La nouvelle tribune
L’évolution de la pauvreté au Bénin inquiète les Nations-Unies
« … Certains droits reliées aux Omd ( droits à la
santé, à l’éducation, à l’alimentation, à l’emploi décent…) ne sont
pas intégralement respectés et la plupart des Omd seront
difficilement atteints à l’horizon 2015 si les tendances actuelles se
maintiennent ». Ainsi en conclut le dernier rapport sur le
développement humain durable, sur le cas spécifique du Bénin. Les
auteurs estiment que la pauvreté demeure encore un sujet de
préoccupation majeure dans le pays, car elle a progressé entre 2002
(28,5% des béninois vivaient en dessous du seuil de pauvreté) et
2006 ( 37,4 % de pauvres), notamment en milieu rural (40,6% en 2006
contre 31,6% en 2002). Cette situation, notent – ils, résulte en
grande partie de la croissance économique modeste, due en partie à
la faible compétitivité et de l’inégale répartition des revenus. Elle
s’explique aussi par le manque de diversification des espaces ruraux.
Elle découle enfin du difficile du difficile accès»aux ressources
productives (foncier, financement, intrants, etc ) notamment pour les
populations vulnérables du monde rural occasionnant parfois la
pauvreté et la malnutrition.
De graves déséquilibres
De
manière plus précise, le rapport a permet de faire les constats
suivants: le déséquilibre entre la croissance démographique et la
croissance économique contribue fortement à la montée de la pauvreté.
La population béninoise, estimée à 8 053 690 habitants en 2007, connaît
une croissance moyenne annuelle de 3,25% qui la portera à 13 451576
habitants en 2027, soit le double du niveau en 2002. Cette
situation, observent les auteurs du rapport, est due en partie à
l’amélioration de l’espérance de vie à la naissance (59 ans en 2002,
dont 61 ans chez les femmes, et 57 ans pour les hommes contre 54 ans
en 1992) et à la baisse de la mortalité globale (12,3 pour 1 000 en
2002 contre 15,5 pour 1000 en 1992). Mais ce niveau, qui est
supérieur à la croissance économique moyenne observée ces dernières
années (environ 3%par an), posera de plus en plus de difficultés pour
la prise en charge de la demande sociale si rien n’est fait.
Par
ailleurs, sur la base du critère d’appréciation de l’emploi retenu, à
savoir celui relatif à un emploi qui génère un revenu monétaire pendant
la période de référence, et des informations tirées du troisième
Recensement général de la population (Rgph), les personnes occupées se
chiffraient à 2.811.753 individus, soit 99,3% de la population active.
Cette situation pourrait s’avérer satisfaisante mais elle masque
cependant une réalité difficile car la plupart de ces activités
relèvent principalement du secteur informel, en particulier
l’agriculture et le petit commerce. En effet, sur les 2.811..753
personnes occupées, 2.669.644, soit 95%, travaillent dans le secteur
informel. L’agriculture, l’élevage et la pêche d’une part, le commerce
d’autre part absorbent la grande part de la population active, à raison
de 48,2% pour le premier et 27,2% pour le second. Ces deux secteurs à
eux seuls occupent 77,3% de la population active et contribuent»
globalement à plus de la moitié du Pib. Ce sont les secteurs de
prédilection de l’activité économique informelle. Ils sont
caractérisés, d’une part, par une atomisation poussée des facteurs de
production qui ne favorise pas les économies d’échelle, et d’autre
part, par une précarité de l’emploi donc de la durabilité des revenus.
Les jeunes constituent la frange la plus touchée par ce phénomène de
sous-emploi. Au nombre des défis qui freinent l’accès de ces jeunes au
marché du travail, on peut citer, entre autres, le niveau
d’instruction, l’inadéquation entre la formation et l’emploi, la
faiblesse du tissu industriel, l’absence d’opportunités permettant
d’exploiter les possibilités offertes par la modernisation de
l’agriculture.
Des statistiques sanitaires toujours critiques
En
matière de santé, bien que des efforts notables aient été réalisés
depuis 1990, les taux de mortalité maternelle et infanto juvénile
restent élevés (397 pour 100000 naissances et 125 pour 1000 enfants de
moins de 5 ans). Cette situation est due, entre autres, à une faible
couverture en Soins obstétricaux d’urgence de base (Soub) et complets
Souc (22,9%). En outre, avec un taux de 75% d’accouchements assistés le
niveau toujours élevé des décès maternels est également dû à la
mauvaise qualité des services de santé de la reproduction.
Par
ailleurs, la malnutrition est une cause sous-jacente de 36% des décès
d’enfants. Avec un taux de malnutrition chronique qui s’est aggravé de
31% à 38% en 5 ans (200 1-2006) et une insuffisance pondérale stagnant
autour de 23%, l’atteinte de l’Omd demandera un effort particulièrement
accru. L’indice synthétique de fécondité est passé, de 5,6 enfants en
2001 à 5,7 enfants en 2006. Cette situation est liée à la baisse de la
prévalence contraceptive au cours de la même période (6,2% en 2002
contre 7,2% en 2001’1) et au comportement pro nataliste des Béninois.
Bien que la demande de planification sociale soit de 89%, les besoins
non satisfaits sont encore de l’ordre de 27%.’
Christian Tchanou
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