Le reporter
Du 7 au 18 décembre, aura lieu à Copenhague le Sommet de l’ONU sur le climat. L’occasion de rappeler quelques vérités…
Nous sommes loin d’être égaux devant les changements climatiques en cours. Les pays développés sont les responsables d’environ 80% des émissions passées de gaz à effet de serre, tandis que les pays moins avancés seront touchés les premiers, du fait de leur position géographique et des faibles moyens dont ils disposent pour s’adapter. Ainsi le changement climatique constitue-t-il un facteur aggravant les inégalités Nord-Sud, relevant le lien étroit existant entre les problèmes environnementaux et les problèmes socio-économiques dont souffrent une grande partie de notre planète (faim, pauvreté, chômage, maladies, migration, etc.)
Dans son discours à Johannesburg, lors du sommet de la terre en Septembre 2002, l’ex-président de la république française a dit « notre maison brule et nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ! Prenons garde que le XXIème siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d’un crime de l’humanité contre la vie ». 7ans plus tard, la « maison » continue pourtant de brûler et l’incendie, plutôt de diminuer, s’amplifie et s’étend. La « maison » devient inhabitable pour un nombre grandissant d’entre nous et la survie de l’humanité devient de plus en plus menacée.
Les mers et océans, source de toute vie, sont sur-pollués et surexploités. L’eau douce devient une denrée rare : plus d’un milliard de personnes n’a pas accès à l’eau potable. La nourriture est gaspillée : alors que 100.000 personnes meurent quotidiennement de faim ou de ses suites médiates et que plus d’un milliard de personnes souffre de manière chronique de la faim, entre 30% et 40 % des aliments achetés aux Etats Unis et en Angleterre ne sont pas consommés (source : PNUE , The environnement food crisis), le seuil d’un milliard de personnes sous- alimentées a été franchi, soit 150 millions de personnes en plus depuis 2006. En deux ans, plus de la moitié de la population de la planète a vu se dégrader fortement ses conditions de vie en raison d’une très forte hausse de prix des aliments, combinée à une augmentation brutale du nombre de chômeurs en raison de la crise économique et financière mondiale.
En avril 2009, les ministres du G8 reconnaissent que le « monde est très loin d’atteindre l’objectif du millénaire pour le développement » qui consiste à réduire entre 1990 et 2015 la proportion des êtres humains souffrant de la faim.
Les sols qui abritent 80% de la biomasse, et qui permettent à l’homme de se nourrir, meurent à grande vitesse : un tiers de la superficie des terres émergées du globe (4 milliards d’hectares) est menacé par la désertification, 24 milliards de tonnes de sol fertile disparaissent chaque année. Les forêts, poumons de notre planète, sont coupées massivement : selon la FAO, environ 13 millions d’hectares (l’équivalent de la surface de l’Angleterre) de forêts disparaissent annuellement, soit un terrain de football toutes les quinze secondes. La perte de la biodiversité se poursuit inexorablement : une espèce sur huit des plantes connues est menacée d’extinction. Chaque année entre 17000 et 100.000 espèces disparaissent de notre planète et une sur cinq de toutes les espèces vivantes pourrait disparaître en 2030. Les déchets inondent la planète : environ 2,5 milliards de tonnes des déchets sont produits chaque année, soit plus que la production mondiale de céréales (environ 2 milliards de tonnes par an). Les catastrophes naturelles et sanitaires augmentent, en fréquence et en intensité : (sécheresses, inondations, maladies de la vache folle, grippe aviaire, grippe porcine, etc.). Le réchauffement du climat, s’il ne doit pas cacher d’autres menaces écologiques, constitue sans doute la menace la plus importante, il accélère et renforce les phénomènes déjà cités.
Les conséquences de réchauffement sont devenues une réalité : pour les années 2000-2004, un habitant sur 19 a été affecté par une catastrophe climatique dans les pays en développement. Le chiffre correspondant pour les pays de l’OCDE est de 1 sur 1500 (Rapport mondial sur le développement humain, 2007/2008). Suite à la montée des océans, 150 millions de personnes se verront dans l’obligation de migrer d’ici 2050. Le nombre de personnes touchées par la famine pourrait augmenter de 600 millions et le nombre de celles touchées par la malaria de 300 millions.
