Rapport mondial : Le PNUD relance le débat sur la migration
Journal du développement durable
Le Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD) présente aujourd’hui à Bangkok son nouveau rapport
mondial. Intitulé « Lever les barrières : Mobilité et développement
humains », il s’intéresse à l’enjeu de la migration, qu’elle soit
locale ou internationale, avec ses atouts et handicaps. Malgré un rôle
bénéfique pour le développement humain - mais aussi pour les
communautés d’origine et d’accueil - de nombreux obstacles la
restreignent encore créant des disparités dans les gains et les coûts
qui lui sont liés. L’étude explore comment aider à corriger certaines
inégalités qui viennent éroder les bienfaits que peut apporter la
mobilité.
Chaque année depuis 1990, le Programme des Nations Unies pour le
développement (PNUD) jette un coup de projecteur sur d’importants défis
en matière de développement humain à travers un rapport mondial,
véritable référence en la matière. Les migrations, à la fois à
l’intérieur et au-delà des frontières, sont le thème central de l’étude
2009 présentée, lundi 5 septembre à Bangkok. Objectif : encourager le
débat et la discussion autour de cet enjeu clé du XXIe siècle. Selon
l’étude qui est dévoilée, les migrations peuvent développer de
nouvelles possibilités, par exemple du point de vue des revenus ou de
l’accès aux services, mais peuvent aussi être pénalisantes suivant les
régions du monde. Les opportunités qui s’ouvrent aux personnes varient
entre celles qui sont les mieux loties et celles dont les compétences
et les atouts sont limités. Ces inégalités sous-jacentes, qui peuvent
être aggravées par les distorsions entre les politiques publiques, sont
l’un des thèmes forts du rapport qui explore comment une démarche axée
sur le développement humain pourrait aider à corriger certaines
inégalités qui viennent éroder les bienfaits que peut apporter la
mobilité.
Un rôle bénéfique
Le nouveau rapport mondial met en avant plusieurs point déterminants.
Il confirme avant tout le rôle bénéfique de la migration qui aurait le
potentiel d’améliorer le développement humain tout en bénéficiant, en
même temps, à la communauté d’origine et à la communauté de
destination. Pour le PNUD, les gouvernements concernés peuvent et
doivent prendre les mesures nécessaires pour garantir l’intégration
réussie des migrants dans la société d’accueil. Car, la politique et
autres obstacles restreignent encore la circulation des personnes
conduisant à des disparités dans les gains et les coûts liés à la
migration. « Le
rapport explique que, si nombre de ces réformes sont plus réalisables
qu’on ne le pense, elles nécessitent néanmoins un certain courage
politique », commente an avant-propos Helen Clark, administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement. « La
capacité des gouvernements à modifier rapidement leurs politiques peut
également se trouver limitée si la récession dure. (…) En plaçant la
mobilité au cœur de l’agenda du développement humain, le PNUD espère
que les réflexions qui suivent ajouteront de la valeur au discours
actuel sur la migration et influenceront le travail des professionnels
du développement et des responsables politiques du monde entier ».
Un monde inégal
L’enjeu s’illustre parfaitement par deux exemple. Celui de Juan,
Mexicain né dans une famille pauvre : parti à 18 ans au Canada avec son
oncle, en quête de meilleurs salaires et de plus grandes opportunités,
il décroche un permis de travail temporaire par le biais d’un processus
de sélection, puis un droit de séjour permanent et fini par créer une
entreprise qui emploie des Canadiens de souche. Autre cas de figure :
Bhagyawati, issue d’une caste inférieure indienne. La jeune femme va
passer chaque année avec ses enfants six mois à Bangalore, ville
prospère du sud de l’Inde, afin de travailler sur des chantiers de
construction pour 60 roupies (1,20 USD) par jour. Pendant ce temps, ses
enfants ne vont pas à l’école, celle-ci étant trop éloignée du chantier
et les enfants ne parlant pas la langue locale. Bhagyawati n’a droit ni
aux produits alimentaires, ni aux soins médicaux subventionnés, et ne
peut pas non plus voter parce qu’elle est inscrite dans un autre
district. Comme des millions de migrants internes, l’un des seuls
moyens dont elle dispose pour améliorer son quotidien est de partir
dans une autre ville à la recherche de meilleures opportunités. « Notre monde est très inégal, commente les auteurs de l’étude. Les
énormes différences de développement humain d’un pays à l’autre et à
l’intérieur même des pays constituent l’un des thèmes récurrents du
Rapport mondial sur le développement humain (RMDH) depuis sa première
publication en 1990 ».