Avant-propos
du PNUD

Commencer à construire
les fondations

L’eau est un élément essentiel à la vie et un des principaux fondements du développement humain. Mais comme vous allez le voir, ces fondements ne sont pas encore une réalité pour une grande partie de l’humanité.

Certains attribuent la crise actuelle à l’insuffisance des ressources en eau pour tout le monde. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) rejette ce point de vue, faisant valoir que la crise trouve son origine dans la pauvreté, l’inégalité et dans des rapports de force inégaux. Dans le monde, alors qu’un milliard de personnes sont privées du droit fondamental à une eau potable, ce sont les pauvres qui paient le prix le plus élevé. L’absence d’accès à l’eau crée des cycles de pauvreté qui renforcent les inégalités des genres, la mortalité et les maladies infantiles. On pourrait sauver la vie de deux millions de personnes en faisant de l’eau une question politique prioritaire. Mais ce n’est pas le cas : les stratégies en matière d’eau ne permettent pas de gagner des élections; l’hygiène n’est pas une question fondamentale durant les élections démocratiques. La communauté internationale n’a donc pas réussi à faire de l’eau une priorité. Les pauvres sont souvent privés de la représentation politique nécessaire pour faire valoir leur droit à l’eau.

Ce livret est cependant loin de préconiser le désespoir. Nos recherches indiquent qu’en ce début du XXIe siècle, nous avons les moyens financiers, technologiques et les capacités nécessaires pour reléguer la crise de l’eau au rang de souvenir, aussi bien que les pays riches actuels l’ont fait il y a un siècle. Ce qui fait défaut, ce sont des plans d’action bien conçus et financés de façon adéquate.

Encore une fois, nous affirmons que le monde n’est pas encore à court d’eau. Tout de même plusieurs millions de personnes parmi les plus vulnérables du monde vivent dans des régions soumises de plus en plus à un stress lié à l’eau. Il faut en faire davantage pour écarter les menaces que représentent les changements

climatiques. La concurrence pour l’eau s’intensifiera dans les décennies à venir, avec l’accroissement démographique, le développement industriel et les besoins de l’agriculture, qui pousseront la demande à la hausse. 1,4 milliard d’individus vivent dans des bassins hydrographiques où la consommation d’eau est supérieure aux taux de recharge. Les fleuves s’assèchent, les nappes phréatiques baissent et les écosystèmes aquatiques se dégradent rapidement. Le monde est entrain de piller une de ses ressources naturelles les plus précieuses et de contracter des dettes écologiques insoutenables - dont vous, les générations à venir, hériterez - et qui constitueront un problème de plus en plus ardu.

Deux choses se produiront. Premièrement, les plus faibles verront leurs droits à l’eau diminuer par la présence de groupes plus puissants. Deuxièmement, les conflits transfrontaliers s’intensifieront et se transformeront en guerre ouverte, s’ils ne sont pas maîtrisés par des politiques publiques et une coopération internationale.

Le Rapport mondial sur le Développement humain 2006 visait à encourager un débat entre les décideurs sur ces questions cruciales. J’espère que ce résumé du rapport parles jeunes entraînera un débat tout aussi stimulant au sein de la prochaine génération. Si l’inertie actuelle sur la politique en matière d’eau persiste, cette prochaine génération devra faire face à une crise de l’eau qui fera paraître dérisoire celle à laquelle les dirigeants d’aujourd'hui sont confrontés.

Kemal Dervis

Administrateur,
programme des Nations Unies pour le développement

Avant-propos
des jeunes

Il faut se mettre à la tâche aujourd'hui
pour sauver le monde demain

…« Ils l’ont mis dans un sac en plastique et l’ont jeté dans la rue? C’est incroyable ! » Les six jeunes assis autour de la table manifestent en choeur leur incrédulité.

« Non, je te dis que c’est vrai ! » Une voix perce à travers cette incrédulité.
« Que faire d’autre ? Il n’y a ni canalisations, ni toilettes. Où aller alors ? » S’enfonçant dans sa chaise, attendant que son point de vue produise son effet, Patricia examine les visages autour d’elle. « Vraiment, nous n’avons pas idée de la chance que nous avons ».

Pour résumer le Rapport mondial sur le développement humain 2006 en 28 pages destinées aux jeunes, il faut énormément se remuer les méninges, faire des recherches, écrire et faire des récits. La réunion éditoriale en est à son deuxième soir, et de jeunes rédacteurs, artistes et éditeurs du monde entier discutent en profondeur de la crise de l’eau et de l’hygiène. Les détails des toilettes volantes à Kibera (Kénya) entraînent un débat animé parmi les éditeurs sur les mérites de creuser un puit, de construire des latrines et d’irriguer au goutte-à-goutte.

Le Rapport mondial sur le développement humain (RMDH) est une des publications les plus connues et les plus lues de l’Organisation des Nations Unies. Le rapport de 2006 évoque une des questions les plus ardues et les moins étudiées auxquelles l’humanité fait face : l’eau potable et l’hygiène adéquate. Le fait d’assurer de l’eau potable et une hygiène dans le monde permettrait de sauver 1,8 million d’enfants par an et de sauvegarder la dignité de 2,6 milliards de personnes.

Le RMDH est un document fascinant, truffés de faits,

de statistiques et de comptes rendus rédigés par ceux qui subissent directement la crise de l’eau et de l’hygiène dans le monde. Il compte 400 pages et examine en profondeur des questions politiques complexes, qu’on pourrait difficilement donner à lire aux jeunes d’aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle le PNUD a invité des jeunes du réseau mondial de Peace Child International à résumer le rapport, illustrations à l’appui, pour qu’il soit spécifiquement destiné aux jeunes.

Autour de la table, la discussion s’est transformée en plus de 500 propositions. Des piles de textes, de poèmes, de dessins et de photographies se constituent en quelques minutes. On entend dans la pièce un bruit de pages froissées et des murmures d’excitation, tandis que les jeunes éditeurs s’informent et font part de ce que les jeunes du monde entier pensent de la pénurie d’eau. Le résultat est le manuel que vous êtes en train de lire.