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Human Development Reports - United Nations Development Programme (UNDP)

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2013 Report

The Rise of the South: Human Progress in a Diverse World is available for free downloading

Accès à l'eau: la décennie perdue

Les Echos

L’ANALYSE DE ANNE BAUERAccès à l’eau : la décennie perdueTomuasinlse,s qêuterelss qhuuesoientleurs moyens,doivent avoir accès àunapprovisionnement eneau potable suffisantpour satisfaire leurs besoinsessentiels, déclaraientsolennellementen 1977 les Nationsunies à Mar del Plata.C’était la premièreconférence internationalesur l’eau. Depuis,les réunions « de hautniveau » se sont succédé: du lancement en1980 de laDécennie internationalede l’eau àl’adoption en 2000 desObjectifs du millénairepour ledéveloppement,qui s’engageaient à réduirede moitié, d’ici à2015, la proportion despersonnes qui n’ont pasaccès à l’eau potable etl’assainissement, sansoublier les promessesvite oubliées du G8 en 2003. Les forumsinternationaux se sont multipliés. «Pourl’eau et l’assainissement, le monde souffred’un excès de conférences et d’un manqued’action crédible », s’indigne leProgrammedes Nations unies pour le développement(PNUD), dans son tout récent rapport surle développement humain (1).Quand plus de 1 milliard d’hommesn’ont pas accès à l’eau potable et quelque3 milliards à l’assainissement, il est biendifficile de mesurer les progrès ! D’autantque ces chiffres, purement quantitatifs,masquent la cruauté de la réalité. Qu’ils’agisse du bidonville deDharavi à Mumbai, oùl’on compte un sanitairepour 1.500individus,oudece que les habitants deKiberaau Nigeria appellentles « toilettes volantes »(des sacs en plastiques oùl’on fait ses besoins et quel’on jette ensuite dans larue) ou encore des déconvenuesde l’approvisionnementen eau dansl’Anda Pradesh en Inde,région qui affiche un taux de couvertureofficiel de 90 %, mais dont la moitié desbornes fontaines sont en panne ! Avec1,8million de décès par an, la diarrhée tuechaqueannéeplusd’enfantsquelatuberculoseetlepaludisme,tandisquelamoitiédesfilles africaines abandonnent l’école primaireparce que celles-ci ne sont pas équipéesde toilettes, ce qui provoque des situationshumiliantes. Enfin, la réalité est uneinjustice sociale profonde : à Djakarta,Lima,Manille,ouNairobi, lesménagesdesbidonvilles paient leur eau 5 à 10 fois pluscherque les résidentsdesquartiers riches. Iln’est pas rare que les plus pauvres consacrentjusqu’à 10%de leur revenu à l’achatd’eau !Or, dans les pays riches, tout lemonde aoublié que la simple séparation des eauxsalubres et souillées apermis le plus importantgain d’espérance de vie jamais réalisé.Ainsi jusqu’aux années 1900, le taux demortalité infantile de Londres était lemême que celui du bidonville de Kibera(environ 160morts pour 1.000 naissances).Cet oubli est révélateur des fausses pistesempruntées depuis les années 1980 par lacommunauté internationale. Aujourd’hui,pouravancersurlesObjectifsdumillénaire,il est temps de balayer les idées reçues.La première d’entre elles porte sur lapénurie d’eau. Bien entendu, la ressourceest fragile etmenacéemais, partoutdans lemonde, les usages domestiques ne représententque 5% des volumes d’eauconsommés, bien loin derrièrelesusagesindustrielset,surtout,agricoles (80%). Assurer auxhabitants de la planète une certainedignité en leur donnantaccès à un point d’eau potablen’a donc rien à voir avec lapénuried’eau.C’estunesimplequestion de volonté politique.Deuxièmeidée reçue à bannir:pollution,pénurie, urbanisationsont telles que lessommes à investir sont devenueshors de portée des payspauvres etmême de l’aide internationale.Pour résoudre les problèmes de l’eau dansle monde, un panel