en commenant par un groupe de travailleurs philippins et indiens dans les secteurs de la construction, de la sant et de l'accueil37.



L'inclusion et l'intgration sont fondamentales sur le plan du dveloppement humain



5.1.4 Amliorer les rsultats pour les migrants et les communauts de destination

Bien que les preuves abondent pour dmontrer l'incidence conomique globalement positive long terme de la migration, les effets peuvent tre ngatifs pour les autochtones qui possdent des comptences spcifiques ou qui se trouvent dans certaines zones prcises. Ces effets peuvent, dans une large mesure, tre minimiss et compenss par des politiques et des programmes qui reconnaissent et planifient la prsence de migrants, en promouvant l'inclusion et en veillant ne pas porter prjudice aux communauts d'accueil. Il est important de reconnatre les cots rels et perus de l'immigration au niveau communautaire et d'organiser au mieux leur partage.

L'inclusion et l'intgration sont fondamentales sur le plan du dveloppement humain, car elles n'ont pas seulement des effets positifs sur les migrants individuels et leur famille, mais aussi sur les communauts qui les accueillent. Les modes de reconnaissance et d'application du statut et les droits des immigrants dtermineront l'ampleur de cette intgration. Dans certains pays en dveloppement, un soutien appuy l'intgration pourrait fort bien aller dans le sens de l'aide au dveloppement.



Permettre aux migrants de travailler est la rforme la plus importante pour optimiser les rsultats du dveloppement humain en faveur des migrants



Quoi qu'il en soit, les arrangements institutionnels et politiques peuvent parfois se rvler plus importants que les politiques d'intgration les plus cibles. Par exemple, la qualit de la scolarisation publique dans les communauts pauvres peut se rvler cruciale et pas seulement pour les migrants. Dans ce contexte largi, les politiques visant amliorer les rsultats pour les migrants et les communauts de destination doivent poursuivre les priorits suivantes :

Garantir l'accs aux services de base en particulier, la scolarit et la sant. Ces services ne sont pas seulement cruciaux pour les migrants et leur famille, mais ont aussi des avantages plus consquents vastes. La cl, ici, est l'galit en termes d'accs et de traitement. Nos recherches indiquent que l'accs est souvent plus restreint pour les travailleurs temporaires et les personnes en situation irrgulire. L'accs la scolarit devrait tre garanti sur les mmes bases et aux mmes conditions que les rsidents ns dans leur pays d'origine. Les mmes rgles sont valables pour la sant accs aux soins d'urgence en cas d'accident ou de maladie grave, mais aussi aux services prventifs, comme la vaccination, qui vont eux aussi dans l'intrt de la communaut tout entire et qui sont plus efficaces long terme. Certains pays en dveloppement, comme le Costa Rica, accordent aux migrants l'accs aux centres de soins publics quel que soit leur situation38.

Aider les nouveaux arrivants matriser la langue. Les services dans ce domaine peuvent grandement contribuer optimiser les avantages du march de l'emploi et, plus gnralement, favoriser l'inclusion. Ils doivent tre conus en tenant compte des contraintes que rencontrent les migrants dans leur vie et dans leur travail. Les besoins des adultes varient, selon qu'ils travaillent ou non hors de leur domicile. Les enfants, pour leur part, peuvent avoir accs des programmes scolaires. Parmi les exemples de bonnes pratiques figure celui de l'Australie, qui dispense des formations linguistiques avances aux migrants et aux populations autochtones39. Un exemple d'apprentissage linguistique cibl est le programme Success for All aux tats-Unis, qui combine formation collective et tutorat individuel aux niveaux prscolaire et primaire40. Plusieurs pays europens dispensent des cours de langue l'intention des nouveaux arrivants au moyen de programmes proposs par le gouvernement central, des coles publiques, des municipalits et des ONG, comme le programme Swedish for Immigrants qui remonte 1965, le programme Portugal Acolhe propos depuis 2001, et le programme du Danish Labour Market introduit en 2007.

Permettre aux migrants de travailler. C'est elle seule la rforme la plus importante pour optimiser les rsultats du dveloppement humain en faveur des migrants, en particulier les plus pauvres et vulnrables d'entre eux. L'accs au march du travail est essentiel, non pas tant pour ses avantages conomiques associs, mais aussi parce que l'emploi multiplie les chances d'inclusion sociale. Les restrictions imposes sur les recherches d'emploi rmunr, qui sont traditionnellement appliques aux demandeurs d'asile et aux rfugis dans de nombreux pays dvelopps, portent atteinte aux rsultats court terme comme moyen terme, puisqu'elles encouragent la dpendance et annihilent tout respect de soi. Elles devraient tre abolies. Les gens doivent aussi pouvoir aller librement d'un employeur l'autre, c'est l un autre principe de base des programmes bien conus, qui ne se soucient pas seulement des intrts des employeurs, mais galement de ceux des migrants. Dans un grand nombre de pays, les nouveaux arrivants hautement qualifis se heurtent aussi au problme de la reconnaissance des diplmes obtenus l'tranger (encadr 5.4).

Appuyer le rle des collectivits locales. Une administration locale puissante, responsable envers les usagers locaux, est essentielle la prestation de services de qualit, notamment dans les secteurs de la sant et de l'enseignement. Pourtant, dans certains pays, les agents d'tat nient implicitement l'existence des migrants en les excluant des plans de dveloppement et en autorisant une discrimination systmatique leur encontre. Pour amliorer les rsultats individuels et communautaires associs la migration, il faut des collectivits locales qui s'efforcent de41 :

  • Promouvoir des structures inclusives de gouvernance locale pour autoriser la participation et la responsabilit ;
  • viter les pratiques institutionnelles qui contribuent la discrimination ;
  • Attribuer un rle de facilitation l'tat de droit, y compris par des services de police efficaces et ractifs ;
  • Fournir des informations pertinentes au public et aux organisations de la socit civile, dont les associations de migrants42 ; et
  • Garantir une planification spatiale quitable adapte aux besoins des populations dfavorises par exemple, en prvoyant des mcanismes pour attnuer l'inscurit foncire et les contraintes associes.

Traiter les questions de budget local, dont celles des transferts budgtaires destins financer les besoins supplmentaires des localits. Souvent, les prestations de services de base coles et hpitaux, par exemple relvent de la responsabilit des collectivits locales, dont les budgets peuvent tre dj mis sous pression par leur expansion dmographique et dont l'assiette fiscale peut ne pas suffire honorer leurs responsabilits en termes de services. Lorsque des gouvernements sous-nationaux participent majoritairement au financement des services de base, des mcanismes de redistribution budgtaire peuvent en partie corriger les carts entre la rpartition des recettes et les allocations de dpenses. Les transferts intergouvernementaux sont normalement pratiqus entre tat et localits suivant deux critres : les besoins (dmographie, taux de pauvret, etc.) et la capacit gnrer des recettes (de faon ne pas dcourager les efforts locaux en termes d'imposition). Comme les circonstances et les objectifs diffrent d'un pays l'autre, il ne peut y avoir de systme universel de transfert. Les subventions par habitant exigent de dnombrer toutes les personnes prsentes sur le territoire concern, y compris les migrants clandestins et les membres de leur famille. Les transferts peuvent aussi servir rembourser des cots spcifiques, notamment dans le domaine des services sociaux, o la question de l'galit d'accs constitue un argument fort. Les systmes de transfert bien conus ne psent pas excessivement sur les allocations de fonds et les subventions doivent tre accordes selon un processus aussi simple, fiable et transparent que possible43.

Traiter la discrimination et la xnophobie. L'intervention judicieuse des gouvernements et de la socit civile peut favoriser la tolrance au niveau communautaire. C'est particulirement important lorsqu'il y a risque de violence, mme si, dans la pratique, cette intervention se fait le plus souvent a posteriori. En rponse la violence en Cte d'Ivoire, par exemple, une loi contre la xnophobie a t promulgue en aot 2008 pour sanctionner les conduites incitant la violence44. La socit civile peut aussi contribuer promouvoir la tolrance et protger la diversit, comme l'a rcemment dmontr l'Afrique du Sud en crant, peu aprs la vague de violence de mai 2008, un rseau mobile de secours par SMS baptis No to Xenophobia45. Un autre exemple est la Campagne pour la diversit, les droits humains et la participation, organise par le Conseil de l'Europe en partenariat avec la Commission europenne et le Forum europen de la Jeunesse. Ces initiatives ont mis en exergue le rle que peuvent jouer les mdias en dnonant les prjugs contre les musulmans et les Roms, et ont instaur un systme de rcompense pour les municipalits qui promeuvent activement la protection et l'inclusion46. Naturellement, si la discrimination et les tensions sont profondment enracines et sont source d'actes de violence, et notamment si l'tat de droit est impuissant, il faudra beaucoup de temps, d'nergie et de bonne volont pour que ces efforts portent leurs fruits.



Encadr 5.4 Reconnaissance des diplmes

Beaucoup de migrants, notamment ceux qui proviennent des pays les plus pauvres, ont beau tre bien qualifis, ils n'en demeurent pas moins incapables de faire valoir leurs comptences l'tranger. L'accrditation des comptences est rarement pratique en Europe, par exemple, mme lorsque des dispositions institutionnelles sont supposes faciliter la reconnaissance des diplmes.

Plusieurs raisons expliquent pourquoi l'accrditation immdiate n'est pas permise. Par exemple, il peut tre difficile de juger de la qualit de diplmes trangers et les connaissances locales peuvent tre privilgies (ex. : les juristes, familiariss avec la lgislation applicable).

Les stratgies permettant de promouvoir le recours aux comptences et qualifications des travailleurs trangers sont, entre autres, les suivantes :

  • Accords de reconnaissance mutuelle. Ils ont surtout cours entre les pays qui ont des systmes ducatifs analogues et des niveaux comparables de dveloppement conomique, comme au sein de l'Union europenne.
  • Vrification pralable. Les gouvernements des pays d'origine et de destination peuvent vrifier les diplmes des candidats la migration avant leur dpart. L'Australie s'est faite la pionnire de cette approche. Cependant, si l'objectif d'un individu est d'optimiser son dveloppement humain par la migration, il lui en cotera plus d'attendre la reconnaissance de ses diplmes plutt que d'aller tenter sa chance dans un autre pays, en particulier s'il ne peut pas exercer sa profession dans son pays ou s'il n'y peut prtendre qu' un bas salaire.
  • Validation acclre. Les gouvernements peuvent faciliter la validation acclre des diplmes et instituer des organismes nationaux pour procder ces validations. Des tuteurs pdagogiques et des formations courtes l'tranger peuvent aider les migrants combler n'importe quelle lacune. Aux tats-Unis, certains tats ont cr des bureaux New Americans pour aider les nouveaux arrivants s'y retrouver dans ce qui ressemble fort un labyrinthe, mme aux yeux des migrants internes.
  • Reconnaissance des comptences acquises au travail. Beaucoup de comptences s'acquirent sur le tas et il manque souvent de mcanismes pour reconnatre ces comptences informellement acquises. Il serait plus facile pour les travailleurs de faire reconnatre leurs comptences l'tranger si la capacit reconnatre et certifier ces comptences acquises au travail tait dveloppe. faire reconnatre leurs comptences l'tranger si la capacit reconnatre et certifier ces comptences acquises au travail tait dveloppe.

Source: redale (2001).





Il est essential de garantir un traitement quitable aux migrants pendant les rcessions



Garantir un traitement quitable pendant les rcessions. Cet aspect s'est fait cruellement sentir en 2009, avec son lot de vagues ractionnaires et d'expulsions de par le monde. Les dispositions susceptibles de protger les travailleurs migrants de telles difficults excessives sont, entre autres47 :

  • Permettre aux personnes qui ont t licencies de rechercher un nouvel emploi, au moins jusqu' l'expiration de leur permis de travail et de sjour ;
  • Faire en sorte que les personnes licencies avant l'expiration de leur contrat de travail peroivent des indemnits de licenciement et/ou des allocations de chmage, lorsqu'elles y ont droit ;
  • Intensifier l'application du droit du travail afin de minimiser les abus (ex. : arrirs de salaire) aux travailleurs qui craignent d'tre licencis ;
  • Garantir un accs permanent aux services de base (sant et ducation) et aux services de recherche d'emploi ;
  • Assister les organismes dans les pays d'origine qui aident les travailleurs licencis revenir au pays et dispensent des aides et des bourses de formation ; et
  • Amliorer les donnes ventiles dont les donnes sur les licenciements et les salaires, par secteur et par sexe de faon ce que les gouvernements et les communauts d'origine soient constamment informs de l'volution des perspectives d'emploi.

Si les gouvernements prennent ce type de mesures, la crise conomique pourra tre l'occasion de promouvoir un meilleur traitement et d'viter les conflits.

Il est important d'applaudir ce qui mrite de l'tre. Il existe des exemples de gouvernements tatiques et locaux qui ont su accepter la migration et de ses implications sociales et culturelles. La rcente Charte sur le multiculturalisme d'Australie-Occidentale offre un exemple intressant du rle que peut jouer l'tat dans la lutte contre la discrimination et dans la promotion de la cohsion et de l'inclusion aux niveaux individuel et collectif48. La plupart des recommandations voques plus haut sont dj d'application courante dans certains pays de l'OCDE, mme si l'on observe une grande variabilit dans la pratique. Des rformes courageuses sont ncessaires dans certains grands pays de destination, par exemple en Afrique du Sud et aux mirats arabes unis, o les efforts actuellement dploys pour offrir aux individus et aux communauts des rsultats positifs en matire de dveloppement humain sont loin d'tre suffisants.

5.1.5 Exploiter les bnfices de la mobilit interne

D'un point de vue des chiffres, les migrations internes devancent de loin les migrations internationales. D'aprs les estimations, 136 millions de personnes ont ainsi circul en Chine et 42 millions en Inde pour ces seuls deux pays, le volume total des migrations internes avoisine le volume mondial des migrations internationales. En effet, la mobilit n'est pas tant une composante naturelle de l'histoire humaine, elle est aussi une dimension constante du dveloppement et des socits modernes, celle-l mme qui pousse les gens saisir les opportunits nouvelles et s'adapter en consquence.

Au vu de ces ralits, les politiques gouvernementales devraient plutt s'efforcer de faciliter, et non pas d'entraver, le processus de migration interne. Les politiques et les programmes en place ne devraient pas poser d'obstacles aux personnes qui choisissent de se dplacer. Pareillement, ils ne devraient pas contraindre les personnes se dplacer dans le but de pouvoir accder des services de base et des sources de revenus. Ces deux principes conduisent une srie de recommandations qui sont intgralement du ressort de tous les gouvernements nationaux, savoir :

liminer les obstacles la mobilit interne. Pour garantir tous des droits civiques, conomiques et sociaux gaux et intgraux, il est essentiel d'liminer les contraintes lgales et administratives qui grvent la mobilit et de combattre la discrimination contre les migrants. Comme nous l'avons vu au chapitre 2, les barrires administratives sont certes moins frquentes depuis l'avnement de la dcentralisation observ dans une grande partie du monde, mais certaines d'entre elles persistent notablement, mme si elles n'en font pas pour autant rgresser la mobilit. Ces barrires sont contraires au droit international. Elles en cotent aussi, en termes d'argent et de temps, aux gouvernements pour tre appliques et aux migrants pour tre ngocies. Beaucoup de migrants choisissent de partir sans avoir la documentation requise, pour dcouvrir ultrieurement qu'ils n'ont pas accs aux services de base. Les migrants internes devraient bnficier d'un accs quitable l'ensemble des prestations et services publics, en particulier dans les secteurs de l'ducation et de la sant mais aussi, le cas chant, en matire de retraite et d'assistance sociale.

La libert de circulation revt une importance spcifique pour les travailleurs saisonniers et temporaires, qui sont gnralement les migrants les plus pauvres et qui ont souvent t ngligs, voire bannis. Ces types de flux migratoires peuvent constituer de dlicats enjeux pour les collectivits locales en charge des prestations de services, qui doivent apprendre grer des populations plus fluides. Les rformes partielles qui autorisent les migrants travailler sans pour autant leur accorder l'galit d'accs aux services (comme en Chine) ne suffisent pas. Des rformes ont t institues dans certains tats indiens par exemple, pour distribuer aux migrants saisonniers des cartes d'alimentation temporaires , mais leur mise en uvre est plutt lente49.

Apporter une aide adquate aux migrants dans leurs dplacements internes. Les gouvernements devraient apporter une aide adquate aux personnes qui se dplacent sur leur territoire, comme ils le font pour les migrants venus de l'tranger. Ce processus pourrait tre ralis en partenariat avec les communauts locales et des ONG. Certains de ces migrants sont dfavoriss de par leur manque d'ducation, les prjugs contre leur minorit ethnique ou les diffrences linguistiques et ont donc besoin de programmes cibls d'assistance. Cette assistance pourrait tre porte dans diffrents domaines, depuis la recherche d'emploi jusqu' l'apprentissage linguistique. Les migrants devraient avoir droit l'assistance sociale et d'autres garanties fondamentales. Par-dessus tout, il faut absolument satisfaire les besoins lmentaires en termes de sant et d'ducation. En Inde, des ONG administrent des auberges rserves aux enfants des migrants pour les aider se loger et se scolariser, en leur dispensant notamment des cours de rattrapage.



Un gouvernement local inclusif et responsable a un rle capital jouer, non seulement pour garantir les prestations de services, mais aussi pour viter ou attnuer les tensions sociales



Redistribuer les recettes fiscales. Des arrangements fiscaux intergouvernementaux devraient garantir une redistribution des revenus de manire ce que les localits les plus pauvres, o vivent souvent les migrants internes, n'aient pas supporter des frais inconsidrs pour assurer les services publics locaux. Ici prvalent les mmes principes que ceux concernant la redistribution budgtaire en faveur des migrants internationaux.

Optimiser la ractivit. Cela peut paratre vident et ne devrait mme pas mriter d'tre mentionn, mais il est essentiel de conforter la capacit des collectivits locales et des programmes locaux satisfaire les besoins des gens. Un gouvernement local inclusif et responsable a un rle capital jouer, non seulement pour garantir les prestations de services, mais aussi pour viter ou attnuer les tensions sociales. Il faut mettre en place une planification urbaine proactive, et non pas aveugle, pour viter la marginalisation sociale et conomique des migrants.

Les Objectifs du Millnaire pour le dveloppement (OMD) prconisent des plans d'action pour crer des Villes sans taudis , avec notamment des systmes d'assainissement amliors et des droits fonciers protgs. Mais les progrs sont lents : d'aprs le dernier rapport OMD en date, plus d'un tiers de la population urbaine mondiale vit dans des taudis, proportion qui monte plus de 60 % en Afrique subsaharienne50.

Les gouvernements rpondent parfois au problme des taudis en cherchant rduire les flux migratoires en direction des villes, comme le dmontre notre examen des stratgies de rduction de la pauvret effectu au chapitre 4. Pourtant, il serait politiquement plus constructif de satisfaire les besoins d'une population croissante et volutive en rsolvant d'abord les graves problmes d'eau et de salubrit dont ptissent les bidonvilles. Avec une planification proactive et des ressources suffisantes, il est possible d'assurer des conditions de vie dcentes dans les villes en expansion dmographique. Certaines villes, admettant l'importance d'un dveloppement urbain durable, ont trouv des solutions novatrices pour amliorer la vie de leurs habitants. L'exprience de Singapour est abondamment cite en exemple pour ses bonnes pratiques en matire de rnovation urbaine : presque tous les logements sauvagement occups ont t remplacs par des immeubles de logements publics, complts par un rseau tendu de transport public et une gestion amliore de l'environnement. Un exemple plus rcent nous est fourni par Alexandrie, en gypte, o des approches participatives ont t appliques pour concevoir des plans moyen et long termes de dveloppement conomique, d'amnagement urbain des bidonvilles et de rgnration de l'environnement51.



