Quelles sont les implications pour l’agenda de politiques aux niveaux national et international ? Le constat est encourageant mais doit susciter la prudence. Le progrès est possible même sans ressources massives : la vie des populations peut être améliorée par des moyens qui sont déjà à la disposition de la plupart des pays. Mais le succès n’est pas garanti, et il existe autant de chemins menant au développement humain que de conditions historiques, politiques, et institutionnelles.
Une grande partie du discours sur le développement s’est efforcé d’articuler des prescriptions de politique uniformes, applicables à la plupart des pays. Les failles de ce projet intellectuel sont maintenant évidentes et largement acceptées. Elles soulignent la nécessité de reconnaître la spécificité des pays et des communautés, dans le respect des principes de base qui peuvent guider les stratégies et politiques de développement dans des contextes différents. Un rapport mondial comme celui-ci peut tirer des leçons d’ordre général et pousser la recherche et l’agenda politique ainsi que les échanges dans plusieurs domaines complémentaires.
Si les solutions standard sont intrinsèquement vouées à l’échec, comment alors pouvons-nous guider l’élaboration des politiques publiques ? Des politiques sont conçues et mises en oeuvre quotidiennement à travers le monde, et les institutions de développement et les chercheurs sont en quête de conseils concrets. Voici quelques idées de base :
Les retombées des Rapports ont illustré le fait que la réflexion sur les politiques publiques peut être guidée et stimulée par une exploration en profondeur des dimensions essentielles du développement humain. Un des éléments importants de cette tradition est incontestablement la richesse des pistes de recherche et d’analyse qui en résultent. Ce Rapport montre comment nous pouvons suivre ces diverses pistes sur la base de meilleures données et analyses tendancielles. Mais il reste beaucoup à faire. Trois priorités émergent : améliorer les données et les analyses pour nourrir les débats, fournir une alternative aux approches conventionnelles de l’étude du développement, et renforcer notre compréhension des inégalités, de l’autonomisation, de la vulnérabilité et de la soutenabilité.
L’analyse de la croissance économique et de sa relation avec le développement demande en particulier d’être repensée de façon radicale. Une vaste littérature théorique et empirique assimile de manière quasiment uniforme croissance et développement. Ses modèles supposent traditionnellement que les individus ne s’intéressent qu’à leur consommation ; ses applications empiriques se concentrent presque exclusivement sur les effets des politiques et des institutions sur la croissance économique. (figure 4.6 du Rapport).

L’assertion centrale de l’approche du développement humain, au contraire, est que le bien-être n’est pas réductible à l’argent ; il comprend l’ensemble des possibilités dont les gens disposent pour mettre à exécution les plans de vie qu’ils ont choisis de poursuivre pour des raisons qui leur sont propres. Voilà l’origine de notre appel pour une nouvelle vision économique – une vision dont l’objectif est de faire progresser le bien-être humain, où les politiques de croissance, entre autres, sont évaluées et mises en oeuvre de façon vigoureuse au regard de leur seule capacité à soutenir le développement humain à court terme et long terme.
Martin Luther King écrivait : « Le progrès humain n’est jamais le fruit tardif de l’inévitabilité. Il découle d’efforts inlassables et d’un travail persistant... Sans ce travail ardu, le temps lui-même peut se faire allié des forces de stagnation. » L’idée de développement humain exemplifie ces efforts, consentis par un groupe engagé d’intellectuels et de praticiens désireux de changer la manière dont nous pensons le progrès des sociétés.
Mais traduire dans les faits les objectifs du développement humain exige d’aller plus loin. Placer les individus au centre du développement est bien plus qu’un exercice intellectuel. Cela nécessite que le progrès soit équitable et bénéficie à tous, en transformant les individus en acteurs actifs du changement et en s’assurant que les succès du présent ne sont pas acquis au détriment des générations futures. Relever ces défis n’est pas seulement une possibilité – c’est une nécessité, dont l’urgence n’a jamais été aussi grande.