L'eau
aux frontières

Une coopération internationale est fondamentale pour le bien-être de tous

Lorsqu'un grand nombre de pays dépend d'une source d'eau unique, la coopération est non seulement logique mais essentielle à la survie humaine. Bien que l'accès à l'eau puisse être une force qui divise, elle peut également unifier. Malheureusement, les pays qui jouxtent la même réserve d'eau ne coopèrent pas souvent et finissent par se battre pour cette ressource. Les gouvernements doivent radicalement modifier leurs perspectives et apprendre à partager.


Lutter contre les abus

Sur le plateau entre le Pérou et la Bolivie se trouve le Lac Titicaca. Mais il est en train de disparaître. Nous dépendons du lac, mais nous l'avons surexploité, permettant aux déchets provenant de l'extraction minière et de l'agriculture d'entrer dans l'écosystème. Près d'un million de personnes vivent autour du lac, mais ne sont pas conscientes des dégâts qu'elles ont causés. On nous met en garde contre le fait de boire l'eau ou de manger du poisson, alors que c'est mon mets préféré !

Au cours des quinze dernières années, les gouvernements bolivien et péruvien ont créé des organisations pour mettre fin aux abus. Elles s'efforcent de sensibiliser les habitants de la région à l'impact de leurs méthodes agricoles. Des plans prévoient d'améliorer les centres de traitement des déchets, mais les obstacles sont énormes. Les habitants sont trop nombreux pour que nous puissions rendre les méthodes agricoles traditionnelles durables. Les déchets d'une exploitation agricole n'entraînent pas beaucoup de dégâts, mais ceux de milliers d'exploitations, si. Quand je me promène sur les rives du lac, près de ma maison, je suis malade de voir toute cette pollution.

Avant de pouvoir nettoyer le lac, nous devons assainir nos vies. Il nous faut un meilleur traitement des déchets et de meilleurs services de santé, ainsi que des techniques agricoles durables. Le Lac Titicaca constitue une ressource immense, mais nous risquons de le détruire, faute de soins. La coopération entre les gouvernements péruvien et bolivien pourrait nous permettre d'agir avant qu'il ne soit trop tard et de sauver le lac. J'espère pouvoir manger de nouveau du poisson, un jour !

Gaby Mavila, Pérou

Coopération en vue d'une revitalisation

Le fleuve du Danube coule à travers un bassin qui s'étend sur 19 pays d'Europe, dont l'Allemagne, mon pays. Pendant longtemps, la gestion du fleuve était difficile, du fait de son utilisation constante par un grand nombre de pays. Mais en 1998, une commission de représentants de tous les pays frontaliers a été constituée pour déployer un effort conjoint visant à protéger le fleuve et les régions avoisinantes.

Le principal obstacle était et continue d'être le réaménagement du fleuve, pour qu'il retrouve sa gloire d'antan et puisse ainsi assurer un système d'eau potable pour l'Europe. Depuis 2001, des milliards de dollars ont été investis dans le nettoyage du fleuve, de ses estuaires et des régions voisines. J'ai organisé le nettoyage d'un estuaire près de ma maison. Les résultats de ces travaux sont très positifs et commencent à être visibles : le nombre d'espèces différentes vivant dans le fleuve a presque doublé depuis les années 1980, l'eau est plus claire et les riverains sont plus heureux et en meilleure santé. Ma mère nous disait de ne pas aller nager dans le fleuve en été, chose que nous pouvons faire, aujourd'hui.

Bien que les travaux aient nécessité un important investissement économique et politique, les bienfaits de ces améliorations profitent à chacun. Ils prouvent que les nations peuvent s'unir et résoudre un problème mutuel, montrant ce qui pourrait se produire dans d'autres régions qui ont connu des conflits autour de systèmes d'eau partagés. Nous pouvons tirer du Danube de l'eau et de l'espoir.

Matthias Schmidt, Allemagne


Samson Gounue

Conflit du barrage

Dans ma localité, en Inde, la lutte pour l'accès à des ressources d'eau communes est courante. Grâce au gouvernement et au système juridique, ces différends sont souvent réglés sur le plan civil, mais comme les jugements aboutissent difficilement et que les affaires prennent des années avant d'être réglées, les crises sont inévitables.

In 1991, l'État du Tamil Nadu dont je suis originaire a connu une sécheresse dévastatrice avec l'assèchement du fleuve Cauvery, qui alimente en eau notre État et celui, voisin, du Karnataka. Le Cauvery traverse d'abord le Karnataka avant d'atteindre le Tamil Nadu. Un barrage entre nos deux États permet de transférer une quantité d'eau spécifique du Cauvery aux agriculteurs du Tamil Nadu, tout en préservant une certaine quantité pour les agriculteurs du Karnataka.

En raison de la sécheresse, l'eau qui aurait dû être acheminée au Tamil Nadu n'est jamais parvenue à nos agriculteurs, qui n'en avaient plus suffisamment pour irriguer leurs champs. Je n'avais que cinq ans, mais je me rappelle encore la colère

.

de mon père. Je ne l'avais jamais vu dans cet état. Pendant seize ans, les tribunaux et la législature n'ont pas réussi à régler à l'amiable la crise, qui ressurgit chaque été. Et, durant seize années, les habitants du Tamil Nadu et du Karnataka ont eu recours à la violence pour défendre leurs revendications sur les eaux précieuses du Cauvery.

Le 5 février 2007, la Cour suprême en Inde a enfin trouvé un règlement juridique qui, espérons-le, permettra de résoudre la crise. Le verdict établit des quotas nationaux pour la quantité d'eau reçue par chaque État et veille à ce qu'ils soient respectés durant lesmois secs et difficiles de l'été. Le plan du gouvernement représente un compromis raisonnable et, grâce à cette intervention juridique, les agriculteurs de mon État natal du Tamil Nadu et ceux du Karnataka auront suffisamment d'eau chaque été. Espérons que la violence et les querelles cesseront.

Preetam Alex, Inde



Frontières naturelles

La lutte autour de l'eau entraîne une guerre
sanglante
Mais l'eau n'a pas les préjudices épais du sang.
L'eau est partout, pour tout le monde.
Les fleuves suivent les concours unificateurs
de la terre,
pas les divisions
que nous avons créées.
Et par nos désirs aveugles
Nous avons tendance à oublier
Que le fleuve se trouvait là avant nous,
Et que nos frontières
ne sont qu'imaginaires.

Andrea Davidson, Canada