La migration peut constituer une stratgie capitale pour les mnages et les familles qui cherchent diversifier et accrotre leurs sources de revenus



Enfin, l'exode rural apparat souvent plus subi que souhait, du fait de l'absence d'installations publiques adquates dans les lieux d'origine. Les prestations de services et les infrastructures universelles devraient parvenir jusqu'aux lieux en excdent d'migration. Les gens auraient ainsi l'opportunit de dvelopper de nouvelles comptences afin de gagner en productivit et de trouver des emplois sur leur lieu d'origine, tout en se mnageant la possibilit d'aller travailler ailleurs s'ils le souhaiten.

5.1.6 Intgrer la mobilit aux stratgies nationales de dveloppement

Au cur des dbats qui se sont tenus lors du Forum mondial sur la migration et le dveloppement 2009, organis par la Grce, figurait le thme de l'intgration de la migration dans les stratgies nationales de dveloppement. Ce thme soulve une question plus vaste, celle du rle de la mobilit dans les stratgies visant amliorer le dveloppement humain. Notre analyse des stratgies de rduction de la pauvret depuis 2000 a permis d'identifier les attitudes et les contraintes actuellement observes au niveau des politiques, tout en admettant que la migration a jou un rle majeur dans les visions nationales du dveloppement diffrents stades de l'histoire.

Les liens entre la mobilit et le dveloppement sont complexes, ne serait-ce que parce que la mobilit est plus souvent perue comme une composante du dveloppement humain que comme l'une de ses causes ou effets isols. Cette relation est encore complique par le fait que, en gnral, la plupart des bnfices de la mobilit en termes de dveloppement sont exploits par ceux qui partent l'tranger et dpassent donc le cadre des approches territoriales qui ont tendance focaliser l'attention et les raisonnements politiques de manire localise.

La migration peut constituer une stratgie capitale pour les mnages et les familles qui cherchent diversifier et accrotre leurs sources de revenus, en particulier dans les pays en dveloppement. Les flux montaires ont le potentiel d'amliorer le confort social, de stimuler la croissance conomique et de rduire la pauvret, directement et indirectement. Cependant, la migration, et en particulier les transferts de fonds qu'elle gnre, ne peut pas contrebalancer un environnement institutionnel qui, plus gnralement, freine le dveloppement conomique et social. Au vu des expriences, les aspects critiques en la matire sont l'importance des conditions conomiques nationales et la puissance des institutions du secteur public, deux conditions essentielles pour qui veut exploiter au mieux les bnfices de la mobilit.

Nous avons vu que les populations dfavorises avaient souvent moins de choix en termes de mobilit. Cette lacune peut rsulter des ingalits sous-jacentes dont elles sont victimes en termes de comptences, mais aussi d'obstacles politiques et institutionnels. Ce qu'il faut maintenant est une identification pays par pays des contraintes qui grvent les choix des gens, l'aide de donnes et d'analyses quantitatives et qualitatives. L'amlioration des donnes, rendue possible par quelques rcentes initiatives, telle que la dfinition de profils migratoires (finance par la Commission europenne et d'autres partenaires), revtira ici une importance cruciale, car elle devrait permettre d'identifier les obstacles et de contribuer aux tentatives d'amlioration des stratgies nationales.

Certaines stratgies de dveloppement en l'occurrence huit des 84 stratgies de rduction de la pauvret conues entre 2000 et 200852 soulvent le problme de l'exode des diplms. Il est communment admis que les politiques coercitives cherchant restreindre cet exode, outre qu'elles sont contraires au droit international, sont viter, aussi bien pour des raisons thiques que pour des raisons conomiques53. Mais le consensus est bien moins homogne en ce qui concerne les politiques alternatives mettre en place. L'encadr 5.5 synthtise les tenants et les aboutissants de diffrentes options.

Enfin, bien que ce sujet ne relve pas vritablement de ce rapport, nous souhaitons insister sur l'importance des efforts intensifs dploys pour promouvoir le dveloppement humain sur les territoires nationaux54. Le prochain RMDH, pour son vingtime anniversaire, s'appuiera sur une enqute exhaustive consacre aux sources de russite et d'chec du dveloppement humain et ses implications pour les stratgies nationales de dveloppement.

5.2 La faisabilit politique de la rforme

Dans un climat de scepticisme populaire quant aux questions migratoires, le problme le plus urgent apparat tre celui de la faisabilit politique de nos propositions. Cette section affirme que la rforme est possible, mais uniquement si des mesures sont prises pour rassurer les autochtones, de faon ce qu'ils ne peroivent plus l'immigration comme une menace leur personne ou leur socit.

Tout indique que la mobilit induit de nombreux avantages pour les migrants et, dans bien des cas, pour les pays de destination et d'origine aussi. Il faut cependant reconnatre que, dans beaucoup de pays de destination, qu'ils soient dvelopps ou en voie de dveloppement, les attitudes des populations locales envers la migration sont, au mieux, vaguement permissives et, souvent assez ngatives. Nous ne manquons pas de sondages d'opinion et d'autres enqutes pour voir que les rsidents accordent une importance essentielle au contrle de l'immigration et que la plupart d'entre eux prfreraient un resserrement des restrictions d'entre, plutt qu'un relchement. Cependant, il est intressant de noter que les attitudes envers la migration semblent tre davantage positives dans les pays o la part de la population immigre tait importante en 1995 et o les taux de croissance ont t levs ces dix dernires annes55. Pour ce qui est du traitement des migrants, la situation apparat plus positive, car la population semble tre encline dfendre un traitement quitable des migrants se trouvant dj sur le territoire.

Abordons maintenant l'pineuse question de la libralisation des entres. Les donnes suggrent une forte opposition cette libralisation, mais la situation n'est pas aussi monochrome qu'elle parat l'tre. Il y a quatre raisons cela.



En amliorant la transparence et l'efficacit des passerelles vers le sjour permanent des migrants, il peut tre possible d'estomper l'impression persistante qu'une part importante des migrations internationales est irrgulire ou illgale



Premirement, comme indiqu au chapitre 4, de nombreuses personnes sont disposes accepter l'immigration dans la mesure o il y a de l'emploi. Notre proposition consiste corrler la libralisation future la demande de main-d'uvre, de manire ce que les afflux migratoires rpondent aux besoins en termes d'emploi. Cela rduirait le risque de voir les migrants se substituer aux travailleurs locaux. En effet, des conditions de ce genre sont dj largement imposes par des gouvernements, en particulier dans les pays dvelopps, l'entre de migrants qualifis. Nous proposons que cette approche soit tendue aux travailleurs peu qualifis, avec une rfrence explicite la situation du march national de l'emploi et aux besoins sectoriels.

Deuximement, en amliorant la transparence et l'efficacit des passerelles vers le sjour permanent des migrants, il peut tre possible d'estomper l'impression persistante, partage par beaucoup d'autochtones, qu'une part importante des migrations internationales est irrgulire ou illgale. En effet, aux tats-Unis, par exemple, le volume de la main-d'uvre immigre clandestine pose un problme politique majeur, qui n'a encore donn lieu aucun consensus. La migration illgale est galement importante dans d'autres pays de destination, dvelopps et en dveloppement. Pourtant, de rcentes tudes indiquent que la migration permanente bnficie d'un soutien considrable dans les pays dvelopps, puisque plus de 60 % des personnes interroges ce sujet estiment que les migrants lgaux devraient avoir la possibilit d'acqurir un droit de sjour permanent (figure 5.2).

Pour concrtiser ce soutien, il conviendrait de concevoir des politiques de migration lgale explicitement lies aux possibilits et opportunits d'emploi et de promouvoir ce concept auprs du grand public afin de pouvoir exploiter le soutien prexistant. Il faudra aussi concevoir et mettre en uvre des mesures parallles pour traiter du problme de la migration illgale, de faon ce que le vide politique qui s'observe dans ce domaine ne constitue plus une source d'inquitude pour les habitants. La migration illgale grande chelle, qui est souvent si pratique pour certains employeurs et si bien lude par les responsables politiques, n'a pas seulement des consquences nfastes pour les migrants (comme expliqu au chapitre 3), mais a aussi tendance amoindrir l'acceptabilit de la libralisation des rgles rgissant l'entre des migrants et, partant, la question tout entire. Les solutions viables mettre en uvre doivent prvoir des mcanismes incitant les employeurs recruter des travailleurs lgaux et les migrants opter pour un statut lgal.



Le traitement quitable des migrants ne s'accorde pas seulement aux notions fondamentales de l'quit et de la justice, mais peut galement apporter aux communauts de destination son lot d'avantages instrumentaux



Troisimement, une bonne part de la rsistance oppose la migration procde du fait que les gens ont souvent des fausses ides prconues sur ses consquences. Beaucoup croient, par exemple, que les immigrants exercent un impact ngatif sur les revenus des rsidents ou qu'ils sont responsables de la hausse des taux de criminalit. Une fois encore, ces inquitudes ont tendance tre plus prononces envers les migrants illgaux, ne serait-ce que parce que leur statut est associ une rosion de l'tat de droit. Il existe en ce domaine plusieurs approches prometteuses. Les campagnes d'information publique et les activits de sensibilisation sont cruciales. Comme la migration est toujours une question controverse, l'information est frquemment utilise de manire oriente pour tayer les arguments de groupes d'intrts spcifiques. Mme s'il s'agit l d'une caractristique naturelle et somme toute souhaitable du dbat dmocratique, l'objectivit et les faits peuvent en faire les frais. Par exemple, une tude rcemment mene auprs de vingt pays europens a rvl que, dans tous les cas, le nombre d'immigrants peru dpassait largement leur nombre rel, souvent par un coefficient de 2 ou plus56.

Pour combler ce foss entre les perceptions et la ralit, il faut mettre la disposition du public davantage de sources impartiales d'information et d'analyse sur l'ampleur, la porte et les consquences de la migration. L'lment rcurrent qui revient dans les dbats autour des questions migratoires est la mfiance gnralise vis--vis des statistiques officielles et de leur interprtation. Puisque ces questions posent d'pineux problmes en termes de politiques, il faut dployer davantage d'efforts pour influencer le dbat public au moyen de processus dont l'objectivit et la fiabilit ne pourront pas tre remises en cause. Les gouvernements ont fort gagner des conseils techniques dispenss par des organes spcialiss, comme le Migration Advisory Committee au Royaume-Uni. Afin d'tre considrs comme impartiaux, ces organes devront dlibrment se tenir distance de l'administration.

Quatrimement, la politique migratoire mane normalement de l'interaction complexe d'une multitude d'acteurs, qui forment diffrents groupes d'intrt et appartiennent diffrents partis politiques. Les groupes organiss peuvent et ne s'en privent pas se mobiliser pour invoquer la ncessit de rformes, souvent en constituant des coalitions qui prconisent des changements dans les domaines o leurs intrts concident57. Par exemple, ce sont souvent des groupes d'employeurs qui appellent la rforme des rgles d'entre en rponse une pnurie de main-d'uvre et/ou de qualifications. Les pays de destination devraient concevoir des politiques migratoires et fixer des seuils migratoires par le biais de processus politiques autorisant le dbat public et quilibrant les intrts divergents. En outre, il faut discuter et dbattre localement de ce qui peut tre ralis au niveau national et les politiques doivent tre davantage adaptes aux contraintes locales. Parce que l'on craint souvent que les dbats sur la migration ne prennent des tournures racistes, les discussions conduites sur ce sujet entre les grands partis politiques et les organisations concernes n'ont gnralement qu'un faible cho. Quoi qu'il soit louable de faire acte de prudence, il existe tout de mme un risque d'aboutir une autocensure contre-productive.

Le traitement des migrants constitue un autre domaine, en termes de politique, o la rforme peut tre plus aise qu'elle n'en a l'air premire vue. Le traitement quitable des migrants ne s'accorde pas seulement aux notions fondamentales de l'quit et de la justice, mais peut galement apporter aux communauts de destination son lot d'avantages instrumentaux, associs une diversit culturelle, des taux amliors d'innovation et d'autres aspects explors au chapitre 4. En effet, il semble que la population soit parfaitement tolrante vis--vis des minorits et voie d'un bon il la diversit ethnique. Ces attitudes indiquent qu'un large consensus est tout fait possible pour un meilleur traitement des migrants.

La protection des droits des migrants apparat de plus en plus dans l'intrt des grands pays de destination, dont de trs nombreux ressortissants travaillent l'tranger58. En 2005, plus de 80 pays comptaient une part importante d'immigrs ou d'migrs dans leur population plus de 10 %. Pour ces pays, le respect des droits des migrants constitue naturellement un objectif majeur en matire de politique. Partant, des accords bilatraux ou rgionaux autorisant la rciprocit pourraient fort bien avoir un rle important jouer pour engendrer des rformes coordonnes.



Encadr  5.5 Quand les travailleurs qualifis migrent : quelques options en termes de politique

L'assujettissement l'impt des citoyens tablis l'tranger parfois dnomm impt de Bhagwati est une proposition de longue date et fait partie intgrante du systme fiscal des tats-Unis. L'ide qui la justifie est que la citoyennet suppose des responsabilits, dont celle de payer des impts, notamment pour les plus nantis. Si des barrires l'entre engendrent une pnurie de main-d'uvre dans les pays de destination et, partant, de revenus suprieurs pour ceux qui parviennent migrer, l'imposition de ces revenus n'a aucun effet de distorsion et ne devrait avoir aucune incidence sur la rpartition mondiale de la main-d'uvre.

Cependant, plusieurs arguments sont avancs contre l'ide de surtaxer les ressortissants l'tranger qui, bien souvent, paient dj des impts dans leur pays d'accueil. Premirement, la mise en uvre de cette fiscalit devrait se faire soit sur la base du volontariat, soit par le biais d'accords bilatraux. Mais les gens n'aiment pas payer des impts et les gouvernements le savent bien, puisqu'ils ne parviennent pas se mettre d'accord sur le bien-fond de l'imposition des migrants, en grande partie cause des cots administratifs qu'elle entrane. Deuximement, alors que quelques migrants auront pu frquenter les bancs d'une universit publique dans leur pays, d'autres auront fait des tudes l'tranger ou dans le secteur priv. Troisimement, avec les transferts de fonds, les investissements et autres mcanismes, les migrants gnrent souvent d'importants revenus dans leur pays d'origine. L'imposition ne ferait que dcourager ces flux montaires et inciterait les migrants renoncer leur citoyennet au profit de leur nouveau pays d'accueil.

La mise en uvre de ce type d'impt est donc reste trs limite ce jour. Les Philippines s'y sont employes, mais l'exprience s'est rvle mitige et l'approche a t mise en veille il y a prs d'une dizaine d'annes. Aujourd'hui, la plupart des gouvernements, dont celui des Philippines, accordent des exonrations fiscales temporaires leurs migrants.

Un autre moyen de compenser ces pertes de comptences pourrait consister mettre en place des transferts directs entre gouvernements. Que ce soit sous forme de mcanismes autonomes ou dans le cadre d'un systme officiel d'aide au dveloppement, ces transferts auraient l'avantage d'tre simples et d'induire des frais de transaction relativement faibles. Le problme, cependant, est que ces pertes de comptences sont difficiles quantifier. Et ces transferts ne rsoudraient en rien les cueils sous-jacents qui incitent cet exode, savoir, entre autres, la pitre qualit des systmes ducatifs et des services de sant et/ou l'troitesse des marchs ouverts aux individus qualifis.

L'aide est largement fongible, comme l'ont dmontr de nombreuses tudes. Mme les fonds affects l'amlioration des systmes ducatifs servent souvent financer d'autres dpenses gouvernementales.

Au plan politique, il y a la possibilit de traiter la question de l'migration qualifie dans certains secteurs, dont la sant et l'ducation, o peuvent s'observer, en termes de cots et de bnfices, d'importantes divergences entre le priv et le public. Les approches politiques en ce domaine dpendent des circonstances locales. Par exemple :

  • Des mcanismes cibls d'incitation sous forme de complments salariaux pour les travailleurs du secteur public. Une telle approche devrait tre soigneusement calibre, tant donn ses effets potentiels sur l'offre de main-d'uvre. L'un des obstacles majeurs est ici pos par les disparits salariales, souvent trop importantes pour tre assumes par la capacit budgtaire des gouvernements pauvres.
  • La formation personnalise pour l'acquisition de comptences recherches dans le pays d'origine, mais moins ngociables l'tranger. Par exemple, s'il existe un march international pour les mdecins, les formations paramdicales peuvent promouvoir une meilleure rtention des personnes qualifies, tout en satisfaisant par la mme occasion les besoins locaux.
  • Rforme du financement de l'ducation. Il s'agirait d'largir l'offre du secteur priv de manire ce que les personnes dsireuses de suivre des formations spcialises afin de partir l'tranger ne dpendent pas d'un financement public. Les Philippines appliquent cette mthode pour former des infirmires.
  • Investissement dans les technologies alternatives. Les services distance, dispenss par tlphonie mobile ou par Internet, peuvent permettre de gnrer des comptences rares et recherches, profitant un plus grand nombre.
  • Aide cible au dveloppement. Lorsque l'exode des comptences est d un manque d'innovation et d'investissements par exemple, dans l'agriculture -, l'aide au dveloppement pourrait cibler en premier lieu les organismes de recherche rgionaux et nationaux.
  • L'incitation au retour des migrants qualifis est une stratgie qui a t tente, mais ses effets ont t mitigs et cela ne semble pas constituer le meilleur usage de fonds publics dj rares. Son efficacit dpend en partie de la puissance de l'institution nationale du pays dans lequel le migrant retourne, mais aussi et peut-tre plus important de la performance et des perspectives du pays. Dans les faits, il apparat que les migrants retournent dans leur pays ds que celui-ci offre des opportunits suffisamment intressantes, comme ce fut rcemment le cas en Chine, en Inde et Mauricene, en Inde et Maurice.

Source : Clemens (2009b), Bhagwati (1979), Clemens (2009a), Pomp (1989) et Banque mondiale (1998).





Figure5.2 Opinion sur la possibilit de rsider de faon permanente :
Prfrence pour la migration temporaire plutt que permanente, 2008

image

Source: Transatlantic Trends (2008).



Si les possibilits ne manquent pas pour amliorer la qualit des dbats publics et des politiques qui en rsultent, nos propositions reconnaissent aussi qu'il y a des choix et des compromis trs rels et importants faire. En particulier, nos propositions ont t labores de manire ce que les bnfices de la libralisation puissent tre exploits en partie pour compenser les pertes essuyes par des groupes et des individus spcifiques. De plus, comme les cots budgtaires de la migration sont gnralement mineurs (comme dmontr au chapitre 3), il peut exister un argument politique pour promulguer des mesures qui aideront amliorer la perception du partage du fardeau. Par exemple, le Canada impose des frais administratifs depuis plus d'une dizaine d'annes ; d'autres pays, comme le Royaume-Uni, ont suivi cette approche.

