Wed, 02 Nov 2011 07:00:00 GMT
Par Helen Clark
Administrateur,
Programme des Nations Unis pour le développement, PNUD
En juin 2012, les leaders dirigeants mondiaux se rassembleront à Rio de Janeiro pour essayer de parvenir à un nouveau consensus quant aux actions à mener à l’échelon international afin de préserver l’avenir de la planète et le droit des générations futures, partout dans le monde, à mener une existence saine et épanouissante. Tel est le grand défi du développement au XXIe siècle.
À cet égard, le Rapport sur le développement humain 2011 propose de nouvelles contributions importantes au dialogue mondial, montrant à quel point la durabilité est inextricablement liée à certains aspects fondamentaux de l’équité – c’est-à-dire de l’impartialité, de la justice sociale, et d’un accès plus aisé à une meilleure qualité de vie. La durabilité n’est pas exclusivement ni même essentiellement une question environnementale, comme le démontre prouve de manière convaincante ce Rapport. Elle concerne surtout le mode de vie que nous choisissons d’épouser, en étant conscients que tous nos actes ont des conséquences pour les sept milliards de personnes vivant sur la planète aujourd’hui, ainsi que pour les milliards d’êtres humains qui nous succéderont dans les siècles à venir.
Il est essentiel de comprendre les liens entre durabilité environnementale et équité si nous voulons accroître les libertés humaines pour les générations actuelles et futures. Les remarquables progrès effectués au cours des dernières décennies en matière de développement humain, dont rendent compte les Rapports sur le développement humain, ne peuvent se poursuivre si des mesures audacieuses ne sont pas prises à l’échelle mondiale afin de réduire à la fois l’inégalité et les risques environnementaux. La présente édition du Rapport identifie les chemins que peuvent emprunter les individus, les collectivités locales, les pays ou la communauté internationale afin de promouvoir de façon complémentaire la durabilité et l’équité environnementales.
Dans les 176 pays et territoires où intervient chaque jour le Programme des Nations Unies pour le développement, de nombreuses personnes défavorisées souffrent de privations à un double niveau. Elles sont plus vulnérables aux effets à grande échelle de la dégradation de l’environnement, parce qu’elles sont soumises à des agressions environnementales plus graves et disposent de moins de moyens pour y faire face. Elles doivent aussi se préoccuper des menaces pesant sur leur environnement immédiat, qu’il s’agisse de la pollution intérieure des locaux, de la pollution de l’eau ou des déficiences de l’assainissement. Des études prévisionnelles suggèrent que l’échec persistant des tentatives de réduction des risques environnementaux graves et l’aggravation des inégalités sociales pourraient ralentir plusieurs décennies de progrès continus au sein de la majorité pauvre de la population mondiale, voire inverser la convergence mondiale en matière de développement humain.
Ces évolutions sont marquées par de grandes disparités en termes de capacité d’action. De nouvelles analyses montrent les liens entre d’une part les déséquilibres en termes de pouvoir et les inégalités entre les sexes à l’échelon national, et d’autre part l’accès réduit à l’eau salubre ou à un meilleur assainissement, la dégradation des sols, et les décès liés à la pollution de l’air intérieur et extérieur, amplifiant les effets associés aux disparités en termes de revenus. Les inégalités entre les sexes se combinent également avec les problèmes environnementaux et les aggravent. Au niveau mondial, les accords de gouvernance affaiblissent souvent la capacité des pays en développement à se faire entendre et excluent les groupes marginalisés.
Il existe pourtant d’autres voies que l’inégalité et la non-durabilité. La croissance gouvernée par la consommation d’énergies fossiles n’est pas une condition sine qua non pour vivre mieux en termes de développement humain. Les investissements améliorant l’équité – en matière d’accès aux énergies renouvelables, à l’eau, à l’assainissement ou aux soins de santé reproductive, par exemple – pourraient être synonymes de progrès aussi bien en termes de durabilité que de développement humain. Une responsabilisation accrue et un renforcement des processus démocratiques, passant notamment par le soutien d’une société civile et de médias actifs, peuvent aussi améliorer les résultats. Les La réussite des approches couronnées de succès sont subordonnées à la gestion par la collectivité, à la mise en place d’institutions au bénéfice de tous, particulièrement des groupes défavorisés, et à l’adoption de démarches transversales coordonnant les budgets et les mécanismes entre les organismes gouvernementaux et les partenaires du développement.
Au-delà des Objectifs du Millénaire pour le développement, le monde a besoin d’un cadre de développement pour l’après-2015 qui reflète l’équité et la durabilité. Rio+20 offre assurément une occasion unique de parvenir à une vision commune de la voie à suivre. Le présent Rapport montre que les approches intégrant l’équité aux politiques et aux programmes – et donnant aux peuples davantage de pouvoir pour favoriser les changements sur le plan juridique et politique – sont très prometteuses. Un nombre croissant d’expériences nationales de par le monde témoigne du potentiel de ces démarches pour générer et capturer des synergies positives.
Le financement nécessaire au développement – notamment pour la protection sociale et environnementale – devra être nettement supérieur à l’aide officielle au développement accordée aujourd’hui. Les dépenses actuelles en matière de sources d’énergie à faible émission de carbone, par exemple, ne représentent que 1,6 % des estimations les plus prudentes des besoins, tandis que celles consacrées à l’atténuation des changements climatiques et à l’adaptation à ces changements représentent environ 11 % des besoins estimés. Les espoirs reposent sur les nouveaux financements climatiques. Les mécanismes boursiers et le financement privé seront certes essentiels, mais ils doivent être soutenus et amplifiés par des investissements publics en amont. Ce Rapport propose une réflexion novatrice, qui s’avère nécessaire pour combler le gouffre financier.
Outre la levée de nouvelles sources de financement afin d’affronter équitablement les menaces environnementales urgentes, ce Rapport préconise des réformes visant à promouvoir l’équité et la représentation. Les flux financiers doivent être utilisés pour relever les défis critiques de la nondurabilité et de l’inégalité, et non pour exacerber les disparités existantes.
L’objectif central du développement humain est d’assurer à chacun un éventail de choix et d’opportunités. Nous avons une responsabilité collective à l’égard des moins privilégiés d’entre nous aujourd’hui et demain dans le monde entier, ainsi qu’un impératif moral : faire en sorte que le présent ne soit pas l’ennemi de l’avenir. Ce Rapport peut nous aider à aller de l’avant.