Les désavantages que subissent les filles et les femmes constituent une source majeure d’inégalité. Trop souvent, elles souffrent de discrimination en matière de santé, d’éducation et sur le marché du travail − avec des répercussions négatives sur leurs libertés. Le Rapport 2010 a introduit une nouvelle mesure de ces inégalités, construite sur le même modèle que l’IDH et l’IDHI, pour mieux exposer les différences dans la distribution des progrès entre hommes et femmes.

L’inégalité de genre varie énormément d’un pays à l’autre, les déficits dus à l’inégalité de genre (qui ne sont pas directement comparables aux déficits totaux d’inégalité car des variables différentes sont utilisées) s’échelonnant de 4.5 à 74.7 pour cent.
Les pays ayant une distribution inégale de développement humain souffrent également d’une inégalité élevée entre hommes et femmes, et les pays avec une haute inégalité entre les genres souffrent également d’une distribution inégale de développement humain. Pour en savoir plus: Notes techniques RDH 2013 [260 KB]
Il n’existe aucun pays avec une parfaite égalité de genre – donc tous les pays subissent des pertes dans leur réalisation de l’IDH quand les inégalités de genre sont prises en compte, par le biais de l’utilisation de la métrique IIG. L’Indice d’inégalités de genre est similaire par sa méthode à l’Indice de développement humain ajusté aux inégalités (IDHI) – voir Note technique 3 pour plus de détails. Il peut être interprété comme une perte en pourcentage du développement humain potentiel eu égard aux lacunes dans les dimensions comprises. Puisque l’Indice d’inégalités de genre inclut des dimensions différentes de celles de l’IDH, il ne peut pas être interprété comme une perte d’IDH en elle-même. Contrairement à l’IDH, des valeurs élevées d’IIG indiquent une réalisation moindre.
La moyenne mondiale pour l’IIG est de 0,463, ce qui reflète une perte de pourcentage dans les trois dimensions, liée aux inégalités de genre de l’ordre de 46,3%. Les moyennes régionales oscillent entre 28.0% en Europe et en Asie centrale et 58% en Afrique subsaharienne. Au niveau national, les pertes dues aux inégalités de genre vont de 4,5% aux Pays-Bas à 74,7% au Yémen. L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et les Etats arabes subissent les plus grandes pertes liées aux inégalités de genre (57,5%, 56,8% et 55,5% respectivement).
L’Indice d’inégalités de genre est confronté à des limites importantes en termes de données, qui restreignent le choix des indicateurs. Par exemple, nous utilisons la représentation parlementaire nationale, qui exclut la participation au niveau de l’administration locale et ailleurs dans la communauté et la vie publique. De plus, la dimension « marché du travail » manque d’informations sur les revenus, l’emploi et le travail non rémunéré des femmes. En outre, l’indice fait abstraction d’autres dimensions importantes comme l’usage du temps – le fait que de nombreuses femmes ont le fardeau additionnel de la prestation de soins et du travail ménager, qui écourte le temps de loisirs et augmente le stress et la fatigue. La propriété, la violence sexiste et la participation à la prise de décisions au niveau communautaire sont d’autres éléments qui ne sont pas pris en compte, notamment en raison de la disponibilité limitée de données dans ces domaines.
Il est vrai que les indicateurs de santé génésique employés dans l’Indice d’inégalités de Genre n’ont pas d’indicateurs équivalents pour les hommes. Par conséquent, pour cette dimension, la santé génésique des filles et des femmes est comparée aux objectifs sociétaux auxquels on devrait aspirer - aucune mort maternelle et aucune grossesse adolescente. La justification c’est que la maternité sans risques reflète l’importance que la société accorde au rôle génésique de la mère. La grossesse précoce, mesurée par le taux de fécondité des adolescentes, est associée à des risques accrus pour la santé maternelle et infantile ; de plus, les mères adolescentes sont souvent contraintes de quitter l’école et d’occuper des emplois peu qualifiés.
L’introduction en 1995 de l’Indice sexospécifique de Développement (ISD) et de l’Indicateur de Participation des Femmes (IPF) a coïncidé avec la reconnaissance internationale croissante de l’importance de surveiller les progrès en matière d’élimination des écarts entre les sexes dans tous les aspects de la vie. Si l’ISD et l’IPF ont contribué énormément au débat sur la sexospécificité, ils ont des limites d’ordre conceptuel et méthodologique. Dans l’édition du 20e anniversaire du Rapport sur le Développement humain, l’Indice d’inégalités de genre a été introduit en tant qu’indicateur expérimental. Tout comme l’IDH continue d’évoluer, l’Indice d’inégalités de genre sera aussi peaufiné.
L’ISD n’était pas une mesure des inégalités de genre. Il s’agissait d’un IDH ajusté en fonction es disparités entre les sexes dans ses composantes de base et il ne peut pas être interprété indépendamment de l’IDH. La différence entre l’IDH et l’ISD semble infime car les différences reflétées dans les trois dimensions ont tendance à être petites, donnant l’impression erronée que les écarts entre les sexes sont sans importance. De plus, les revenus ventilés par sexe sont estimés grossièrement en utilisant des hypothèses qui ne sont pas très réalistes en raison du manque de données sur les revenus ventilées par sexe pour plus des trois quarts des pays.
Tant l’ISD que l’IPF alliaient des réalisations relatives et absolues. La composante des revenus gagnés utilise aussi bien le niveau de revenus que les données ventilées par sexe. Toutefois, les niveaux de revenus tendent à dominer les indices et donc les pays à faible revenu ne peuvent pas obtenir un score élevé même s’ils ont une égalité parfaite entre les sexes dans la répartition des revenus et les autres composantes des indicateurs. Aussi, presque tous les indicateurs de l’IPF reflètent un fort parti pris élitiste, qui rend la mesure plus pertinente pour les pays développés et les élites urbaines dans les pays en développement.
L’Indice d’inégalités de genre introduit des améliorations méthodologiques et des indicateurs de remplacement. Il mesure les inégalités entre les sexes dans trois dimensions à l’aide d’indicateurs choisis soigneusement pour refléter l’état de la santé génésique, l’autonomisation et la participation au marché du travail des femmes par rapport aux hommes. L’Indice d’inégalités de genre associe des éléments de l’ISD et de l’IPF. Le revenu, composante la plus controversée de l’ISD et de l’IPF, n’est pas une composante de l’Indice d’inégalités de genre. Par ailleurs, le nouvel indice ne permet pas qu’une réalisation élevée dans une dimension compense une réalisation faible dans une autre dimension.