Par ailleurs, les politiques doivent traiter des cots potentiels associs aux migrations. Tel qu'il est conu, le paquet de rformes propos garantit dj une adquation entre le nombre d'entrants et la demande de main-d'uvre et contribue confrer aux migrants un statut lgal. D'autres mesures pourraient prvoir des ddommagements l'attention des communauts et des localits qui supportent en termes de migration des charges financires disproportionnes, du fait des services publics et des prestations sociales qu'elles sont obliges de fournir. Cela permettrait de dissiper quelque peu les ressentiments de certains groupes l'encontre des migrants et d'affaiblir le discours des partis politiques extrmistes sur l'immigration. titre d'exemple, citons les transferts financiers dont bnficient des tablissements scolaires comptant dans leurs effectifs un nombre important de migrants, mesure prise dans un certain nombre de pays dvelopps.

Une autre mesure importante pour minimiser les dsavantages perus par les rsidents locaux concerne le respect des normes nationales et locales en matire de travail. C'est l l'un des principaux chevaux de bataille des syndicats, mais aussi du public : la lutte qu'ils livrent contre l'exploitation et l'abus des migrants est des plus louables et dmontre clairement qu'une rforme progressive sera parfaitement accepte. Des exemples contemporains de participation syndicale la conception et la mise en uvre de politiques de la sorte peuvent tre trouvs la Barbade, en Nouvelle-Zlande et en Sude, qui ont su amliorer la conception et l'acceptabilit de leurs programmes.

Enfin, il devrait aller sans dire (mais ce qui n'est pas souvent le cas) que la participation la prise de dcisions accrot l'acceptation des rformes. C'est peut-tre la plus importante mesure que les gouvernements peuvent prendre pour garantir que tous les changements de la politique migratoire seront ngocis et accepts par les diffrents groupes de parties prenantes. titre d'exemple, le gouvernement des Pays-Bas a entrepris de tenir rgulirement des consultations avec des organisations de migrants. Pareillement, en Nouvelle-Zlande, les Kick-Start Forums sont parvenus rassembler les acteurs concerns pour rsoudre les problmes du Recognised Seasonal Employer Scheme (Rgime reconnu des employeurs saisonniers)59.

5.3 Conclusions

Nous avons ouvert ce rapport en dnonant l'extraordinaire ingalit de la distribution mondiale des chances, qui constitue l'un des principaux facteurs de migration. Notre message premier est que la mobilit a le potentiel d'optimiser le dveloppement humain pour ceux qui migrent, ceux qui restent au pays et pour la majorit des socits de destination. Cependant, les processus et les rsultats peuvent tre adverses, parfois mme trs adverses, ce qui laisse beaucoup de possibilits pour apporter d'importantes amliorations aux politiques et aux institutions aux niveaux national, rgional et international. Notre paquet de rformes exige une vision courageuse et s'appuie sur un programme ambitieux long terme pour tirer profit des nombreux bnfices inexploits que la mobilit actuelle et future peut apporter au dveloppement humain.

Les forums internationaux qui existent actuellement sur le sujet commencer par le Forum mondial sur la migration et le dveloppement sont autant de prcieuses occasions d'examiner les enjeux et de partager les expriences. Les consultations ce niveau doivent tre relayes par une action d'autres niveaux. Mme de faon unilatrale, les gouvernements peuvent prendre des mesures pour optimiser les effets sur les migrants internationaux et internes. La plupart des recommandations que nous avons formules ne sont pas subordonnes de nouvelles conventions internationales. Les principales rformes concernant le traitement des migrants et l'amlioration des rsultats pour les communauts de destination relvent intgralement du pouvoir des gouvernements nationaux. Dans certains cas, des actions sont requises aux niveaux sous-nationaux, telles celles destines garantir l'accs aux services de base.



La mobilit a le potentiel d'optimiser le dveloppement humain pour ceux qui migrent, ceux qui restent au pays et pour la majorit des socits de destination



L'action unilatrale appelle des progrs sur le plan des arrangements bilatraux et rgionaux. Beaucoup de gouvernements, d'origine et de destination, sans oublier les pays de transit, ont sign des accords bilatraux. Ces accords visent gnralement imposer des quotas, tablir des procdures et dfinir des normes minimales. Les accords rgionaux peuvent jouer dans ce domaine un rle particulirement important, ne serait-ce qu'en tablissant des corridors de libre circulation.

Les rformes que nous proposons concernant les politiques et institutions gouvernementales pourraient considrablement amliorer les bnfices de la mobilit interne et trangre sur le dveloppement humain. Tout progrs en ce domaine exigera un leadership engag, des consultations extensives avec les parties concernes et des campagnes audacieuses de sensibilisation de l'opinion publique, afin que les dbats et les discussions autour des politiques puissent avancer.

Notes

Chapitre 1

1 OCDE (2009a).

2 Peu de pays en dveloppement possdent des donnes relatives aux flux de migrants. Toutefois, la somme des stocks de migrants internes et internationaux dans les pays en dveloppement est considrablement plus leve que le stock des migrants dans les pays dvelopps (voir section 2.1).

3 Voir les Tableaux statistiques pour l'esprance de vie et les revenus et Barro et Lee (2001) pour les annes de scolarit.

4 Pour une discussion sur les raisons des mauvaises conditions de vie dans la basse valle du Rio Grande, voir Betts et Slottje (1994). Anderson et Gerber (2007b) fournissent une vision d'ensemble des conditions de vie le long de la frontire et de leur volution dans le temps. Des donnes et une analyse compltes du dveloppement humain aux tats-Unis sont disponibles dans Burd-Sharps, Lewis et Martins (2008).

5 Le nombre de Chinois ayant chang de district de rsidence entre 1979 et 2003 est estim 250 millions (Lu et Wang, 2006). Les flux interprovinciaux (quivalant la dfinition de migration interne utilise dans le rapport, voir encadr 1.3) reprsentaient environ un quart de ces mouvements.

6 Clemens, Montenegro et Pritchett (2008).

7 Clemens, Montenegro et Pritchett (2008), Ortega (2009).

8 PNUD (2008d).

9 La pratique du dpistage obligatoire des migrants n'est pas spcifique aux tats arabes. Par exemple, les tats-Unis limitent considrablement l'entre des voyageurs sropositifs et empchent les non-citoyens sropositifs d'obtenir la rsidence permanente. Voir Services de citoyennet et d'immigration des tats-Unis (2008).

10 Une recherche d'articles acadmiques sur la migration internationale l'aide du Social Sciences Citation Index n'a rvl que 1 441 articles, moins du cinquime de ceux relatifs au commerce international (7 467) et moins du vingtime de ceux se rapportant l'inflation (30 227).

11 Koslowski (2008).

12 OIM (2008b), Banque mondiale (2006b), OIT (2004) et FMMD (2008).

13 Aliran (2007).

14 Branca (2005).

15 En particulier, la question de la distinction entre migration volontaire et migration involontaire a men des termes tels que migration mixte et lien asile-migration . L'usage de certains de ces termes est controvers puisque la reconnaissance de motivations conomiques parmi les demandeurs d'asile peut avoir des incidences sur les admissions et le traitement. Voir Richmond (1994), van Hear (2003), van Hear, Brubaker et Bessa (2009) et UNHCR (2001).

16 Bakewell (2008) montre que le retour en Angola d'un grand nombre de ces migrants, depuis la fin de la guerre civile en 2002, a concid avec la tentative de nombreux Zambiens de se rendre en Angola afin de bnficier de l'amlioration attendue des conditions sociales et conomiques. Cela suggre que les motivations conomiques parmi les expatris angolais taient pour le moins autant importantes que le dsir de rentrer dans leur pays d'origine.

17 Van Hear, Brubaker et Bessa (2009) et Van Engeland et Monsutti (2005).

18 Un intressant exemple de l'absence de lien entre les flux migratoires et les diffrentiels de croissance conomique fut la rcession de 1985-1986, durant laquelle le PIB par habitant malaisien avait diminu de 5,4 %, tandis que l'conomie indonsienne n'avait pas t touche ; pourtant les flux migratoires entre les deux pays demeuraient inchangs. Voir Hugo (1993).

19 Cela ne signifie pas que les migrants en Malaisie sont l'abri de discriminations. Voir Hugo (1993).

20 Les tentatives de dveloppement d'un cadre conceptuel en vue de comprendre les migrations remontent au moins Ravenstein (1885), qui a propos une srie de lois de la migration et mis l'accent sur le dveloppement des villes comme ples d'attraction . Au sein de la thorie conomique noclassique, les premiers exposs incluent Lewis (1954) et Harris et Todaro (1970), alors que la tradition des tudes marxistes a dmarr avec la discussion sur la question agraire par Kautsky (1899).

21 Stark et Bloom (1985), Stark (1991).

22 Mesnard (2004), Yang (2006).

23 Massey (1988).

24 Gidwani et Sivaramakrishnan (2003).

25 Voir Nussbaum (1993) sur les origines de cette ide.

26 Huan-Chang (1911).

27 Plato (2009).

28 Nussbaum (2000).

29 Cette dfinition est conforme l'usage conventionnel. Par exemple, le Larousse dfinit la mobilit comme proprit, caractre de ce qui est susceptible de mouvement, de ce qui peut se mouvoir ou tre m, changer de place, de fonction (Larousse, 2009). L'ide de mobilit professionnelle comme indicateur de l'absence de restrictions la mobilit, distinguer de l'action de mouvement elle-mme, a galement une longue tradition dans l'conomie internationale ; voir Mundell (1968).

30 Sainath (2004).

31 Sen (2006), p. 4.

32 PNUD (1990), p. 89.

33 PNUD (1997).

34 PNUD (2004b).

35 Voir, par exemple, l'ide de l'utilisation de transferts internationaux pour rduire les pressions l'migration dans les pays pauvres, qui figure dans le Rapport mondial sur le dveloppement humain de 1994 du PNUD (1994).

Chapitre 2

1 Bell et Muhidin (2009).

2 Des dfinitions moins classiques permettent d'augmenter les estimations de manire significative. Par exemple, alors que notre estimation de 42 millions de migrants internes en Inde (4 % de la population) englobe tous ceux qui se sont dplacs entre les tats, il existe 307 millions de personnes qui vivent dans une ville diffrente de celle o elles sont nes (Deshingkar et Akter, 2009). Montenegro et Hirn (2008) utilisent une valeur intermdiaire par zone et calculent un taux de migration interne moyen de 19,4 % pour 34 pays en dveloppement. La migration saisonnire est exclue de ces deux estimations. notre connaissance, il n'existe aucune estimation inter-pays de la migration interne similaire, mme si des recherches spcifiques au pays tudi suggrent qu'elle est souvent leve.

3 Les immigrants, par exemple, sont dfinis sur la base de leur lieu de naissance dans 177 pays, mais sur la base de leur citoyennet dans 42 pays. Quelques pays (dont la Chine) n'ont aucune information, ni sur leurs citoyens trangers ni sur ceux ns l'tranger, ce qui signifie que ces pays doivent tre exclus de l'chantillon ou que leur part d'immigrants doit tre estime. C'est cette dernire solution qui a t choisie pour les estimations des Nations Unies (2009e) utilises tout au long de ce rapport.

4 Migration DRC (2007).

5 Calculs de l'quipe du RDH effectus sur la base de Migration DRC (2007) et CEPII (2006).

6 L'IDH du pays de destination est calcul en tant que moyenne pondre de l'IDH de tous les pays de destination, les coefficients pondrateurs tant les parts de migrants dans la population. La valeur prsente au figure 2.2 n'est qu'une approximation sommaire des gains apports par la migration internationale en matire de dveloppement humain, car le dveloppement humain des migrants peut diffrer du dveloppement moyen des populations des pays d'origine et des pays de destination, et parce que l'IDH lui-mme ne constitue qu'une mesure partielle du dveloppement humain. L'encadr 1.1 et le chapitre 3 prsentent une discussion plus dtaille des problmes mthodologiques inhrents l'estimation des gains individuels de la migration.

7 Ortega (2009).

8 Cummins, Letouze, Purser et Rodrguez (2009). Ces auteurs se servent de la base de donnes Migration DRC (2007) sur les stocks bilatraux de migrants pour dvelopper le premier modle de gravit (flux bilatraux) qui couvre la fois les pays OCDE et non-OCDE. D'autres rsultats incluent les effets, importants et significatifs au niveau des statistiques, de facteurs tels que la superficie des terres, les structures de population, une frontire commune et la distance gographique ainsi que les anciens liens coloniaux et une langue commune.

9 Martin (1993) observe que le dveloppement dans les pays pauvres va gnralement de pair avec une augmentation plutt qu'une diminution du taux d'migration et met l'hypothse qu'il peut y avoir une relation non-linaire en U invers entre la migration et le dveloppement. Cette thorie a depuis t discute par plusieurs auteurs, notamment Martin et Taylor (1996), Massey (plusieurs) et Hatton et Williamson (plusieurs). De Haas a effectu le premier test inter-pays de cette thorie en utilisant les donnes des flux bilatraux (2009).

10 De Haas est le premier avoir prsent un chiffre similaire (2009).

11 Cummins, Letouze, Purser et Rodrguez (2009).

12 Mobarak, Shyamal et Gharad (2009).

13 Analyse de l'quipe du RDH sur la base des Nations Unies (2009e), Migration DRC (2007) et CEPII (2006). Ces rgressions tiennent compte d'un terme linaire et quadratique dans l'IDH ainsi que des termes linaires et d'une interaction multiplicative de la taille et l'loignement. L'loignement se mesure par la distance moyenne aux pays de l'OCDE telle que calcule par le CEPII (2006). La taille se mesure par le logarithme de la population.

14 Par exemple, il y a 200 ans, les femmes migrantes reprsentaient moins d'un tiers des immigrants aux tats-Unis (Hatton et Williamson (2005), p. 33).

15 Voir Ramrez, Domnguez et Morais (2005) pour une discussion exhaustive sur les questions cls.

16 Nava (2006).

17 Rosas (2007).

18 OCDE (2008b).

19 Newland (2009) prsente une enqute exhaustive sur les questions cls associes la migration circulaire.

20 Sabates-Wheeler (2009).

21 OCDE (2008b).

22 Passel et Cohn (2008).

23 Vogel et Kovacheva (2009).

24 Docquier et Marfouk (2004). Si nous utilisons une dfinition plus large de la main-d'uvre et recensons tous les individus gs de plus de 15 ans comme conomiquement actifs, nous dcouvrons que 24 % des immigrants de l'OCDE sont diplms du tertiaire, contre 5 % de la population des pays non-OCDE.

25 OCDE (2009a).

26 Miguel et Hamory (2009).

27 Sun et Fan (2009).

28 L'quipe du RDH a effectu une recherche de fond en coopration avec la Banque mondiale. Ce profil de migrants internes a galement rvl que ceux ayant un niveau d'ducation formelle plus faible taient plus susceptibles d'migrer dans les pays d'Amrique latine revenu intermdiaire lev. Ce rsultat suggre que lorsque le niveau de revenu moyen d'un pays est suffisamment lev, mme des personnes relativement pauvres peuvent migrer.

29 King, Skeldon et Vullnetari (2008).

30 Skeldon (2006) sur l'Inde et le Pakistan et King, Skeldon et Vullnetari (2008) sur l'Italie, la Core et le Japon.

31 Clemens (2009b).

32 Voir Jacobs (1970) et Glaeser, Kallal, Scheinkman et Shleifer (1992). Pour une discussion exhaustive de la relation entre les conomies d'agglomration, le dveloppement conomique et les flux migratoires internes et internationaux ; voir Banque mondiale (2009e).

33 Ces directives sont dfinies dans OCDE (2008b).

34 Altman et Horn (1991).

35 Sanjek (2003).

36 Rien qu'en 1907 prs de 1,3 million de personnes, soit 1,5 % de la population, ont obtenu le statut de rsident permanent aux tats-Unis ; un sicle plus tard, en 2007, le nombre absolu et la proportion taient plus faibles : 1,05 million et seulement 0,3 % de la population (DHS, 2007). Hatton et Williamson (2005) ont estim pour un chantillon de pays (Danemark, France, Allemagne, Norvge, Royaume-Uni, Sude) et six pays du Nouveau monde (Argentine, Australie, Brsil, Canada, Etats-Unis et NouvelleZlande) que le stock de migrants ns l'tranger entre 1910 et 1911 tait proche de 23 millions, soit environ 8 % de leur population.

37 Linz et al. (2007).

38 van Lerberghe et Schoors (1995).

39 Rahaei (2009).

40 Bellwood (2005).

41 Williamson (1990).

42 Lucas (2004) ; chiffres de 2008 de l'OCDE (2008a).

43 partir de la fin du xixe sicle, le cot de la traverse sur l'entrepont entre le Royaume-Uni et les tats-Unis est tomb un dixime du revenu annuel moyen, ce qui rendait le voyage possible pour beaucoup plus de personnes. Toutefois, les cots partir d'autres lieux taient beaucoup plus levs : par exemple, de la Chine la Californie en 1880, le cot reprsentait approximativement six fois le revenu chinois par habitant. Voir Hatton et Williamson (2005) et Galenson (1984).

44 Taylor et Williamson (1997) et Hatton et Williamson (2005). La priode 1852-1913 est utilise pour la comparaison Irlande/Grande-Bretagne tandis que celle de 1856-1913 est utilise pour Sude/tats-Unis.

45 Magee et Thompson (2006) et Baines (1985).

46 Gould (1980).

47 Cinel (1991), p. 98.

48 Nugent et Saddi (2002).

49 Foner (2002).

50 Par exemple, la politique ouverte d'immigration adopte par le Canada suite la Confdration a t perue comme le pilier de la politique nationale visant gnrer une prosprit conomique au travers de la croissance de la population. Voir Kelley et Trebilcock (1998).

51 Voir p. ex. Ignatiev (1995).

52 Voir Timmer et Williamson (1998), qui disposent de donns indiquant un resserrement entre 1860 et 1930 en Argentine, en Australie, au Brsil, au Canada et aux tats-Unis.

53 Un rapport de l'OIT recensait 33 millions de ressortissants trangers en 1910, soit 2,5 % de la population couverte par l'tude (ce qui reprsentait alors 76 % de la population mondiale). Contrairement aux statistiques modernes, il considrait comme trangers les personnes ayant une nationalit diffrente de celle de leur pays de rsidence et, de ce fait, sous-estimait probablement la part des personnes nes l'tranger (Organisation internationale du Travail (1936), p. 37). Il est galement important de noter que, dans la mesure o le nombre de nations a augment de manire significative au sicle dernier, on aurait pu s'attendre ce que le taux de migration internationale augmente, mme si aucune vritable augmentation de la mobilit n'a eu lieu.

54 Depuis 1960, le commerce mondial en tant que part du PIB mondial a plus que doubl, augmentant un taux moyen de 2,2 % par an.

55 Garca et Griego (1983).

56 Appleyard (2001).

57 Les restrictions allemandes semblent avoir dbut avant le choc ptrolier, mais ont gagn en intensit aprs celui-ci. Voir Martin (1994).

58 Ces pourcentages se rfrent aux migrants dans des pays qui, d'aprs les IDH les plus rcents, sont dvelopps (voir encadr 1.3). Nous aurions pu nous attendre un schma diffrent si nous avions calcul la part des migrants dans les pays qui taient dvelopps en 1960, mais en fait, la part de migrants dans les 17 pays les plus dvelopps en 1960 (couvrant 15 % de la population mondiale, la mme part couverte par les pays dvelopps aujourd'hui) tait de 6,2 % donc pas vraiment loigne de notre chiffre de 5 %.

