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2013 Report

The Rise of the South: Human Progress in a Diverse World is available for free downloading

Rosarno: Pas de pitié pour les migrants?

Fasozine

Ils ne demandaient qu’à survivre. Mais là-bas, à Rosarno, dans le Sud de l’Italie, ils n’ont trouvé que l’enfer! L’enfer d’une sévère répression, qui a vite fait de se transformer en exclusion. Et l’on parle ouvertement de racisme, l’expédition punitive ayant visé des travailleurs migrants, qui auraient bien aimé de se passer d’une telle publicité. Seulement voilà! Lorsque la fenêtre de faits avérés ouvre, béante, la porte des rumeurs insidieuses, la colère, explosive, n’est jamais loin. En décidant de protester dans les rues de Rosarno, ces immigrés africains, spécialisés dans la cueillette des agrumes, savaient-ils seulement qu’ils donneraient aussi le coup d’envoi à de terribles émeutes, dont on déplore encore le lourd bilan?

 

En effet, on ne compte pas moins de 67 blessés dans ces heurts qui ont embrasé, le week-end dernier, la ville italienne de Rosarno. Et, aujourd’hui encore, au-delà des incendies de voitures et de poubelles, bris de vitrines, etc., par-delà la violente réaction des forces de l’ordre, ainsi que d’une partie des habitants de la commune qui s’en sont pris aux étrangers, on se demande comment on en est arrivé à une telle extrémité, voire à un tel extrémisme. D’autant que les damnés de cette bourgade qui abrite quelque 15 000 âmes, originaires de l’Afrique noire, du Maghreb ou des pays de l’Est, travaillent dur dans des entreprises boudées par les Italiens. Et si nombre d’entre eux sont «clandestins», leurs conditions de vie et de travail n’en est pas mois déplorable. Vivant au milieu des détritus et des rats, ils dorment ainsi «entassés dans des usines désaffectées, sans eau, sans électricité, sans sanitaires», et gagnent durement leurs 25 euros journaliers, en suant dix à quatorze heures! Et encore, ils doivent se résoudre à concéder 5 euros de leur pitance journalière à la ’Ndrangheta, la mafia calabraise, qui contrôle le marché des agrumes.

Dur, dur donc d’être travailleur immigré dans cette ville de la Calabre! Et si l’on pointe les conditions d’immigration, qui constituent un terreau fertile à cet état de fait, ainsi que, parfois, le comportement de certains de ces migrants, on ne peut pas moins stigmatiser la montée du racisme sur cette terre calabraise, où l’on soupçonne à présent la mafia régionale, la plus violente de l’Italie, dit-on, de tirer les ficelles et d’attiser le feu. «La criminalité organisée a réussi à faire entrer clandestinement des milliers de travailleurs» afin de les exploiter, constate ainsi le ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, qui n’a pas manqué de critiquer les autorités locales, les employeurs des immigrés et les organisations patronales. Pour lui, en effet, tout ce beau monde a laissé pourrir la situation, n'offrant que «des salaires de misère et des logements insalubres aux travailleurs agricoles, jusqu'à ce que cela devienne un problème d'ordre public».

A présent que le vin est tiré est qu’il faut le boire jusqu’à lie, plus d’un millier de ces victimes de la bêtise humaine ayant pris le chemin de l’exil – vers où? – il y a lieu de tirer toutes les leçons de cette affligeante affaire pour restaurer, dans un sens comme dans l’autre, la dignité de la personne humaine. Mais comment redonner droit à la confiance dans une cité où la «chasse à l’immigré» semble être désormais la norme? Les paroles pleines de bons sens du souverain pontife, Benoît XVI - «Un immigré est un être humain, différent de par sa provenance, sa culture et (ses) traditions, mais c'est une personne à respecter et qui a des droits et des devoirs» - apaiseront-elles les rancœurs?

Rien n’est moins sûr, malheureusement, au moment où le rapport mondial 2009 sur le développement humain durable récuse clairement «les stéréotypes négatifs», qui décrivent les migrants comme des personnes «volant nos emplois» ou «vivant aux dépens du contribuable». En établissant un lien plutôt vertueux entre la mobilité et le développement humains, et en recommandant de «lever les barrières», ce rapport opère, sans aucun doute, une révolution intellectuelle et sociale, qu’il importe à pr ésent de concrétiser avec du contenu et du sens… Une révolution comportementale, en somme!

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