
« Les personnes sont la vraie richesse d’une nation. » Par ces mots, le Rapport sur le développement humain de 1990 se fit le précurseur d’une approche nouvelle du développement. Considérer que le développement doit avoir pour objectif de créer un environnement permettant aux populations de vivre longtemps, en bonne santé et dans un cadre créatif va aujourd’hui de soi. Or, il n’en fut pas toujours ainsi ! L’un des principaux objectifs du Rapport, au cours des 20 dernières années, a été d’insister sur le fait que le développement est avant tout et fondamentalement une question de personnes.
Ce Rapport rend hommage aux contributions de l’approche du développement humain, dont la pertinence continue de donner un sens à ce monde en constante évolution et d’améliorer – de diverses façons – le bien-être de tout un chacun. Le développement humain est, indiscutablement, une notion évolutive plutôt qu’un ensemble de préceptes figés et statiques ; de même les outils et concepts analytiques évoluent au fur et à mesure que le monde change. L’on comprendra donc que le présent Rapport se penche sur les possibilités d’adaptation de l’approche du développement humain aux défis du nouveau millénaire.
Les 20 dernières années ont vu des progrès substantiels dans bien des aspects du développement humain. La plupart des gens sont aujourd’hui en meilleure santé, vivent plus longtemps, sont mieux éduqués et ont un plus large accès aux biens et aux services. Même dans les pays qui connaissent des conditions économiques défavorables, l’éducation et la santé des gens se sont grandement améliorées. Et ces progrès ne se sont pas limités à la santé, à l’éducation et à l’élévation des revenus mais ont aussi concerné la faculté des gens à choisir leurs dirigeants, à influencer les décisions publiques et à partager le savoir.
Pourtant, tout n’a pas été positif. Ces années ont aussi été marquées par un accroissement des inégalités − entre pays comme en leur sein − ainsi que par l’émergence de modèles de production et de consommation qui, de manière croissante, sont apparus insoutenables. Les progrès ont été variables et les populations de certaines régions − comme l’Afrique australe et l’ancienne Union soviétique − ont subi des périodes de recul, notamment dans le domaine de la santé. De nouvelles vulnérabilités requièrent des politiques publiques innovantes pour faire face au risque et aux inégalités tout en exploitant les forces dynamiques du marché pour le bénéfice de tous.
Ces problèmes appellent de nouveaux outils. Dans ce Rapport, nous introduisons trois mesures dans la famille d’indices du Rapport − l’indice de développement humain ajusté aux inégalités,, l'indice d’inégalité de genre et l'indice de pauvreté multidimensionnelle. Ces mesures de pointe incorporent des avancées récentes de la théorie et de la mesure et affirment la centralité de l’inégalité et de la pauvreté dans le cadre d’analyse du développement humain. Nous introduisons ces séries expérimentales avec l’intention de stimuler un débat public informé dépassant la focalisation traditionnelle sur les mesures agrégées.
Les défis du présent requièrent également une perspective nouvelle sur les politiques. Bien qu’il n’existe pas de remède miracle ni de potion magique pour le développement humain, certaines implications politiques sont claires. Premièrement, nous ne saurions présumer que le développement futur reproduira les avancées du passé : les opportunités présentes et à venir sont plus importantes à divers égards. Deuxièmement, la diversité des expériences et la spécificité des contextes excluent les prescriptions politiques globales et orientent plutôt vers des principes et des recommandations d’ordre plus général. Troisièmement, de nouveaux défis majeurs doivent être abordés − à commencer par le changement climatique.
Bien des défis nous attendent. Certains relèvent de l’action politique : les politiques de développement doivent être basées sur le contexte local et des principes généraux avisés ; bien des problèmes dépassent la capacité des seuls États et requièrent des institutions mondiales devant rendre des comptes par le biais de processus démocratiques. Il y a également des implications dans le domaine de la recherche : une analyse plus poussée de la relation étonnamment faible entre croissance économique et améliorations en matière de santé et d’éducation, ainsi qu’une considération approfondie de la manière dont la multidimensionnalité des objectifs développementaux affecte la réflexion sur le développement, n’en sont que deux exemples.