59 La Tchcoslovaquie et l'Union sovitique n'taient pas les seuls cas de l'mergence de nouvelles nations dans cette priode. Toutefois, dans l'analyse de fond effectue pour ce rapport, nous avons tudi les schmas de l'volution de la part de migrants observe aprs les runifications ou les sparations depuis 1960 et dans d'autres cas (p. ex. Allemagne, ex-Yougoslavie), et les changements dans la part de migrants n'taient pas assez importants pour avoir un impact significatif sur les tendances globales.

60 l'exception du Royaume-Uni o, dans les annes 60, sont arrivs de larges groupes d'immigrants issus des pays en dveloppement du Commonwealth.

61 ONU-HABITAT (2003).

62 ONU (2008c) et ONU-HABITAT (2003).

63 Cette divergence n'est pas apparue pour d'autres aspects du dveloppement humain tels que la sant et l'ducation (taux de scolarisation). Ces aspects sont essentiels, bien que le revenu semble avoir un plus large impact sur la propension la mobilit (voir Cummins, Letouze, Purser et Rodrguez, 2009).

64 De plus, la Chine se distinguait des autres rgions en dveloppement pendant les annes 1960 cause des restrictions au dpart, ce qui affecte galement les comparaisons des flux migratoires dans le temps.

65 tant donn que notre tude compare des pays classs selon leur niveau actuel d'IDH, elle ne prend pas en compte la convergence qui existe entre certains pays au dveloppement rapide, arrivs en tte de la catgorie IDH. Notre mthode semble plus adapte pour comprendre la concentration accrue des migrants dans le sous-ensemble de pays qui sont aujourd'hui dvelopps. De plus, si nous effectuons cette comparaison pour le groupe de pays classs pays dvelopps en 1960, nous obtenons des caractristiques trs similaires (voir la note de fin de document 58).

66 Pour une tude exhaustive de cette littrature, voir Nations Unies (2006b). Le dbat sur la divergence est li la discussion quant savoir si l'ingalit dans le monde a ou non augment, bien que cela dpende galement de l'volution de l'ingalit au sein des pays.

67 Doganis (2002).

68 Department of Treasury and Finance (2002).

69 Facchini et Mayda (2009) ont dcouvert que, mme si une plus grande opposition de l'opinion publique envers l'immigration est associe des restrictions politiques plus importantes, il existe encore un cart significatif entre les politiques souhaites par la plupart des lecteurs et celles qui sont adoptes par les responsables politiques. Voir galement Cornelius, Tsuda, Martin et Hollifield (2004).

70 Hanson (2007).

71 L'valuation a pris en compte plusieurs aspects des politiques migratoires, notamment les critres d'admission, les politiques d'intgration, le traitement rserv aux migrants autoriss et la situation des migrants en situation irrgulire. L'ouverture de chaque rgime a t estime par le biais d'une valuation subjective des rpondants et selon une srie de critres objectifs tels que l'existence de limites numriques, de critres d'entre et d'accords internationaux sur la libre circulation. Les pays en dveloppement concerns taient le Chili, la Chine (mobilit interne uniquement), le Costa Rica, la Cte d'Ivoire, l'quateur, l'gypte, l'Inde, le Kazakhstan, la Malaisie, le Mexique, le Maroc, la Fdration de Russie, la Thalande et la Turquie. Les pays dvelopps taient l'Allemagne, l'Australie, le Canada, les mirats arabes unis, l'Espagne, les tats-Unis, la France, l'Italie, le Japon, le Portugal, la Rpublique de Core, le Royaume-Uni, Singapour et la Sude. De plus amples dtails sur l'valuation sont disponibles dans Klugman et Pereira (2009).

72 Les gouvernements ont souvent recours des critres divergents pour le classement des travailleurs en tant que travailleurs qualifis. Afin d'obtenir une certaine homognit entre les pays, nous avons class comme qualifis tous les travailleurs relevant d'un rgime exigeant un diplme universitaire. Lorsque la classification tait base sur l'activit, nous avons tent de faire correspondre le type d'activit au niveau d'instruction habituellement requis pour exercer la profession. Lorsqu'aucune distinction claire n'tait faite dans les rgimes de visa par rapport l'activit ou au niveau d'instruction, nous avons effectu une distinction sur la base des informations relatives aux travailleurs les plus frquemment rencontrs dans chaque catgorie de visa ou, dans le cas de flux manifestement mixtes, nous avons considr que la rglementation s'appliquait aussi bien aux travailleurs hautement qualifis que peu qualifis.

73 Ruhs (2005) et Singapour Government Ministry of Manpower (2009).

74 Ruhs (2002) et OCDE (2008b).

75 Ce concept est apparu dans la lgislation des pays arabes qui ne reconnat gnralement pas l'adoption comme un mcanisme par lequel les adultes promettent de prendre soin des orphelins et des enfants abandonns. Voir Rseau mondial d'informations juridiques (2009).

76 Longva (1997), p. 20-21.

77 Voir par exemple Bahrain Center for Human Rights (2008) et PNUD (2008d).

78 En vertu de la nouvelle rglementation, le ministre du Travail transfrera le parrainage des travailleurs des prcdents sous-traitants du gouvernement aux nouveaux sous-traitants et l'tat prendra en charge leur igama (permis de rsidence) ainsi que les frais de transfert de parrainage. Voir Thaindian News (2009) et Arab News (2009).

79 Khaleej Times (2009).

80 Jasso et Rosenzweig (2009).

81 Hanson et Spilimbergo (2001).

82 Lawyers for Human Rights (2008).

83 Human Rights Watch (2007a).

84 Ruhs et Martin (2008) et Ruhs (2009).

85 Voir Cummins et Rodrguez (2009). Ces auteurs abordent galement les problmes potentiels de causalit inverse en utilisant les parts d'immigrants prvues d'un modle de gravit bilatral comme source exogne des variations transnationales. Leurs rsultats suggrent toujours une corrlation insignifiante du point de vue statistique entre les nombres et les droites ; en effet, dans la plupart de leurs estimations la corrlation devient positive, jetant encore plus le doute sur l'hypothse des nombres versus droites.

86 Muoz de Bustillo et Antn (2009).

87 Adepoju (2005).

88 Freedom House (2009).

89 Dpartement d'tat des tats-Unis (2009b), Wang (2005), Bureau de statistique national (2006), Ivakhnyuk (2009) et Anh (2005).

90 Dpartement d'tat des tats-Unis (2009d).

91 Kundu (2009).

92 McKenzie (2007).

93 Tirtosudarmo (2009).

94 Sur Cuba, voir Human Rights Watch (2005a) et Amnesty International (2009). Sur la Rpublique populaire dmocratique de Core, voir Freedom House (2005). Pour d'autres pays, voir Dpartement d'tat des tats-Unis (2009a), Commission de l'immigration et du statut de rfugi du Canada (2008) et IATA (2006).

95 Human Rights Watch (2007b).

96 Dpartement d'tat des tats-Unis (2009a) et McKenzie (2007).

97 FMI (2009a).

98 Voir FMI (2009c), Consensus Economics (2009a), Consensus Economics (2009c), Consensus Economics (2009d).

99 Les rcessions dans les pays dvelopps durent gnralement deux ans, aprs quoi la croissance conomique a tendance se rtablir : Chauvet et Yu (2006). Toutefois, la dure et l'intensit moyenne des rcessions est beaucoup plus longue dans les pays en dveloppement. Voir Hausmann, Rodrguez et Wagner (2008).

100 Voir Perron (1989) et Perron et Wada (2005), qui disposent de donnes indiquant les effets persistants du choc ptrolier et de la Grande dpression sur les revenus.

101 OCDE (2009b).

102 US Bureau of Labor Statistics (2009).

103 INE (2009).

104 La corrlation est statistiquement significative 5 %. La Banque asiatique de dveloppement a prvu des contractions dans les destinations migratoires principales de la rgion, atteignant jusqu' 5 % Singapour. En Afrique du sud, l'EIU s'attend ce que l'conomie se contracte de 0,8 % en 2009 et l'on prvoit que l'conomie des mirats arabes unis se contractera de 1,7 % en 2009. Business Monitor International (2009).

105 Betcherman et Islam (2001).

106 Dustmann, Glitz et Vogel (2006).

107 OCDE (2008a).

108 Taylor (2009).

109 Kalita (2009).

110 The Straits Times (2009) et Son (2009).

111 Local Government Association (2009).

112 Preston (2009).

113 Timmer et Williamson (1998).

114 de Haas (2009).

115 Voir Martin (2003) et Martin (2009a).

116 Skeldon (1999) et Castles et Vezzoli (2009). Des expulsions ont eu lieu afin de dmontrer le soutien aux travailleurs locaux, mais une fois que les gouvernements ont ralis que les locaux n'taient pas intresss par les professions des migrants, les restrictions ont t leves.

117 Voir pour exemple Rodrik (2009) et Castles et Vezzoli (2009).

118 Bien que toutes les prvisions soient fondamentalement incertaines, les projections de population ont tendance tre trs prcises. Les Nations Unies ont accompli 12 estimations diffrentes de la population mondiale de 2000 depuis 1950 et toutes sauf une se situaient 4 % prs du nombre rel (Bureau d'information dmographique, 2001). Une tude rcente a rvl des erreurs moyennes de prdiction de l'ordre de 2 % mme pour les sous-groupes d'ge de la population.

119 Toutefois, ces solutions alternatives sont ellesmmes coteuses : l'innovation technologique comme substitut un facteur abondant puisent les ressources et l'allongement de l'ge du dpart la retraite ou l'augmentation des contributions ont pour effet de rduire les loisirs et la consommation.

120 Barnett et Webber (2009).

121 GIEC (2007), chapitre 9.

122 Anthoff, Nicholls, Richard et Vafeidis (2009).

123 Revkin (2008).

124 Myers (2005) et Christian Aid (2007).

125 Barnett et Webber (2009).

126 Stark (1991).

127 Ezra et Kiros (2001).

128 Black et al. (2008).

129 Carvajal et Pereira (2009).

130 PNUD (2007a) et PNUD (2008e).

131 Voir Friedman (2005).

132 Steinbeck (1939). Sur la Great Dust Bowl Migration voir Worster (1979) et Gregory (1989). Pour le jugement historique de la Cour suprme des tats-Unis dans l'affaire California vs. Edwards en 1941, voir ACLU (2003).

Chapitre 3

1 Clemens, Montenegro et Pritchett (2008).

2 McKenzie, Gibson et Stillman (2006).

3 Chiswick et Miller (1995).

4 Sciortino et Punpuing (2009).

5 Maksakova (2002).

6 Commander, Chanda, Kangasniemi et Winters (2008).

7 Clemens (2009b).

8 Harttgen et Klasen (2009). Les migrants prsentaient des revenus infrieurs dans deux pays (Guatemala et Zambie) et il n'existait aucune diffrence statistique significative dans un cas (Viet Nam). Voir section 3.6.

9 Del Popolo, Oyarce, Ribotta et Rodrguez (2008).

10 Srivastava et Sasikumar (2003), Ellis et Harris (2004) et CEPALC (2007).

11 Voir Deshingkar et Akter (2009) sur l'Inde et MOSWL, PTRC et PNUD (2004) sur la Mongolie.

12 Ghosh (2009).

13 Gilbertson (1995).

14 Zhou et Logan (1989).

15 Cerrutti (2009).

16 PNUD (2008d).

17 Castles et Miller (1993) et ICFTU (2009).

18 Bursell (2007) et Bovenkerk, Gras, Ramsoedh, Dankoor et Havelaar (1995).

19 Clark et Drinkwater (2008) et Dustmann et Fabbri (2005).

20 Iredale (2001).

21 Chiswick et Miller (1995).

22 Reitz (2005).

23 Les programmes de transfert sociaux inclus dans cette analyse recouvrent toutes les formes de prestations universelles et d'assurance sociale except les revenus, les impts sur les salaires et l'assurance sociale (y compris toutes les formes de prestations cibles sous conditions de revenus). Le seuil de pauvret se dfinit comme la moiti du revenu mdian. Voir Smeeding, Wing et Robson (2009).

24 Ces estimations peuvent sur- ou sous-estimer l'effet des transferts sur la pauvret car la rponse endogne des dcisions en matire d'offres de travail sur les transferts n'est pas prise en compte.

25 Martin (2005) et Kaur (2007).

26 UNICEF (2005a).

27 Koslowski (2009).

28 McKenzie (2007) et Dpartement d'tat des tats-Unis (2006).

29 Dpartement d'tat des tats-Unis (2009a).

30 Agunias (2009) et Martin (2005).

31 Martin (2005).

32 Agunias (2009) et Martin (2005).

33 UNFPA (2006).

34 Ivakhnyuk (2009).

35 Martin (2009b).

36 Martin (2009b).

37 Gibson et McKenzie (2009).

38 Le prtendu effet du migrant en bonne sant a t largement document ; voir par exemple Fennelly (2005).

39 Rossi (2008).

40 Jasso, Massey, Rosenzweig et Smith (2004) utilisent l'enqute sur les nouveaux immigrants du Citizenship et Immigration Service des tats-Unis.

41 Ortega (2009).

42 Brockerhoff (1990).

43 Brockerhoff (1995) et Harttgen et Klasen (2009).

44 Voir Chiswick et Lee (2006) et Antecol et Bedard (2005). Un autre facteur qui fausse les estimations est la possibilit qu'une rgression vers la moyenne puisse tre partiellement l'origine de l'apparente dtrioration de la sant. En particulier, si le fait de ne pas tre malade est une condition importante la migration, dans ce cas, parmi ceux qui migrent se trouvent des personnes qui ne sont pas forcment en meilleure sant mais qui ont toutefois eu la chance de ne pas tomber malade. Ces personnes seront galement plus susceptibles de tomber malade aprs leur migration que celles dont l'absence de maladie est vritablement due un bon tat de sant.

45 Garcia-Gomez (2007) sur la Catalogne, Espagne ; Barros et Pereira (2009) sur le Portugal.

46 Stillman, McKenzie et Gibson (2006), Steel, Silove, Chey, Bauman et Phan T. (2005) et Nazroo (1997).

47 McKay, Macintyre et Ellaway (2003).

48 Benach, Muntaner et Santana (2007).

49 Whitehead, Hashim et Iversen (2007).

50 Tiwari (2005).

51 Deshingkar et Akter (2009).

52 Au fil du temps, certains migrants ont accs des services. Par exemple, dans de nombreux pays, les demandeurs d'asile qui sollicitent le statut de rfugi n'y ont souvent pas accs moins et jusqu' ce que leur demande soit accepte. Dans d'autres pays, par exemple l'Australie, le paiement d'une aide au revenu limite est disponible pour les demandeurs d'asile vivant dans la communaut qui ont atteint un certain stade dans le traitement de leur demande de visa et rpondent d'autres critres (comme par exemple satisfaire une enqute sur les ressources).

53 Carballo (2007) et Goncalves, Dias, Luck, Fernandes et Cabral (2003).

54 PICUM (2009).

55 Kaur (2007).

56 Landau et Wa Kabwe-Segatti (2009).

57 Hashim (2006) et Pilon (2003)

58 OCDE (2008b).

59 Notre recherche commandite sur les diffrences d'IDH entre les migrants internes et les non-migrants dans 16 pays ont rvl que le niveau d'instruction des migrants tait plus lev dans 10 pays, sans diffrence significative dans 4 et plus bas dans 2 pays.

60 UNICEF (2008). D'autres tudes prsentent des rsultats similaires. Pour une analyse exhaustive des donnes sur les interventions pour la petite enfance, voir Heckman (2006).

61 Clauss et Nauck (2009).

62 Par exemple, les autorits norvgiennes sont obliges d'informer les familles de rfugis sur l'importance et la disponibilit des Early Childhood care et Development (ECD) dans les trois mois suivants leur arrive.

63 Pour de plus amples informations sur les migrants non-documents en Sude, voir PICUM (2009).

64 PICUM (2008a).

65 PICUM (2008a).

66 Landau et Wa Kabwe-Segatti (2009).

67 Rossi (2008).

68 Gouvernement de l'Azad Jammu et Cachemire (2003) et Poverty Task Force (2003).

69 Poverty Task Force (2003).

70 Le Programme for International Student Assessment est une enqute triennale sur les lves gs de plus de 15 ans.

71 OCDE (2007). L'tude du Programme for International Student Assessment est axe sur les sciences mais analyse galement la lecture et les mathmatiques, ce qui a engendr des comparaisons similaires.

72 Australie, France, Allemagne, tats-Unis, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse. Voir Hernandez (2009).

73 Portes et Rumbaut (2001).

74 Karsten et al. (2006), Nordin (2006) et Szulkin et Jonsson (2007).

75 Sen (1992).

76 Rawls (1971).

77 Hugo (2000).

78 Petros (2006), Zambrano et Kattya (2005) et Mills (1997).

79 Icduygu (2009).

80 Piper (2005).

81 Ghosh (2009) et Kabeer (2000).

82 Del Popolo, Oyarce, Ribotta et Rodrguez (2008).

83 Cerrutti (2009).

84 Uhlaner, Cain et Kiewiet (1989), Cho (1999), Rosenstone et Hansen (1993), Wolfinger et Rosenstone (1980) et Ramakrishnan et Espenshade (2001).

85 Une augmentation de 1 de l'cart type de la dmocratie du pays de destination, telle que mesure par le Polity IV index, mne une augmentation de l'immigration de 11 points logarithmiques, significatif 1 %. Voir Cummins, Letouze, Purser et Rodrguez (2009).

86 Landau (2005).

87 Ministre du Travail et de la Scurit sociale, Fonds des Nations unies pour la population et Mongolien Population et Development Association (2005).

88 Crush et Ramachandran (2009).

89 Misago, Landau et Monson (2009).

90 Pettigrew et Tropp (2005) et Pettigrew (1998).

91 Centre de la scurit humaine (2005) et Newman et van Selm (2003).

92 UNHCR (2008). Il n'existe aucune estimation fiable de la proportion de personnes dplaces l'intrieur de leur propre pays qui vivent dans des camps mais 70 % vivraient avec des parents, familles et communauts dans le pays d'accueil.

93 IDMC (2008).

94 Bakewell et de Haas (2007).

95 van Hear, Brubaker et Bessa (2009) et Crisp (2006).

96 Camps situs au Bangladesh, au Kenya, au Npal, en Ouganda, en Tanzanie et en Thalande : de Bruijn (2009).

97 ECOSOC (1998). Prsents la Commission des droits de l'homme des Nations Unies par le reprsentant du Secrtaire gnral en 1988, les Principes directeurs relatifs au dplacement de personnes tablissent les normes lmentaires pour guider les gouvernements, les organisations internationales et tous autres acteurs concerns dans la prestation d'une aide et d'une protection aux personnes dplaces dans des situations de conflits internes, de catastrophes naturelles et d'autres situations de dplacements forcs travers le monde.

98 Les estimations dans ce paragraphe proviennent de IDMC (2008).

99 IDMC (2008) recense dans cette catgorie : IAzerbadjan, la Bosnie-Herzgovine, la Cte d'Ivoire, la Croatie, la Gorgie, le Liban, le Liberia, l'Ouganda et la Turquie. Parmi les efforts notables, on peut citer la compensation financire dans le cadre du programme de retour de la Turquie et des efforts spcifiques en vue de la restitution de la proprit dans les Balkans, en grande partie termine en 2007.

