L'humanité
Petite devinette. Combien d’Africains nés en Afrique vivent aujourd’hui en Europe ? Moins de 1 %. Et ils ne sont que 3 % au total à résider dans un pays autre que celui de leur naissance. Contrairement à certaines idées reçues, l’invasion du continent européen n’est donc pas pour demain. Cette donnée, qui en surprendra peut-être plus d’un, figure dans le dix-neuvième rapport annuel du Programme des nations unies pour le développement (PNUD). Intitulé « Lever les barrières : mobilité et développement humains », ce document de 237 pages va à l’encontre des discours politiques actuels sur les migrations internationales.
Près d’un milliard de personnes dans le monde sont des migrants, soit une personne sur sept. Les 740 millions de migrants internes sont trois fois plus nombreux que ceux qui quittent leur pays. « Les débats sur la migration véhiculent généralement l’image d’un flux allant des pays en développement vers les pays riches d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Australasie (Australie et Nouvelle-Zélande). Pourtant, la plupart des déplacements dans le monde ne s’effectuent pas entre des pays en développement et des pays développés, ni même entre différents pays », indiquent les auteurs du rapport. Seulement 37 % des déplacements dans le monde ont lieu d’un pays pauvre vers un pays riche. « L’écrasante majorité des personnes qui migrent le font à l’intérieur de leur propre pays », ajoutent-ils. Ainsi, les trois quarts des migrants en Europe proviennent d’un autre pays européen.
Les données du PNUD tordent aussi le cou à un autre cliché. « L’émigré donne plus qu’il ne reçoit », affirme Papa Seck, expert en statistiques au bureau du PNUD, à New York. Selon le PNUD, des enquêtes détaillées montrent que l’immigration augmente généralement l’emploi dans les communautés det n’encombre pas le marché du travail local. « Les avantages qu’ils apportent dans d’autres domaines, tels que la diversité sociale et la capacité d’innovation, ont été largement démontrés », assure l’agence onusienne. Quant aux gains pour les migrants, ils peuvent être énormes. Les personnes issues des pays les plus pauvres peuvent en moyenne multiplier leurs revenus par 15, et diviser par 16 leur taux de mortalité infantile. Ce rapport ne brosse pas pour autant un tableau idyllique du déracinement. « Pour nombre de ces personnes, la migration reflète également les répercussions d’un conflit, d’une catastrophe naturelle ou de graves difficultés économiques. Certaines femmes finissent dans des réseaux de trafic d’êtres humains », reconnaît le rapport. « La migration n’est pas un moyen de développement mais doit être intégrée dans les stratégies de développement », insiste Papa Seck.
Fort de ces données et partant du principe que « le choix du lieu de résidence est un élément fondamental de la liberté humaine », le PNUD préconise « une large levée des barrières, notamment à l’égard des personnes les moins qualifiées ». « Il serait suicidaire de demander aux hommes politiques de lever les barrières tout de suite et à tout prix. Mais ils doivent penser à l’après-crise », prévient Papa Seck. Le débat est lancé.
Damien Roustel
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