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Rapports sur le développement humain - Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)

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Rapport 2013

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Idées sur le DH  Réseau RDH   Mars 2009   Numéro 25

John Schischka
L'approche par les compétences d'Amartya Sen dans la conception et la mise en oeuvre de programmes de réduction de la pauvreté: promouvoir une application locale réussie à traavers des groupes de discussion

Dr. john Schischka,
Christchurch Polytechnic Institute of Technology


Au niveau thérique, l'Approche par les Capabilités (APC) d'Amartya Sen jouit d'une large reconnaissance dans le domaine du développement. Toutefois, des questions perdurent quant à l'opérationnalisation de l'approche, eu égard aux contraintes qui se posent aux participants et praticiens, ainsi qu'aux autres parties prenantes, en ce qui concerne la conception et la mise en oeuvre de programmes de réduction de la pauvreté.

Comment l'utilisation de l'APC de Sen dans la conception et la mise en oeuvre de programmes de réduction de la pauvreté est-elle pertinente pour l'approche du développement humain?

Le développement humain est défini comme une approche large qui consiste à étendre la gamme de libertés et de choix qui s'offrent aux individus. Le fait d'accorder la primauté aux techniques d'évaluation participatives, fondées sur l'APC, lors de la conception et la mise en oeuvre de programmes de réduction de la pauvreté, peut avoir des répercussions profondes sur l'idéologie du développement, mettant en permanence l'accent sur le renforcmenet des capabilités, des libertés et de l'esprit d'initiative des individus.

Quelles opinions sont représentées à travers l'utilisation de l'APC de Sen dans la conception et la mise en oeuvre de programmes de réductions de la pauvreté ?

Lors du développement de programmes de r.duction de la pauvreté dans le cadre de la perspective APC, les participants individuels sont invariablement placés au centre desdits programmes en mettant l'accent sur l' " esprit d'initiative " de l'individu. Cela se réfère à quelqu'un qui non seulement agit et provoque des changements mais dont les accomplissements peuvent être évalués par rapport à ses propres normes et buts. Ces accomplissements peuivents certainement être évalués par des critères externes, tels que les indicateurs quantitatifs souvent utilisé par les parties prenantes y compris les bailleurs de fonds, les gouvernements, les travailleurs de terrain et les ONG. Si ces critères externes sont reconnus comme importants, le cadre d'évaluation participative fondée sur l'APC nécessite des techniques qualitatives permettant aux participants d’identifier eux-mêmes les choix et possibilités qu’ils ont appris ou découverts à travers leur participation, et donc de reconnaître l’expansion active de leurs propres capacités.

Par ailleurs, par le fait de considérer les programmes de réduction de la pauvreté dans le cadre des paramètres de l’APC, les perspectives des participants peuvent exercer une plus grande influence sur les autres parties prenantes dans le cadre de l’évaluation, la conception et la mise en oeuvre de programmes de réduction de la pauvreté. Schischka, Dalziel et Saunders (2008) rendent compte d’une évaluation participative axée sur les capacités des initiatives communautaires dans les zones rurales des Samoa dans le Pacifique. Cette étude de cas révèle que tous les participants prenant part aux initiatives au sein des villages se sont réjoui de pouvoir souligner les possibilités qu’ils appréciaient, au lieu de subir un simple examen des possibilités susceptibles d’être appréciées et imposées par des étrangers. Si la plupart des participants ont signalé que leur participation avait comme impulsion initiale la recherche d’une source de revenus pour leur famille, beaucoup d’entre eux ont aussi signalé que ce qui a motivé leur participation continue (renforçant l’engagement de la communauté élargie à l’égard des projets des villages) c’était les possibilités non liées aux revenus émanant de leur participation aux initiatives communautaires. Parmi ces dernières se trouvent la possibilité pour les personnes âgées de revivifier et transmettre les compétences traditionnelles en matière d’artisanat, la capacité de contribuer davantage de ressources à l’église et à la communauté locales et la possibilité d’offrir des emplois aux jeunes du village augmentant ainsi leurs chances d’y rester plutôt que de se rendre à la capitale ou à l’étranger à la recherche de meilleurs débouchés professionnels.