100 Ghosh (2009).

101 UNRWA (2008).

102 Gibney (2009) et Hatton et Williamson (2005). Au Royaume-Uni, par exemple, seulement 19 personnes sur 100 ayant effectu une demande d'asile en 2007 ont obtenu le statut de rfugi et une rponse positive leur demande, alors que neuf autres qui avaient effectu une demande d'asile mais ne satisfaisaient pas aux critres ont obtenu la permission de rester pour des raisons humanitaires ou autres.

103 UNHCR (2008).

104 UNRWA-ECOSOC (2008).

105 UNHCR (2002).

106 Voir par exemple UNECA (2005).

107 Robinson (2003).

108 Bartolome, de Wet, Mander et Nagraj (2000), p. 7.

109 Voir IIED et WBCSD (2003), Global IDP Project et Norwegian Refugee Council (2005) et Survival International (2007).

110 La Rovere et Mendes (1999).

111 Pour Banque mondiale, CIEL (2009) ; il existe d'autres exemples : pour ASDB, voir Banque Asiatique de Dveloppement (2009) ; pour IDB, voir IDB (2009).

112 PNUD (2007b).

113 ONUDC (2009).

114 Clert, Gomart, Aleksic et Otel (2005).

115 Voir par exemple Carling (2006).

116 USAID (2007).

117 Laczko et Danailova-Trainor (2009).

118 Koser (2008).

119 Ortega (2009).

120 Harttgen et Klasen (2009).

121 Ces chiffres sont extraits du World Values Survey de 2005 et 2006. L'enqute recense les cas o au moins un des parents est un migrant, que nous utilisons comme un indicateur du statut du migrant. Les rsultats suivants sont conformes aux donnes du World Values Survey de 1995, qui indique si oui ou non le rpondant est n l` tranger.

Chapitre 4

1 Sarreal (2002).

2 Yang (2009).

3 PNUD (2008b).

4 Pour une liste des couloirs internationaux, des moins chers aux plus chers, voir Banque mondiale (2009c).

5 Stark (1991).

6 Savage et Harvey (2007).

7 Yang (2008a).

8 Yang et Choi (2007).

9 Halliday (2006).

10 Ratha et Mohapatra (2009a). Ceci constitue le scnario de base qui part du principe que les nouveaux flux migratoires en direction des principaux pays de destination seront nuls, ce qui sous-entend que le nombre existant de migrants demeurera inchang.

11 Fajnzylber et Lopez (2007).

12 Schiff (1994).

13 Kapur (2004).

14 Zhu et Luo (2008).

15 Lucas et Chappell (2009).

16 Deshingkar et Akter (2009).

17 Rayhan et Grote (2007).

18 Beegle, De Weerdt et Dercon (2008).

19 Deb et Seck (2009).

20 Murison (2005). Par exemple, les femmes bangladaises qui travaillent au Moyen-Orient envoient jusqu' 72 % de leurs revenus en moyenne et les femmes colombiennes qui travaillent en Espagne envoient plus que les hommes (68% contre 54 %).

21 Docquier, Rapoport et Shen (2003) et Stark, Taylor et Yitzhaki (1986).

22 Adelman et Taylor (1988) et Durand, Kandel, Emilio et Massey (1996).

23 Yang (2009).

24 Massey et al. (1998), Taylor et al. (1996) et Berriane (1997).

25 Behrman et al. (2008).

26 Adelman et Taylor (1988), Durand, Kandel, Emilio et Massey (1996) et Stark (1980)(1980).

27 Adams Jr. (2005), Cox Edwards et Ureta (2003) et Yang (2008b).

28 Adams Jr. (2005).

29 Mansuri (2006).

30 Deb et Seck (2009).

31 Fan et Stark (2007) et Stark, Helmenstein, et Prskawetz (1997).

32 Chand et Clemens (2008).

33 Castles et Delgado Wise (2008).

34 McKenzie et Rapoport (2006).

35 Ha, Yi et Zhang (2009a).

36 Frank et Hummer (2002).

37 Hildebrandt, McKenzie, Esquivel et Schargrodsky (2005).

38 Wilson (2003).

39 Cerrutti (2009).

40 Bowlby (1982), Cortes (2008), Smith, Lalaonde et Johnson (2004) et Suarez-Orozco, Todorova et Louie (2002).

41 Pour une analyse de la participation des femmes et de la migration, voir Ghosh (2009).

42 King et Vullnetari (2006).

43 Voir Deshingkar et Grimm (2005).

44 Fargues (2006).

45 Beine, Docquier et Schiff (2008).

46 Hampshire (2006) et King, Skeldon et Vullnetari (2008).

47 Cordova et Hiskey (2009). Les pays couverts sont le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua, la Rpublicaine dominicaine et le Salvador.

48 Voir l'analyse de cette littrature dans Clemens (2009b).

49 Lipton (1980) et Rubenstein (1992).

50 Tirtosudarmo (2009).

51 Banque mondiale (2009e), p. 165.

52 Docquier et Rapoport (2004) et Dumont, Martin et Spielvogel (2007).

53 Il est possible de dresser une analogie avec le net dclin des comptences et des qualifications des enseignants aux tats-Unis ce dernier demi-sicle, ce qui s'explique par le fait que les femmes qualifies ont maintenant accs un ventail beaucoup plus large de carrires professionnelles autres que l'enseignement (Corcoran, William et Schwab, 2004).

54 Saxenian (2002).

55 Commander, Chanda, Kangasniemi et Winters (2008).

56 Saxenian (2006).

57 La Banque mondiale, qui a suivi les flux de prs, estime que les flux non recenss augmenteraient de 50 % le montant total des envois de fonds.

58 Chami, Fullenkamp et Jahjah (2005) et Leon-Ledesma et Piracha (2004).

59 Eckstein (2004) et Ahoure (2008).

60 Banque mondiale (2006b) et Kireyev (2006).

61 Buch, Kuckulenz et Le Manchec (2002) et de Haas et Plug (2006).

62 Taylor, Moran-Taylor et Ruiz (2006).

63 de Haas (2006).

64 Levitt (1998) et Levitt (2006).

65 Quirk (2008).

66 Banque mondiale (2009a).

67 Banque mondiale (2009a).

68 Massey, Arango, Hugo, Kouaouci, Pellegrino et Taylor (1993) et Thomas-Hope (2009).

69 Adesina (2007).

70 Ali (2009).

71 Bakewell (2009).

72 Ba, Awumbila, Ndiaye, Kassibo et Ba (2008).

73 Jonsson (2007).

74 Black, Natali et Skinner (2005).

75 Si les revenus et la consommation de ceux qui rsident l'tranger taient inclus dans ces mesures d'ingalit, la rpartition s'largirait considrablement puisque les revenus l'tranger sont beaucoup plus levs.

76 Taylor, Mora, Adams et Lopez-Feldman (2005) pour le Mexique ; Yang (2009) pour la Thalande.

77 Ha, Yi et Zhang (2009b).

78 Goldring (2004) et Lacroix (2005).

79 Orozco et Rouse (2007) et Zamora (2007).

80 Estimations de l'quipe du RDH effectues sur la base des chiffres cits dans Anonuevo et Anonuevo (2008).

81 Tabar (2009).

82 Spilimbergo (2009).

83 Iskander (2009).

84 Castles et Delgado Wise (2008).

85 Massey et al. (1998).

86 Eckstein (2004), Massey et al. (1998), Newland et Patrick (2004) et van Hear, Pieke et Vertovec (2004).

87 Gamlen (2006) et Newland et Patrick (2004).

88 FMI et Banque mondiale (1999).

89 Jobbins (2008) et Martin (2008).

90 Black et Sward (2009).

91 Ces pays sont l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, l'Espagne, les tats-Unis, la France, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zlande, la Sude et la Suisse ; voir Tableau statistique A. La part de migrants ns l'tranger au Royaume-Uni tait alors estime 9 %.

92 van der Mensbrugghe et Roland-Holst (2009). Ces simulations tendent et mettent jour celles prsentes par la Banque mondiale (2006b).

93 Ortega et Peri (2009).

94 Voir Barrell, Fitzgerald et Railey (2007). Aux tats-Unis, Borjas (1999) estime que l'effet global est positif mais faible, 0,1 % du PIB.

95 Hunt et Gauthier-Loiselle (2008).

96 Voir par exemple le Conseil de l'Union europenne (2009).

97 Voir, entre autres, Baumol, Litan et Schramm (2007) et Zucker et Darby (2008).

98 OCDE (2008b).

99 EurActiv.com News (2008).

100 Martin (2009b).

101 Ces conclusions doivent tre relativises tant donn l'impossibilit de diffrencier les offres de travail (les immigrants ont tendance travailler dans ces restaurants) des effets de la demande de travail (s'ils y consomment) ; voir Mazzolari et Neumark (2009).

102 Par exemple, 38 % des Britanniques croient que c'est le cas : Dustmann, Frattini et Preston (2008a).

103 Par exemple, voir Longhi, Nijkamp et Poot (2005), Ottaviano et Peri (2008) et Mnz, Straubhaar, Vadean et Vadean (2006).

104 Pour l'Espagne, voir Carrasco, Jimeno et Ortega (2008), pour la France, Constant (2005), pour le Royaume-Uni, Dustmann, Frattini et Preston (2008).

105 Voir par exemple Borjas (1995). Un substitut est lorsque la distribution accrue d'un lment fait baisser le prix d'un autre lment tandis qu'un complment est lorsque la distribution accrue fait monter le prix de l'autre lment.

106 Par exemple, aux tats-Unis, les travailleurs qui n'ont pas atteint le secondaire pourraient toutefois tre de parfaits substituts aux diplms du secondaire, jetant le doute sur l'hypothse selon laquelle l'achvement des tudes en soi est important ; voir Card (2009).

107 Kremer et Watt (2006) et Castles et Miller (1993).

108 Pour une enqute, voir Mnz, Straubhaar, Vadean et Vadean (2006).

109 Reyneri (1998).

110 Borjas (2003) a fourni la premire estimation pour la priode 1980-2000 et Ottaviano et Peri (2008) la seconde pour la priode 1990-2000. L'utilisation de la mthodologie de Borjas pour la priode 1990-2006 donne une estimation de -7,8 % (Ottaviano et Peri (2008), p. 59). Les opinions divergent au sujet de la substituabilit entre ceux qui ont abandonn leurs tudes et les diplms du secondaire. Voir galement Card (1990) et Borjas, Grogger et Hanson (2008).

111 Peri, Sparber et Drive (2008); Amuedo-Dorantes et de la Rica (2008) pour l'Espagne.

112 Manacorda, Manning et Wadsworth (2006).

113 Angrist et Kugler (2003).

114 Jayaweera et Anderson (2009).

115 Bryant et Rukumnuaykit (2007).

116 Suen (2002).

117 Une discussion exhaustive sur la question est disponible auprs de la Banque mondiale (2009e).

118 Henderson, Shalizi et Venables (2001).

119 Amis (2002).

120 L'Alliance des Villes (2007).

121 Dreze et Sen (1999).

122 Kundu (2009).

123 Voir Hossain, Khan et Seeley (2003) et Afsar (2003).

124 Hanson (2009).

125 Par exemple Borjas (1995) et Lee et Miller (2000).

126 FMI (2009b).

127 Hanson, Scheve et Slaughter (2007).

128 Facchini et Mayda (2008).

129 Brucker et al. (2002). Les pays dans lesquels les migrants prsentent une plus grande dpendance aux aides au revenu sont l'Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la France et les Pays-Bas, ceux prsentant une plus faible dpendance tant l'Allemagne, l'Espagne, la Grce, le Portugal et le Royaume-Uni.

130 Vasquez, Alloza, Vegaset Bertozzi (2009).

131 Rowthorn (2008).

132 Des estimations alternatives pourraient tre obtenues en considrant la totalit du futur flux d'impts et de dpenses associes aux migrants et personnes charge ainsi qu'aux futures gnrations. Toutefois, l'estimation de la valeur actuelle nette serait trs difficile au vu de toutes les hypothses ncessaires quant au futur comportement des gens (fcondit, scolarisation, perspectives d'emploi, etc.), donc en pratique, une approche statique est utilise : voir Rowthorn (2008). Certains auteurs ont estim la valeur fiscale actuelle nette d'un immigrant aux tats-Unis et ont abouti des estimations largement positives ; voir Lee et Miller (2000).

133 Lucassen (2005).

134 IPC (2007).

135 Butcher et Piehl (1998).

136 L'Institut australien de Criminologie (1999).

137 Savona, Di Nicola et Da Col (1996).

138 Toutefois, en particulier dans les pays avec un IDH moyen (comme l'Afrique du Sud, l'gypte, l'Indonsie, la Rpublique islamique d'Iran, la Jordanie et la Thalande), une part significative de la population prfrait davantage de restrictions l'accueil. De mme, dans les pays plus fortes ingalits de revenu, les gens taient plus susceptibles d'tre favorables la limitation de la migration en affirmant que les employeurs devraient accorder la priorit aux locaux lorsque les emplois sont rares. Voir Kleemans et Klugman (2009).

139 Zimmermann (2009).

140 Massey et Snchez R. (2009).

141 O'Rourke et Sinnott (2003).

142 Earnest (2008).

143 Plusieurs tudes ont examin les effets long terme de l'immigration sur les valeurs politiques avec des rsultats divergents. Bueker (2005) trouve des diffrences significatives dans la participation lectorale et politique au sein des diffrents groupes issus de l'immigration, alors que Rodrguez et Wagner (2009) constatent que les modles d'engagement civique et les attitudes concernant la redistribution travers les diffrentes rgions d'Italie, largement documents, ne correspondent pas au comportement politique des Italiens originaires de ces rgions qui vivent au Venezuela.

144 Castles et Miller (1993).

145 Kleemans et Klugman (2009).

Chapitre 5

1 Scheve et Slaughter (2007).

2 Ce chapitre n'offre pas d'analyse exhaustive des politiques relatives la migration, puisqu'elles sont dj bien documentes : voir OCDE (2008b), OIM (2008a), Migration Policy Group et British Council (2007) et OIT (2004).

3 Agunias (2009) et Klugman et Pereira (2009).

4 Gouvernement de Sude (2008).

5 Khoo, Hugoet McDonald (2008) et Klugman et Pereira (2009).

6 Voir CIDPM (2009) pour une excellente analyse.

7 Papademetriou (2005).

8 CIDPM (2009), p. 47.

9 Par exemple, au Royaume-Uni, l'quipe du ministre des Affaires trangres et du Commonwealth qui uvre promouvoir le retour des migrants en situation irrgulire et des demandeurs d'asile dbouts est actuellement cinq fois plus importante que celle de l'quipe en charge de la migration et du dveloppement au sein du Dpartement pour le dveloppement international. Voir Black et Sward (2009).

10 Hagan, Eschbach et Rodriguez (2008).

11 Forum des Migrants en Asie (2006) et Human Rights Watch (2005b).

12 Voir Parlement europen (2008) ; sur les critiques, voir par exemple Amnesty International (2008).

13 UNHCR (2007).

14 Voir les conventions internationales relatives aux droits conomiques, sociaux et culturels (ICESCR 1966), aux droits civils et politiques (ICCPR 1966), l'limination de toutes les formes de discrimination raciale (ICERD 1966), l'limination de toutes les formes de discrimination l'gard des femmes (CEDAW 1979), contre la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dgradants (CAT 1984) et relatives aux droits de l'enfant (CRC 1989). Les taux de ratification sont plus bas dans les tats d'Asie et du Moyen-Orient (47 %) et atteignent respectivement 58 % et 70 % pour l'Amrique latine et l'Afrique. Alors que 131 pays ont ratifi l'ensemble des six principales conventions relatives aux droits de l'homme, certaines conventions ont plus de 131 signataires. Le nombre total de parties pour chaque convention est disponible dans l'Annexe statistique.

15 ICCPR Art 2, 26 ; ICESCR Art 2 ; voir Opeskin (2009).

16 Ne figure pas ici la Communaut europenne, classe comme signataire distinct.

17 OIM (2008b), p. 62.

18 ONUDC (2009).

19 Voir par exemple Carling (2006) (sur le trafic depuis le Nigeria) et de Haas (2008).

20 18 dcembre vzw (2008).

21 Alvarez (2005) et Betts (2008).

22 Martin et Abimourchad (2008).

23 PICUM (2008b).

24 Kleemans et Klugman (2009).

25 Pour des exemples de telles activits, voir l'Initiative conjointe de la Commission europenne et des Nations Unies (Initiative Conjointe CE-NU pour la Migration et le Dveloppement, 2008). Une plate-forme de gestion des connaissances sur les activits relatives aux envois de fonds, aux communauts, aux capacits et droits, dirige par la socit civile et les autorits locales, figure au cur de l'Initiative conjointe. Voir FMMD (2008).

26 Martin (2009b) et Agunias (2009).

27 McKenzie (2007).

28 Martin (2005), p. 20.

29 Martin (2009a), p. 47.

30 Hamel (2009).

31 Martin (2009a).

32 Horst (2006).

33 La Convention sur les agences d'emploi prives de 1997 interdit l'imposition de frais aux travailleurs mais elle a t ratifie par seulement 21 pays.

34 Agunias (2008), Ruhunage (2006) et Siddiqui (2006).

35 Betcherman, Olivas et Dar (2004) analysent l'efficacit des programmes de march du travail actif, en s'appuyant sur 159 valuations dans les pays dvelopps et en dveloppement.

36 Martin (2009b) et Sciortino et Punpuing (2009).

37 Voir Colombo Process (2008).

38 Marquette (2006).

39 Christensen et Stanat (2007).

40 Success for All Foundation (2008).

41 Misago, Landau et Monson (2009).

42 Cela peut inclure par exemple les prospectus expliquant qui fait quoi et o se rendre en cas de rclamation.

43 Banque mondiale (2002).

44 Zamble (2008).

45 One World Net (2008).

46 Conseil de l'Europe (2006).

47 Martin (2009a).

48 Gouvernement de l'Australie occidentale (2004).

49 Deshingkar et Akter (2009), p. 38-40.

50 ONU (2008a).

51 L'Alliance des Villes (2007).

52 Black et Sward (2009).

53 Par exemple, au Myanmar (Birmanie), les diplms de l'enseignement suprieur doivent rembourser le gouvernement pour leurs frais de scolarit avant de pouvoir obtenir un passeport ; Dpartement d'tat des tats-Unis (2009c).

54 Selon les observations de Ranis et Stewart (2000), bien qu'il existe de nombreuses faons d'obtenir de bonnes performances en termes de dveloppement humain, en gnral les succs se caractrisent par des initiatives qui donnent la priorit aux filles et aux femmes (ducation, revenus), des politiques de dpenses efficaces (p. ex. au Chili) et de bonnes performances conomiques (p. ex. au Viet Nam).

55 Kleemans et Klugman (2009).

56 Sides et Citrin (2007).

57 Facchini et Mayda (2009).

58 Ghosh (2007).

59 Bedford (2008).

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Guide du lecteur

Indices du dveloppement humain

Les indices du dveloppement humain (IDH) permettent de disposer d'une valuation globale des accomplissements d'un pays dans diffrents domaines du dveloppement humain. Dans la mesure du possible, les tableaux comprennent des donnes relatives aux 192 tats membres des Nations Unies, ainsi qu' la Rgion administrative spciale de Chine, Hong Kong, et aux Territoires palestiniens occups.