d’experts financiersprésidé par Michel Camdessus avait estiméen 2003 les besoins d’investissementsà 180 milliards de dollars par an pendant10 ans ! De quoi paralyser les bonnesvolontés ! Heureusement, les enjeux sontbien plus simples. La priorité n’est pas deconstruire d’immenses stationsdeproductiond’eau dotées du dernier cri technologique,mais de réaliser des latrines à fosse,d’installer des bornes fontaines, deconstruire de robustes canalisations et desstations simples avec le bon vieux chlorequi a fait ses preuves enEurope. Posséderdes latrines chez soi suffit àfairebaisser lamortalité infantile de 30%! Le Programmedes Nations unies pour le développement(PNUD) parle aujourd’huid’unefacturede10milliards dedollarsparan pour atteindre les Objectifs du millénaire.Dont une part importante pourformer des spécialistes de lamaintenancede l’eau. Car en Afrique subsaharienne,près de 60% des forages financés parl’aide internationale sont aujourd’hui ensablés,faute d’avoir accordé le moindrecrédit à la formation!Le troisième débat qui a freiné l’actioninternationale et qui mérite d’être balayéporte sur la querelle entre secteur privé etpublic. Au début des années 1990, lesbailleurs internationaux ont misé sur l’interventiondu secteur privé, dont ils espéraientqu’il serait plus efficace que lesservices publics et qu’il parviendrait àapporter les capitaux nécessaires aufinancementdes infrastructures.Avec un principe,l’eau ne doit pas être gratuite et lafacture doit rembourser l’investissement !L’échec financier des grandes concessionssignées par Suez, Veolia et d’autres enAmérique latine (Buenos Aires, Cochabamba…)en Asie (Djakarta, Manille…)et en Afrique a montré à quel point cettethéorie était fausse. Sans investissementpublic, mutualisation et régulation, il estimpossible de financer les infrastructuresd’eau. Dans des régions démunies, aucunconcessionnaire ne peut générer, via lafacture d’eau, des équipements qui serontamortis surdes dizaines d’années,dansunsystème financier dont l’horizonest le trèscourt terme. D’ailleurs, on n’a jamais faitpayer l’eau des fontaines publiques enEurope ! Alors que la « privatisation » etla «marchandisation » de l’eau donnentlieu à des débats idéologiques enflammés,l’expérience montre que ce sont les financespubliques qui détiennent la clefpourmettreuntermeaudéficitdel’accèsàl’eau. Peu importe si, ensuite, la gestionduservice est publique ou privée.Quatrième idée reçue, qu’il faut viterevoir, celle selon laquelle la crise de l’eauserait une priorité sur l’agenda politiqueinternational.Lapartde l’aidepublique audéveloppement(APD) consacrée à l’eauest en réalité très faible : 3,4 milliards dedollars annuels, soit à peine 5%du total.Du côté des gouvernements des pays duSud, rares sont ceux, à quelques exceptionsprès comme l’Afrique du Sud, quifontde l’eauunepriorité nationale. Pire, ilrègne une sorte de tabou sur l’assainissement.Le PNUD souligne ainsi qu’aujourd’hui,il est presque plus facile deparler dusida qued’excréments, alors quel’améliorationdel’assainissement apportedes gains pour la santé, l’éducation et ledéveloppement considérable.En s’affranchissant de ces présupposés,la communauté internationale pourraitatteindre les Objectifs du millénaire. Etpour un prix somme toute modique ! Cequi permettrait ensuite de s’attaquer auxproblèmes environnementaux, car commentdemander à un Etat des efforts dedépollution, quand sa population n’amême pas l’eau potable ?Commentdemanderà un Etatdes effortsde dépollution,quand sapopulation n’amême pas l’eaupotable ?

(1) Rapport mondial sur le développement humain 2006. Au-delà de la pénurie : pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l’eau. PNUD.

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