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Qu'est-ce qu'une approche sur le développement humain apprend sur la démocratie ?Séverine Deneulin, Département d'économie et du développement international, Université de Bath, Royaume-Uni |
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L'Article 21 de la Déclaration universelle des droits de l'homme stipule que " (1) Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis; (2) Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays; (3) La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote." Le droit à l'autodétermination est en effet un droit de l'homme fondamental. Mais l'approche du développement humain nous montre que la question est plus complexe que la seule organisation d'élections libres et justes au suffrage universel. Pourquoi les élections ne suffisent pas ?Un pays peut organiser périodiquement des élections libres et équitables, mais faire taire ensuite les divergences de l'opinion publique en interdisant les manifestations contre les politiques du gouvernement élu. On peut difficilement considérer que ce type de comportement est celui d'un gouvernement démocratique qui est réceptif à la volonté de sa population. En plus des élections, la démocratie exige le respect des droits civils et politiques de base, tels que le droit à la libre expression et l'absence de censure des médias, le droit de libre réunion et d'organisation des discussions publiques, et le droit d'organiser des mouvements politiques de protestation (Drèze et Sen, 2002, p. 24). La démocratie exige également un ensemble d'institutions fonctionnant correctement, qui assurent des systèmes de responsabilité ainsi que des freins et contrepoids, en particulier l'indépendance des médias et du système judiciaire, et le contrôle de la force militaire par des civils (PNUD, 2002, p.4). A quoi bon organiser des élections si l'armée intervient ensuite pour mettre les siens au gouvernement ? Que dire si la principale chaîne de télévision ne diffuse que les opinions d'un seul parti politique ? Qu'en est-il si les gens se sentent tellement désabusés par la politique que seule une petite partie de l'électorat se rend aux urnes ? Si la démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple, de nombreux autres facteurs que l'organisation périodique d'élections libres et équitables doivent être pris en considération. Qu'est-ce que le développement humain a à voir avec la démocratie ?On dit que Winston Churchill aurait affirmé que la démocratie est la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes les autres qui ont été essayées. Dans ces conditions, la démocratie est-elle la seule option par défaut ? Une approche du développement humain identifie trois raisons en appui à la démocratie (Sen, 1999). Tout d'abord, respecter la dignité humaine implique de considérer les gens comme des sujets actifs de leur propre destinée, aussi pauvres soient-ils matériellement parlant. Etre en mesure de participer aux décisions qui ont des conséquences sur la vie de soi-même est un élément intrinsèque du bien-être humain. En second lieu, la démocratie joue un rôle-clé pour ce qui est de promouvoir les autres éléments du bien-être des gens. Si un gouvernement ne parvient pas à assurer les soins de santé appropriés à tous, la participation politique des laissés pour compte, ou la représentation de leurs voix, sont cruciales pour réformer la fourniture des services sociaux. Amartya Sen est connu pour avoir estimé que les famines sont causées par l'incapacité des gouvernements à répondre aux demandes du peuple plutôt que par les pénuries alimentaires. La démocratie joue également un rôle essentiel pour ce qui est de décider des priorités et des choix politiques, étant données les ressources limitées et les contraintes financières au niveau de la promotion de toutes les dimensions du développement humain. La troisième raison est le rôle constructif que la démocratie joue dans la formation des valeurs. Elle clarifie et bâtit les valeurs et les priorités d'une société, par exemple une société fondée autour des valeurs de tolérance et d'équité sociale. Quelles sont les implications politiques ?Les institutions démocratiques fonctionnent le mieux lorsque les conditions minimales d'égalité sont remplies. Le RDH 2002 a souligné que " les déséquilibres au niveau des ressources et du pouvoir politique corrompent souvent le principe d'une personne, une voix " (p.4). Il note particulièrement les problèmes des entreprises qui financent les campagnes politiques et autres influences du monde des affaires dans la politique, causes de corruption et d'abus de pouvoir. A cause de ces influences perturbantes, la pratique démocratique n'est pas une garantie de la justice sociale. Une approche du développement humain à la démocratie exige une analyse complète de la répartition des pouvoirs dans le pays. Qui détient la plus grande partie des ressources économiques ? Comment ces groupes influencent-ils le processus politique, par exemple par l'intermédiaire du financement des partis politiques ? Qui sont les élites ? Quelle est leur influence pour ce qui est de freiner les réformes sociales ? Les groupes économiques contrôlent-ils les médias ? Tous les citoyens, quelles que soient leurs conditions économiques et sociales, ont-ils un même accès à la protection juridique ? L'approche du développement humain propose au moins trois politiques en vue de faire fonctionner la démocratie sur une base plus équitable et de renforcer le pouvoir politique des personnes marginalisées socialement et économiquement. En premier lieu, la capacité des personnes défavorisées à s'affirmer elles-mêmes doit être améliorée en leur offrant des incitations à s'organiser en organisations politiques. Deuxièmement, un sens de la solidarité doit être instauré entre les plus privilégiés et les défavorisés, les intellectuels et les classes sociales supérieures parlant au nom des personnes défavorisées et défendant leurs intérêts (Drèze and Sen, 2002, p. 376). En troisième lieu, la capacité des gens à s'investir au niveau politique et à participer au raisonnement public doit être encouragée par l'intermédiaire de politiques éducatives appropriées qui se focalisent sur des domaines tels que le raisonnement critique et les compétences de raisonnement (Nussbaum 2006). Quelques sources d'informations généralesDrèze, Jean and Amartya Sen (2002), India: Development and Participation, Delhi: Oxford University Press. Remarque : Idées sur le DH sont des contributions des membres du réseau et ne représentent pas nécessairement les opinions du PNUD. |
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