Dans les tableaux, les pays et les territoires en dveloppement sont classs en fonction de la valeur de leur IDH. Pour situer un pays dans ces tableaux, reportez-vous la Lgende des pays en troisime de couverture, qui comporte une liste alphabtique des pays avec le classement de chacun d'entre eux selon l'IDH. La plupart des donnes des tableaux portent sur l'anne 2007 et sont celles dont disposait le Bureau du Rapport mondial sur le dveloppement humain au 10 juin 2009, sauf indication contraire.

Cette anne, l'Annexe statistique commence par une srie de tableaux (A F) consacrs au thme principal de ce rapport, la migration. Viennent ensuite les tableaux G K, qui portent sur les indices composites du dveloppement humain : l'IDH et ses tendances ; l'Indice de pauvret humaine (IPH), l'Indice sexospcifique du dveloppement humain (ISDH) et l'Indice de la participation des femmes (IPF). L'Annexe s'achve sur trois tableaux (L N) retraant les tendances dmographiques, l'conomie et l'ingalit, l'ducation et la sant, et enfin la participation. Certains autres indices du dveloppement humain, dont les donnes des sries temporelles et les agrgats rgionaux, seront disponibles l'adresse suivante : http://hdr.undp.org/fr/statistiques.

Tous les indices publis dans les tableaux sont disponibles par voie lectronique et gratuitement sous diffrents formats : sparment dans des tableaux prdfinis ou via un outil de requte qui permet aux utilisateurs de composer leurs propres tableaux. Des supports interactifs sont galement fournis, notamment des cartes de tous les indices du dveloppement humain, ainsi que de nombreuses donnes et quelques animations relatives la migration. Des documents plus descriptifs sont galement proposs, tels que des fiches d'informations sur les pays ou de plus amples dtails techniques sur la mthode de calcul des indices. Cette documentation est intgralement disponible en trois langues : l'anglais (http://hdr.undp.org/en/statistics), le franais (http://hdr.undp.org/fr/statistiques) et l'espagnol (http://hdr.undp.org/es/estadisticas).

Sources et dfinitions

Le Bureau du Rapport mondial sur le dveloppement humain (BRDH) est principalement un utilisateur, et non un producteur, de statistiques. Il s'appuie donc sur les ressources et le savoir-faire d'organismes internationaux spcialiss dans la collecte et la compilation de donnes internationales relatives des indicateurs statistiques spcifiques. La source de toutes les donnes utilises pour l'laboration des tableaux statistiques est indique en bas de chaque tableau. Les rfrences compltes correspondantes sont rassembles dans la partie Bibliographie. Pour que tous les calculs puissent tre refaits, les notes relatives aux sources indiquent galement les composantes originales des donnes utilises dans le cadre de tous les calculs du BRDH. La partie Dfinitions des termes statistiques et des indicateurs contient les indicateurs se prtant des dfinitions succinctes et parlantes. Les autres informations pertinentes sont mentionnes dans les notes figurant en bas de chaque tableau. Pour de plus amples informations techniques sur ces indicateurs, reportez-vous aux sites Web appropris des organismes statistiques, dont les liens figurent sur le site http://hdr.undp.org/fr/statistiques.

Comparaisons temporelles et entre les ditions du Rapport

L'IDH est un outil important pour le suivi des tendances long-terme du dveloppement humain. Pour faciliter l'analyse des tendances selon les pays, l'IDH est calcul des intervalles de cinq ans entre 1980 et 2007. Ces estimations, prsentes dans le tableau G, se fondent sur une mthodologie cohrente qui utilise les donnes disponibles au moment de la prparation du Rapport.

Dans la mesure o les organismes statistiques internationaux amliorent en permanence leurs sries de donnes, notamment par la mise jour rgulire de leurs donnes historiques, les changements de valeur et de classement de l'IDH constats d'une anne sur l'autre entre les ditions du Rapport mondial sur le dveloppement humain sont souvent la consquence de ces rvisions de donnes qu'elles soient spcifiques un pays donn ou qu'elles concernent d'autres pays plus que le signe d'une vritable volution au niveau national. Par ailleurs, les modifications ponctuelles de la couverture nationale peuvent influencer le classement de l'IDH d'un pays. Par exemple, le classement d'un pays peut chuter considrablement entre deux rapports conscutifs, mais l'utilisation de donnes rvises comparables pour reconstituer l'IDH sur les dernires annes peut au contraire rvler une amlioration de son classement et de son IDH.

Pour toutes ces raisons, l'analyse des tendances de l'IDH ne doit pas se fonder sur des donnes issues d'ditions diffrentes du Rapport. Le tableau G fournit les tendances actualises des IDH en fonction d'une mthodologie et de sries temporelles de donnes cohrentes.

Incohrences entre les estimations nationales et internationales

Lorsqu'ils compilent des sries de donnes internationales et afin de faciliter les comparaisons entre les pays, les organismes statistiques internationaux appliquent souvent des procdures d'harmonisation et des normes internationales aux donnes nationales. En l'absence de chiffres relatifs un pays, un organisme international peut procder lui-mme une estimation s'il dispose d'autres informations pertinentes. Dans certains cas, les chiffres nationaux les plus rcents ne sont pas toujours intgrs en temps voulu aux sries de donnes internationales. La combinaison de ces facteurs peut donner lieu des diffrences importantes entre estimations nationales et internationales.

En cas d'incohrences entre les donnes, le BRDH a facilit les contacts entre les instances nationales et internationales charges de recueillir les donnes pour tenter de remdier ces problmes. Dans de nombreux cas, ces dmarches ont abouti une amlioration des statistiques prsentes. Tout en plaidant en faveur d'une amlioration des donnes internationales, le BRDH joue lui-mme un rle actif dans les efforts entrepris pour amliorer la qualit des donnes et travaille avec les organismes nationaux et internationaux pour augmenter la cohrence des donnes par un effort plus systmatique de prsentation de rapports et de suivi de la qualit des donnes.

Groupes de pays et agrgats

Outre les statistiques tablies au niveau national, plusieurs agrgats sont prsents dans les tableaux. Il s'agit habituellement de moyennes pondres qui sont calcules pour des groupes de pays selon les principes dcrits plus loin. En rgle gnrale, les agrgats ne sont fournis pour un groupe de pays que lorsque des donnes sont disponibles pour plus de la moiti des pays et qu'elles reprsentent au moins les deux tiers de la pondration considre dans cette rubrique. Le BRDH ne complte pas les donnes manquantes pour le calcul de l'agrgat. En d'autres termes, sauf indication contraire, les agrgats indiqus pour chaque catgorie reprsentent uniquement les pays pour lesquels des donnes sont disponibles. En quelques occasions, les agrgats ne sont pas des moyennes pondres, mais des totaux. Ils sont alors indiqus par le symbole T.

Les regroupements de pays utiliss comprennent notamment : le niveau du dveloppement humain (trs lev, lev, moyen et faible), le niveau mondial et celui d'un groupe gographique : soit un continent (dans les tableaux relatifs la migration), soit un groupe de Bureaux rgionaux du PNUD (dans les autres tableaux).

Classement en fonction du niveau de dveloppement humain. Tous les pays ou territoires repris dans l'IDH sont rpartis dans quatre catgories en fonction de leur niveau de dveloppement humain. Pour la premire fois, nous avons introduit une nouvelle catgorie, celle du dveloppement humain trs lev (IDH suprieur ou gal 0,900). Ce groupe constitue dans ce rapport ce que nous appelons les pays dvelopps . Les autres pays entrent dans le groupe des pays en dveloppement et sont rpartis en trois catgories : dveloppement humain lev (IDH compris entre 0,800 et 0,899), dveloppement humain moyen (IDH compris entre 0,500 et 0,799) et faible dveloppement humain (IDH infrieur 0,500). Voir Encadr 1.3.

Continents. Pour faciliter l'analyse des mouvements migratoires, le Rapport mondial sur le dveloppement humain divise cette anne le monde en six continents : l'Afrique, l'Asie, l'Europe, l'Amrique latine et les Carabes, l'Amrique du Nord et l'Ocanie, selon la Composition des rgions macrogographiques compile par la Division de statistique du Dpartement des affaires conomiques et sociales de l'ONU (voir http://unstats.un.org/unsd/methods/m49/m49regnf.htm).

Bureaux rgionaux du PNUD. Comme dans les rapports prcdents, la majorit des tableaux prsents reprennent les groupes gographiques des Bureaux rgionaux du PNUD : tats arabes, Europe centrale et orientale et Communaut des tats indpendants, Asie orientale et Pacifique, Amrique latine et Carabes, Asie du Sud et Afrique subsaharienne.

Remarques sur les pays

Sauf indication contraire, les donnes relatives la Chine ne tiennent pas compte des Rgions administratives spciales de Chine, Hong Kong et Macao, et de la Province de Chine, Taiwan. Les donnes concernant le Soudan sont souvent fondes sur des informations recueillies uniquement dans le nord du pays. Bien que la Serbie et le Montngro soient devenus deux tats distincts en juin 2006, des donnes sur les deux tats runis ont t utilises lorsqu'il n'existait pas encore de donnes spares pour chacun d'eux. Une note est alors insre cet effet. Dans les tableaux relatifs la migration, les donnes antrieures 1990 portant sur la Rpublique tchque, la Fdration de Russie et la Serbie sont celles de l'ancienne Tchcoslovaquie, de l'ex-Union sovitique et de l'ancienne Rpublique de Yougoslavie, respectivement.

Symboles

Un tiret entre deux dates, comme dans 20052010, indique que les donnes prsentes sont une estimation pour l'ensemble de la priode, sauf indication contraire. Les taux de croissance correspondent habituellement aux taux de croissance annuels moyens entre la premire et la dernire anne de la priode concerne.

Les symboles suivants sont utiliss dans les tableaux :

..

donnes non disponibles

0 ou 0,0

nul ou ngligeable

non pertinent

infrieur

T

total

Principales sources des donnes internationales

Esprance de vie la naissance. Les estimations de l'esprance de vie la naissance sont tires des Perspectives dmographiques mondiales 1950-2050 : la rvision de 2008 (ONU 2009b), qui sont la source officielle des estimations et des projections dmographiques de l'Organisation des Nations Unies. Prpar tous les deux ans par la Division de la population du Dpartement des affaires conomiques et sociales (DAES), ce rapport intgre les donnes des registres d'tat civil, des recensements de la population et des tudes dmographiques au niveau national.

Selon la Rvision de 2008, les pays o la prvalence du VIH dans la tranche d'ge des 15-49 ans a toujours t suprieure ou gale 1 % entre 1980 et 2007 sont considrs comme touchs par l'pidmie du VIH, et les projections de leur taux de mortalit sont obtenues en modlisant l'volution de l'pidmie et en projetant l'incidence annuelle de l'infection par le virus. Sont galement classs dans les pays touchs ceux dont la prvalence du VIH a toujours t infrieure 1%, mais dans lesquels, compte tenu de l'tendue de la population, le nombre de personnes sropositives dpassait 500 000 en 2007. Sont concerns le Brsil, la Chine, l'Inde, la Fdration de Russie et les tats-Unis. Le nombre de pays considrs touchs par le VIH passe donc 58.

Pour de plus amples informations sur les Perspectives dmographiques mondiales 1950-2050 : la rvision de 2008, reportez-vous au site www.un.org/esa/population/unpop.htm.

Taux d'alphabtisation des adultes. Ce rapport utilise les taux d'alphabtisation des adultes fournis par l'Institut de statistique de l'Organisation des Nations Unies pour l'ducation, la science et la culture ou UNESCO (ISU 2009a), qui associent les estimations nationales directes des estimations rcentes fondes sur le modle de projection de l'alphabtisation mondiale par tranche d'ge qu'elle a dvelopp en 2007. Les estimations nationales, mises disposition grce aux efforts cibls de l'ISU pour recueillir des donnes rcentes sur l'alphabtisation dans les diffrents pays, sont obtenues partir d'enqutes et de recensements nationaux organiss entre 1995 et 2007. Lorsqu'aucune estimation rcente n'tait disponible, des estimations antrieures de l'ISU ont t utilises.

De nombreux pays dvelopps ayant atteint de forts taux d'alphabtisation ne recueillent plus de statistiques de base sur l'alphabtisation et ne sont donc pas inclus dans les donnes de l'ISU. Si ces pays ne rapportent aucune donne sur l'alphabtisation des adultes, leur taux d'alphabtisation est prsum 99,0 % pour le calcul de l'IDH.

Dans beaucoup de pays, le nombre de personnes sachant lire et crire est estim partir de donnes fournies volontairement. Certains pays utilisent les donnes sur le niveau d'instruction titre d'indicateur, mais les mesures du taux de scolarisation et des niveaux d'ducation rellement atteints peuvent diverger. Du fait de variations selon les pays entre les dfinitions et les mthodes de collecte des donnes, les estimations en matire d'alphabtisation doivent tre utilises avec circonspection.

L'ISU travaille actuellement, en collaboration avec des organismes partenaires, la mise au point d'une autre mthodologie permettant de gnrer des estimations plus fiables en matire d'alphabtisation, baptise Programme d'valuation et de suivi de l'alphabtisation (LAMP). Ce programme cherche dpasser les catgories limites actuelles d'alphabtisation et d'analphabtisme en fournissant des informations sur une srie de comptences en matire de lecture et d'criture.

Taux bruts combins de scolarisation dans l'ducation primaire, secondaire et suprieure. Les taux bruts de scolarisation sont produits par l'ISU partir des donnes sur la scolarisation recueillies auprs des gouvernements nationaux (habituellement de sources administratives) et des statistiques des Perspectives dmographiques mondiales 1950-2050 : la rvision 2006 (ONU 2007). Les taux sont calculs en divisant le nombre d'lves scolariss dans l'ducation primaire, secondaire et suprieure par la population totale de la tranche d'ge correspondant thoriquement ces niveaux. On considre que la tranche d'ge correspondant thoriquement l'ducation suprieure est celle des 5 annes suivant immdiatement la fin de l'ducation secondaire suprieure dans tous les pays.

Les taux bruts combins de scolarisation ne refltent pas la qualit de l'ducation obtenue. Mme lorsqu'ils servent exprimer le niveau d'accs aux opportunits d'instruction, les taux bruts combins de scolarisation peuvent masquer de fortes variations selon les pays du fait des diffrences entre les tranches d'ge correspondant un niveau d'ducation donn et entre les dures des programmes scolaires. Les taux de redoublement et d'abandon peuvent galement altrer les donnes.

Dans sa dfinition actuelle, le taux brut combin de scolarisation mesure le taux de scolarisation dans le pays tudi et exclut par consquent des chiffres nationaux les lves qui tudient l'tranger. Or il est courant dans beaucoup de petits pays de poursuivre son ducation suprieure l'tranger ; l'accs l'ducation ou le niveau d'instruction de la population peut donc tre sous-estims.

PIB par habitant (en PPA en USD). Les donnes sur le PIB par habitant sont fournies par la Banque mondiale et publies dans sa base de donnes des Indices du dveloppement dans le monde. Pour comparer les niveaux de vie des pays, les statistiques conomiques doivent tre converties en termes de parit du pouvoir d'achat (PPA) pour liminer les diffrences entre les niveaux de prix nationaux. Les estimations actuelles sont fondes sur les donnes relatives aux prix du dernier exercice du Programme de comparaison international (PCI), men en 2005, qui couvre un total de 146 pays et territoires en dveloppement. Pour beaucoup de pays non compris dans les enqutes du PCI, la Banque mondiale tire ses estimations de la rgression conomtrique. Quant aux pays non pris en compte par la Banque mondiale, les estimations en termes de PPA proviennent des Penn World Tables de l'Universit de Pennsylvanie (Heston, Summers et Aten 2006).

Les dernires estimations en termes de PPA ont t publies pour la premire fois en 2008, et elles constituent une importante rvision des estimations utilises dans les Rapports publis en 2007 et les annes prcdentes. Celles-ci se fondaient sur l'exercice prcdent des enqutes du PCI, men au dbut des annes 1990, qui ne couvrait que 118 pays. Les nouvelles donnes ont indiqu une rvision la hausse des niveaux de prix dans un grand nombre de pays (en particulier les pays en dveloppement) par rapport aux prvisions. Dans 70 pays, le revenu par habitant a t revu la baisse d'au moins 5 %. Il s'agit pour la plupart de pays d'Afrique subsaharienne, o sept pays sur huit ont enregistr une chute d'au moins 50%. l'inverse, une soixantaine de pays ont connu une rvision la hausse d'au moins 5%, qui s'levait pour beaucoup de pays producteurs de ptrole 30 %, voire 50 % dans quatre cas. De telles rvisions de fond du PIB par habitant ont naturellement une influence sur les valeurs, mais aussi les classements de l'IDH. Un PIB par habitant divis ou multipli par deux entrane une variation de 0,039 de l'IDH.

Par consquent, nous avons publi fin 2008 un bref rapport intitul Indices du dveloppement humain : une mise jour statistique 2008, qui explique les raisons de cette rvision et ses effets sur l'IDH et les autres indices composites. De plus amples informations sont disponibles en anglais sur http://hdr.undp.org/fr/statistiques/acceder/idh2008/. Pour de plus amples informations sur le PCI et la mthodologie en matire de PPA, reportez-vous au site Web du PCI, www.worldbank.org/data/icp.

Donnes relatives la migration. Les donnes relatives la migration que prsente ce rapport proviennent de diffrents organismes.

La source principale des tendances du stock migratoire international est la Division de la population du Dpartement des affaires conomiques et sociales (DAES) de l'ONU. Les donnes sont tires du rapport Trends in Total Migrant Stocks : The 2008 Revision (ONU 2009d) et se fondent sur les donnes des recensements de la population organiss entre 1955 et 2008.

Cette source fournit des donnes larges (sexe et type) s'inscrivant sur la dure concernant les migrants, en fonction de leur pays de destination.

Dans la mesure du possible, les migrants internationaux sont dfinis comme tant ns l'tranger. Dans les pays o les donnes sur le lieu de naissance n'taient pas disponibles, le pays de nationalit a servi de base l'identification des migrants internationaux.

Pour les donnes sur les pays d'origine (et de destination) du stock migratoire international, nous avons utilis la Base de donnes mondiale sur les origines des migrants (version 4) compile par le Centre de recherche et dveloppement sur la migration, la mondialisation et la pauvret de l'Universit du Sussex, en Angleterre. Les estimations sont fondes sur les recensements nationaux organiss pendant l'exercice de recensements de 2000 et permettent de fournir une estimation pour la priode 2000-2002. Il est important de noter que la base de donnes prsente des donnes relatives aux stocks migratoires (c'est--dire au nombre total de migrants en fonction la fois du pays d'origine et du pays de destination), et non aux flux migratoires annuels (ou priodiques) entre les pays. Les stocks constituent l'effet cumul des flux sur une priode nettement suprieure un an et sont donc gnralement plus importants que des flux annuels. Pour de plus amples informations, reportez-vous au site http://www.migrationdrc.org/research/typesofmigration/global_migrant_origin_database.html.