Le réchauffement climatique est devenu de plus en plus inquiétant, il se produit à une vitesse que l’humanité n’a jamais connue. De ce fait un groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (prix Nobel de la paix en 2007), estime que « L’essentiel de l’élévation de la température moyenne du globe observée depuis le milieu du XXe siècle est très probablement attribuable à la hausse des concentrations de gaz. Si cette élévation est aussi rapide, c’est à cause des changements radicaux survenus dans les activités humaines. Face à de tels dérèglements climatiques, des mesures drastiques s’imposent à commencer par la remise en cause du modèle économique qui a conduit le monde à cette impasse ».
Depuis des décennies, les mesures imposées par les pays développés aux pays pauvres via les programmes des institutions économiques et financières internationales ont fragilisé les écosystèmes. Dans le système économique actuel, le gaspillage est encouragé puisque chacun est poussé à consommer pour augmenter les richesses financières des entreprises multinationales qui les fabriquent. Or, la fabrication des objets dans les usines, les énergies nécessaires à notre vie et les déchets en découlant augmentent le gaz. Il augmente également de plus en plus quand la population augmente.
Le système capitaliste actuel cherche absolument à économiser sur le salaire des employés, cette baisse des salaires amène la consommation de produits de moins en moins cher, tels les produits de fabrication chinoise, très polluants en raison de leur courte durée qui provoque plus de déchets, de la baisse de la qualité de la matière de fabrication souvent plus polluante que les produits de qualité. La pauvreté met l’homme dans un stress et une instabilité morale qui l’empêchent de se préoccuper et de s’informer de la protection de l’environnement.
La misère provoquée par les plans d’ajustement structurel du développement imposé aux pays pauvres aggrave la pollution et la dégradation de l’environnement à cause de l’absence de service public d’éducation de qualité et gratuit. Ce qui entraine des dégâts causés par l’ignorance et l’analphabétisme, l’absence de campagnes de prévention et d’information sur les méthodes agricoles destructrices de la planète et compromettant l’avenir de l’homme et de l’agriculture mais aussi sur les dangers du gaspillage des énergies.
D’après la campagne « Ne mange pas le monde », entre 44% et 57 % des émissions de gaz sont provoquées par le modèle actuel de production, de distribution et de consommation alimentaires. Un chiffre obtenu en additionnant les émissions dues aux activités strictement agricoles (11à 15 %), à la déforestation (15à18%) , à la manutention, au transport et au stockage des aliments (15 à 20 %) et des résidus organiques(3 à 4%).
L’élevage industriel est un autre secteur important d’émission de gaz à effet de serre et son développement s’est fait à coup de déforestations massives : 26 % de la superficie terrestre est dédiée à l’élevage et 33% à la production d’aliment pour le bétail ! Le pourcentage d’émission de gaz de ce secteur représente 9% des émissions totales de CO2 (principalement par la déforestation), 37% des émissions de méthane (par la digestion des ruminants) et 65% des émissions d’oxyde nitreux.
Le protocole de Kyoto, lancé en 1997, impose une réduction des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère avec des quotas différents suivant les pays. Sitôt entré en fonction en janvier 2001, le président George W. Bush a retiré la signature des Etats–Unis. Pour sa part, l’Europe a mis en place une « solution » taillée sur mesure pour l’économie capitaliste, en créant un marché des droits à polluer, qui peuvent donc s’acheter ou se vendre. La pollution est devenue une marchandise comme une autre : celui qui paie peut polluer.
Du 7 au 18 décembre, aura lieu à Copenhague le Sommet de l’ONU sur le climat. L’enjeu est de taille pour préparer l’avenir des nouvelles générations et de grandes décisions doivent êtres prises, si tant est que la volonté en soit réellement présente.
Des pistes alternatives peuvent êtres avancées, parmi lesquelles la réorientation des financements vers la mise au point d’alternatives technologiques, la création d’un fond mondial pour l’adaptation aux effets du changement climatique alimenté par une ponction sur les profits des secteurs responsables du changement climatique (pétrole, charbon, automobile, production d’électricité, etc.), la suppression du régime des brevets dans la santé et dans les technologies permettant de produire des biens de consommation et des services essentiels, sans oublier l’application de la théorie des 4 « R » par les pays «(Réduire, Réutiliser, Réparer, Recycler).
Si le prochain sommet n’opère pas un tel virage bien réel et radical, le risque est grand que la seule différence de fond entre Rome et Copenhague soit juste une différence… De climat !
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