La prise de conscience par l’ONG chargée de l’organisation des programmes d’initiative communautaire du fait qu’il existe plusieurs motivations à la participation à long terme des participants au-delà de la création d’emplois a des implications pour leur contenu et leur mise en oeuvre. Par exemple, dans la mise en oeuvre de nouveaux éléments au sein desdits programmes, l’ONG devra désormais inclure la possibilité d’intégrer les compétences des personnes âgées et les débouchés d’emploi potentiels pour les plus jeunes, ainsi que la création probable de revenus. On estime que l’inclusion de ces résultats dans leur analyse accroîtra sensiblement l’engagement à long terme à l’égard des programmes mis en oeuvre par la communauté locale, plutôt que la prise en compte de la simple possibilité de création de revenus.

Pourquoi l’APC est-elle importante pour les programmes de réduction de la pauvreté ?

L’APC de Sen s’insère dans le cadre d’une reconnaissance plus générale du fait que si on ne réussit pas à concevoir et à évaluer des programmes de réduction de la pauvreté du point de vue des participants cela peut se solder par l’échec des programmes globaux. Les chercheurs et praticiens du développement ont noté récemment que la formulation de programmes de développement se fait souvent par des « experts » externes, qui recourent aux critères numériques et standardisés qui leur sont familiers. Si leurs critères méritent d’être pris en compte, l’APC de Sen offre la possibilité de placer les besoins, aspirations, et normes des participants locaux au centre des programmes, augmentant ainsi les chances de mettre en oeuvre avec succès, au niveau local, un programme de réduction de la pauvreté. L’APC peut aussi changer le type de questions posées et le contenu de la discussion sur la réduction de la pauvreté, plaçant les personnes au centre des programmes de réduction de la pauvreté plutôt que les processus tels que la croissance économique ou le remboursement de la dette.

A titre d’exemple, le fait d’examiner les programmes de développement économique dans le cadre de la perspective de l’APC permettra de mieux comprendre la mesure dans laquelle ces programmes sont efficaces en termes de création d’emplois de qualité, permettant d’élargir les choix et capacités qui sont appréciés par les participants eux-mêmes. L’évaluation d’un programme de développement, comme celui abordé ci-dessus, en utilisant une méthodologie d’évaluation participative par les capacités, facilite la promotion de facteurs non financiers appréciés par les participants dans les résultats du programme. Les participants aux programmes de développement communautaire ont signalé qu’ils appréciaient la possibilité pour différents membres de leur communauté d’utiliser des compétences d’artisanat traditionnel en tant que moyen de traiter avec l’économie de marché extérieure à travers les ventes aux touristes. A plus long terme cela offre aussi bien aux membres de la communauté qu’à leur famille des possibilités de participation dans l’économie monétaire. Par ailleurs, ils ont acquis des compétences telles que la budgétisation et les aptitudes commerciales qui pourraient leur être utiles dans le marché du travail plus formel au cas où ils choisiraient d’y accéder. Une autre caractéristique désirable signalée par les participants c’est le fait que le programme de développement communautaire leur permet d’avoir des horaires de travail souples, conciliant ainsi leurs obligations de travail et d’autres engagements importants au sein du village, tels que s’occuper des enfants et participer aux activités culturelles importantes comme les mariages, les obsèques et le service religieux. Cela par opposition à un emploi dans une usine en milieu urbain où non seulement ils seraient loin de l’environnement local qu’ils apprécient mais il leur manquerait aussi des horaires de travail souples pour participer aux activités communautaires qui leur sont importantes. Une méthodologie d’évaluation plus conventionnelle pourrait faire ressortir les revenus tirés d’un emploi dans une usine en milieu urbain en tant que résultat supérieur à celui d’un programme de développement communautaire dans les villages loin de la ville. Toutefois, l’évaluation participative par les capacités permet de mettre en évidence des facteurs comme la souplesse des horaires et la possibilité de contribuer à la communauté locale, appréciés par les participants et susceptibles d’assurer leur participation à long terme dans les programmes de développement.