Pour des donnes plus dtailles sur les caractristiques des migrants internationaux, nous avons utilis la Base de donnes de l'OCDE sur les immigrs dans les pays de l'OCDE (OCDE 2009b). Cette base de donnes a t constitue partir des donnes recueillies pendant le cycle de recensements de 2000 et compltes dans certains cas par des enqutes sur la population active. Dans la mesure du possible, les migrants internationaux sont dfinis comme des personnes nes l'tranger, bien que dans certains pays de destination les dfinitions puissent s'carter lgrement de celles utilises par la Division de la population de l'ONU. Nous avons choisi de prsenter les rsultats en fonction des pays d'origine des migrants ; par consquent il n'est pas possible d'tablir des comparaisons directes avec les estimations des deux autres sources. Nous prsentons des donnes sur les niveaux d'instruction et sur l'activit conomique, ainsi que sur les taux d'migration des personnes hautement qualifies (ducation suprieure) selon les pays d'origine des migrants gs d'au moins 15 ans dans les pays de l'OCDE.

Il est difficile d'obtenir des donnes comparables entre les pays sur les migrants internes, c'est--dire les personnes qui se dplacent l'intrieur des frontires d'un pays. C'est pour cette raison que, pendant la prparation de ce rapport, nous avons mandat des analyses (Bell et Muhudin 2009) fondes sur les recensements nationaux qui ont produit des estimations comparables du pourcentage de personnes dplaces dans la population totale pour 24 pays. Ces donnes ont t compltes par des estimations compiles par la Division de statistique de l'ONU, en collaboration avec la Commission conomique pour l'Amrique latine et les Carabes (CEPALC 2007), qui se fondent galement sur des recensements et sur l'ensemble de la population, ainsi que par des donnes de la Banque mondiale s'appuyant sur des enqutes auprs des mnages et sur la population en ge de travailler (Banque mondiale 2009e). En raison des divergences dans les dfinitions de ces trois sources, les comparaisons doivent tre utilises avec circonspection. Lorsque des estimations taient disponibles auprs de plusieurs sources pour un mme pays, nous avons prfr celles de Bell et Muhudin celles des deux autres sources.

Les donnes concernant la migration induite par des conflits proviennent de sources diffrentes en fonction du type de migrant : ceux qui ont franchi des frontires internationales (rfugis et demandeurs d'asile) et ceux qui se sont dplacs l'intrieur d'un pays (personnes dplaces l'intrieur de leur pays). Les donnes sur les rfugis proviennent du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les rfugis (UNHCR 2009b), l'exception des rfugis de Palestine, qui relvent principalement de la comptence de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les rfugis de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA 2008). Les donnes sont compiles partir de plusieurs sources, dont des recensements nationaux et des enqutes. Toutefois, l'enregistrement systmatique que l'on met en place pour tablir un registre lgal ou administratif ou pour administrer les droits et fournir des services, constitue la principale source de donnes lies aux rfugis. Le UNHCR fournit galement des estimations concernant 27 pays dvelopps n'ayant aucun registre ddi. Ces estimations sont fondes sur la reconnaissance des demandeurs d'asile et les taux estims de naturalisation sur une priode de 10 ans. Les inconvnients majeurs de cette mthode d'estimation tiennent son hypothse sous-jacente, selon laquelle tous les demandeurs d'asile reconnus sont effectivement des rfugis, et l'harmonisation de sa priode de dfinition 10 ans. C'est particulirement vrai pour les pays d'immigration traditionnels , o il faut moins de 10 ans aux migrants et notamment aux rfugis pour obtenir leur changement de nationalit. Les donnes sur les personnes dplaces l intrieur de leur pays proviennent de l'Observatoire des situations de dplacement interne (IDMC 2009a). Elles ont t compiles partir de plusieurs sources, dont le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (BCAH), des estimations du UNHCR et des gouvernements nationaux. Compte tenu de la difficult de suivre les personnes dplaces l'intrieur d'un pays, les estimations revtent un fort degr d'incertitude et doivent donc tre interprtes avec circonspection.

Calcul des indices du dveloppement humain

Les diagrammes suivants rsument la manire dont les cinq indices du dveloppement humain sont construits, en mettant en relief leurs similitudes et leurs diffrences. Pour des informations compltes sur les mthodes de calcul, reportez-vous au site Web suivant : http://www.hdr.undp.org/fr/statistiques/nt1


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Dfinitions des termes statistiques et des indicateurs

Aide publique au dveloppement (APD) alloue aux services sociaux de base Fonds d'aide allous aux infrastructures et aux services de base (notamment les services de sant, d'ducation, d'eau et d'assainissement, publics ou de la socit civile, etc.) exprims en pourcentage de l'aide publique au dveloppement (APD) totale.

Aide publique au dveloppement (APD) nette Dons ou prts accords des conditions prfrentielles (nets du remboursement du principal) par les organismes officiels des membres du Comit d'aide au dveloppement (CAD), par des institutions multilatrales et par des pays n'appartenant pas au CAD dans le but d'encourager le dveloppement conomique et la protection sociale dans les pays et territoires figurant dans la premire catgorie de la Liste des bnficiaires d'APD tablie par le CAD. Pour de plus amples dtails, voir http://www.oecd.org/cad/stats/listecad.

Asile Protection accorde par un tat sur son propre territoire une personne ou un groupe de personnes venant d'un autre tat et fuyant des perscutions ou un danger grave.

Chmeurs Ensemble des personnes au-dessus d'un ge dtermin qui n'exercent pas d'emploi rmunr ou ne sont pas travailleurs indpendants, mais qui sont disponibles pour travailler et s'efforcent de trouver un emploi rmunr ou de s'installer en tant que travailleurs indpendants.

Demandeurs d'asile Personnes ou groupes de personnes demandant l'asile d'un pays autre que le leur. Ils conservent le statut de demandeur d'asile jusqu' ce que les autorits comptentes tudient leur requte et y fassent droit.

Dpenses d'ducation en pourcentage des dpenses totales du gouvernement Ensemble des dpenses publiques dans le secteur de l'ducation, exprim en pourcentage de l'ensemble des dpenses publiques engag tous les chelons du gouvernement.

Dpenses de sant par habitant (en PPA en USD) Dpenses publiques en matire de sant engages tous les chelons du gouvernement (en parit du pouvoir d'achat en dollars US), divises par la population en milieu d'anne. Les dpenses de sant comprennent la fourniture de services de sant (prventifs et curatifs), les activits de planification familiale, les activits de nutrition et les secours d'urgence destins la sant, mais excluent l'approvisionnement en eau et les services d'assainissement.

Dpenses publiques d'ducation par lve de l'enseignement primaire Dpenses publiques courantes pour l'enseignement primaire, en PPA en USD prix 2005 constants, divises par le nombre total d'lves scolariss ce niveau d'ducation.

Dpenses publiques en matire de sant, en pourcentage des dpenses totales du gouvernement Dpenses publiques en matire de sant engages tous les chelons du gouvernement et exprimes en pourcentage des dpenses totales du gouvernement.

migrant Personne venue d'un pays d'origine (ou de naissance) donn qui a tabli sa rsidence habituelle dans un autre pays.

Entres nettes d'investissements directs trangers Entres nettes des investissements en vue d'acqurir un intrt de gestion durable (d'au moins 10 % des parts droit de vote) dans une entreprise installe dans une conomie autre que celle de l'investisseur. Elles se composent des capitaux propres, des rinvestissements des bnfices, d'autres capitaux long terme et des capitaux court terme.

Envois de fonds Revenus et ressources matrielles que les migrants internationaux ou les rfugis envoient des personnes dans leur pays d'origine ou dans un pays o les migrants rsidaient prcdemment.

Esprance de vie la naissance Nombre d'annes qu'un nouveau-n peut s'attendre vivre si les caractristiques de mortalit par tranche d'ge de la population au moment de sa naissance demeurent les mmes tout au long de sa vie.

Esprance de vie en bonne sant Nombre moyen d'annes qu'une personne peut s'attendre vivre en bonne sant en tenant compte des annes passes avec des problmes de sant causs par des maladies et/ou des blessures

Femmes exerant des professions intellectuelles et scientifiques Part des femmes dans les postes dfinis dans le cadre de la Classification internationale type des professions (CITP-88) comprenant les spcialistes des sciences physiques, mathmatiques et techniques (et postes connexes), les spcialistes des sciences de la vie et de la sant (et postes connexes), les spcialistes de l'enseignement (et postes connexes) et les autres spcialistes des professions intellectuelles et scientifiques.

Femmes occupant des fonctions ministrielles et gouvernementales Y compris les vice-premiers-ministres et les vice-ministres. Les premiers ministres sont inclus si elles ont la charge d'un portefeuille ministriel. Les vice-prsidentes et les chefs de dpartements ou d'administrations de niveau ministriel sont galement comprises si elles exercent une fonction ministrielle dans la structure gouvernementale.

Fonctions parlementaires et postes de direction ou de responsabilit occups par des femmes Part de femmes dans les postes dfinis dans le cadre de la Classification internationale type des professions (CITP-88) comprenant les membres de l'excutif et des corps lgislatifs, les cadres suprieurs de l'administration publique, les chefs traditionnels et chefs de village, les dirigeants et cadres suprieurs d'organisations spcialises, les directeurs de socit, les directeurs et cadres de direction, production et oprations, et les autres dirigeants et grants.

Immigrant Personne rsidant dans un pays d'accueil (le pays de destination) qui n'est pas son pays d'origine (ou de naissance).

Indice de Gini Calcule dans quelle mesure la rpartition des revenus (ou de la consommation) entre les personnes ou les mnages d'un pays s'carte d'une rpartition parfaite. Une courbe dite courbe de Lorenz reprsente la part cumule de l'ensemble des revenus perus par rapport au nombre cumul des bnficiaires, en commenant par l'individu ou le mnage le plus pauvre. L'indice de Gini mesure l'aire de la zone comprise entre la courbe de Lorenz et la ligne hypothtique d'galit parfaite, exprime en pourcentage de l'aire maximale de la zone situe sous la diagonale. Une valeur nulle indique une galit parfaite, une valeur gale 100 une ingalit totale.

Indice d'esprance de vie L'un des trois indices partir desquels l'indice du dveloppement humain est calcul.

Indice de la participation des femmes (IPF) Indice composite mesurant l'ingalit entre les sexes dans les trois dimensions essentielles de l'autonomisation : la participation la vie et aux dcisions conomiques, la participation la vie et aux dcisions politiques et le contrle des ressources conomiques.

Indice de la pauvret humaine (IPH-1) Indice composite mesurant le degr de privation dans les trois dimensions essentielles exprimes par l'indice du dveloppement humain : sant et longvit, accs l'ducation et niveau de vie dcent.

Indice de la pauvret humaine dans les pays de l'OCDE (IPH-2) Indice composite mesurant le degr de privation dans les trois dimensions essentielles exprimes par l'indice du dveloppement humain (sant et longvit, accs l'ducation et niveau de vie dcent), en tenant compte galement de l'exclusion sociale.

Indice du dveloppement humain (IDH) Indice composite mesurant le niveau moyen atteint dans trois dimensions essentielles du dveloppement humain : sant et longvit, accs l'ducation et niveau de vie dcent. I

Indice du niveau d'instruction L'un des trois indices partir desquels l'indice du dveloppement humain est calcul. Il se fonde sur le taux d'alphabtisation des adultes et sur le taux brut combin de scolarisation dans l'enseignement primaire, secondaire et suprieur. Voir Taux d'alphabtisation des adultes et Taux brut combin de scolarisation dans l'enseignement primaire, secondaire et suprieur.

Indice du PIB L'un des trois indices partir desquels l'indice du dveloppement humain est calcul. Il est calcul partir du produit intrieur brut par habitant (en parit du pouvoir d'achat en dollars US ; voir PPA).

Indice sexospcifique du dveloppement humain (ISDH) Indice composite mesurant le niveau moyen atteint dans les trois dimensions essentielles exprimes par l'indice du dveloppement humain (sant et longvit, instruction et niveau de vie dcent), ajust en fonction des ingalits entre hommes et femmes.

Migrant Personne ayant chang de lieu de rsidence habituelle, que ce soit en franchissant une frontire internationale ou en se rendant dans une autre rgion, un autre district ou une autre municipalit de son pays d'origine.

Migration internationale Mouvement de personnes franchissant des frontires internationales et entranant un changement du pays de rsidence habituelle.

Migration interne Mouvement de personnes l'intrieur des frontires d'un pays, gnralement mesur partir des frontires des rgions, des districts ou des municipalits, qui entrane un changement de la rsidence habituelle.

Mouvement induit par un conflit Mouvement de personnes entranant un changement de leur lieu de rsidence habituelle la suite d'un conflit imminent ou en cours, violent ou arm, qui cre une menace sur leur vie ou leurs moyens de subsistance.

Niveaux d'ducation Conformment la Classification internationale type de l'ducation (CITE), ils comprennent l'ducation prprimaire (CITE 0), l'enseignement primaire (CITE 1), l'enseignement secondaire (CITE 2 et 3), l'enseignement post-secondaire (CITE 4) et l'enseignement suprieur (CITE 5 et 6).

Niveau d'instruction Rpartition en pourcentage de la population d'une tranche d'ge donne en fonction du niveau d'instruction atteint ou achev, par rapport aux niveaux d'ducation dfinis par la CITE. Les niveaux d'instruction sont habituellement rpartis entre niveau lev (CITE 5 et 6), moyen (CITE 2, 3 et 4) et faible (infrieur CITE 2). Cet indice est calcul en exprimant le nombre de personnes d'une tranche d'ge donne ayant atteint le niveau d'instruction le plus lev en pourcentage de la population totale de ladite tranche d'ge.

Part des migrants internationaux dans la population Estimation du nombre de migrants internationaux exprime en pourcentage de la population totale.

Part des revenus et des dpenses Part des revenus et des dpenses (de la consommation) rpartis par sous-groupes de la population, en fonction d'enqutes nationales auprs des mnages s'talant sur plusieurs annes. Dans leurs rsultats, les enqutes sur les dpenses ou la consommation indiquent une moindre ingalit entre riches et pauvres que les tudes sur les revenus, car les populations pauvres consomment gnralement une part plus importante de leurs revenus. Les donnes fournies par les enqutes couvrant des annes diffrentes et utilisant des mthodologies divergentes, les comparaisons entre pays doivent tre ralises avec circonspection.

Part du stock migratoire dans la population Estimation du nombre de migrants internationaux, exprime en pourcentage de la population totale.

Pays de destination Pays dans lequel arrive un migrant international venant d'un autre pays et dans lequel il a l'intention de s'installer de manire provisoire ou permanente.

Pays d'origine Pays que quitte un migrant international pour se rendre dans un autre pays dans lequel il a l'intention de s'installer de manire provisoire ou permanente.

Personnes dplaces l'intrieur de leur pays (IDP) Personnes ou groupes de personnes qui ont t forcs ou contraints fuir ou quitter leur foyer ou leur lieu de rsidence habituelle, notamment en raison d'un conflit arm, de situations de violence gnralise, de violations des droits de l'homme ou de catastrophes naturelles ou provoques par l'homme, ou pour en viter les effets, et qui n'ont pas franchi les frontires internationalement reconnues d'un tat.

PIB (en USD) Produit intrieur brut converti en dollars US selon le taux de change moyen officiel du Fonds montaire international. Un autre facteur de conversion est utilis si l'on juge que la marge entre le taux de change officiel et le taux effectivement appliqu aux transactions en devises et aux produits ngocis est particulirement importante. Voir PIB (produit intrieur brut).

PIB (produit intrieur brut) Somme de la valeur ajoute par tous les producteurs rsidant dans une conomie, majore de toutes les taxes sur les produits (hors subventions) non incluses dans la valorisation de la production. Le calcul du PIB ne tient pas compte des dductions au titre de l'amortissement des biens d'quipement manufacturs ou de l'puisement et de la dgradation des ressources naturelles. La valeur ajoute correspond la production nette d'un secteur, aprs addition de toutes les composantes de cette production et dduction des facteurs intermdiaires.

PIB par habitant (en PPA en USD) Produit intrieur brut (en termes de parit du pouvoir d'achat en dollars US) divis par la population en milieu d'anne. Voir PIB (produit intrieur brut), PPA (parit du pouvoir d'achat) et Population totale.

PIB par habitant (en USD) Produit intrieur brut en dollars US divis par la population en milieu d'anne. Voir PIB (en USD) et Population totale.

PPA (parit du pouvoir d'achat) Taux de conversion tenant compte des diffrences de prix entre pays, afin de permettre des comparaisons internationales de la production et du revenu en termes rels. Au taux de PPA en USD (utilis dans ce rapport), 1 USD PPA correspond au mme pouvoir d'achat dans l'conomie nationale que 1 USD aux tats-Unis.

Population active Ensemble des personnes occupant un emploi (c.--d. les personnes ayant dpass un ge donn qui, pendant la priode de rfrence, ont occup un emploi rmunr, en tant que salari, indpendant ou en cong) ou recherchant activement un emploi (c.--d. les personnes ayant dpass un ge donn qui, pendant la priode de rfrence, taient sans emploi mais en recherchaient activement un). Voir Population conomiquement active.

Population conomiquement active (ou population active) Ensemble des personnes ges de 15 ans et plus qui, pendant une priode de rfrence donne, occupaient un emploi ou taient en recherche active d'emploi. Voir Population active.

Population n'utilisant pas une source d'eau potable amliore Calcule en soustrayant 100 le pourcentage de la population ayant accs une source d'eau potable amliore. Celles-ci comprennent l'eau courante domicile, les bornes-fontaines, les points d'eau quips de pompes bras, les puits protgs, les sources protges et les systmes de captage des eaux pluviales.

Population totale Ensemble des personnes effectivement prsentes dans un pays, une zone ou une rgion au 1er juillet de l'anne en question. Les personnes effectivement prsentes comprennent les personnes qui sont habituellement prsentes et les visiteurs, mais sans les rsidents qui sont temporairement absents du pays, de la zone ou de la rgion.

Population urbaine Population vivant de facto dans des zones classes urbaines selon les critres propres chaque zone ou pays. Les donnes concernent le 1er juillet de l'anne en question. Voir Population totale.

Population vivant sous le seuil de pauvret Pourcentage de la population vivant sous un seuil de pauvret dtermin :1,25 USD par jour et 2 USD par jour aux prix internationaux de 2005, ajusts en parit du pouvoir d'achat;.
Seuil de pauvret national - seuil de pauvret jug adapt un pays par ses autorits. Estimations nationales fondes sur des estimations des sous-groupes pondrs (population) partir des enqutes auprs des mnages ;.
50 % du revenu mdian - soit 50 % du revenu ajust mdian dont disposent les mnages.

Probabilit de dcder avant un ge donn Calcul en soustrayant 100 la probabilit (exprime en pourcentage) d'atteindre un ge prcis pour une population donne. Voir Probabilit de vivre jusqu' un ge donn.

Probabilit de vivre jusqu' un ge donn Probabilit (exprime en pourcentage) qu'un nouveau-n atteigne un ge prcis, en fonction des caractristiques de mortalit par tranche d'ge de la population.

Projection des variantes mdianes Projections dmographiques de la Division de la population de l'ONU supposant une fcondit moyenne, une mortalit normale et une migration internationale normale. Chaque hypothse entrane une projection des tendances des niveaux de fcondit, de mortalit et de migration nette en fonction des caractristiques dmographiques spcifiques et des politiques pertinentes pour chaque pays ou groupe de pays. En outre, dans les pays fortement touchs par l'pidmie de VIH, l'impact du virus est inclus dans la projection. La Division de la population de l'ONU publie galement des projections des variantes hautes et basses. Pour en savoir plus, voir http://esa.un.org/unpp/assumptions.html.

