Le Monde
Les politiques commerciales "inéquitables" menées par les pays riches empêchent la croissance des pays pauvres, affirme le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans son rapport 2005 présenté mercredi 7 septembre à Vienne et à New York.
Le 15e Rapport mondial sur le développement
humain, qui examine les progrès accomplis en vue de la réalisation des
Objectifs du Millénaire - fixés en septembre 2000 par les dirigeants
politiques du monde entier et concernant la lutte contre la pauvreté,
la faim, la maladie et l'analphabétisme - met en évidence les coûts
humains des promesses non tenues. "Les barrières commerciales
auxquelles sont confrontés les pays en développement exportant vers les
pays riches sont, en moyenne, trois fois plus élevées que celles qui
frappent les échanges entre pays riches", souligne l'agence onusienne. "Cette
taxation perverse et ces politiques commerciales inéquitables
continuent d'empêcher des millions d'habitants dans les pays les plus
pauvres du monde de sortir de la pauvreté, maintenant des inégalités
obscènes", juge le rapport.
"LA RHÉTORIQUE DU MARCHÉ LIBRE CACHE LA RÉALITÉ"
Le PNUD épingle notamment les subventions versées par les pays riches à leur agriculture, qui "leur permettent de garder un quasi-monopole sur le marché mondial des exportations agricoles". "Les pays en développement perdent environ 19,7 milliards d'euros par an en raison du protectionnisme agricole et des subventions" pratiqués par les pays riches. Le PNUD cite ainsi l'exemple des producteurs européens de sucre : "Payés quatre fois plus que le prix mondial , [ils] ont provoqué la chute des prix mondiaux et infligé un manque à gagner de 494 millions de dollars au Brésil et de 151 millions de dollars à l'Afrique du Sud."
"Derrière la rhétorique du marché libre et les vertus d'uniformiser les règles du jeu se cache la dure réalité que certains des agriculteurs les plus pauvres du monde sont obligés de rivaliser, non pas avec les agriculteurs du Nord mais avec les ministres des finances des pays industrialisés", a déclaré Kevin Watkins, le principal auteur du rapport. Le PNUD suggère parallèlement que le soutien agricole aux producteurs de l'OCDE devrait être réduit à moins de 10 % de la valeur de la production, avec l'interdiction immédiate des subventions sur les exportations directes et indirectes.
Publié une semaine avant la prochaine Assemblée générale des Nations unies, qui s'ouvrira le 13 septembre à New York, le rapport appelle à des "changements rapides et sensibles des politiques mondiales en matière d'aide, de commerce et de sécurité" pour parvenir aux Objectifs de développement du Millénaire (ODM) définis en 2000 par l'ONU pour éradiquer la pauvreté d'ici à 2015.
L'Afrique subsaharienne exporte moins que la Belgique
"Avec une population de 689 millions d'habitants, l'Afrique subsaharienne pèse moins dans les exportations mondiales que la Belgique, qui ne compte que 10 millions d'habitants", note le PNUD. Cette région "est de plus en plus marginalisée sur le marché mondial", souligne l'organisation dans son rapport annuel.
L'indice mondial du développement humain (IDH), un classement de 177 pays du PNUD qui combine l'espérance de vie, le niveau d'éducation et le revenu par habitant, révèle en outre que parmi les dix-huit pays les plus pauvres du monde, douze se trouvent en Afrique subsaharienne. Dans ces pays, l'IDH est aujourd'hui au même niveau qu'en 1990 : "Ces pays sont en train de reculer, et ils continueront à le faire si la communauté internationale ne leur vient pas en aide avec davantage de ressources et de nouvelles politiques", prévient Kevin Watkins, le principal auteur du rapport, dans un communiqué de presse. "L'Afrique du Sud a perdu trente-cinq places dans le classement mondial IDH en quinze ans et le Botswana vingt et une, principalement en raison de la pandémie de sida", souligne le document de 372 pages.
Dans le groupe des pays au développement humain le plus faible, arrivent la RDC (167e), l'Angola (160e), la Côte d'Ivoire (163e), le Kenya (154e), Haïti (153e), le Bangladesh (138e) et le Pakistan (135e). Dans le peloton de queue, le Niger est en dernière position (177e), après la Sierra Leone, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad.
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