Quand l’APC peut-elle être utilisée pour concevoir et mettre en oeuvre des programmes de réduction de la pauvreté ?

La méthodologie d’évaluation participative par les capacités, comme les groupes de discussion, peut être intégrée dans toutes les étapes du cycle de projet du programme de réduction de la pauvreté. Les entretiens en groupe peuvent être plus instructifs que ceux avec des individus car les membres du groupe ont des connaissances communes couvrant un domaine plus large que celui couvert par une seule personne (Chambers 1997). Par ailleurs, Keleman, Hellin et Bellon (2009) notent que les groupes de discussion peuvent être un moyen rapide et efficace en termes de ressources pour recueillir des informations concernant des relations complexes. La Figure 1 démontre la nature circulaire d’un cycle de projet typique d’un projet de développement.

Figure 1 : Phases du Cycle de projet d’un Programme de Réduction de la Pauvreté

Illustration HD Insights Schischka

Durant la phase d’identification on a la possibilité d’utiliser des groupes de discussion préliminaires pour définir les aspirations et les capacités existantes des participants et identifier les difficultés éventuelles. Lors de la phase de conception, les groupes de discussion peuvent être utilisés pour développer les buts et objectifs et la manière de les réaliser afin de faire une évaluation des impacts attendus sur la vie des participants. Ensuite, dans la phase de mise en oeuvre d’un programme, des groupes de discussion réguliers peuvent aider à évaluer la mesure dans laquelle les espoirs et attentes se réalisent, tout en enregistrant l’élargissement des capacités attendu ou non. Des ajustements peuvent être apportés aux programmes le cas échéant, lorsque les attentes ne sont pas réalisées ou que les capacités ne s’élargissent pas comme prévu. Les groupes de discussion dans cette phase du cycle de projet peuvent aussi être un moyen précieux pour vérifier le développement de capacités imprévues éventuelles chez les participants au fur et à mesure que se développe le programme. Le processus de développement étant continu la phase de « conclusion » du cycle de développement correspond en réalité à la phase de commencement du prochain projet. Les discussions de groupe durant cette phase permettent au groupe de réfléchir aux accomplissements et aux choix qui leur sont offerts. Les travailleurs de terrain et la direction d’une agence de développement peuvent essayer en permanence d’améliorer la conception de futurs programmes de renforcement des capacités avec l’apport continu de leurs participants. Cela augmente les chances d’impliquer les participants dans les programmes de développement et d’améliorer les résultats qui leur importent.

Quelques documents de référence :

1. Alkire, S. 2002 Valuing Freedoms: Sen’s Capability Approach and Poverty Reduction, Oxford University Press, Oxford.
2. Chambers, R. 1995 ‘Poverty and livelihoods: Whose reality counts?’, Institute of Development Studies Discussion Paper, No. 347, January.
3. Chambers, R. 1997 Whose Reality Counts? Putting the First Last, Intermediate Technology Publications, London.
4. Keleman, A., Hellin, J. and Bellon, M.R. 2009 Maize Diversity, rural development and farmer’s practices:lessons from Chiapas, Mexico,The Geographical Journal Vol 175 no1 p52-70.
5. Schischka, J., Dalziel, P. and Saunders, C. 2008. Applying Sen’s Capabilities Approach to Poverty Alleviation Programs. Journal of Human Development Vol. 9 p229-246.
6. Sen, Amartya K. 1999 Development as Freedom. Alfred A. Knopf, New York.

Remarque: Idées sur le DH (HD Insights) sont des contributions des membres du réseau et ne représentent pas nécessairement les opinions du PNUD.


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