Rapport de dpendance des jeunes Population ge de moins de 15 ans exprime en pourcentage de la population en ge de travailler (ge de 15 64 ans).

Rapport de dpendance des personnes ges Population ge d'au moins 65 ans exprime en pourcentage de la population en ge de travailler (ge de 15 64 ans).

Ratification d'un trait Pour qu'un trait international entre en vigueur dans un pays donn, celui-ci doit le ratifier, souvent en accord avec son corps lgislatif. La ratification n'implique pas uniquement l'expression de l'intrt dont tmoigne la signature, mais galement l'incorporation des principes et des obligations du trait dans le droit national.

Rfugis Personnes ou groupes de personnes qui, craignant avec raison d'tre perscuts du fait de leur race, de leur religion, de leur nationalit, de leurs opinions politiques ou de leur appartenance un certain groupe social, ont fui leur pays d'origine et ne peuvent ou ne veulent pas y retourner.

Revenu estimatif (en PPA en USD) Calcul partir du taux de revenus non agricoles des femmes par rapport aux revenus non agricoles des hommes, des proportions d'hommes et de femmes dans la population active, de la population masculine et fminine totale et du PIB total (en termes de parit du pouvoir d'achat en dollars US ; voir PPA (parit du pouvoir d'achat)). Le revenu estimatif est utilis pour calculer l'Indice sexospcifique du dveloppement humain et l'Indice de la participation des femmes. Pour de plus amples dtails sur cette estimation, voir http://hdr.undp.org/fr/statistiques/nt1.

Siges parlementaires occups par des femmes Nombre de siges occups par des femmes dans les chambres basse et haute (ou snat) ou dans la chambre unique du parlement du pays considr.

Taux annuel d'accroissement naturel Part de la croissance (ou du dclin) de la population dtermine exclusivement partir des naissances et des dcs.

Taux annuel de croissance du stock migratoire Estimation du taux de croissance exponentiel moyen du stock migratoire international pour chaque priode indique, exprime en pourcentage.

Taux brut combin de scolarisation dans l'enseignement primaire, secondaire et suprieur Nombre d'lves scolariss aux niveaux d'ducation primaires, secondaires et suprieurs, quel que soit leur ge, exprim en pourcentage de la population de la tranche d'ge correspondant thoriquement ces trois niveaux. Voir Niveaux d'ducation.

Taux d'alphabtisation des adultes Part de la population adulte ge de 15 ans et plus sachant lire et crire, exprime en pourcentage de la population correspondante (totale ou d'un sexe particulier) dans un pays, un territoire ou une zone gographique donns, un moment particulier, habituellement au milieu de l'anne. des fins statistiques, une personne est dclare sachant lire et crire si elle peut lire, crire et comprendre quelques lignes simples concernant sa vie quotidienne.

Taux d'analphabtisme des adultes Calcul en soustrayant 100 le taux d'alphabtisation des adultes. Voir Taux d'alphabtisation des adultes.

Taux de chmage Population au chmage exprime en pourcentage de la population active (travailleurs et chmeurs). Voir Chmeurs et Population active.

Taux de chmage de longue dure Personnes au-dessus d'un ge dtermin qui sont au chmage depuis au moins 12 mois, exprimes en pourcentage de la population active (travailleurs et chmeurs). Voir Chmeurs et Population active.

Taux de croissance annuel de la population Taux de croissance exponentiel annuel moyen de la population pour la priode concerne. Voir Population totale.

Taux de croissance annuelle du PIB par habitant A Taux de croissance annuelle obtenu par la mthode des moindres carrs, calcul partir d'un PIB par habitant prix constants en units de devise locale.

Taux d'migration Stock d'migrants originaires d'un pays un moment donn, exprim en pourcentage du total de la population rsidant dans le pays d'origine et de la population migre.

Taux d'migration des diplms de l'enseignement suprieur Nombre total d'migrants d'un pays donn gs d'au moins 15 ans et ayant reu un enseignement suprieur, exprim en pourcentage de l'ensemble de la population du mme ge ayant reu un enseignement suprieur dans leur pays d'origine et de la population d'migrants ayant reu un enseignement suprieur.

Taux de fcondit Nombre total d'enfants qu'une femme aurait si elle vivait jusqu' la fin de sa priode de fcondit et tait soumise aux taux de fcondit par ge prvalant au cours de l'anne considere dans un pays ou territoire donn.

Taux de mortalit des enfants de moins de 5 ans Probabilit qu'un enfant dcde avant son cinquime anniversaire, exprime pour 1 000 naissances vivantes.

Taux des mouvements internationaux Somme de la population totale d'immigrants entrs dans un pays donn et d'migrants ayant quitt ce mme pays, exprime en pourcentage du total de la population rsidente et migrante de ce pays.

Taux de participation de la population active Mesure de la part de la population en ge de travailler d'un pays qui occupe un rle actif sur le march du travail, soit en travaillant, soit en recherchant activement un emploi. Il est calcul en exprimant le pourcentage de la population active par rapport la population en ge de travailler. Dans ce rapport, la population en ge de travailler dsigne la population des plus de 15 ans. Voir Population active et Population conomiquement active.

Taux du revenu estimatif des femmes par rapport celui des hommes Taux du revenu estimatif des femmes par rapport au revenu estimatif des hommes. Voir Revenu estimatif (en PPA en USD).

Taux net de migration internationale Diffrence entre le nombre d'immigrants d'un pays et le nombre d'migrants sur une priode donne, divise par les annes-personnes vcues par la population du pays d'accueil au cours de cette priode. Elle s'exprime en nombre de migrants net pour une population de 1 000, ou en pourcentage.

Variation annuelle moyenne de l'indice des prix la consommation Traduit l'volution du cot d'un ensemble standard ou fixe de biens et services pour le consommateur moyen.

Les catgories de dveloppement humain


Dveloppement humain trs lev

(IDH de 0,900 et suprieur)

Allemagne

Andorre

Australie

Autriche

Barbade

Belgique

Bruni Darussalam

Canada

Chypre

Core (Rpublique de)

Danemark

Espagne

mirats arabes unis

tats-Unis

Fdration de Russie

Finlande

France

Grce

Hong Kong, Chine (RAS)

Irlande

Islande

Isral

Italie

Japon

Kowet

Liechtenstein

Luxembourg

Malte

Norvge

Nouvelle-Zlande

Pays-Bas

Portugal

Qatar

Singapour

Slovnie

Sude

Suisse

Rpublique tchque

Royaume-Uni

(38 pays ou territoires)

Dveloppement humain lev

(IDH 0,8000,899)

Albanie

Antigua-et-Barbuda

Arabie saoudite

Argentine

Bahamas

Bahren

Blarus

Bosnie-Herzgovine

Brsil

Bulgarie

Chili

Colombie

Costa Rica

Croatie

Cuba

Dominique

quateur

Estonie

Ex-Rpublique yougoslave de Macdoine

Grenade

Hongrie

Jamahiriya arabe libyenne

Kazakhstan

Lettonie

Liban

Lituanie

Malaisie

Maurice

Mexique

Montngro

Oman

Panama

Prou

Pologne

Roumanie

Sainte-Lucie

Saint-Kitts-et-Nevis

Serbie

Seychelles

Slovaquie

Trinit-et-Tobago

Turquie

Uruguay

Venezuela (Rp. de Bolivarienne)

(45 pays ou territoires)

Dveloppement humain moyen

(IDH 0,5000,799)

Afrique du Sud

Algrie

Angola

Armnie

Azerbadjan

Bangladesh

Belize

Bhoutan

Bolivie

Botswana

Cambodge

Cameroun

Cap-Vert

Chine

Comores

Congo

Djibouti

gypte

El Salvador

Guine quatoriale

Fidji

Gabon

Gorgie

Ghana

Guatemala

Guyane

Hati

Honduras

les Salomon

Inde

Indonsie

Iran (Rpublique islamique d)

Jamaque

Jordanie

Kenya

Kirghizistan

Lesotho

Madagascar

Maldives

Mauritanie

Moldova

Mongolie

Maroc

Myanmar

Namibie

Npal

Nicaragua

Nigria

Ouganda

Ouzbkistan

Pakistan

Papouasie-Nouvelle-Guine

Paraguay

Philippines

Rp. dmoc. populaire Lao

Rpublique arabe syrienne

Rpublique dominicaine

Rpublique-Unie de Tanzanie

Saint-Vincent-et-les Grenadines

Samoa

Sao Tom-et-Principe

Sri Lanka

Soudan

Suriname

Swaziland

Tadjikistan

Territoires palestiniens occups

Thalande

Tonga

Tunisie

Turkmenistan

Ukraine

Vanuatu

Viet Nam

Ymen

(75 pays ou territoires)

Faible dveloppement humain

(IDH infrieur 0,500)

Afghanistan

Bnin

Burkina Faso

Burundi

Congo (Rpublique Dmocratique du)

Cte d'Ivoire

rythre

thiopie

Gambie

Guine

Guine-Bissau

Libria

Malawi

Mali

Mozambique

Niger

Rpublique centrafricaine

Rwanda

Tchad

Sngal

Sierra Leone

Timor-Leste

Togo

Zambie

(24 pays ou territoires)

Pays par continents


Afrique

Afrique du Sud

Algrie

Angola

Bnin

Botswana

Burkina Faso

Burundi

Cameroun

Cap-Vert

Comores

Congo

Congo (Rpublique Dmocratique du)

Cte d'Ivoire

Djibouti

gypte

rythre

thiopie

Gabon

Gambie

Ghana

Guine

Guine-Bissau

Guine quatoriale

Kenya

Lesotho

Libria

Jamahiriya arabe libyenne

Madagascar

Malawi

Mali

Mauritanie

Maurice

Maroc

Mozambique

Namibie

Niger

Nigria

Ouganda

Rpublique centrafricaine

Rpublique-Unie de Tanzanie

Runion

Rwanda

Sahara occidentale

Saint Helena

Sao Tom-et-Principe

Sngal

Seychelles

Sierra Leone

Somalie

Soudan

Swaziland

Tchad

Togo

Tunisie

Zambie

Zimbabwe

(56 pays ou territoires)

Asie

Afghanistan

Arabie Saoudite

Armnie

Azerbadjan

Bahren

Bangladesh

Bhoutan

Bruni Darussalam

Cambodge

Chine

Chypre

Core (Rpublique de)

Core (Rpu. pop. dmocratique de)

mirats arabes unis

Gorgie

Hong Kong, Chine (RAS)

Inde

Indonsie

Iran (Rpublique islamique d)

Iraq

Isral

Japon

Jordanie

Kazakhstan

Kirghizistan

Kowet

Liban

Macao, Chine (SAR)

Malaisie

Maldives

Mongolie

Myanmar

Npal

Oman

Ouzbkistan

Pakistan

Philippines

Qatar

Singapour

Sri Lanka

Rpublique arabe syrienne

Rp. dmoc. populaire Lao

Taiwan Province de Chine

Territoires palestiniens occups

Thalande

Timor-Leste

Turkmenistan

Turquie

Viet Nam

Ymen

(51 pays ou territoires)

Europe

Albanie

Allemagne

Andorre

Autriche

Blarus

Belgique

Bosnie-Herzgovine

Bulgarie

Croatie

Danemark

Espagne

Estonie

Ex-Rpublique yougoslave de Macdoine

Faeroe Islands

Fdration de Russie

Finlande

France

Gibraltar

Grce

Hongrie

le de Man

Irlande

Islande

Italie

Lettonie

Liechtenstein

Lituanie

Luxembourg

Malte

Moldova

Monaco

Montngro

Norvge

Pays-Bas

Pologne

Portugal

Rpublique tchque

Roumanie

Royaume-Uni

Saint-Marin

Saint-Sige

Serbie

Slovaquie

Slovnie

Sude

Suisse

Svalbard et Jan Mayen Islands

Ukraine

(49 pays ou territoires)

Amrique latine et Carabes

Antigua-et-Barbuda

Argentine

Bahamas

Barbade

Belize

Bolivie

Brsil

Chili

Colombie

Costa Rica

Cuba

Dominique

quateur

El Salvador

Grenade

Guatemala

Guyane

Hati

Honduras

Jamaque

Mexique

Nicaragua

Panama

Paraguay

Prou

Rpublique dominicaine

Sainte-Lucie

Saint-Kitts-et-Nevis

Saint-Vincent-et-les Grenadines

Suriname

Trinit-et-Tobago

Uruguay

Venezuela (Rp. de Bolivarienne)

(33 pays ou territoires)

Amrique du Nord

Canada

tats-Unis

(2 pays ou territoires)

Ocanie

Australie

Fidji

les Marshall

les Salomon

Kiribati

Micronsie (tats fdrs de)

Nauru

Nouvelle-Zlande

Palaos

Papouasie-Nouvelle-Guine

Samoa

Tonga

Tuvalu

Vanuatu

(14 pays ou territoires)

Pays par bureaux rgionaux du PNUD


tats arabes

Algrie

Arabie Saoudite

Bahren

Djibouti

gypte

mirats arabes unis

Iraq

Jamahiriya arabe libyenne

Jordanie

Kowet

Liban

Maroc

Oman

Qatar

Somalie

Soudan

Rpublique arabe syrienne

Territoires palestiniens occups

Tunisie

Ymen

(20 pays ou territoires)

Europe centrale et orientale et Communaut des tats indpendants (CEI)

Albanie

Armnie

Azerbadjan

Blarus

Bosnie-Herzgovine

Bulgarie

Croatie

Chypre

Estonie

Fdration de Russie

Gorgie

Hongrie

Kazakhstan

Kirghizistan

Lettonie

Lituanie

Macdoine (ex-Rpublique yougoslave)

Malte

Moldova

Montngro

Ouzbkistan

Pologne

Rpublique tchque

Roumanie

Serbie

Slovaquie

Slovnie

Tadjikistan

Turkmenistan

Turquie

Ukraine

(31 pays ou territoires)

Asie orientale et Pacifique

Bruni Darussalam

Cambodge

Chine

Core (Rpublique de)

Core (Rpublique populaire de)

Fidji

Hong Kong, Chine (RAS)

Indonsie

les Marshall

les Salomon

Kiribati

Malaisie

Micronsie (tats fdrs de)

Mongolie

Myanmar

Nauru

Palaos

Papouasie-Nouvelle-Guine

Philippines

Rp. dmoc. populaire Lao

Samoa

Singapour

Thalande

Timor-Leste

Tonga

Tuvalu

Vanuatu

Viet Nam

(28 pays ou territoires)

Amrique latine et Carabes

Antigua-et-Barbuda

Argentine

Bahamas

Barbade

Belize

Bolivie

Brsil

Chili

Colombie

Costa Rica

Cuba

Dominique

quateur

El Salvador

Grenade

Guatemala

Guyane

Hati

Honduras

Jamaque

Mexique

Nicaragua

Panama

Paraguay

Prou

Rpublique dominicaine

Sainte-Lucie

Saint-Kitts-et-Nevis

Saint-Vincent-et-les Grenadines

Suriname

Trinit-et-Tobago

Uruguay

Venezuela (Rp. de Bolivarienne)

(33 pays ou territoires)

Afrique subsaharienne

Afrique du Sud

Angola

Bnin

Botswana

Burkina Faso

Burundi

Cameroun

Cap-Vert

Comores

Congo

Congo (Rpublique Dmocratique du)

Cte d'Ivoire

rythre

thiopie

Gabon

Gambie

Ghana

Guine

Guine-Bissau

Guine quatoriale

Kenya

Lesotho

Libria

Madagascar

Malawi

Mali

Maurice

Mauritanie

Mozambique

Namibie

Niger

Nigria

Ouganda

Rwanda

Sao Tom-et-Principe

Sngal

Seychelles

Sierra Leone

Swaziland

Rpublique centrafricaine

Rpublique-Unie de Tanzanie

Tchad

Togo

Zambie

Zimbabwe

(45 pays ou territoires)

Asie du Sud

Afghanistan

Bangladesh

Bhoutan

Inde

Iran (Rpublique islamique d)

Maldives

Npal

Pakistan

Sri Lanka

(9 pays ou territoires)

Autres groupements de pays


Conseil de coopration du Golfe (CCG)

Arabie Saoudite

Bahren

mirats arabes unis

Kowet

Qatar

Oman

(6 pays ou territoires)

Union europenne (UE27)

Allemagne

Autriche

Belgique

Bulgarie

Chypre

Danemark

Espagne

Estonie

Finlande

France

Grce

Hongrie

Italie

Irlande

Lettonie

Lituanie

Luxembourg

Malte

Pays-Bas

Pologne

Portugal

Roumanie

Slovaquie

Slovnie

Sude

Rpublique tchque

Royaume-Uni

(27 pays ou territoires)

Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE)

Allemagne

Australie

Autriche

Belgique

Canada

Core (Rpublique de)

Danemark

Espagne

tats-Unis

Finlande

France

Grce

Hongrie

Irlande

Islande

Italie

Japon

Luxembourg

Mexique

Norvge

Nouvelle-Zlande

Pays-Bas

Pologne

Portugal

Slovaquie

Sude

Suisse

Rpublique tchque

Royaume-Uni

Turquie

(30 pays ou territoires)

ANNEXE STATISTIQUE DONNES EN LIGNE

Les tableaux statistiques publis initialement dans cette dition du Rapport sur le dveloppement humain ne sont pas inclus dans cette version lectronique. Les donnes relatives lIndice de dveloppement humain et bien dautres indicateurs statistiques des trois dernires dcennies sont disponibles en ligne sur le site du Rapport sur le dveloppement humain (http://hdr.undp.org/fr/).

Le site Internet du Rapport sur le dveloppement humain comprend galement :

Grce ces outils en ligne, ainsi qu une base de donnes tendue comportant des donnes internationales, les visiteurs peuvent explorer les statistiques, gnrer des graphiques et images, extraire des tableaux de donnes et retrouver les profils de pays avec les statistiques les plus rcentes, contrles au niveau international, sur les revenus, la sant, lducation et dautres sujets lis au dveloppement.

Tous les rapports et donnes sur le site hdr.undp.org/fr/ sont accessibles et tlchargeables gratuitement, y compris la srie complte des Rapports sur le dveloppement humain, qui sont disponibles aux formats PDF et ebook (livre lectronique) les plus rcents. La recherche de base pour les rapports est aussi disponible en ligne.

Depuis 1990, plus de 140 pays ont adopt le cadre du Rapport sur le dveloppement humain leurs propres fins politiques et analytiques, produisant plus de 600 Rapports nationaux sur le dveloppement humain avec le soutien du PNUD. La plupart dentre eux sont aussi disponibles sur le site. Par ailleurs, le PNUD a parrain de nombreux rapports rgionaux rdigs de faon autonome, qui peuvent tre tlchargs gratuitement.

Le site Internet - qui est disponible en anglais, espagnol et franais, avec des portails vers les Rapports sur le dveloppement humain et dautres documents dans plusieurs autres langues - comprend une interview filme exclusive du Prix Nobel Amartya Sen sur les origines et limpact du Rapport sur le dveloppement humain. Amartya Sen a particip llaboration de lIDH avec lconomiste Mahbub ul Haq, fondateur de la srie de rapports. Des vidos sont galement disponibles sur des sujets lis au dveloppement humain, notamment le changement climatique, la migration et la pnurie deau.

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